‹ Les matières fertilisantesChapitre 75 sur 116 · BŒUF À L ENGRAIS · texte numérisé non relu

BŒUF À L ENGRAIS

DeDombasle 2n300kil.

VACH& EN &TABULATIOM.

Bella 13900kil.

Hundershagen 11 500 — %

Fredersdorf 1 1 600 —

Pfeiffer 9200 —

Crud 11000— Moyenne... IHOOkil.

BÊTE A LAINR.

Relia 340 kil.

Hunderahagen 420 —

De Dom'basle 600 —

Thaër 440 —

Fredersdorf . . .^ ', 710 —

Meyer 730 — Moyenne. . . . 550 kil,

BâTB PORCINE.

Thaër SOOkil.

Heuzé 700— Moyenne 750 kil.

On voit, en comparant ces divers chiffres entre eux^.combien est grande parfois la quantité de fumier qu*un animal peut produire dans le cours d'une année. Si à Roville la quantité de fumier produite par les chevaux s'est élevée à 16 200 kilog., et celle produite par les bœurs à l'engrais à 25 300 kilog., c'est que les bâtiments étaient disposés de manière qu*aucune partie des urines ne pût s* échapper au dehors. Ces liquides, en effet, étaient entièrement absorbés par la litière qui était toujours employée en quantité suffisante.

Le séjour plus ou moins prolongé des animaux en dehors des bâtiments influe aussi sur la production des fumiers. Ainsi, à Grignon, les bœufs de trait, en 1838, ont travaillé, en moyenne, 6 heures 59 pendant 300 jours, et n*ont produit que 10 100 kilog. de fumier, tandis que pendant Tannée 1837, durant laquelle chaque tète n'a travaillé que 4 heures 51, la productîog du fumier s'est élevée, par chaque bœuf, à 1»300 kilog.

Les animaux qui vivent le jour au pâturage et la nuit dans les bâtiments d'exploitation produisent moins de fumier que ceux qui vivent en stabulation complète. Thaër* rapporte qu'on a pesé le fumier produit par une vache qui était nourrie sur un pâturage abondant , pendant le jour et durant la nuit; le fumier produit pendant le jour pesait de 9''', 744

à 10^",672 ; celui produit durant la nuit variait de 6^",960 h 7^'', 192. Ces résultats confirment les remarques faites par Hundershagen.

Quoi qu'il en soit, les productions en fumier par tête et par an, que je viens de rappeler, pourront servir de guide pour établir des calculs approximatifs et éviter de recourir aux moyens d'appréciation plus longs, mais plus exacts; elles seront aussi utiles pour déterminer la capacité que doivent avoir les fosses à fumier ou l'étendue des plates-formes.

■éihodea pour, noppoter la qaanilté de ftamler pro-

dnite.— Depuis près d'un demi-siècle , on a indiqué plusieurs méthodes pour déterminer la quantité de fumier qu'on doit obtenir des substances consommées par les animaux et des matériaux qui leur servent de litière. Ces procédés consistent à prendre en considération la nature des aliments, leur humidité, leur valeur alimentaire, à les réduire à l'état sec et à tenir compte de la quantité de litière accordée aux animaux par jour et par tête. Alors au moyen de rapports déterminés par Texpérience entre les aliments, la litière et le fumier, rapports que Ton adopte comme multiplicateurs, on suppute assez exactement la quantité d'engrais qu'on peut fabriquer ou employer. Plusieurs de ces méthodes ne présentent aucune difficulté, et elles méritent de'fixer l'attention des agriculteurs praticiens.

l** Meyer a proposé de multiplier le foin consommé par 1,8, et la paille par 2,7. D'après ces multiplicateurs, on obtiendrait de 10 kilog. de foin et de 30 kilog. de paille donnée comme litière, 2,5 de fumier pour 1 de matière sèche. Ainsi 10 x 1,8= 18 -f 30 X 2,7 = 99 kilog. de fumier.

Meyer assimile au foin tous les autres aliments, mais seulement d'après le poids qu'ils ont après avoir été réduits à < l'état sec.

2« Thaër a suivi une voie différente. Il réduisait en foin toutes les substances alimentaires consommées par les animaux^ et il admettait que le foin consommé, y compris une quantité suffisante de litière, doit être multiplié par 2,3.

3* Koppe a suivi le mode d'évaluation déterminé par Thaër; toutefois il propose le chiffre 2, seulement dans la supposition que le fumier est abandonné à une longue décomposition qui diminue son poids et son volume.

k^ De Thunen , qui a adopté aussi le système proposé par le fondateur de Moeglin , regarde comme exact le chiffre 2,25.

5*» De Vulfen a basé son système sur la nature des. aliments. D'après ses hypothèses, 1 partie de grain donne 4,4, 1 de foin 3, 1 de paille 2,2, 1 de pommes de terre l de déjections animales, et il devient indifférent qu'on donne plus ou moins de paille soit comme litière, soit comme nourriture. Nonobstant, il" croit que le rapport le plus rationnel est celui où l'on administre 3 de foin et 5 de paille. Alors le multiplicateur pour ces deux substances serait en moyenne 2,5.

6» Block n'a pas suivi la méthode de Thaër. 11 calcule premièrement le fumier à l'état sec qu'on obtient d'une quantité d'aliments. Selon lui, 100 kilog. de foin ou de paille consommés comme aliments, produisent 44 kilog. de fumier à l'état sec ; 100 kilog. de pommes de terre, 44 ; 100 kilog. de paille, 95. Il multiplie ensuite les nombres ainsi obtenus par 4, pour les évaluer en fumier ordinaire de bétes à cornes modérément fermenté et contenant 75 pour 100 d'humidité. Son multiplicateur est donc : pour les aliments secs, 1,75, et pour la litière, 8,8. Toutefois, comme Block admet que sur 100 kilog. de fourrages secs les bétes à cornes reçoivent au plus 10 kilog. de litière, il résulte

478 ENGRAIS VEGÉTAUX^ANIMAUX.

que I de fourrages réduits à Tétat sec et de litière donne 2,3 de fumier.

7" Mathieu de Dombasle, sans donner à ces chiffres cette vérité mathématique que doivent toujours avoir les faits en agriculture, dit que chaque 100 kilog. de foin consommé par des chevaux de travail a donné, à Roville, environ 222 kilog. de fumier, c'est-à-dire 2,22 pour 1 de fourrage.

8» Kreissig regardait comme positif que 100 kilog. de fourrages secs, moitié foin et moitié paille, donnent, quand la moitié de la paille est employée en litière, 220 kilog. de fumier court, aplati, non pailleux ni consommé. Ainsi 1 de fourrages secs et de litière produirait 2,2 de fumier.

S° Gœritz a fait sur trois vaches huit expériences au moyen de huit rations différentes. D'abord les vaches furent nourries avec des substances sèches, du foin, de la paille et un peu d'orge concassée. Pendant tout le temps qu'a duré cette alimentation au sec, les animaux ont bu, par tète et par jour, 55"*, 228 d'eau. D'après le fumier obtenu, 1 de fourrage sec et de litière donnait 2,55 de fumier. Cette expérience a duré vingt-deux jours. Ces mêmes animaux ont été ensuite alimentés avec des fourrages humides : herbe, trèfle, betteraves, navets et pommes de terre. Pendant cette seconde expérience, qui a duré trente- cinq jours, les animaux ne buvaient, par jour et par tête, que 18*'", 792 d'eau. 11 résulte de la quantité de fumier produit, que 1 de substances alimentaires humides, réduites à l'état sec et de litière, adonné en moyenne 2,24 de fumier. Ces expériences prouvent qu'une vache donne d'autant plus de fumier qu'elle boit da vantage, et que le fumier est d'autant plus abondant que les aliments sont plus secs et plus abondants.

10" Burger pose comme principe l'énonce suivant : pour

obtenir le rapport qui existe entre le poids du fourrage et de la litière employés, et celui du fumier qui en résulte, il faut réduire la nourriture à son poids sec, de quelque nature qu'elle soit, y ajouter la litière, e^niultiplier la somme par 2.

IP Schwerz propose une méthode semblable, et il admet que le fumier, au moment où on le conduit dans les champs, a déjà perdu 25 pour 100 du poids qu'il avait à sa sortie des étables et des écuries. Dans cette hypothèse, 100 kilog. de nourriture sèche donneraient 175 kilog. de fumier. Pour la paille, qui, elle, n'abandonne presque rien à l'animal, comme son tissu poreux et le videqu^elle présente la rendent propre à absorber plus de liquide qu'un aliment mâché et digéré, il dit que 100 kilog. doivent donner 200 kilog. de fumier. Le multiplicateur des substances alimentaires réduites à l'état sec est donc 1,75, et celui de la paille le nombre 2.

Le système proposé par Schwerz est celui que Ton adopte le plus généralement. Voici, d'après cet auteur, quelle quantité de fumier on peut obtenir des fourrages et des litières consommés :

Fourrages.

Pariies Kiloi;r,

sèches, do fumier.

de foin 100 175

L de paille 100 175

^delrèflevert 21 36

100 Kil. \ de pommes de terre 28 49

I de betteraves 10 21

( decarottes. 13 23

de navets 10 17

Litière. 100 kil. de paille 100 200

Voyons si ce système donne des résultats concordants avec les faits que la pratique permet de constater. Je l'ap-

piiquerai à Texploitation agricole de Grignon, dans laquelle les fourrages, les pailles et les fumiers sont pesés avec soin. Grignon suit un assolement de sept années avec une sole de luzerne en dehors de la rotation. (Voir les assolements ET LES SYSTÈMES DE CULTURE.) Voici commeut se succèdent les cultures :

Première année Plantes sarclées.

Deuanème année — . Céréales de mars.

Troisième année Trèfle.

Quatrième année Blé d'hiver.

Cijiquième année Fourrages verts.

Sixième année Cozla.

Septième année Blé d'hiver.

Si Ton applique à cette succession de culture la formule de Schwerz, on trouve que les produits qu'elle fournit sur huit hectares permettent de fabriquer annuellement la quan- tité de fumier suivante :

Première sole.

Quiulanx. Kil. de rumier.

Pommes dQ terre 105 x 49= 5100

Betteraves 70 x 21= 1500

Carottes ^ 60 x 53= 1400

Deuxième sole.

Paille employée en litière 41 X 200 = 6 400

Troisième sole.

Foiiidetrèfle 50x175= 8700

Quatrième sole.

Paille de froment 32x200= 6400

Cinquième sole.

Paille de colza 32X200= 6400

Sixième sole.

Paille de froment 32 x 200 = 6 400

Soles hors de rotation.

Foin 156 X 175 = 27 300

Total ,. 71400

Si Ton adoptait le multiplicateur proposé par Burger, on

obtiendrait un excédant de 16 000 kilog. Cet excédant paraîtra, au premier aperçu, peu important, mais comme Grignon fum^ annuellement 30 hectares, il en résulterait une différence s'élevant à 480 000 hUog,

Examinons quelle est la méthode qui se rapproche le plus des faits pratiques.

A Grignon, pendant le cours de rotation, on applique une fume complète, soit 60 000 kilog. de flimier à Thectare, et une demi-fumure de 30 000 kilog. Toutefois, l'impossibité où l'on se trouve de pouvoir disposer par chaque hectare, de la 6« sole de 30 000 kilog. de fumier, oblige chaque année à faire parquer de 7 à 11 hectares, et d'en fertiliser 5 à 8 autres avec de la poudrette ou du tourteau. On ne fume donc par conséquent que la moitié de la sole, ce qui donne pour la surface totale de celle-ci 15 000 kilog. de fumier seulement par hectare. Ainsi, au lieu d'être fertilisé tous les six ans par 90 000 kilog. de fumier, chaque hectare, jusqu'à ce jour, n'en reçoit que 75 000 kilog. environ.

De ces faits, il résulte que l'exploitation de Grignon doit fabriquer annuellement :

30 hectares x 75 000 kil. =r 2 250 000 kil. de fumier.

Cette quantité est exactement celle que constate la comptabilité. Ainsi la production du fumier s'est élevée, chaque année, en moyenne :

Del828àl834 2]32000kil.

Del835àl841 2281000 —

Del842àl849 2563000 —

Moyenne générale 2 325 000 kil.

Chaque année aussi, M. Bella achète de 1000 à 1500 hectolitres de poudrette.

482 ENGRAIS YliGéTAUX-ANIMAUZ.

En adoptant la méthode de fiurger, on serait conduit à dire que l'exploitation doit pouvoir disposer chaque année, de :

•JO hectares x 87 000 kil. = 2 610 000 kil.

à la moyenne obtenue.

Le mode d'évaluation du fumier qu'une exploitation peut produire, et que Schwerz a proposé, est donc assez exact, et il faut impérieusement lui accorder la préférence sur les autres. Toutefois, ce système, bon en général, n'est plus vrai lorsqu'on évalue séparément la quantité de fumier fourni par chaque espèce d'animaux.

Convaincu, depuis longtemps, que les multiplicateurs qu'il a indiqués, conduisent, dans cette dernière hypothèse, à des résultais erronés et fiicheux, j'ai été amené à reconnaître qu'il est nécessaire d'adopter des multiplicateurs spéciaux suivant l'espèce animale, et le service auquel elle est destinée. Si tous les animaux domestiques présentaient les mêmes caractères d'organisation; si les aliments qu'ils consomment, ainsi que les liquides qu'ils boivent, étaient de nature semblable et en quantité identique; enfin, si tous les animaux étaient soumis aux mêmes services, je comprendrais qu'il fût possible d'admettre un seul multiplicateur, soit pour les aliments et la litière, soit pour les substances fourragères seules, ainsi que pour les matières litières. Comme il ne peut en être ainsi, comme les animaux de travail consomment des nourritures toujours plus sèches, moins volumineuses, plus assimilables que celles administrées aux bêtes de rente, et qu'ils séjournent moins longtemps au sein des écuries que ces der* nières, il est évident que, toutes choses étant égales d'ailleurs, ils doivent produire moins de fumier que les vaches et les porcs. Il résulte de ces considérations, que le multi-^

FUMIEES. 483

plicateur à adopter doit varier inévitablement selon les ani* maux et les service qu'on leur demande. Voici les chiffres que j'ai adoptés, il y a vingt ans, et que j'avais déterminés à l'aide d'expériences quand j'étais fermier du domaine de Grand-Jouan (Loire-Inférieure), et qui ont reçu Tapprobation de plusieurs écrivains :

S les chevaux = 1 ,30 les bœufs de travail = 1 ,50 ^ ^-- les vaches =2,30

I les porcs =2,50

\ les hôtes à laine = 1 ,20

Chiffre moyen = 1 ,80

Voici maintenant mon mode d'évaluation : Réduire à l'état de siccité la nourriture et la litière^ de quelque nature quelles soient^ et multiplier le résultat par Fun des chi/frts ci^dessus.

Pour réduire les aliments et la litière à l'étal de siccité, il faut multiplier le poids des substances alimentaires consommées ou de la paille employée, par la quantité de matières sèches que contiennent ces substances.

Si j'appelle a la quantité de fourrage ou de litière, b la

quantité d'humidité que contient la substance, c le chiffre

multiplicateur, x la quantité de fumier à obtenir, j'aurai la

formule suivante :

Ainsi, pour connaître la quantité de fumier qui résultera de 100 kilog. de foin de prairies naturelles consommés par un cheval, on aura :

«=100— 15 X 1,30= 110 kil.

Si ce même animal a reçu, comme litière, 50 kilog. de paille de froment ou de seigle, on a : *

« = 50 — 5 X 1,30 = 58 kil.

Voici un tableau des principales substances alimentaires

et des litières le plus ordinairement employées, indiquant la quantité d'humidité et de matièressèches qu'elles renferment:

Parties Hariics Fourrages, humidaH sècbcs

Foin , 15 85

Fourrages verts 75 25

Pommes de terre 75 25

Betteraves 85 15

Carottes 87 13

Topinambours 78 22

Navels 90 10

Feuilles de choux , navets, etc 90 10 ,

Résidus de betterave. 70 30

— de pommes de terre 75 25

Tourteaux de lin el de colza 10 90

Son 25 75

Avoine * 13 87

Litières.

Pailles de céréales 10 90

— de sarrasin 15 85

Sciure de bois 25 75

Feuilles mortes 25 75

La quantité de substances sèches peut être considérée comme multiplicande ou = a — 6 de la formule précédente.

Pour déterminer la quantité de fumier queproduira un bœuf de travail ayant consommé 300 kilog. de trèfle vert, on a :

X = ^^^^ = 75 X 1 ,50 = 1 12 kil.

OU

X = 300 — 225 X 1 ,50 = 112 kil.

Si l'on compare les multiplicateurs précités avec les chiffres admis par Schwerz, on reconnaîtra qu'ils en diffèrent complètement, puisque la paille ne double pas toujours de poids. Sans doute cette litière, mêlée aux parties solides et pénétrée de liqyides, augmente en poids ; mais si Ton a 'égard aux pertes considérables qu'éprouvent les matières animales et végétales lorsqu'elles séjournent pendant plusieurs semaines, plusieurs mois, dans une fosse ou sur une plate-

FUMIEHS. 485

rorme, on comprendra qu*il est impossible au cultivateur de calculer sur une quantité de fumier égale à celle que Ton obtient lorsqu'on sort les déjections et les pailles des étables ou des écuries. Pour pouvoir compter sur une telle quantité, il faudrait pouvoir appliquer le fumier immédiatement après qu'il a été recueilli. Schwerz, il est vrai, n*a établi ses chiffres qu'après avoir admis que le fumier a perdu, quand on le conduit dans les champs, un quart du liquide qui était joint à ses parties solides, ou qu'il contient encore 75 pour 100 d'humidité; mais cette perte est loin de représenter la diminution que le fumier éprouve réellement par la fermentation et révaporation.

Si les fumiers, en général, n'éprouvaient pas de perte plus sensible que celle qu'ils subissent quand on les conserve dans les fosses, en tas jou dans les écuries pendant quelques semaines seulement, la masse qu'on emploie annuellement aurait partout et toujours un poids plus considérable.

Je ferai observer que les multiplicateurs que j'ai proposés, et qui ont pour bases des expériences répétées, ne peuvent être appliqués que dans une exploitation où les fumiers sont bien traités, où on leur accorde tous les soins nécessaires pour qu'ils fermentent convenablement et qu'ils ne soient ni trop secs ni trop humides.

Si j'applique ma méthode à l'assolement de Grignon, je trouve que la quantité de fumier produit par chaque hectare à fertiliser s'élève annuellement à

Quintaux. Kil.de fumier.

Pommes de terre 105 x 25 = 1 625

Betteraves 70 x t5 = 2 050

Carottes 78x10= 780

Foins divers 299 X 85 = 24415

Pailles diverses 137 x 90 = 12 330

Total en substances sèches 41 200

ou

41 200 X 1 ,80 =r 74 000 kil. de fumier.

Ge chiffre concorde mieux avec la fumure annuelle de Gri* gnon que les quantités de ftamier supputées à Taide des multiplicateurs proposés par Burger et Schwerz.

M. Boussingault a proposé d'avaluer le fumier produit en estimant Vazote qui se trouve dans la litière et les déjections^ et de rapporter la quantité déterminée à l'azote contenu dans la nourriture, après avoir déduit, toutefois, de cette dernière somme, l'azote exhalé et fixé par les animaux. Quoique ce mode d'évaluation présente des difficultés dans les circon* stances actuelles, il pense, néanmoins, qu'elle est la seule qui puisse être suivie, et que la pratique adoptera lorsque la science agricole aura confirmé, perfectionné les coefficients qu*il propose. M. Boussingault conclut, des faits qu'il a constatés :

1° Que par 100 kilog. de foin consommé :

Un cheval rend en azote Téquivalent de 245 kil. de fumier.

Une vache laitière — 152 —

Un veau de six mois — 40 —

2« Que chaque 100 kilog. de poids vivant prive une exploitation de 180 kilog. de fumier normal, bu d'environ 9 quintaux de fumier humide.

Ces résultats reposent sur ce principe : que chaque 100 kilog. de poids en vie contient en azote :

Bêtes à cornes 3,47

Cheval 3,64

Porc 3 ,80

Mouton 3 ,66

Moyenne 3,64 -

Ainsi 100 kilog. de poids en vie prélèvent sur les fourrages 33,54 d'azote complètement perdu pour le fumier.

Le fumier normal, dont il est question ici, contient en moyenne 79,3 pour 100 d'humidité.

M. Boussingault admet» en outre, comme probabilité, qu'un cheval et une vache du poids de 500 kilog. exhalent chacun par jour 25 grammes d'azote. La quantité exhalée par un porc de 100 kilog. serait de 5 grammes par vingtquatre heures.

Pour fixer les idées sur les moyens qu'il propose d'introduire dans la pratique, M. Boussingault donne comme exemple l'évaluation de l'engrais réel contenu dans le fumier qu'il a recueilli en 1840-41 :

Tètes. ' Aliments consommés. A cote.

w V • «^ j . *i • IFomouéquivaleat.. 98338kil. 1130kil. Vacherie , 27 dont H jeunes. | p^.^j^ yj^^ - ^ ^^ ^^. ^^

Écurie, ÎTchevaux { ^<^i"/^.^f ^^^^^^^ ' ^f,f,^ «^2?

' < Paille litière 20 870 63

{ Pommes de terre 45 264 165

Porcherie J Seigle et pois 1 107 30

( Paille litière 3650 11

Azote des aliments et des litières 3148 kiL

Voîci maintenant les produits obtenus :

Produit. , Aïole.

/ Poids vivant , produit 3 326 kil. 120 kil.

Vacherie ÎLait 15786 79

\ Azote exhalé 246

( Poids vivant, produit 684 25

Écurie î Perte due au travail 425

I Azote exhalé 246

Porcherie. . Poids vivant, produit 1025 37

l Azote exhalé 18

Azote distrait des engrais 1 196 kil.

Ainsi, les aliments et les litières, d'après la teneur en azote, auraient dû produire :

Fumier de ferme humide 767 800 kil.

L'azote fixé ou exhalé en représente 291 700

Le fumier effectif devait donc être de 476 100 kil.

La quantité de fumier humide qu'obtient ordinairement

488 ENGRAIS VéGÉTAUX-ANIMAUX.

M. Boussingault^ pour une semblable quantité d'aliments et de litières, est environ de 500000 kilog. Ce résultat donne le rapport suivant :

Les aliments et la litière réduits à l'état de siccité sont au fumier:: tOO : 1 .66. L'azote des aliments et litières est à l'azote du fumier :: 100 : 66.

La méthode de M. Boussingault appliquée à Texploitation de Grignon, conserve son exactitude. Ainsi on trouvera les faits suivants :

Qaintata. Asote total.

i Pommes de terre 105 37^'* ,80

Betteraves 70 14 ,70

Carottes 60 18 ,00 .

2* sole Paille d'avoine et d'orge. 41 14 ,30

3* gole Foin de trèfle. 50 77 ,00

k* sole Paille de froment 32 15 ,68

5* sole Paille de colza 32 16 ,00

6* tôle..' Paille de froment 32 15 ,68

Soles hors de rotation. Foin 156 207 ,00

Azote des aliments de litières 416^^,15

La production du fumier s*élevant par hectare et par an à 74 000 kil ou 296 kil. d'azote, il en résulte le rapport suivant :

L'azote des aliments et litières est h l'azote du fumier :: 100 : 71.

Ce résultat confirme les principes admis par M. Boussingault. La quantité d'azote flxée ou exhalée par les animaux est en moyenne de 33 pour 100 de l'azote des substances fourragères.

En général, le rapport de l'azote des aliments et litières à l'azote des fumiers varie entre 100 : 66 et 100 : 71.

Réeoite des famiers. — Tous les fumiers ne se récoltent pas de la même manière.

A. Fumier de chevaux. — Dans toutes les fermes bien dirigées le fumier produit par les chevaux est enlevé chaque jour ou tous les deux jours au plus, selon le temps que les

FUBRERS. 489

animaux séjournent à l'écurie et les aliments qu'ils consomment. Chaque matin, les charretiers relèvent sous l'auge la paille qui peut encore servir comme litière, et poussent au delà de la superficie sur laquelle reposent les animaux, et les crottins et les pailles qui ont été souillés par les excrétions. Ce fumier est ordinairement enlevé de suite ou dans Taprès-midi et conduit, à Taide d'une brouette, sur le lieu où on le conserve.

On commettrait une faute grave si on ne sortait le fumier des écuries qu'une fois par semaine, comme cela se pratique malheureusement encore dans quelques localités. C'est que la chaleur qu'il dégage en fermentant , peut dessécher et altérer les cornes des pieds ; c'est que les vapeurs ammoniacales auxquelles il donne naissance, nuisent à la santé des chevaux en s'accumulant dans les écuries. Le cultivateur ne doit donc pas hésiter un seul instant à faire enlever chaque jour le fumier produit par ces animaux.

fi. Fumier des bêtes à laine. — Le fumier des brebis ou des' moutons, n'étant ni aussi chaud que celui des chevaux, ni aussi humide que celui des bètes à cornes, reste dans les bergeries pendant plusieurs mois. Le séjour du fumier dans ces bâtiments a divers avantages : d'abord, il se fait mieux, parce que les excréments se mêlent plus intimement à la litière ; ensuite, par la fermentation qui s'établit dans sa masse, il rend l'air plus chaud, et par conséquent, le bâtiment moins froid. Si l'on sortait ce fumier toutes les semaines, on récolterait un engrais sec, très-pailleux, peu décomposé, et il y aurait nécessité à disposer d'une plus grande quantité de litière. Toutefois, s'il est utile de n'enlever le fumier des bergeries que quand les couches successives de paille ont été imbibées d'urine et chargées d'excréments, on ne doit pas oublier qu'un. très-grand amas de

490 ENGRAIS VéGÂTAUX-ANIHAUX.

litières et de déjections peut avoir de graves inconvénients durant Tété ou pendant les fortes chaleurs. Une temprérature élevée, très-chaude et humide, est aussi nuisible aux bétes à laine qui vivent dans les bergeries qu'un air froid et humide. On sera averti de la nécessité d'enlever le fumier, dit Tessier, quand, en entrant dans la bergerie, on éprouvera de la chaleur et une forte odeur ammoniacale.

Pour sortir ce fumier, on se sert de brouettes ou de civières ; ou bien on emploie, quand la largeur des ouvertures le permet, un instrument en fer à deux «fortes dents recourbées, que Ton nomme crochet. Cet outil, après avoir été lancé avec force sur du fumier relevé en forme de tas, est fixé à un palonnier et tratné par un cheval au lieu où le fumier doit être conservé.

G. Fumier des bêtes bovines. — Le fumier de vaches ou de bœufs reste toujours plus longtemps dans les étables que le fumier de chevaux dans les écuries, à moins que les animaux ne soient soumis à la stabulation complète.

Quand les bétes à cornes vivent en stabulation permanente, il faut enlever le fumier tous les jours, dans l'intérêt de leur santé* Si la phthisie calcaire appelée pommelière^ sévit de temps à autre avec autant d'intensité sur les vaches des nourrisseurs des grandes villes, c*est que ces animaux vivent pour la plupart dans des étables basses, humides, dans lesquelles les fumiers s'accumulent pendant plusieurs mois. C'est pour prévenir cette pneumonie sur les vaches soumises à un ^epos continuel et absolu, qu'on a soin de ne pas laisser les litières et les déjections s'amasser dans les étables, et qu'on prend la peine de les enlever chaque jour.

Les vaches qui vont une partie du jour au pâturage se trouvent ordinairement dans des conditions différentes, et

FUIOERS. 491

il est rare que le flimier ne séjourne pas sur Taire du bfttiment dans lequel on les confine pendant plusieurs semaines. Ce séjour plus prolongé est favorable à la qualité de Ten* grais, et n'est nuisible aux animaux que quand on ne prend pas la précaution de renouveler chaque jour la litière, ou lorsque le bAtiment est mal aéré. Quand on a soin de placer, chaque soir et chaque matin^ si les circonstances y obligent, une nouvelle quantité de litière sur l'ancien excipient, ainsi que sur les déjections, le bétail se trouve dans des conditions de propreté convenable et les litières se chai^nt mieux de parties liquides.

Hélas 1 pourquoi toutes les vaches en France n'existentelles pas dans étables aussi bien dirigées? Combien on doit regretter que toutes les bétes bovines, de rente ou de travail, ne soient pas soumises à un semblable système d'entretien ? Il existe encore, en France, des localités où on laisse les litières et les déjections, soit solides, soit liquides, s'amasser sous les animaux, sans autre précaution que celle de répandre la litière nécessaire à la circulation des vachères ou des bouviers. Il importe peu que les animaux vivent dans la fange, que les déjections rendent, par leur accumulation successive, les locaux insalubres, que le bétail y souffre de la chaleur, qu'il ne puisse respirer un air pur ; ce qui préoccupe le plus le cultivateur, c'est la coutume locale, c*est l'usage suivi par son père ou ses voisins, auquel il ne veut pas déroger, et qui consiste à ne sortir les fumiers des étables que deux à trois fois au plus par an.

Combien d'étables à bœufs ou à vaches qui 3ont encore, dans la Bretagne, le Poitou et la Sologne, etc., de véritables cloaques dans lesquels on ne peut éviter d'enfoncer jusqu'à la cheville? Combien de ces bâtiments où les animaux vivent couchés dans la fange, où leur entassement produit une

499 ENGRAIS VÉGÉTAUX-ANIHAUX.

chaleur qui les fatigue, et les oblige à se tenir toujours cou* chés ; où le vrai cultivateur éprouve, à la vue d*un tel spectacle, un sentiment de dégoût et de tristesse !

Proposez de changer ces conditions, le cultivateur, avec la naïveté qui le caractérise, vous répondra qu'il ne Veut pas déroger aux habitudes de la contrée qu'il habite. Espérons que ces déplorables idées ne tarderont pas à disparaître !

Lorsque le fumier des bétes à cornes séjourne quelques semaines dans une étable où les liquides surabondants s'écoulent facilement, il perd peu de ses propriétés par la fermentation et Févaporation, et ne peut être regardé comme nuisible aux animaux. Aussi constate-t-on alors, si des ouvertures légères et convenablement disposées ont été pratiquées dans Tes murs, que l'air intérieur est presque pur. Mais, pour qu'une grande accumulation de déjections ne soit pas nuisible et aux hommes et aux animaux, et que l'air y soit sans cesse respirable, il faut que la litière soit chaque jour renouvelée et que celle ancienne ne soit pas très-humide. Il importe, en outre, de vider les étables, d'enlever le fuipier en temps opportun. En général, on ne doit pas attendre, pour effectuer ce travail, que la fermentation putride soit établie dans la masse des déjections et des litières ; si on attendait ce moment, le fumier diminuerait de volume et perdrait de sa qualité.

U. Fumier de porcs. — Le fumier de l'espèce porcine séjourne moins longtemps dans les bâtiments que le fumier des bètes bovines et ovines. Cet engrais est ordinairement enlevé tous les huit ou quinze jours environ.

Le porc est un animal délicat et frileux, et, quoiqu'il soit regardé encore comme malpropre, l'expérience prouve chaque jour qu'il ne se développe ou ne s'engraisse convenablement

que quand la litière sur laquelle il repose est sèche et abondante. Lorsqu'on le laisse sur une litière très-humide, quand on néglige d'enlever les pailles imprégnées de déjections, il ne faut guère songer à réaliser des profits par son concours, quelle que soit la spéculation que Ton ait adoptée.

De tous les animaux domestiques, le cochon est celui qui brise le plus la paille, et qui exige sous ce rapport davantage de litière. On comprend, dès lors, pourquoi il est nécessaire de Tenlever en temps utile, si on veut le considérer avec Miller, Hunter, Arthur Young, etc., comme aussi fertilisant que les autres.

État sons lequel le fumier doit être employé. — Le fumier doit-il être appliqué à l'état frais ? Est -il nécessaire d'attendre qu'il ait fermenté ou subi un commehcement de décomposition avant de le conduire sur les terres arables?

Jusqu'à ce jour, cette question n'a pas été complètement résolue. Plusieurs agriculteurs insistent pour que le fumier soit appliqué avant que la fermentation Tait plus ou moins décomposé; ils soutiennent que, par son application immédiate, on prévient une perte considérable, et que, ainsi employé, il produit des effets pendant plus longtemps. Les agronomes qui proclament l'emploi du flimier ayant éprouvé un commencement de décomposition, s'appuient sur ce principe : le fumier bien fait, modérément consommé, est plus assimilable que le fumier nouvellement produit.

Ces questions, si graves, si importantes, ont, selon moi, leur solution dans les arrangements agricoles d'une exploitation. Si l'agriculture n'avait pas à triompher de la variété infinie des terrains, de la diversité des climats, si la phytologie n'embrassait pas des plantes si différentes les unes des autres par leurs caractères et surtout par les aliments dont elles ont besoin, toutes les opinions, sur ce 'sujet, concorde-

raient entre elles; et il est hors de doute qu'aïqourd'hui l'une de ces deux questions précitées serait celle que le cultivateur prendrait toujours pour guide.

Sans doute, s'il était possible d'employer le fumier avant toute fermentation, c'est-à-dire immédiatement après sa sortie des étables^ on éviterait les dépenses de main-d'o^vre que nécessité sa conservation; malheureusement, il est souvent très-difficile y pour ne pas dire impossible, de conduire jour par jour les fumiers produits dans les étables et les écuries, sur les champs où ils doivent agir. Pour que ces transports immédiats puissent avoir lieu, pour que cette conduite journalière soit possible, il faut à l'exploitation un surcroît d'attelage et des champs sans cesse dépouillés de toute production ou toujours suffisamment préparés ; il faut aussi que le cultivateur renonce aux avantages que présente le mélange bien exécuté des diverses sortes de fumier.

Si les fumiers frais ont des propriétés spéciales, des effets plus prolongés; si, en un mot, ils sont plus énergiques parce qu'ils n'ont point encore fermenté et n'ont pas été lavés par les pluies dans les fosses ou sur les plates-formes, et, conséquemment, n'ont rien perdu, leur emploi présente des difficultés que le cultivateur ne surmonte pas toujours facilement. Ainsi, ces fumiers se mêlent plus ou moins difficilement avec le sol, suivant son état d'humidité ou de sécheresse ; ainsi encore, leur application dans les sols meubles, les terres légères ou siliceuses, augmente la divisibilité de ces terrains et penpet rarement à la fermentation de suivre régulièrement ses diverses périodes, et cela à cause de la température élevée de la couche arable; en outre, leur conduite dans les terres argileuses, les sols compactes, où l'ar» gile s'empare de l'ammoniaque, vient aussi arrêter la fermentation, parce que l'air n'a pas asse£ d'accès sur les pailles

et les déjections. Aussi est «il bien démontré aujourd'hui que les fumiers frais mêlés aux terres compactes et légères ne fournissent pas toujours aux plantes annuelles une alimentation suffisante, une quantité convenable de carbone, d'azote, etc.

Quant aux fumiers consommés ou décomposés, leur emploi est rarement avantageux, surtout lorsqu'on les appli* que sur des terrains secs, légers et privés de terreau ou appauvris. Tbaêr a observé que s'il survient une sécheresse après leur enfouissement, les plantes souffrent beaucoup de la chaleur, et végètent très-lentement ; le contraire a lieu, si le temps est humide : les plantes poussent très-rapidement. Dans le premier cas, elles prennent une couleur jaune pAle et une partie d'entre elles périssent, et celles qui survivent restent faibles, sont sujettes à la rouille et ne donnent que des grains imparfaits.

De ces remarques judicieuses, il résulte l'utilité, pour le cultivateur qui veut activer le développement d'une plante ayant une courte existence, d'appliquer de préférence des fumiers à demi décomposés parce que leur action est plus immédiate et plus sensible.

Quoi qu'il en soit, lorsque la nature et les propriétés physiques du sol, ainsi que les conditions climatériques, permettent d'appliquer le fumier à l'état frais, avaftt toute fermentation, on prévient par là une perte de plus d'un cinquième et même d'un quart de la masse, et les plantes en végétation et le sol gagnent d'autant en principes actifs. Cet emploi n^est pas sans importance dans les sols consacrés à la culture des plantes fourragères et des plantes indus* trielles de longue durée.

J'ai dit qu'on enterrait difficilement le fumier pailleux, ^ mais qu'ail convenait de préférence aux terres argileuses/

496 ENGRAIS VBGÉTÂUX-ANIMAUX.

parce qu*il rend la couche arable moins tenace, s'y conserve mieux, et que ses effets y sont plus prolongés. Les terres légères réclament des fumiers à demi décomposés, ayant la propriété de fixer dans la terre une plus grande humidité, ce qui leur permet de mieux satisfaire les besoins des plantes. C'est pour ces motifs que la pratique applique généralement au printemps sur les terres sèches, brûlante?, et les sols calcaires, des fumiers bien faits, et qu'elle ne redoute pas d*employer dans les saisons humides, sur les mêmes terres, des fumiers bien moins décomposés. «Toutefois, puisqu'il est nécessaire, dît Olivier de Serres, d'acyouster l'humidité au fumier dans les terres légères et maigres, pour .le faire valoir, à bonne raison en ce mesnage préfère-t-on rhyver au printemps et le printemps à l'esté. »

Toutes choses* égales d'ailleurs, et quelque sévères que soient les règles qui précèdent, il reste acquis et à la science et à la pratique, que les conditions climatériqueSj la nature des terres et les assolementSy déterminent toujours Vètat des fuvxi&i^s et l'époque de leur emploi. Un bon cultivateur doit donc coordonner ses travaux, combiner ses récoltes de manière que le fumier ne séjourne pas trop longtemps dans les cours, et qu'il n'y arrive pas à un état de décomposition très-avancé.

Quand le fumier sort des étables, il n'est pas homogène, et doit être mélangé au sol par plusieurs labours, si l'on veut qu'il produise un effet uniforme ; lorsqu'il a séjourné en tas pendant longtemps et qu'il a reçu l'humidité nécessaire à sa décomposition, il est gras, onctueux, se désagrège difficilement, et on le mélange encore mal avec la couche arable.

, Goiifier¥atioii des ftmitïrM. — Les procédés suivis dans la conservation des fumiers sont au nombre de trois : l"" Fentassement dans les fosses ou trous à fumier; 2Me

FUMISRS. 497

dépôt sur les plates-formes; 3« raccumulation dans les étables.

1* Fosses ou trous a fumier. — A. Sur plusieurs points de la France, le fumier, à sa sortie des écuries, étables ou bergeries, est déposé dans des creux, des enfoncements, que la nature a seule créés dans les cours, et qui, pour la plupart, ont la malheureuse propriété de retenir, non-seulement le purin, mais encore les eaux pluviales qui dégouttent des toits ou tombent sur le sol. Placé dans de tels enfoncements, ou l'humidité est toujours excessive, le fumier est lavé, diminue de volume, ne fermente plus, et abandonne à l'eau stagnante dans laquelle il est presque plongé une très-grande partie des principes solubles et fertilisants qu'il contient.

B. Pour obvier à ces inconvénients graves, on a établi, depuis les premières années de ce siècle, dans un grand nombre d'exploitations, des trous à fumier offrant une disposition particulière. Voici la description de la fosse que j'avais fait creuser, en 1842, à Grand-Jouan, et qui recevait tous les fumiers produits par mes animaux.

Cette fosse était garnie, sur trois de ses côtés, d'un mur de revêtement en pierres schisteuses, et soutenu extérieurement par un mur de soutènement en terre. Le fond était formé d^une argile très-tenace, recouverte par un blocage ou cailloutage, et il avait une pente de 0,03 à 0,04 par mètre; la pente la plus forte existait dans le sens de la largeur FF; la plus faible était située dans le sens de la longueur; mais elle était telle, que les liquides se rendaient aisément des angles A et B au point centre C. Il existait dans le mur de revêtement A et B, deux petits canaux dd, situés un peu en contrebas du fond de la fosse, et munis d'un grillage à l'intérieur et d'une vannette à l'extérieur, dont la destination était de conduire les parties liquides dans lés réservoirs situés en 0,

c'est-à-dire en dehors de la fosse. J'avais établi sur ces réservoirs un plancher reposant sur des madriers, au milieu duquel existait une ouverture destinée à l'introduction d'une pompe à purih. La (igure 21 donne le plan de cette fosse,

iiiih'i II 'm mm

Fij^. 21. Plan d'une fosse à famier munie d*un réservoir à purin.

la figure 22 en représente une coupe dans le sens de la longueur EF. Les fiècles désignent la direction des pentes.

La fosse que M. Boussingault a fait construire en 1848, à Boussingault'Shof, offre les mêmes dispositions.

Le fond de cette fosse est en argile corroyée afin que le purin ne pénètre la terre et ne la détrempe, ce qui aurait de grands inconvénients à l'époque des charrois.

MH. Moll et SchatteDmann ont proposé, il y a quinze ans, des fosses construites sur le même principe, mais qui en diffèrent par le réservoir à purin situé à l'intérieur. Cette dernière disposition est peut-être plus avantageuse pour exécuter les arrosements, mais elle a le grand inconvénient de ne pas permettre avec autant de facilité la libre circulation des véhicules et des animaux, dans les fosses de faibles dimensions, et d'exiger un plancher bien établi, solidement fixé à la surface du réservoir à purin ou puisard, afin que les pailles, les immondices, ne puissent y pénétrer et obstruer la pompe. Ce genre de fosse, avait été adopté par de Morel- Vindé.

Pour que les fosses à fumier ayant intérieurement ou extérieurement un réservoir à purin, ne laissent rien à désirer, il' faut que leur capacité soit en rapport avec la quantité de fumier que l'on fabrique ; qu'elles soient asseï vastes, as^ez larges, pour qu'une voiture puisse y

te

circuler librement; que leur fond soit solide, pavé ou macadamisé, et que leur pente soit telle que les animaux puissent aisément y déplacer de fortes charges.

Quand le fumier, à sa sortie des étables et des écuries, est bien étendu, éparpillé, et suflisamment pressé, foulé dans les fosses, il fermente et se putréfie lentement et uniformément. S'il survient de fortes chaleurs, si le fumier se dessèche par suite d'une fermentation trop active, trop précipitée, si Ton constate des moisissures ayant pour cause un épandage inégal, un tassement irrégulier, il faut arroser la masse une ou deux fois par semaine, suivant les circonstances, au moyen du purin contenu dans le réservoir ou puisard. Pour pratiquer ces arrosages, on adapte au déversoir de la pompe soit un tuyau en toile goudronnée, soit de petites auges s'adaptant les unes aux autres et supportées par des chevalets (voir fig. 26, p. 506). Par cette dernière disposition, un seul homme peut procéder à Tarroseraent de toute la masse; au moyen de la première, il faut deux ouvriers : Tun met en mouvement la verge du balancier de la pompe, l'autre dirige le tuyau sur les parties à arroser. Si ce dernier moyen est moins simple, il est beaucoup plus expéditif.

Quand la masse de fumier produite dans une ferme est considérable, on doit, autant que cela est possible, donner aux fosses une plus grande profondeur que celle que j'ai indiquée, afin que la superiicie du fumier soit moins considérable, et que les eaux pluviales qui tombent sur la masse et qui la traversent soient moins abondantes.

Vivement pénétré de la forte quantité de gaz ammoniacaux qui se dégagent pendant la fermentation si violente des fumiers d'écurie, M. Schattenmann a eu l'heureuse idée de saturer le carbonate d'ammoniaque, la partie la plus énergique des fumiers, et de le convertir en sulfate d'ammonia-

que, sel qui résiste h l'action de Tair et de la clialeur. Le fumier dont il dispose provient d'une écurie de 200 chevaux. Cet engrais, après avoir été bien étendu et foulé par les pieds des hommes qui rapportent et le répandent, est fortement arrosé avec les liquides qui en découlent et ceux que fournit une pompe en communication avec un puisard situé à côté de la fosse à fumier. M. Schattenraann sgoute aux eaux saturées de parties solubles du fumier, du sulfate de fer, ou de l'acide sulfurique faible, ou du sulfate de chaux en poudre. Cette dernière substance, quoique plus commune que les deux précédentes, n'est pas aussi favorable : d'abord sa décomposition est plus difficile, parce qu'elle ne se dissout pas, et qu'une poudre ne peut pas pénétrer partout aussi aisément qu'un liquide; ensuite, elle a l'inconvénient de provoquer le dégagement d'une grande quantité de gaz hydrogène sulfuré dont l'odeur est fort incommode.

M. Schattenmann emploie de préférence le sulfate de fer, parce qu'il est à bon marché, et qu'il ne présente pas pour l'ouvrier inhabile le danger qu'offre l'emploi de l'acide sulfurique. Dès*que le sulfate de fer est en contact avec les matières animales, il se dégage beaucoup de vapeur d'eau, d'acide carbonique, et il se fait une double décomposition ; l'acide sulfurique se combine avec l'ammoniaque, et forme un sulfate d'ammoniaque qui ne se volatilise pas, et le fer se combine avec le soufre et forme du sulfure de fer. Par ce procédé on obtient, dans l'espace de deux à trois mois un fumier aussi gras, aussi onctueux et aussi fertilisant que celui des bêtes à cornes à demi décomposé. La masse de fumier traitée par le sulfate de fer peut s'élever jusqu'à 3 ou 4 mètres de hauteur sans inconvénient..

Dès que le ftimier a été pénétré d'une dissolution de sulfate de fer marquant 2 degrés à l'aréomètre, toutes les éma-

nations désagréables cessent immédiatement, et les eaux qui s'écoulent du fumier deviennent promptement alcalines. Mais, ainsi que Tobserve si judicieusement M. Boussingault, il faut apporter la plus grande attention à ne pas introduire dans le fumier un excès de sulfate de fer qui pourrait nuire à la végétation. Pour constater que le principe alcalin prédomine dans les eaux qui dégouttent de la masse, on y verse une solution faible de cyanure de potassium ; si le sulfate de fer est en excès, il se formera aussitôt du bleu de Prusse. On peut aussi, pour constater le caractère alcalin de ces eaux, employer le papier bleu de tournesol^ qui rougit sous Faction des substances alcalines.

2*» Plates-formes. — Les plates-formes ont été proposées et adoptées pour la première fois par Mathieu de Dombasle.

On désigne sous le nom de plates- formes un espace presque plat (fig. 23), et de niveau avec le sol sur lequel on a déposé et battu de petits cailloux, recouverts quelquefois de ciment ou de mortier si le sol est perméable. Lorsque le fond est argileux, imperméable, on se dispense souvent de tels travaux; il suffit alors de battre le sol et de lui donner une forme légèrement convexe b (fig, 24), afin que les urines ne séjournent pas sous le fumier. Sur les quatre côtés de l'espace sur lequel le tas de fumier doit être établi règne une rigole cccCy destinée à conduire tout le liquide qui s'écoule dans un réservoir d {fig. 24), établi en dehors du tas sur l'un des côtés et muni d'une pompe f. En dehors de cette rigole il doit exister une pelite levée ee, en gravier mêlé d'argile, d'un mètre environ de largeur, et d*une hauteur suffisante pour empêcher que le purin puisse jamais sortir des rigoles et que les eaux extérieures puissent s'y mêler. Cette petite levée ne doit avoir que 0,10 à 0,15 de hauteur; il est utile de

ne pas lui donner plus d'élévation qu'il n'est nécessaire, alin qu'elle ne gêne l'accès des voitures au moment où Ton transporte le fumier dans les champs.

Lorsque le sol est convenablement préparé, on y conduit le fumier des étables, écuries, bergeries, etc., etc., en ayant la précaution de le placer par couches peu épaisses, et d'al-

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Fig. 23. Plates-formes à fumier.

terner autant que possible les variétés de fumier. Quand le tas est arrivé à une hauteur de 2"* à 2",50, et que ses côtés sont bien perpendiculaires, bien verticaux, on le couvre d'une couche de terre, de boues de rues, de curures de routes ou de fossés, de 0",25 à 0™,35 d'épaisseur. Cette terre a l'avantage d'agir par son poids sur la masse du fumier, de le tasser uniformément, de le priver de l'action de l'air, de condenser

bOk

une partie des vapeurs ammoniacales qui se dégagent pen«dant la fermentation, et de tempérer l'action quelquefois trop vive du soleil pendant Tété. Souvent aussi cette couche empêche les volailles de gratter le tas et de jeter le fumier à terre. Ainsi comprimé, le fumier fermente plus régulièrement et plus promptement. Quand on néglige de couvrir d*une couche de terre les tas de fumier, ainsi disposés, il est rare que les matières qui les composent se convertissent, par

Fig. 24. Tas de fumier situé sur une plate-forme.

les progrès de la fermentation, en une masse pour ainsi dire homogène.

Malheureusement, pour que ce mode de conservation puisse prévaloir sur les fosses, il faut que l'étendue de l'exploitation, la quantité de fumier fabriqué, permettent d'attacher aux fumiers un homme exclusivement chargé des soins qu'ils réclament : tassement, épandage et arrosements nécessaires. Lorsque le fumier sorti des écuries, des étables, etc., n'est pas étendu uniformément, que tous les points du tas n'ont

pas été suffisamment foulés, quand l'air a accès à rintêrieur, que la masse commence à se dessécher et qu'on néglige de l'arroser, ce mode de conservation entraîne avec lui de graves inconvénients. Ainsi, quandles chaleurs sont fortes et longues, et que la masse ne contient plus l'humidité nécessaire à une bonne fermentation^ les parois se dessèchent ainsi que la partie supérieure du tas, le fumier prend une couleur blanche, et cette moisissure, que l'on connatt sous le nom de blanc, de blanc de champignon^ fait perdre au fumier la presque totalité de ses propriétés fertilisantes. En effet, le fumier chancis couvert de petits filaments blancs {myceliym)^ est incapable d'entrer de nouveau en fermentation ; il se comporte en tous points comme la paille qui n'a pas été imprégnée de parties salines et alcalines et il s'altère sous l'action seule de l'humidité et des agents atmosphériques. A Grignon, où les plates-formes ont été substituées avec succès aux fosses, où les fumiers employés sont toujours homogènes, exempts de mycélium, bien fabriqués et suffisamment décomposés, un homme est sans cess.e chargé des soins de ces engrais ; il a pour mission de laisser le moins possible de vides dans la masse, et d'arroser les tas toutes les fois qu'ils manquent d'humidité.

Schwerz avait adopté à Hohenheim une disposition un peu différente de celle que je viens de mentionner. La plate-forme était de niveau avec le terrain environnant et ne formait aucune excavation, aucun exhaussement. Le sol n'était pas pavé, mais seulement formé de moellons posés de champ, recouverts d'une petite couche de débris de pierres un peu gros, puis d'une autre couche de débris moins gros, puis d'une autre couche de débris un peu menus mêlés et recouverts d'un peu de terre, le tout bien damé. Un lit de bons pavés remplacerait ce blocage avec avantage.

La fosse a (fig, 25 et 26) sépare en deux parties bb le lit du fumier. Chaque partie du lit a une pente totale d'environ 0,33 vers la fosse, afin que le purin y coule et s'y rassemble; mais comme une certaine quantité de liquide n'en découle

Fig. 25. Plates-formes allemandes.

pas moins des trois côtés des tas, les plates-formes sont entourées d'une rigole ce qui conduit ce liquide dans la fosse. A l'un des bouts de ce réservoir est solidement fixée une forte pompe rf, au moyen de laquelle le purin peut être ramené sur le fumier ou versé dans des tonneaux.

Fig. 26. Tas deynmier élevé sur une plate-forme allemande.

Pour faciliter la dispersion du liquide sur toutes les parties du fumier, on a adopté la disposition ee, qui consiste en plusieurs noues légères, faites de planches bien jointes. Chaque noue diminue de largeur d'un bout à l'autre, afin qu'elles

fubuers. 507

puissent se poser Yune dans Tautre. Elles sont portées par des chevalets //*, dont les pieds sont liés à leur partie médiane par un rivet; ces chevalets peuvent ainsi, en s'ouvrant ou en se fermant, présenter un point d'appui plus ou moins élevé, de manière qu'on puisse à volonté donner aux noues l'élévation et la pente nécessaires, suivant la hauteur du fumier. L'appareil peut être fadlement transporté d'une partie de la plate-forme sur l'autre.

Il est nécessaire que les parois de la fosse à purin, à laquelle on donne une profondeur de 1",30 à 1",65, et dont on proportionne la capacité à retendue de la plate-forme, soient revêtues en maçonnerie ou en madriers retenus par de forts poteaux en chêne. Le fond de la fosse doit être garni de terre argileuse bien damée. En outre, il est utile de couvrir la fosse de madriers, ou d'un grillage en bois et solide, mais qui ne s'oppose pas au suintement du liquide; cette disposition fait gagner de l'espace, en ce qu'on peut monter un tas de fumier sur la fosse même. Ce fumier a l'avantage, en été, de s'opposer à l'évaporation du liquide, et en hiver à sa congélation. Il reste une autre disposition à prendre, e'est de diriger dans la fosse les urines des étables et écuries, de placer au-dessus de la fosse, du côté opposé à la pompe, en X, des latrines pour les employés.

Ainsi, à l'aide de la plate-forme imaginée par Schwerz, on réunit sur un seul point tous les éléments de fertilité que produit une ferme.

En général, les plates-formes doivent être à la portée des écuries et des étables, à l'abri des eaux courantes, et facilemont accessibles aux voitures.

3* Conservation dans les étables. — La quantité de ftimier qu'on obtient en Belgique par chaque tête de gros bétail est considérable. Cette production abondante résulte de ce que

les fumiers st^journent et sont préparés dans l'intérieur des étables. Voici comment sont disposés ces bâtiments : Il existe, en avant des animaux, un trottoir k(fig. 27 et 28

Fig. 27. Plan d'une étable belge.

planchéié ou cimenté, sur lequel on dépose la nourriture qui leur est destinée, ou les baquets dans lesquels on leur donne les aliments liquides. Derrière les animaux, qui occu-

Fig. 28. Coupe d'une étable belge.

peut la surface B, il existe un emplacement C, au moins aussi large et un peu creux, dans lequel se rendent toutes les urinps, et où Ton dépose tous les deux ou trois jours les déjec-

tions, le fumier que les animaux ont produits. C*est dans cette légère excavation que le fumier fermente et subit sa décomposition. Quand la masse du fumier accumulé est considérable, on l'enlève toutes les deux ou trois semaines et on le conduit directement sur le champ auquel il est destiné.

Sous le trottoir, il existe une galerie voûtée, D {jïg, 28), dans laquelle on conserve les racines; les loges pour les veaux, F, F, F, F, sont situées en dehors de l'étable, et à leur extrémité il existe un vestibule E, qui renferme deux escaliers, l'un pour descendre dans la galerie voûtée, ' l'autre pour monter dans la partie supérieure de l'étable.

Cette disposition est très-avantageuse sous divers rapports : toutes les déjections liquides sont absorbées par les litières; les fumiers sont bien foulés par les animaux; on peut facilement répandre de la marne, de la cendre de houille, etc., sur Taire de l'étable. L'expérience a prouvé à Mathieu de Dombasle qu'il n'y a rien d'exagéré dans la quantité de fumier qu'on peut obtenir dans des étables ainsi disposées, lorsqu'on peut donner au bétail une grande abondance de litière. La quantité de fumier qu'il a recueillie dans ces sortes d'étables a été constamment presque double de celle que lui donnait le même nombre de têtes recevant la même nourriture, et placées dans une étable construite à la manière ordinaire, où le fumier était sorti tous les deux jours. Le fumier fabriqué dans l'étable belge était, lui aussi, supérieur à ce dernier engrais en qualité fertilisante.

La plupart d^s étables dans l'Ageaais offre un encaissement en contre-bas du trottoir intérieur de 0,30 à 0,40.

Si l'on a égard, comme le dit Schwerz, à la fermentation régulière qui s'établit dans la masse du fumier, et qui rt'est jamais interrompue, parce que la température de l'étable y est toujours douce et égale, parce que le vent, le soleil.

n'ont aucune action sur cet engrais $ si Ton prend, en outre, en considération l'économie des travaux de conservation, puisque le fumier est prêt à élre employé, puisqu'il attend la charrette pour l'enlever, on comprendra quels immenses avantages présente cette méthode. Thaër a donc raison d'observer que si, dans la plupart des exploitations rurales, on n'était pas arrêté par les dépenses assez élevées que coûte la construction d'une semblable étable, cette manière de fabriquer le fumier mériterait inévitablement la préférence, et devrait être universellement adoptée.

B. Dans les fermes où Ton suit la méthode d'engraissement connue en Angleterre sous le nom de méthode de Warnes, procédé qui consiste à séparer les animaux et à les enfermer isolément ou deux à deux dans des espaces clos appelés boxes ^ on laisse le fumier s'accumuler sous leurs pieds pendant un, deux et quelquefois trois mois.

Ces boxes ont de 7 à 9 mètres carrés, avec une profondeur de 0"»,65 à 0",85 en contre-bas du sol. La litière est renouvelée régulièrement tous les jours, afin que les animaux aient toujours un bon couchage.

Le fumier, par son accumulation dans ces espaces, fermente et se décompose en partie, sans laisser échapper des parties ammoniacales, parce qu'il y est tassé continuellement. Comme ce changement d'état a lieu à l'abri des pluies et du soleil, il est ordinairement plus fertilisant. Des analyses ont prouvé qu'il contient plus de matières organiques et de parties minérales solubles dans l'eau que le fumier composé des mêmes déjecîtiops et litières , mais que l'on a conservé dans des fosses ou sur des plates-formes. Un semblable fumier peut être charrié directement sur les terres.

Ce procédé est en usage depuis plusieurs années chez H. Decrombecque, à Lens (Pas-de^alais).

Traitement des famiers. — Le fumier de tous les animaux, sorti des bâtiments, doit être étendu , éparpillé uniformément, soit qu'on le conduise sur une plate-forme, soit qu'on Tentasse dans une fosse. Il est très-important que chacune des variétés de fumier dont on dispose soit étendue en couches minces et régulières. C'est une erreur de penser que le fumier peut être disposé sur une plateforme ou dans une fosse, en monticules ou en couches inégales. Lorsque le fumier est conduit sur ces emplacements au moyen d'une brouette, d'une civière ou d'un crochet, il y arrive ordinairement sous forme de petits monceaux ou de boudins ; il résulte de cette disposition qu'il existe toujours, quand les fumiers ainsi pelotonnés n'ont pas été stratifiés en couches peu épaisses et uniformes, des vides qui nuisent à leur bonne confection, en ce qu'ils facilitent la production de byssus. Pour que les divers fumiers constituent un excellent engrais, un fumier normal, il faut, autant que les locaux le permettent, qu'ils alternent les uns avec les autres, ne restent pas pelotonnés sur le tas, et qu*ils soient divisés, étendus à la fourche en couches minces f enfin, il est nécessaire qu'ils soient uniformément tassés par les pieds des h<xnmes, le va-et-vient des brouettes, le piétinement des animaux et la circulation des voitures ou des tombereaux. G*est en foulant régulièrement et fortement chaque strate qu'on prévient la moisissure, puisqu on détruit tous les vides, les interstices où elle s'engendre.

Mais il ne sufiit pas que le fumier de cheval alterne avec le fumier des porcs ou des vaches, et le fumier des moutons avec celui des bœufs, que les couches soient minces, unifor- ' mes, qu'il n'existe dans le tas le moins de vides, le moins d'intervalles possible ; il faut aussi que, durant les jours de Tété, les chaleurs intempestives et prolongées, la masse con-

512 ENGRAIS YÉGÉTAUX-ANUiAUX.

serve suffisamment d'humidité. Je le répète : lorsque la température se maintient élevée, tout fumier qui manque d*humidité suffisante et nécessaire à la fermentation perd de sa qualité, et il se dessèche sans se décomposer. C'est dans des circonstances analogues que le blanc, ou la moisissure, se développe avec spontanéité, et que le fumier perd le pouvoir de se convertir en une masse presque homogène. Pour prévenir ce fâcheux état, pour que le fumier continue à fermenter, à se transformer en une masse plus ou moins noire, plus ou moins onctueuse, on doit, quand il commmence à se dessécher soiis l'action du vent ou du soleil, l'arroser une, deux* ou trois fois par semaine, selon l'état de l'atmosphère et la température de l'air. On exécute les arrosements au moyen d'une pompe rustique ayant sa base plongée dans un résetvoir de purin situé près de la fosse ou de la plate-forme.

Beaucoup de cultivateurs couvrent aujourd'hui les tas de fumiers qui sont arrivés à une hauteur convenable, d'une couche de terre, de gazons, de boues de cours, de curures de route, etc. Cette couche terreuse superficielle, je le dis encore, jouit de plusieurs avantages : elle tasse la masse et permet à la fermentation de s'établir plus uniformélnent ; elle condense les gaz qui se dégagent du tas pendant cette même fermentation ; elle ne permet pas au soleil de dessécher complètement le fumier, et aux pluies de le pénétrer aussi facilement; enfin, elle défend le ftimier contre le grattage des volailles.

Lorsque, pendant les grandes chaleurs, l'humidité n'existe pas dans la masse dans une proportion favorable à la fermentation, on pratique de mètre en mètre, en tous sens, sur la surface du tas et dans toute l'épaisseur de la couche de terre, des trous au moyen d'une barre de fer. Ces ouver-

tares sont destinées à faciliter la pénétration du purin dans la masse lors des arrosements. *

La conduite des fumiers dans les fosses, ainsi que leur épandage, ne constitue pas une opération difficile, et tous les bouviers, vachers ou charretiers peuvent les exécuter convenablement. Le fumier que Ton entasse sur une plateforme exige, sans contredit, plus d'attention, plus de ré* flexion. C'est qu'il est essentiel que les bordures des côtés soient bien faites, bien torchées^ et que les parois du tas soient bien d'aplomb, c'est-à-dire verticales. Pour former ces bordures, on choisit avec la fourche du fumier un peu long ou pailleux, et on le plie sur lui-même ; puis on place la partie externe du pli de la fourchée sur le contour du tas, de manière qu'elle coïncide avec le bord des couches situées en dessous ; c'est en agissant ainsi à chaque strate que Ton parvient à élever les parois et à leur donner une très-grande solidité, puisqu'elles sont formées de cordons placés avec soin les uns sur les autres. Par cette disposition, comme les litières ne sont plus flottantes en dehors du tas, les liquides qui imprègnent la masse ont moins de tendance à s'épancher au dehors, et ils n'arrivent toujours à la plateforme qu'après avoir imbibé, traversé la presque totalité des strates.

Le nombre des arrosements à donner aux fumiers doit être aussi en rapport avec l'excipient uni aux déjections. La litière sèche et ligneuse, comme la bruyère, le genêt, demande beaucoup plus d'humidité pour se décomposer que la litière molle, humide ou absorbante, comme les pailles ou les roseaux. C'est en arrosant de temps à autre pendant l'été les fumiers composés de substances un peu résistantes qu'on parvient à les convertir en une masse très-fertilisante. Il faut regretter que les cultivateurs de l'Aiyou, de la II 33

514 ENGRAIS VEGETAUX-ANIMAUX.

Bretagne, du Languedoc, etc., ne comprennent pas encore les avantages des arrosements pendant les fortes chaleurs ; car il est incontestable qu'ils pourraient employer chaque an;iée, en automne, des fumiers plus homogèines et plus actifs.

On ajoute quelquefois aux fumiers, lors de la confection des tas ou du remplissage des fosses, des Iierbes vertes^ des plantes indigènes, arrachées dans les chanaps couverts de récoltes. Il faut éviter d'y mêler des herbes qui portent leurs graines ou qui peuvent se propager par racines. En général, on ne doit ajouter aux fumiers que des plantes annuelles ou bisannuelles, et encore doit-on arracher ces végétaux quand ils commencent à fleurir Les plantes vertes de marais, de fossés, d'étangs, de chemins, doivent aussi être coupées bien avant qu'elles aient formé leurs graines.

Lorsqu'on ne prend pas ces précautions, on charge les fumiers de semences de plantes nuisibles qui germent souvent sur les champs où les fumiers ont été appliqués et on souille la terre pour plusieurs années. On ne saurait trop mettre en garde les cultivateurs contre cette faute, dit Mathieu de Dombasle, car j'ai eu lieu de me repentir vivement de l'avoir commise. ^

Dans plusieurs fermes des environs de Paris, on verse des vidanges sur lestas de fumiers, à mesure qu'on les construit. Ces déjections humaines liquides et solides augmentent notablement la valeur des fumiers d'écurie. On se préoccupe peu de l'odeur qu'elles développent. On les transporte dans des tinettes lutées semblables à celles qu'on place dans les fosses mobiles.

Lorsqu'un fumier est couvert de moisissure, élat où il ne développe plus de chaleur, il faut le déplacer, le mêler à d'autres fumiers susceptibles d'entreren fermentation. Quand le tas est forjiié, on exécute immédiatement quelques arro-

sages, que l'on renouvelle lorsqu'on reconnaît que l'humidité est faible à l'intérieur de la masse.

Abris à doaaer a«x fiiBiiers. ^ L'action nuisible d'un soleil ardent sur le fumier a forcé de reconnaître l'utilité d'établir les fosses ou les plates-formes au nord d'un bâtiment, ou de les abriter par une ou plusieurs plantations de chênes ou d'ormes. Toutefois, il n'est pas nécessaire que tous les abords d'une fosse soient protégés par des plantations. Quand sa direction est sud-nord, on se contente de garnir d'arbres les côtés du midi et de l'ouest, de manière que la circulation des voitures soit libre sur les côtés du nord et de l'est, et que le fumier soit convenablement à l'abri du soleil pendant le milieu du jour. Cet ombrage a un autre avantage durant les jours où le soleil est ardent : il dispense d'effectuer des arrosages aussi fréquents.

Depuis fort longtemps on a proposé d'abriter les fumiers d'une toiture. Columelle observe que les cultivateurs expérimentés couvraient avec des claies ou des 1)ranchages tout le fumier qu'ils retiraient des bergeries et des étables, de crainte que le vent ne le desséchât ou que l'action du soleil ne le consumât. Sans aucun doute, ce moyen est préférable à l'abri offert par une plantation, puisqu'il préserve à la fois le fumier et du soleil et de la pluiej mais si cet abri protège complètement les fumiers dans le midi de la France, dans la Iiombardie et en Toscane il est dispendieux à établir, et la charpente qui le soutient nuit à l'accès facile des chariots, à la libre circulation des Voitures.

Nonobstant, le fumfer, protégé par un hangar, jouit de propriétés fertilisantes plus grandes que le fumier qu'on n'a pas soustrait à l'action du soleil et aux lavages des eaux plu* viales, ainsi que je l'ai constaté en Ecosse, dans la Provence^ le Languedoc et le Milanais.

516 ENGRAIS VEGETAUX- ANIMAUX.

FerncBiatiM. —Le fumter, après avoir été tassé et abandonné sur une plate-forme ou dans une fosse, s'échaùfTe et entre bientôt en fermentation ; alors une partie de son hunn'dité ^'évapore, des produits volatils, notamment le carbonate d'ammoniaque, se dégagent, le volume diminue, et l'engrais tend de jour en jour à se convertir en une masse homogène plus ou moins onctueuse, plus ou moins noire, selon le point auquel parvient la décomposition des litières et des déjections. Malheureusement, ce changement d'état, cette fermentation n'a pas lieu sans que le fumier éprouve une perte réelle ; et il est constant aujourd'hui que, quand ta fermentation est considérable ou violente, lorsque le fumier arrive à une décomposition avancée, il perd plus de la moitié de sa puissance fertilisante.

Les matières qui appartiennent aux règnes animal et végétal doivent subir préalablement une modification sensible, une altération profonde, pour servir d'aliments aux végétaux ; mais est-il nécessaire que leur nature soit complètement altérée, qu'elle soit presque détruite pour qu'elles favorisent la vie végétale? Non, sans doute. Si la pratique constate qu'il est utile de laisser le fumier se décomposer, se convertir en une masse homogène facile à se diviser, à se répandre avant de l'employer, elle reconnaît que la réduction du fumier en un petit volume constitue une perte irréparable, et qu'il faut la prévenir dans l'intérêt de l'existence végétale et de la fertilité des terres arables. Si le fumier réduit à l'état de beurre noir produit plus d'effet que le fumier frais, parce que son action est plus énergique, plus immédiate, on ne doit pas oublier que cette action ifest pour ainsi dire que passagère.

Pendant longtemps on a complètement ignoré les pertes que le fumier éprouve par la fermentation. Davy, il est

FUMIERS. b 1 7

vrai, avait prouvé qu'il se dégage, pendant ]a décomposition des fumiers, des produits susceptibles de nourrir les plantes. Ainsi, après avoir introduit du fumier en fermentation dans une cornue, il plaça le bec de cet ustensile sous les racines d'un gazon qui faisait partie' d'une bordure de jardin ; en moins d'une semaine, les plantes exposées aux émanations de la cornue végétaient bien plus vigoureusement que celles qui ne recevaient pas l'influence de cette évaporation. Cetfe végétation extraordinaire était due à l'action de l'acide carbonique et de l'ammoniaque, qui ont un effet si utile sur la végétation. Toutefois, c'était à Gazzeri qu'il était réservé de constater réellement les pertes que le fumier éprouve quand il est en fermentation. Cet expérimentateur renferma dans un vase de cuivre 40 livres poids de Florence de fumier de cheval, et plaça ce vase dans un endroit clos après l'avoir entouré de paille et recouvert d'une grosse toile surmontée aussi de paille; il constata à diverses époques leur poids absolu et la t>esanteur relative de leurs parties intégrantes. Voici les résultats qu'il a constatés :

Dates Poids Poids consiaté

des du Eatt. à Diminmion.

observations. fumier. chaque observât.

21 mars 10000 0,7081 » »

18 mai 10000 0,6824 0J297 0,2703

18 Juin 10000 0,6958 0,6972 0,3038

6juUlet 10000 0,6834 0,6466 0,3534

ISjuiUet 10000 0,6661 0.4519 0,5481

Ainsi, dans un espace de 119 jours, plus de la moitié de la matière organique s'est évaporée, et cependant la masse était dans un vase couvert et à l'abri de l'air et hors de l'influence de la chaleur solaire. Il est hors de doute que cette perte eAt été plus considérable si Gazzeri eût expéri-

mente sur une quantité plus forte de fumier et s'il eût exposé la masse à l'action des agents atmosphériques, comme le sont ordinairement les fumiers de nos fermes.

Kœrte a fait, il y a quelques années, des expériences dans le but de constater s'il est plus avantageux de faire usage de fumier frais ou de fumier |décomposé. Les résultats de ces expériences prouvent que le fumier abandonné aux influences atmosphériques, en tas ou en couches, perd sans cesse de son volume et de ses principes. Ainsi, il a reconnu que 100 parties de fumier frais se réduisent :

En 81 jours à 73,3; la perle est de 26,7 pour 100.

En 254 — à 64,3 — 35,7 —

En284 — à 62,5 — 37,5 —

En 339 — à 47,2 — 52,8 —

Ainsi, la perte que le fumier éprouve est beaucoup plus considérable au commencement de la fermentation que quand celle-ci a parcouru ses principales périodes.

Pourquoi le fumier réduit à l'état de terreau par une longue fermentation est-il moins riche en principes fertilisants que le fumier qui n'a pas encore éprouvé de décomposition? Cette question, jusqu'à ce jour, n'avait pas reçu une complète solution. M. de Gasparin s'est chargé de la résoudre, et de compléter ainsi les faits constatés par Gazzeri et Kœrte. Sur sa demande, M. Payen a analysé du fumier de couche épuisé ayant cessé d'émettre la chaleur qui annonce toujours la continuation de la fermentation; ce savant a reconnu qu'il ne contenait plus que 31,34 pour 1 00 d'eau, que sa. combustion laissait 39,50 pour 100 de parties minérales, et qu'il avait perdu plus de la moitié de son volume, plus de la moitié de ses principes solubles et 0,65 de son azote primitif, c'est-à-dire les deux tiers. Ainsi la déperdition de l'azote a été plus grande que celle des autres prin-

cipes du fumier. (Vest donc une erreur de croire, conime le pensent malheureusement encore beaucoup de cultivateurs, que la décompoisition du fumier augmente sa force et sa qualité.

Si une fermentation prolongée nuit à l'action fertilisante des fumiers, si pendant la décomposition active, rapide de ces engrais il s'échappe des produits qui pourraient servir de nourriture aux plantes, il est rare que de telles déperditions soient préjudiciables aux cultivateurs quand la fermentation est lente et modérée. Ainsi Thaër fait remarquer que le fumiei: soumis à une fermentation convenable, légère, continue, dégage peu de vapeurs ammoniacales et d'acide carbonique, et que ce n'est seulement que quand on le remue qu'il laisse échapper beaucoup d'acide carbonique, d'azote et d'hydrogène. Il faut répéter avec M. Boussingault que l'addition des litières amenées des étables contribue puissamment à empêcher la dispersion des principes volatils qu'il est. si . important de retenir dans le fumier ; ces litières, en effet, réparties avec discernement, deviennent un obstacle à l'évaporation et elles forment une couverture qui remplit le rôle de condensateur, en même temps qu'elles préservent les couches inférieures du contact trop direct de l'oxygène. Aussi reconnatt-on généralement qu'il est nécessaire, quand un tas de fumier a une hauteur de 1^,50 à 2 mètres, de le couvrir d'une couche de terre destinée à arrêter les substances volatiles qui s'échappent de sa masse.

Quoi qu'il en soit, d'un côté, on rend toujours la fermentation régulière en égalisant avec soin les couches successives, en opérant un tassement convenable, en privant le plus possible le fumier du contact de l'air ; de l'autre, on ralentit cette fermentation quand on évite de comprimer la masse, lorsqu'on permet à l'air d'y avoir accès, et qu'on

520 ENGRAIS VÉGéTAUX-ANIMAUX.

néglige pendant les fortes chaleurs d'exécuter les arrosements nécessaires.

Beaucoup de cultivateurs pensent encore, comme Columelle le croyait, que le fumier acquiert plus de valeur, plus de qualité, quand il a été remué quelques semaines ou plusieurs mois avant son emploi. Rien n'est plus préjudiciable à l'action (lu fumier que de le retourner, l'aérer pendant qu'il fermente. Quand un tas est complet, suffisamment volumineux, on ne doit plus y toucher. Il est vrai qu après avoir été remué et divisé il fermente plus promptement; mais, si on réfléchit que par cette opération on met le fumier en contact avec l'air, et qu'il perd ainsi une partie de ses principes essentiels, de son azote, par exemple, on reconnaîtra combien C6tte pratique est défavorable à l'énergie de cet engrais, et combien elle nuit aux intérêts de ceux qui la font exécuter.

Le point oij doit s'arrêter la décomposition du fumier est assez difficile à préciser. Toutefois, comme il y a moins d'inconvénients à employer des fumiers frais que des fumiers arrivés à une décomposition avancée, on comprend qu'il suffit que les déjections et les litières aient perdu leur aspect primitif, leur cohésion, qu'elles soient arrivées à un point où elles peuvent facilement disparaître dans la terre pour qu elles puissent être employas comme matières agissantes et fertilisantes.

Selon M. Boussingault, il faut enlever le fumier avant que les parties supérieures, récemment ajoutées, soient en voie d'altération; autremen.t la masse tout entière entre en pleine fermentation, et les matières volatiles n'étant plus arrêtées au passage par la couche supérieure, s'échappent et vont se perdre dans l'air. C'est en suivant cet excellent précepte que la fermentation pr^^alable rend véritablement les fumiers

FUMIERS. SSl

plus assimilables pour les plantes, sans nuire à leur force, à leur énergie, puisqu'elle précipite avec avantage l'apparition des sels ammoniacaux. Sans doute, le fumier appliqué à l'état frais éprouve dans le sol cette modification, cette altération ; mais^ il existe, entre lui et le fumier qui a convenablement fermenté, cette différence qu'il agit sur les plantes avec beaucoup plus de lenteur.

Schwerz rejette la fermentation préalable, et il admet que ' le fumier, comme tous k'S corps privés de vie, se décompose dans le sol; il s'appuie sur ce principe, que les plantes n'ont pour se sustenter, que les parties du fumier laissé par Tévaporation et les circonstances atmosphériques, et qu'elles absorbent d'autant plus ce restant que la décomposition préalable l'a rendu d'une plus facile assimilation. Cet agriculteur observe, en outre, que non-seulement le fumier frais se décompose plus lentement, prépare aussi de la nourriture pour la période suivante de la végétation des mêmes plantes, et des aliments encore pour les plantes qui pourront succéder aux premières, mais qu'il réchauffe le sol, le désacidiOe, qu'il réveille et remet en action la force des résidus difGciles à décomposer, provenant des fumures précédentes. Ce raisonnement est judicieux, s'il est question de comparer le fumier qui a séjourné dans des fosses quelques mois seulement, au fumier qui a été transformé en une espèce de compost étant arrivé à son maximum de fermentation ; mais on comprend qu'il ne peut en aucune manière influencer les esprits en faveur de l'emploi des fumiers nouvellement produits, ou qui n'ont séjourné que quelques jours dans les étables ou les beuveries: c'est qu'il est difficile d'admettre que les litières des fumiers produits et recueillis chaque jour soient assez chargées de déjections solides, assez imbibées d'urine quand elles sortent des bâtiments, pour que le culti-

522 ENGRAIS VÉGIÎTAUX-ANIMA'JX.

vateur conserve l'espérance, en les conduisant à leur destination, qu'elles suffiront aux besoins des plantes qui ont une courte existence ou une végétation précipitée.

Dans la plupart des circonstances, un fumier à demi décomposé est préférable au fumier arrivé à l'état cîe beurre Nnoir et au fumier qui n*a subi aucune f'rmentation.

QnaaCité de ffanler à api>llqiier. — Jusqu'à ce jOUr, il a

été difficile de se rendre compte des motifs qui ont engagé les cultivateurs à répandre telle ou telle quantité de fumier de préférence à telle ou telle autre, de saisir les motifs qui les portaient à considérer telle quantité dans telle contrée comme une fumure complète, alors que dans telle autre localité, bien qu'appliquée sur des terres de même nature, de même fertilité, et pour de semblables récoltes, cette même quantité élaii regardée comme une demi-fumure.

Il appartenait à la science de démontrer que la routine ne peut plus présider à la détermination de la quantité de fumier à appliquer par hectare; que le cultivateur doit désormais se rendre compte de Tinsuflisance ou de Texcès des fumures appliquées, et qu'il existe maintenant des bases pour calculer rigoureusement, dans toutes les situations, la quantité d'engrais à appliquer aux différentes cultures, de manière à arriver ;.u résultat le plus avantageux sous le rapport du produit net. Le problème à résoudre est donc celui-ci : quelle est la quantité de fumier nécessaire pour obtenir un produit déterminé d'une plante donnée?

Si toutes les plantes absorbaient la même quantité d'engrais, il serait facile d'indiquer quel est le quantum que la terre doit contenir pour obtenir ce maximum donné; malheureusement chaque plante, plus ou moins avide d'engrais, plus ou moins prompte à s'en emparer, n'en absorbe qu'une quantité variable suivant sa nature.

Voici d'après M. de Gasparin les aliquotes des principales plantes agricoles, c'est-à-dire la quantité de fumier que les plantes absorbent d'une fumure donnée :

Tl. à grains farineux.

Blé 29

Seigle 35

Plantes fourragères.

P. lOO.

Pommes de terre. 46 Betterares 35

Orge d'hiver. ... 56 Carottes 40

'Avoine 53 Rutabaga 67

Sarrasin. 36

Riz 29

Millet 61

Maïs : 37

Haricots 67

Chou 54

Courge 38

Ray-grass 29

Moha 50

Mais 50

Plantes industrielles.

Colza 36

Pavot 27

Madia 44

Cardère 30

Garance 17

Pasiel 80

Gaude 40

Tabac 36

Chanvre 70

Ce tableau ne comprend pas les plantes améliorantes : trèfle, luzerne, sainfoin, vesce, etc.

D'après ces aliquotes et l'azote contenue dans les produits, il faudrait, suivant M. de Gasparin, appliquer les quantités suivantes de fumier par chaque 100 kilog. de produit à l'état normal qu'on veut obtenir :

Blé.

+ 227 kil. de p:\ille 2197 kil. de fumier.

Seigle +222 — 1815

Orge + 186 — 1010

Avoine + 162 — 1132

Sarrasin + 72 — 1700

Riz + 130 — 1300

Millet +235 — 1470

Maïs +206 — 1375

Haricots..'. + 100 — 1870

Pommes de terre. . . + 23 kil. de fanes 2675

Betteraves + 100 kil. de paille .^00

Carottes + 35 — 367

Rutab«ïga + 68 — 130

Chou ;. 92

Courge + 50 kil. de fanes 95

Ray-grass . 1132

Moha 250

Maïs pour fourrages 950

Colza + 165 kil. de paille 2870

Pavot +256 — 3990

Madia ... +318 — 3020

524 ENGRAIS VÉGiStaUX-ANIMAUX.

Caiïlère + 100 k il. de tiges . . . 4950 kil. de fumier.

Garance + 150 — 3020 —

Pastel 1250 —

Gaude 3665 —

Tabac + 100 k. tiges et racines 24492 —

Chanvre 2106 —

Si, d'après ces données, on appelle x l'engrais à fournir au sol, a la quantité d*azote contenu dans 100 kilog. du prod..it à l'état normal, r Taliquote que la plante prélève sur l'engrais total, on a :

Supposons qu'on veuille, d'après cette formule, connaître l'engrais à fournir pour obtenir 100 kilog. de blé qui absorbent avec la paille 2^",55 d'azote, Taliquote étant 29, on aura ;

X = |^= 8"', 79 azote ou 2197 kil. de fumier.

Pour une récolte de 2400 kilog.. ou 30 hectol., plus la paille, on a :

ou

^^2,55X24 quint, mét.^^^^,,^^^

Ainsi, une récolte de 2400 kilog. de blé exige 21^*^03 d'azote, ou 52 700 kilog. de fumier; mais, après la récolte, comme tout l'engrais n'a pas été absorbé, il restera en terre, au profit des récoltes subséquentes, la quantiié d'azote suivante :

211*", 03 — 24 quintaux X 5 ,55 ou 61''" ,20 = 149"' ,83.

La quantité d'azote 110'",83 indique donc que la terre recèle encore 37 450 kilog. de fumier. Ce résultat est confirmé par la formule suivante: ainsi, si la récolte de 2400 kilog. de blé absorbe 61''",20 d'azote, on a :

0,29: 100:: 61"' ,20: a?; d'où a; = 21 l"S03 d'azote.

FUMIEHS. 525

Supposons avec M. de Gasparin qu'il soit question d'adopter l'assolement triennal : 1*" jachère, S"" froment, 3^ avoine, avec rintention d'obtenir des produits maximum : 3000 kilog. ou 40 hectolitres de blé, et 2900 kilog ou 60 hectolitres d'avoine; il faudrait appliquer sur la jachère 264 kilog. d'azote ou 66 000 kilog. de fumier. Alors on aura pour l'épuisement les résultats suivants :

Blé 77 kil. azote ou 19250 kil. de fumier.

Avoine 70 — 17 500 —

Total 36 750 kil.

Il restera donc dans la terre, après la rotation, 97 kilog. d'azote ou 29 250 kilog. de fumier I

Si l'on adopte l'assolement quadriennal suivant : 1* betteraves, 2*» avoine, 3» trèfle, 4» blé, on aura :

Bngrais à fournir. En^r^ÏH restant.

kii. uote. kil. fumier kil. azuie. kil. fumier.

Betteraves 2000 ou 500000 1340 ou 335000

Avoine > > 1207 301000

Trèfle > > 1198 299500

Blé » » I12I 280550

Ainsi un tel assolement absorberait 879 kilog. d'azote ou 219 750 kilog. de fumier, et enrichirait le sol après la rotation de 280 000 kilog. de fumier. J'ai supposé, avec M. de Gasparin, les productions suivantes par hectare :

Betteraves 100000 kil. de racines.

Avoine 60 hectolitres.

Trèfle 7 000 kil. de foin.

Blé 40 hectolitres.

En admettant des produits moitié moins élevés, il resterait encore dans la terre, à la fin de la quatrième année, 140 000 kilog. de fumier 1

Ces résultats prouvent combien le système proposé pir M. de Gasparin est inadmissible. Voici celui que j'ai adopté,

parce qu'il s'harmonise avec les données fournies par la pratique :

Fumier DécesMîre

l'IaiiU-i». Poids de l'hêclol. ^ ,b^

par 100 kil. par beciul.

Blé 78 kil. 640 kil. 500 k il.

Seigle 72 630 460

Avoine 48 600 300

•Orge 63 560 350

Mais 76 510 400

Sarrasin 60 600 350

Bellerave. » 65 b

Pommes de terre. ...» 75 »

Topinambour » 85 >

Carotte > 60 »

Navet > 100 B

Rutabaga > 50 »

Cbou B 90 >

Colza 70 1000 730

Pavot 60 1100 700

Garance » 2000 b

Cardëre » 1500 b

Tabac » 4000 »

Appliquons ces données à divers assolements : Si nous nous demandons quelle doit être la fumure qu'il faut appliquer par hectare lorsqu'on suit Vassolement triennal sur des terres produisant 20 hectolitres de blé et 30 hectolitres d'avoine, nous aurons :

20 hect . blé X 500 = 1 0 000 ki I .

30 — avoine x 300 = 9000

Total 19000 kil.

C'est donc environ 20 000 kilog. de fumier qu'il faut appliquer par hectare. ^

S'il est question de Vassolement quadnennal, en usage sur des terres sur lesquelles le blé produit en moyenne 30 hectolitres par hectare, on aura :

Ursule, 300 quintaux de betterave ..X 65 = 19500 kil. 2* sole , 30 hectol. de blé de mars. . x 500 = 15000 4* sole , 25 — de blé d'hiver ... x 500 = 1*2 500

Total du fumier nécesbaire 47 000 kil.

FUKIERS. 527

Enfin, si Ton veut connaître la quantité de fumier que Ton applique à Grignon, où Ton suit un assolement de six ans, on trouve :

Quiniaux. Kil. de fuiuier.

1 " sole , 100 ares betlerav e 400 X 65 = 26 000 kil.

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