sole, 1 hect. blé d'hiver 20 X
b'sole, 1 — colza 18 X 1000=18000
e* sole y 1— blé d'hiver 20 X 640 = 12 800
Total du fumier nécessaire 85 700 kil.
Ce résultat est justifié par Ks faits que Ton observe chaque année à Grignon. J'ai dit précédemment qu*on appliquait par hectare 75 000 kilog. de fumier, et qu'on complétait la fumure par le parcage ou la poudrette. Le reliquat d'engrais qui reste dans le sol à chaque rotation justifie ce principe : l'assolement en usage à Grignon est améliorant, et il a permis d'augmenter la fertilité des terres du domaine.
On remarquera que les quatre premières soles exigent une fumure de 54000 kilog.
Si l'on voulait cufliver des betteraves tous les deux ans et les faire suivre par une céréale d'hiver ou de printemps, il faudrait à chaque rotation^ d'après les faits que je viens d'inscrire, appliquer une fumure de 35 000 à 40 000 kilog. de fumier suivant le rendement en betteraves et en blé.
Je reviendrai sur tous ces faits, avec plus de détails, en étudiant les assolements. (Voir les assolements et les systèmes DE CULTURE, p. 225.)
Toutes choses égales d-'ailleurs, le cultivateur qui veut accrottre et la fécondité des terres qu'il cultive et les produits qu'elles peuvent donner, doit fumer dans la prévision d'obtenir un produit moyen supérieur à celui qu'elles fournissent.
Quelques exemples expliqués à l'aide de la formule déter-
minée par M. de Gasparia suffiront pour démontrer l'importance de ce principe.
Ainsi soit Xj le prix d'une quantité donnée de produit (mesure ou poids); /, le loyer de la terre; f, le prix du travail nécessaire, y compris celui de la récolte; e la valeur de l'engrais absorbé par le produit; g, la quantité de produit donnée par la récolte; /*, les Trais généraux de Texploitation, on a :
Soit maintenant, d'après le compte du froment cultivé par Mathieu de Dombasle et inséré dans le neuvième volume des Annales de Roville :
Supposons, d'abord, que le froment est cultivé sans engrais et qu'il donne un produit en grain de 600 kilog., ou 8 hectolitres par hectare, et en paille de 1395 kilog., ayant une valeur de 27 fr. 90 ou représentée par 116 kilog. de blé à 17 fr. 95 rhectolitre; la rëcolte totale sera de 716 kilog. de blé moins 150 kilog., ou 2 hectolitres pour les semences. Alors on aura :
Le kilogramme de froment vaut donc 0 fr. 303, et les 100 kilog. 30 fr. 30; soit 22 fr. 75 Thectolitre du poids de 75 kilog.
Si on donne à la terre, comme Mathieu de Dombasle le pratiquait à Roville, la moitié d'engrais nécessaire pour soutenir un assolement de 5 ans : !• jachère, 2*» froment, 3' trèfle,
FUMIBRS. 29
4* froment, 5"* avoine, soit 20000 kilog. de fumier sur le blé, on aura :
OU 22 fr. 80 les lÔO kilog., ou 17 fr. 05 l'hectolitre.
En appliquant des fumures doubles de celles qu'il appliquait, c'est-à-dire 40 000 kilog. de fumier par hectare au lieu de 20000 kilog., Mathieu de Dombasle aurait, sans contredit, obtenu avec le temps 2000 kilog. de blé, et les résultats économiques auraient été :
44',90 + 52',87 4-92',30 + 45',53+148'72 ^, ,^, * = 2ÔÔÔT385 = ^ '^^*-
Le prix de revient des loa kilog. aurait donc été de 16 fr. 10 et rhectolitre de 12 fr. 88. Ce dernier chiffre mérite une attention particulière; il démontre qu'au lieu de réaliser un bénéfice moyen de 12 fr. 97 par hectolitre, ce même produit net se serait élevé h 126 fr. 75, car il est hors de doute que le produit en froment aurait atteint en moyenne 2000 kilog. par hectare, soit 25 hectolitres au lieu de 14 hectolitres 32.
On doit conclure de ces résultats qu'il faut fumer chaque plante avec une quantité d'engrais telle qu'elle puisse produire, sauf les accidents, une récolte supérieure à celle qu'elle a donnée précédemment.
1. Cette somme représente la valeur des semences. Toutes les fois queia semence a une valeur plus élevée que celle du grain de froment, sa valeur doit être ajoutée au dividende et non déduite des produits inscrits au diviseur ; la formule devient alors :
s représente la \aieur de la graine employée (.our semence.
2. Cette quantité de grain repiéscnle la valeur de la paille.
M. de Gasparin a proposé de formuler ainsi la loi des engrais : fumer au maximum, partout et toujours, chaque plante que Von cultive. La pratique n'admettra jamais une telle théorie I
Nonobstant, on ne saurait déterminer la quantité d'engrais nécessaire pour la culture qu'on veut suivre, sans bien connaître la nature du sol et son degré de fertilité.
Je rappellerai que j'ai indiqué, en étudiant la valeur relative des terrains, les moyens à l'aide desquels on dolcrmine la richesse ou l'engrais qui reste en terre après les récoltes.
On sait que c'est ce reliquat ou cette accumulatio/i de matières organiques qui constitue ce qu'on appelle la fécondité.
Transport des ffbmiers. — Les époques oii le fumier doit être transporté sur les terres dépendent toujours de l'ordonnance des successions de culture et de la nature des plantes que l'on cultive. L'agriculteur ne peut pas déterminer arbitrairement ces époques ; telle plante demande que les terres soient fumées durant l'hiver; telle autre exige, au contraire, que les engrais soient conduits au printemps ou en été.
Voici les époques où on les applique le plus généralement :
l'» En hivcTy lorsque \h sol est durci par la gelée, pour les pommes de terre, betteraves, cai*ottes, pavots, vesce, jarosse et pois gris de printemps;
2« Au printemps, pour les mêmes plantes et le lin, chanvre, tabac, choux, rutabagas, navets, courges, maïs, sarrasin et millet;
30 En été, avant ou après la moisson lorsque les attelages ont peu d'occupation, sur les jachères pour le colza, la navette et les céréales d'automne;
4« En automne, quelqdés semaines avant d'effectuer les ensemencements, pour le seigle, le blé ou l'avoine d'hiver, ou
après lç8 semailles sur les blés, luzerne, trèfle, sainfoin et lupuline en végétation.
Lorsque les transports doivent avoir lieu à la fin de Thiver, on profite souvent, pour les effectuer, des hÂles qui surviennent en février ou en mars, et qui dessèchent la surface de la couche arable.
Ces transpt)rts s'efiectuent tantôt avec des charrettes, tantôt au moyen de chariots. Quel que soit le véhicule dont on se sert, il est important de bien coordonner le nombre des chargeurs et des voitures avec la distance que chaque attelage doit parcourir. Il est beaucoup plus économique de n'avoir qu'un attelage et deux voitures que deux attelages et deux charrettes, à moins que la distance à parcourir soit considérable. Quand le champ à fumer n'est pas très-éloigné du point où réside le fumier à transporter, il arrive souvent, quand deux attelages sont chargés d'effectuer les transports, ou qu'ils se rencontrent au tas, ou qu'ils arrivent au même moment sur le champ. Quand de tels faits ont lieu, le transport des fumiers se fait avec une très-grande lenteur; et alors, ou celui ou ceux* qui chargent ne sont plus en rapport avec la quantité de fumier qu'il faut placer instantanément dans les voitures pour que les attelages soient constamment en travail, pour qu'ils ne restent pas longtemps inactifs, ou ils restent oisifs, puisque les voitures sont toutes deux en déchargement.
Voici la combinaison qu'on doit adopter pour éviter de telles pertes de temps : quand on doit transporter des fumiers, irfaut toujours que, la veille, une des voitures soit chargée et prête à être conduite ; le lendemain matin, le conducteur attelle immédiatement son attelage sur ce véhicule, et le conduit sur le champ où le fumier doit être appliqué; à peine la voiture est-elle déplacée que les chargeurs approchent du
tas OU de la fosse une voiture vide qu'ils s'empressent de charger. Dès que le conducteur est de retour des champs, il dételle les animaux et les attelle immédiatement à la voiture chargée. Aussitôt que cette dernière a quitté les abords de la fosse ou de la plate-forme, les chargeurs remplissent la voiture qui vient de revenir à vide. Lorsque la distance À parcourir est grande, on emploie deux attelages et trois voitures. Alors il y a toujours une voiture en déchargement, une autre qui va ou revient; la troisième est celle que Ton charge pendant Taller et le retour. De cette manière, les attelages et les travailleurs sont sans cesse occupés.
Tous les cultivateurs qui savent apprécier la valeur du temps, les conséquences fâcheuses d'une mauvaise distribution dans les travaux et les pertes que l'exploitant éprouve lorsque les attelages, les hommes sont mal surveillés, mal dirigés, connaissent les avantages que présente cette combinaison et la mettent chaque année en pratique.
Quand le fumier est arrivé à une décomposition avancée, aucune voiture chargée ne doit quitter la cour sans que l'engrais ait été tassé ou battu à la pelle. C'est en agissant ainsi qu'on évite les pertes de fumier qui ont lieu pendant chaque voyage sur le parcours, au détriment des plantes cultivées.
Le chargement des voitures n'est ordinairement exécuté que par des hommes, et il s'etTectue plus ou moins promptement selon la force, l'habileté des travailleurs, l'état du fumier, et le mode de conservation adopté. Un homme charge plus aisément une voiture lorsque le fumier est situé sur une plate-forme que quand il a été déposé dans une fosse.
Il est nécessaire que les ouvriers enlèvent le fumier déposé sur les plates-formes en opérant par tranches successives et verticales. Si le fumier était enlevé par couches horizontales,
PUMIERS. 533
on chargerait d'abord le fumier frais qui forme la zone supérieure^ ensuite le fumier à demi consommé qui occupe la zone intermédiaire^ enfln le fumier consomme qui constitue la zone inférieure,
Meyer a observé qu'un ouvrier peut charger en une journée de travail ordinaire 8 voitures de fumier de 1™,40 cubes, soît en tout 11 mètres cubes; si le fumier pèse 730 kilog., il chargera donc chaque jour 8000 kilog. D'après Kreissig, un tiomme, en une journée de travail de 10 heures, charge 14 mètres cubes, soit 1",40 cube par heure, ou 1 mètre cube en 42 minutes; ce résultat est celui sur lequel il faut compter quand il est question de fumier normal. Schmalz évalue ce chargement à 14",5 cubes par jour; Block porte aussi ce travail à 14 mètres cubes ou 10000 kilog. A Grignon, où les fumiers sont conservés sur des plates-formes, un homme charge aussi environ 10 000 kilog. de fumier par jour dans des chariots.
Dans les fermes de la Brie, où on emploie des charrettes, véhicules plus difficiles à charger que les voitures à quatre roues, où le fumier est déposé dans des fosses, un homme ne charge pas par jour au delà de 8000 kilog. En Bretagne, où les déjections des animaux sont généralement mêlées à des tiges de bruyère, d'ajoncs ou de genêts, un homme ne charge jamais plus de 6000 kilog. par joUr.
On paye à Grignon, pour le chargement d*un chariot de 3 mètres à 3",50 cubes, 30 c. ; un tombereau de 1"»,60 à 1",80 cubes n'est payé que 20 c.
Quand on charge du fumier sur un chariot on enlève ordinairement une des ridelles.
Quelle est la quantité de fu^^ier qu'un attelage peut transporter par jour? Cette question ne peut être résolue que quand la distance à parcourir est connue.
534 ENGRATS VÉGÉTATTX-AïaMAUX.
D*après A. Block, une voiture attelée de deux chevaux fait en moyenne dans les jours longs ou courts de Tannée:
Distances. Voyages. MèUcabes. Kilogr.
De là SOOmètres 22 27,50 19800
Block a supposé que, terme moyen, un cheval attelé à une charrette ou à une voiture, parcourt pendant 10 heures, avec une vitesse de 0"»,83 par seconde, 30 000 mètres ou 30 kilom., moitié chargé et moitié à vide ; qu*il existe des voitures de rechange au lieu de chargement auxquelles on attelle les animaux aussitôt qu*ils arrivent dans la cour, pour ne pas les laisser inactifs pendant le chargement des voitures, et qu'à chaque voyage on emploie un quart d'heure à dételer et à atteler les chevaux; enfin, il admet que la quantité de fumier transporté à chaque voyage par deux chevaux est de l'",25 cube, ou 900 kilog.
Lorsqu'on défalque de la durée du travail, qui est de 10 heures par jour, le temps pendant lequel on attelle et on dételle les animaux, on reconnaît que la vitesse moyenne des animaux par seconde est conforme aux données constatées par la pratique. Ainsi, d'après les chiffres inscrits dans le tableau précédent, pour une distance de 600 mètres, l'attelage doit avoir, pour exécuter dans une journée 15 voyages, une vitesse de 0"»,80 par seconde; pour celle de 986 mètres, une vitesse de 0™;89; pour celle de 2100 mètres, une vitesse de 0",89; dans cette dernière hypothèse, il doit (aire 6 voyages; dans celle qui la précède, il peut en exécuter 12.
FtJMIERS. 535
Quand les chemins à parcourir sont en mauvais état, et que les champs sont d'un accès difficile, il faut compter sur un tiers en moins de travail.
Un homme décharge une voiture de fumier de l",25 cube ou 900 kilog., en 10 à 12 minutes; un chariot de S'-jG cube, en 17 à 20 minutes.
Disposition des fumiers dans les elianps. — C*est au
chef de l'exploitation qu'est dévolue la tâche de déterminer et la quantité de fumier à appliquer par hectare, et le poids, le volume que doivent avoir les tas de fumier dans les champs.
Dans les contrées où Ton comprend les avantages que présente une bonne répartition des engrais, les tas de fumier, ou fumerons, ont des poids à peu près égaux, et ils sont espacés très-régulièrement les uns des autres (fig. 29).. La distance qui sépare les fumerons est le plus ordinairement de 7 à 8 mètres, ce qui donne, au moment de Tépandage, un jet de 3",50 à 4 mètres. Quelques agriculteurs veulent que la distance qui sépare les tas soit de 10, 12 et 14 mètres; cet éloignement est véritablement trop grand; il faut des ouvriers habiles, énergiques, pftur qu'à une telle distance le fumier soit convenablement divisé et éparpillé. On ne doit pas oublier que moins le jet est considérable, et plus la répartition du fumier est régulière.
Si les tas de fumier sont espacés les uns des autres de 7 mètres en tous sens, chaque tas couvrira une superficie de 49 mètres carrés,, et leur nombre par hectare sera de 204 ; et si la fumure à appliquer sur cette même superficie est de 40000 kilog., le poids de chaque fumeron sera
40000 kil. ,„^,.,
Une voiture de l'",25 cube de fumier, soit 900 kilog., contiendrait donc 5 fumerons.
Le moyen le plus certain de déterminer su r-le-champ les points où doivent être placés les fumerons, consiste à tracer, au moyen d'une charrue, des lignes parallèles dans le sens de la longueur et de la largeur de la pièce. Chaque point d'intersection des lignes indique les endroits où les tas de fumier doivent exister. On peut aussi recourir à des jalons, mais ce
Fig. 29. Conduite , épandage et enfouissement du fumier.
moyen de déterminer la direction des chaînes ou lignes de fumerons et la distance qui doit les séparer les unes des autres, ne peut être suivi avec avantage que par des laboureurs très-exercés à celte opération. Il faut se rappeler que les premières lignes ne doivent pas être tracées à 7 mètres des côtés du champ et dans le sens de sa longueur, mais dans celui de sa largeur ; quand les premières lignes ont été ainsi déterminées ,
FUMIEHS.
les fumerons qu'on y dépose ont à couvrir une superGcie carrée plus grande que ceux placés sur les lignes intermédiaires, c'est-à-dire à l'intérieur du champ.
Ainsi, soit une planche de 24",50 de largeur à couvrir de fumier; si les chaînes sont placées suivant les lignes AA, BB, ce {fig. 30), et celles DD, EE, FF, GG, les fumerons ou tas de fumiers situés en 0,0,0,0,0,0, à l'intersection des lignes longitudinales et transversales, seront éloignés des bords de
Pig. 30.
la planche ab et ad de 7 mètres; ces tas de fumier devront donc couvrir, indépendamment de la superficie comprise entre les bords de cette planche et les lignes A,A et D,D, la moitié de celle déterminée par les lignes A,A et B,B et celles D,D et E,E, c'est-à-dire une superficie carrée de 73",50 et de 110 mètres, suivant la situation des fumerons; tandis que ceux situés en S,S,S,S,S,S n'auront à couvrir que 49 mètres, étant espacés les uns des autres de 7 mètres et des lignes
ponctuées de 3", 50 seulement. Pour éviter ces inconvénients, qui nuisent toujours à une égale répartition de l'engrais, il faut diviser la largeur de la planche par un nombre compris entre 7 et 10 en maximum, ce qui donne le nombre de lignes de fumerons, et prendre ensuite la moitié du diviseur; le résultat indique la distance qui doit exister entre la première ligne et le bord de la planche. Ainsi,
-— = 3 lignes de fumerons.
Comme la moitié de 8=4, c'est à 4 mètres des limites opeXot {fig, 31) de la planche qu'il faut tracer les premières lignes 1,1 et 4,4, suivant la longueur et la largeur du.terrain. De cette manière les fumerons a,a,o,a,a,(i couvriront une superficie carrée de 64 mètres, et cette surface sera égale à celle sur laquelle seront étendus les tas î,i,i,i,t,i, placés aux intersections des lignes 2,5; 2,6; 2,7; 3,5; 3,6; 3,7.
On doit donc poser comme principe que les fumerons bordant les côtés' d'un champ doivent être éloignés de ces bords d'une distance égale à la moitié de l'intervalle qu'on observera entre tous les fumerons.
Quand on constate, lorsqu'on arrive au bout des lignes, que la distance de l'emplacement du dernier tas à la limite du champ est plus forte ou plus faible que cette moitié, on proportionne le poids des derniers tas avec la surface qui reste à fumer ou à couvrir.
Lorsque les champs sont unis et peu déclives, le fumier doit être réparti très-uniformément, et tous les fumerons doivent avoir le môme volume, le même poids. Dans les terrains en pente on s'éloigne souvent de cette règle, et les parties hautes reçoivent une quantité d'engrais plus grande que les parties inférieures. Cette manière d'agir est rationnelle, parce que les eaux pluviales entraînent toujours vers les par-
ties basses une forte partie des principes fertilisants des fumiers, surtout quand ces engrais sont employés à un état de décomposition avancée.
Épanda^ des f amiera. — L*épandage des fumiers est une des opérations agricoles les plus importantes. Aussi s'accorde-t'On généralement à reconnaître qu'elle doit être confiée à des ouvriers intelligents et surveillée avec beaucoup de soin par le cultivateur. Cet épandage se fait ou à la tâche ou à la
* Fig. 31.
j ournée. Le travail à la journée est préférable à celui qui est fait à forfait : le fumier est toujours mieux divisé, mieux étendu. Il arrive souvent, quand cet épandage est fait à la tâche, que la manière inégale suivant laquelle on éparpille le fumier entraîne des irrégularités de végétation qui indiquent que certains endroits ont reçu une surabondance d'engrais, tandis que d'autres en sont, pour ainsi dire, dépourvus.
Voici les règles à suivre pour obtenir une répartition con-
venable : un ou plusieurs ouvriers (voir fig. 29), suivant la quantité de fumier à répandre et l'étendue à fertiliser, armés de Tourches, projettent Tengrais qui compose les fumerons sur rétendue que chacun doit couvrir; cette opération exige des hommes vigoureux, surtout lorsque le fumier est aggloméré et que le jet est de 3 à 4 mètres. Ces ouvriers sont suivis de femmes, de jeunes gens, d'enfants même, armés aussi de fourches, ayant pour mission de rompre, de diviser et étendre les agglomérations, les fourchées de fumier le plus également possible à la surface du sol, en évitant d'en mettre dans les dérayures. Les épandeurs doivent être accompagnés d'un homme intelligent chargé de les diriger et de veiller à la bonne exécution de leur travail. Lorsque le fumier est pailleux et chargé de crottin ou lorsqu'il est arrivé à un état de décomposition avancé, les ouvriers qui projettent le fumier doivent avoir la précaution, quand un fumeroaa été dispersé, d'enlever, au moyen d'une pelle, les parties menues qui restent sur l'endroit où le tas était situé, ces débris sont souvent trop petits pour être dispersés avec une fourche.
Le fumier de cheval est le plus facile à épandre; celui de mouton est le fumier qui offre le plus de difficultés. Le fumier mixte, toujours moins pailleux que celui des chevaux, est certainement l'engrais qu'on répand le plus uniformément.
Dans les contrées où le sol est morcelé, où les façons se font à bras, on trouve avantage à épandre le fumier à la main. Cette opération, beaucoup plus dispendieuse que l'épandage fait par des ouvriers munis de fourches, est nécessaire, indispensable dans les cultures du lin, du chanvre, etc. C'est que le fumier, divisé et éparpillé à la main, est mieux étendu sur la couche arable, et produit toujours une végétation plus soutenue et plus uniforme.
FUMIERS. bki
Les fumerons peuvent-ils séjourner sur le sol pendant quelques jours ? Le fumier ne doit-il être conduit qu'à mesure que les ouvriers peuvent l'étendre ?
Lorsqu'on examine ces deux questions sous un point de vue théorique, on reconnaît que le fumier perd de ses propriétés fertilisantes quand il n'est pas éparpillé et enterré le jour même o\x4\ a été conduit; mais si les faits démontrent : 1° que les parties volatiles qui se dégagent des fumerons se répandent dans l'atmosphère ou y sont entraînées par le vent ; 2» que les pluies lavent les parties animales et végétales qui constituent le fumier ; 3o que les liquides qui s'écoulent des tas et qui pénètrent dans le sol augmentent souvent d'une manière fâcheuse la végétation des plantes sujettes à la verse, on reconnaîtra qu'il est très-difficile, en pratique, d'éviter ces pertes et ces inconvénients, et de suivre les règles admises par la théorie. Tout cultivateur doit agir de manière à laisser le fumier en tas le moins longtemps possible, afin qu'il ne reste pas exposé pendant plusieurs jours à l'action des pluies et de la chaleur. On sait par expérience que, par des temps pluvieux, la fumure offre toujours des inégalités, et que, par un temps sec, les fumiers qui ont fermenté se divisent moins aisément. C'est pour ces motifs que, dans les fermes bien dirigées, les fumiers déposés temporairement en tas dans les champs, sont ordinairement éparpillés pendant les premiers jours qui suivent leur application.
D'après Kreissig, une femme, en 10 heures de travail, peut répandre 14 mètres cubes de fumier, soit 10 000 kilog.
Dans les environs de Paris, le prix de l'épandage revient à 4 fr. 50 c. l'hectare lorsqu'on applique 30000 kilog. A Grignon, où la fumure est portée à 60000 kilog., le prix de revient de l'épandage s'élève à 6 fr. par hectare. Dans le premier cas, un ouvrier payé par jour 1 Ir. 50 c. épand
542 ENGRAIS ViG^AUX-ANIMAUX.
10 000 kilog. de fumier sur une étendue de 33 ares, et dans le second cas il en épand 15 000 kilog. sur une surface de 16 à 17 ares. La différence qui existe entre ces deux résultats est en rapport avec celle que l'on remarque entre les quantités d'engrais appliquées.
Le fumier de Grignon, qui est parfaitement soigné, trèshomogène, est plus difficile à éparpiller que la plupart des engrais fabriqués dans les fermes des environs de Paris.
EBfonissemeBt des fumiers. — - Le fumier 'à demi décomposé, c'est-à-dire celui qui a subi avant son application une fermentation convenable, est ordinairement bien enterré par la charrue si Tépandage a été parfaitement fait. L'enfouissement du fumier long ou fumier pailleuz présente quelques difficultés, et dans la plupart des cas il est mal réparti dans la couche labourée. Pour enterrer ce fumier aussi bien* que possible, il faut débarrasser la charrue de son contre et la faire suivre par un enfant ou une femme. Cet ouvrier fest muni d'une fourche et tire le fumier dans la raie, de manière qu'il soit bien enterré par la bande de terre que la charrue doit détacher et renverser à son prochain tour. Lorsque la charrue conserve son contre et qu'elle n'est pas suivie par une ou deux femmes, le fumier s'amasse'presque toujours en avant de l'étançon antérieur sous forme de paqueis, est mal enterré et excède souvent la terre labourée. On comprend que quand les faits se passent ainsi, il est difficile d'obtenir une répartition uniforme du fumier, bien qu'il ait été répandu très-régulièrement à la surface du sol.
Mais à quelle profondeur le fumier doit-il être enterré?
Celte question ne peut être résolue sans que la profondeur de couche arable, le climat que Ton habite, les plantes que l'on cultive, aient été pris en considération. Pour qu'un fumier puisse être véiitablement utile aux plantes, il faut qu'il
soit réparti uniformément dans toute l'épaisseur de la couche arable. Cependant il ne peut pas être placé à une profondeur moindre que le point où, le plus ordinairement, se maintient la fraîcheur, je veux dire Thumidité que réclament les plantes pendant leur végétation. Si Tengrais est placé au-dessus de ce point, il se dessèche, fermente mal pendant les chaleurs» et ne sert plus aux végétaux puisque, ainsi placé, il ne peut plus subir, pour ainsi dire, les effets de la décomposition. C'est pour cette raison que les froments, les seigles, végétant sur les sols argilo-siliceux qui manquent de fraîcheur pendant l'été, parce que la couche arable est peu profonde et qu'elle réside sur un sous-sol inerte, sont toujours peu productifs, bien que les fumures appliquées aient été suffisantes. Mais si l'expérience apprend chaque jour combien sont graves les inconvénients que présente une fumure enterrée trop superficiellement dans les pays méridionaux, dans les terrains secs, danf les sols qui ne retiennent que 12 à 15 pour 100 d'humidité à une profondeur plus grande que celle à laquelle est placé l'engrais, on doit, d'un autre côté, éviter d'enfouir les fumiers trop profondément dans les sols humides et dans les terres où Tes pluies peuvent entraîner les substances solubles qu'ils contiennent à une profondeur où les racines des plantes cultivées ne parviennent pas. C'est pour ces motifs que les fumiers, dans les contrées humides, dans les pays où il tombe annuellement beaucoup d'eau, dans les localités où ils sont appliqués quelques jours avant les semailles d'automne, sont, en général, enterrés le moins profondément possible.
Lorsque l'engrais est destiné à favoriser l'existence de plantes pivotantes, comme la luzerne, le sainfoin, la carotte, le panais, etc., on doit l'enterrer par un bon labour, donf la profondeur est toujours déterminée par celle de la couche
544 ENGRAIS VJSaETAUX-ANlMAUX.
arable. Pour de telles plantes il ne faut pas craindre de placer l'engrais trop bas^ car il est certain que leurs racines se porteront toujours vers les points où il sera situé, ainsi que Tbumidité. Les plantes annuelles ou bisannuelles ainsi que les plantes' à racines traçantes demandent, au contraire, que les fumiers soient placés plus superficiellement.
Famvre e» eoavertvre. — Il est des contrées OÙ Ton est dans l'habitude de fumer en couverture, c'est-à-dire d'éparpiller le fumier à la surface des champs couverts de récoltes. Cette pratique est utile, nécessaire, quand il est questionne maintenir, d'augmenter même la fécondité du sol des prairies naturelles, d'activer la végétation du trèfle, de la luzerne, des céréales d'automne, etc., qui ont une faible activité, ou de donner à la terre une fumure supplémentaire. En Angleterre, en Alsace, en Lorraine, en Picardie, etc., ces fumures n'ont pas de grands inconvénients, parce que le climat est brumeux ou humide. Ainsi dans beaucoup de fermes de ces contrées, où ces fumures sont très en usage pour les céréales d'hiver et les légumineuses, l'expérience a démontré qu'elles n'avaient rien de très-irrationnel, toutes les fois que l'engrais était conduit et épandu pendant des temps froids. Mais si les fumures en couverture sont souvent indispensables dans lés systèmes de culture du Nord, elles sont peu utiles à ceux de la région du Midi. Dans ces contrées, ainsi que Tobserve H. de Gasparin, l'engrais appliqué en couverture s'empare de Thumidité de la terre, en prive les plantes, et on voit alors les terrains fumés de la sorte porter des récoltes inférieures à celles des terres fumées.
Quoi qu'il en soit» pour qu'une fumure en couverture soit vraiment utile, il faut que le fumier employé ne soit pas trèspailleux; car, dans ce cas, il sert de refuge, durant l'hiver, aux mulots et aux limaces, etc. Le grand avantage que pré-
sentent ces fumures par-dessus est d'empôcher les pluies de battre la terre, de protéger les plantes contre la gelée et d*emp6chei: qu'elles ne soient hftlées par le soleil pendant les premiers jours du printemps, époque où les rayons dessèchent souvent très-fortement la terre et arrêtent l'essor des plantes.
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