ENGRAIS JAUFFRET
de valeur ; mais, qu'on ne l'oublie pas, Jauffret avait prévu les difficultés que le cultivateur aurait à surmonter dans les localités où le plâtre est peu abondant, dans celles où il a une très-grande valeur, et il avait indiqué quelles sont les substances qui peuvent remplacer* celles qu'on ne possède pas. L'objection la plus capitale, celle qui est digne véritablement d'être discutée, est celle des dépenses, non pas celles qu'occasionne la préparation de la lessive, mais les déboursés qu'il faut faire pour préparer les litières, les tremper et mettre en tas. Ce sont ces frais qui ont obligé beaucoup d'àgricuUeurs, dans les localités oii la main-d'œuvre est chère, à renoncer aux avantages que présente la méthode JauH'ret, ou à lui faire subir des modifications profondes. Mais Jauffret n'aurait-il fait que signaler aux cultivateurs des contrées pauvres les immenses ressources que l'on peut tirer de l'emploi des plantes indigènes, qui, dans la plupart des ^circonstances, ne coûtent que la peine de les recueilir, qu'il aurait eu assez de titres pour que la France rindenmisàt de ses dépenses et des peines qu'il s'était données pour être utile à son pays !
Nacvre d« u lessive. — La lessive, qui sert à humecter les végétaux qui doivent être traités par cette méthode, se compose de :
!• Matières fécales et urines 100^",000
2" Suie de cheminée 25 ,000
3' Plâtre en poudre 200 ,000
4» Chaux vive 30 .000
5* Cendres de bois non lessivées 10 ,000
6* Sel marin 500
7« Salpêtre raffiné 320
8* Levain d'engrais, matière liquide ou suc de fumier
provenant d'une précédente opération 2ô litres.
Ces matières suffisent pour convertir bOO kilog. de paille, ou 1000 kilog. de matières végétales ligneuses, en 1000 ou II 36
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2000 kilog. d'engrais. Oq les délaye avec assez d'eau pour obtenir 10 hectol. de lessive.
Prévoyant que toutes ces substances ne seraient pas toujours à bon marché dans toutes les contrées» Jauffret (it connaître qu'on pourrait remplacer >
Les matières fécales par 20 kilog. de grains d'orge, lupin, sarrasin, ou 250 kilog. d'excréments de chevaux, bœufs, vaches, porcs, ou 50 kilog. de crottins de moutons, chèvres, etc. — Le plâtre par 200 kilog. de limon de rivière, vase de mer, marne, etc. —Les cendres par 1 kiïog, de potasse, ou 25 kilog. de cendres lessivées. — Le salpêtre raffiné par l kilog. de salpêtre brut. — Le sel 7narin par 100 kilog. d'eau de mer.
Préparation dn levain. On prépare la lessive de la manière suivante :
Sur un terrain abrité autant que possible du nord, que l'on dispose en pente et qu'on a soin de battre, on fait un trou plus ou moins grand destiné, à recevoir l'écoulement des liquides. Ce bassin peut être revêtu d'une maçonnerie bitumée. Dès qu il a été pratiqué on le remplit à moitié d'eau, et on y jette des orties, pariétaire, euphorbe, bourrache, consoude, lavande, cistes, thym, buis, bruyère, genêts, feuilles de pin, de sapin, de genévrier, lierre, etc.
Quand ces plantes ou -d'autres très-riches en parties mucilagineuses remplissent la fosse, on y répand 5 kilogi de chaux vive et 160 grammes de sel ammoniacal. Alors on remue de temps en temps avec un bâlon ayant un crochet de fer, et on remplit le bassin, s'il ne l'est pas, avec des balayures, des immondices de la maison et des eaux de cuisine. Puis on abandonne le tout en macération le plus longtemps possible.
La fermentation qui s'établit ensuite dans le bassin produit un liquide trùs-cliargé Je malières orgiiiiques et salines,
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et auquel JauJOTret a donné les noms de levain dmgrais ou eau saturée.
La confection du levain exige de 20 à 30 jours.
Préparation des plantes adventlees. — LorsqUC les sub-
slancesque l'on veut convertir en fumier sont très-ligtieuses, très-longues, très- volumineuses, on les divise à' la main au moyen d'une hache. Les branches, les forts pieds de genêts, d'ajoncs, qui ont été coupés, hachés en deux ou trois parties, suivant le diamètre de la cuve dans laquelle i!s doivent être plongés, se convertissent toujours plus aisément et plus promptement en engrais. Celte opération, il est vrai, est coûteuse, mais on ne saurait se dispenser de la pratiquer, si Ton devait forcément faire entrer des végétaux d'un grand volume dans la meule qui doit être construite.
Jauffret avait inventé une machine à couper, triturer les végétaux ligneux, et, au moyen de deux hommes et d'un cheval, il pouvait confectionner chaque jour jusqu*à 9000 kilog. d engrais; mais le prix élevé de cette machine Ta exclue pour toujours des fermas des localités pauvres. On peut faire broyer les végétaux très-ligneux : le genêt, l'ajonc marin, etc., en les plaçant, plusieurs semaines avant le moment où ils doivent être employés^ sur la cour de l'exploitation, sur les chemins où circulent sans cesse des voitures et des animaux.
Conffeciion de i*engrais. — Lorsque les Végétaux qu'on veut convertir en engrais ont été coupés, broyés, écrasés, on remue fortement Y eau saturée ou le levain^ jusqu^à ce qu'elle soit bien épaisse, et on en verse une partie dans un grand tonneau ou un large baquet dans lequel on a mis la chaux, la suie, les cendres, les matières fécales, le sel, le salpêtre. Le plcUre en poudre doit être jeté peu à peu et en agitant le liquide pour éviter qu'il ne se solidifie. Quand le tout a été
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bien mélangé avec un crochet de fer, on achève d'introduire dans le bassin la quantité d*eau saturée nécessaire pour qu'il y ait assez de liquide propre à Thuinectation des végétaux qui doivent être convertis en engrais.
Dès que la lessive est prête, on jette une partie des bruyères, des genêts, etc., dans le cuvier dans lequel on a versé de la lessive aussi boueuse que possible. Quand les végétaux ont été bien foulés, lorsqu'ils sont bien imprégnés de lessive, on les retire et on en forme une couche sur la plate-forme située près du réservoir. On recommence la même opération, avec de nouveaux végétaux, et on continue à mettre en tas, en prèssant chaque couche, afin que Tair pénètre le moins possible dans la meule. On a soin d*arroser chaque lit de végétaux et de presser les bords. La hauteur de la meule ne doit pas dépasser 2 li â^jôo.
Au fur et à mesure que Ton emploie la lessive, on la remplace dans le cuvier par une égale quantité d'eau saturée, puis on jette de l'eau dans les barriques qui contenaient ce levain, afin qu'en cas de besoin on évite d'employer de l'eau pure.
Dès qu'on a terminé la meule, on sort du cuvier toutes les matières boueuses restées au fond, et on les répand sur la surface du tas, d*uhe manière à peu près égale. Alors on arrose la masse avec le liquide qui a coulé dans le tonneau placé au bas de la meule; puis on couvre celle-ci soit avec de la paille, soit avec des planches, soit avec des herbes ou des gazons. En même temps, avec une pelle en fer, on bat tout son pourtour pour que l'air y ait difficilement accès.
Au bout de 48 heures, une fermentation de 15 à 20 degrés se déclare, et le surlendemain elle s'élève ordinairement à 30 ou 40 degrés. Dès le cinquième jour une forte odeur de fumier se dégage; alors si l'écoulement du purin a pour ainsi
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dire cessé, on pratique un premier arrosement. Pour cela on enlève la couverture de la meule, on retourne sa surface avec un crochet, et on arrose toute la masse avec le liquide écoulé ou avec de Veau saturée. Ce travail terminé, on replace la couverture. ^
Ijb septième jour environ, la meule fume beaucoup. On procède alors à un deuxième arrosement, qui doit s'opérer d'une manière différente. On monte sur le tas, et avec une barre^ de fer, on fait des trous de 0",50 à O^jTO environ de profondeur. C'est dans ces ouvertures qu'on verse la lessive ; quand Tarrosage est terminé, on ferme les trous et Ton recouvre de nouveau la meule avec soin.
Le neuvième jour ^ on arrose une troisième fois, en faisant de nouveaux trous plus profonds que les premiers, et autant que possible dans d'autres endroits. Après l'arrosage on foule le tas en marchant sur sa surface et on replace la couvertui'e.
Enfin, du douzième au quinzième joui\ selon la température, le fumier est prêt à être conduit sur des terres fortes, argileuses et froides. S'il s'agissait de l'appliquer sur des prairies, on le laisserait se consommer pendant un mois entier.
Si la meule avait été formée uniquement de matières ligneuses, on laissera la température s'élever jusqu'à 75 degrés
La fermentation peut être arrêtée par un fort arrosement. Avec le dernier arrosement, la fermentation descend à 60 degrés et même à 50 degrés; puis elle se calme peu à peu, et le fumier peut rester ainsi quelque temps avant d'être employé.
Pendant tout le travail, on doit veiller à ce qu'il ne se perde pas de liquide. A mesure qu'on vide le bassin^ on doit y verser de l'eau et y jeter de nouvelles plantes, un peu de
terre et de chaux, pour que l'eau ait l'apparence d'un liquide limoneux.
ModifleataoBs qii*oii a fait sabir ft ectte méthode. — Les
dépenses auxquelles s'élève l'engrais fabriqué par la méthode Jauflfret, et qui ne sont pas moindres de de francs pour la quantité de matière fertilisante qu'on peut obtenir au moyen de la formule que j'ai mentionnée précédemment, ont ^engagé les agriculteurs qui ont expérimenté ce procédé, à le modifier, soit dans la nature et la quantité des substances destinées à être converties en engrais, soit dans le choix des matières qui doivent servir h confectionner la lessive, soit aussi dans le mode de confection à suivre.
Be toutes les modifications, celle proposée par de Chambray m'a paru la plus digne de fixer l'attention des agriculteurs qui veulent convertir des plantes adventices en engrais. La lessive qu'il a employée avec succès était composée de :
75 litres de matières fécajes; .
75 litres de chaux; 75 litres de colombine; 75 litres de cendres.
Cette lessive lui permettait de convertir enengrais600 kilog. de bruyères, de genêt, d'ajonc marin, de ronces, etc., et 300 kilog. de pailles, auxquelles.il ajoutait une certaine quantité de terre.
M. Donker a aussi apporté des modifications au procédé Jauffret. Voici comment il procédait à Coëtbô à la confection de ses fumiers. On sortait le fumier des étables tous les deux jours, et on le mêlait âur les tas avec des bruyères et des ajoncs. Lorsque la couche avait une hauteur de 6",66, on l'arrosait avec une lessive préparée avec les principales substances indiquées par Jauffret; on continuait cet arrosement à quelques jours de distance, et on le cessait quand la masse