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CHAPITRE V

Eufprals Janffret*.

Historique — Nature de la lessive. — Préparation du levain. — Préparation

des plantes adventices. — Confection de l'engrais. — Modifications qu'on a fait subir à celte méthode. — Condition de réussite.

■utoriqae. — Convaincu que les causes qui s'opposaient aux progrès de Tagriculture des environs d^Aix (Bouches-du- Rhône), si pauvres en ressources fourragères et en bestiaux, étaient le manque d'engrais et la pénurie des capitaux, Jauffret comprît qu'il était possible de changer ce triste état de choses en convertissant les végétaux indigènes en un véritable terreau. Il fut conduit vers cette pensée par les procédés suivis depuis longtemps par les habitants de sa contrée natale, qui étaient parvenus à employer comme engrais, les arbustes, les roseaux, etc., qui couvrent si abondamment les garigues et les marais de la Provence, en les entassant et provoquant leur fermentation par une humectation.

Persuadé qu'on pouvait précipiter la décomposition de ces végétaux et obtenir un engrais moins ligneux, plus riche, plus actif que le terreau fabriqué par les Provençaux, JaufTret substitua à Feau ordinaire, qui servait à humecter la masse ligneuse et herbacée qui devait être convertie en engrais, une lessive fortement alcaline ou caustique. Les résultats qu'il obtint furent très-remarquables, non-seule-* ment en Provence, mais encore en Bretagne, dans la Guyenne, le Berry, etc. En quelques jours, la masse végétale suffi-

samment arrosée fermentait, développait une cimleur considérable et se transformait en un excellent engrais.

La méthode proposée par Jauffret a eu un très-grand retentissement ; elle a eu les sympathies d'hommes trèséclairés et occupant dans le jnonde une haute position ; elle a valu à son auteur de nombreuses récompenses de la part des sociétés d'agricufture des départements, et elle lui avait conquis de véritables amis, des défenseurs très-dévoués '• Malheureusement Jauffret était pauvre et ne pouvait prétendre à une récompense solennelle ; il est mort dans l'indigence, il a succombé au milieu des plus douloureux chagrins et victime de son dévouement aux progrès de l'agriculture de sa patrie. Mais son nom ne périra pas , il survivra, parce que celui qui le portait était un homme honnête, parce que Jauffret était plein de droiture et ignorait le charlatanisme agricole ; aussi, lorsque nos enfants qui naissent auront grandi et demanderont ce qu'était Jauffret, la génération présente leur dira : Jauffret fut V apôtre et le martyre des engraù !

Jauffret n'a jamais pr»' tendu qu'on pût cultiver sans bestiaux ; son but avait été de faire connaître qu'il est possible, dans les localités pauvres, dans les contrées où il existe des landes, des garigues, des terres vaines et vagues, couvertes de bruyères, d'ajoncs, de genêts, de cistes, de roseaux, de fougères, etc., de créer sans le concours du bétail un engrais très*-utile aux plantes cultivées.

Ses détracteurs se sont vivement récriés contre les dépenses que sa méthode occasionne, et ils ont dit qu'il est difGcile partout de se procurer les substances qui servent à confectionner la lessive. Cette dernière objection ne manque pas

t. M. Moll a toujours soutenu et défendu Jaufl'ret.

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