III. Produits de synthèse : Résines ou gommes synthétiques
Il existe, à côté des matières plastiques procédant d’albumi-noides ou de cellulose, d’autres masses plastiques de provenance toute différente. Ce sont les produits appelés résines où gommes synthétiques, où l’on peut distinguer des dérivés de résines naturelles et des résines synthétiques proprement dites. Ces dernières, susceptibles de moulage, sont : les produits de condensation des phénols et de la formaldehyde.
Depuis les travaux de BACKELAND, ces corps ont reçu le nom de Backelites ; ils sont aussi appelés communément Malleases. Is sont intéressants à signaler, car ils pourraient être appelés à jouer un rôle comme produits prothétiques.
Le procédé de préparation consiste à chauffer le dérivé formolé et le dérivé phénolé en présence ou non d’un catalyseur acide ou basique. Le produit de condensation obtenu est ensuite déshydraté et se présente sous forme de masse visqueuse ou d’un solide fusible. À cet état, il est soluble dans les solvants orga-
niques. Par chauffage aux températures de 100 à 1300 C., la masse devient infusible et insoluble et d’une extrême dureté.
Propriétés : Imperméabilité à l’eau. La plupart de ces produits sont actuellement utilisés comme substances diélectriques. C’est dire que leurs propriétés ont été minutieusement étudiées et contrôlées.
VAN MUYDEN cite l'expérience suivante concernant l’imperméa-bilité à l’eau : Plusieurs billes de hêtre, identiques, sont garnies d'un revêtement des diverses substances à éprouver. Les billes sont pesées minutieusement avant et après immersion de 48 heures dans l’eau ; on mesure ainsi le degré de perméabilité des divers enduits. Certains de ces résultats paraissent intéressants à notre point de vue ; l’un: concerne une solution d’acétate de cellulose ; les autres divers produits de condensation phénoilformaldéhyde. L'augmentation % du poids de la bille serait pour l’acétate de cellulose 2,86 et pour les divers produits de condensation phénol-formaldéhyde des valeurs allant de 0,01 à 0,27, suivant que ces enduits ont été étuvés ou non, c’est-à-dire convertis en produits durs et insolubles ou non. Ces résultats parleraient en faveur des produits de condensation phénol-formaldéhyde et prouveraient que lacétate de cellulose n’est pas d’une rigoureuse imperméabilité. Nos expériences d'immersion du Dentolith tendent également à la même conclusion, car l’augmentation de poids a été constatée.
Neutralité. Les produits de condensation phénol-formaldéhyde sont rigoureusement neutres quand ils sont bien préparés. Cette propriété aurait son importance en vue d’un emploi buccal. Cette neutralité serait une garantie de l'intégrité des muqueuses.
Imperméabililé aux gaz. L'absence de porosité de ces gommes synthétiques fait que la pénétration des gaz est nulle.
Ce serait là aussi un gros avantage que ne possède pas la vulcanite, qui, après un certain laps de temps, acquiert dans le
milieu buccal une odeur caractéristique due en partie à labsorption de gaz.
L'application à l’art dentaire de ces gommes synthétiques comporterait évidemment des modifications de ces substances. Il y aurait d’abord la question de la coloration et celle de l’odeur spécialement, car tous ces produits n’en sont pas dépourvus ; il y aurait également toute une technique à créer.
EILERSTEN, à Paris, a breveté divers de ces produits en vue d'application à l’art dentaire.
L'un d'eux serait un ivoire artificiel destiné à l’obturation ; il aurait l’avantage d’une expansion faible et d’une inaltérabilité en milieu acide. Un autre serait destiné à recouvrir les dentiers d’un revêtement protecteur. Ce laquage des surfaces en contact avec les téguments remédierait, en quelque sorte, à la porosité de la vulcanite et à l’irritation consécutive des muqueuses.
D’autres encore sont des produits pour gencive artificielle. La Dental Mfg Co Ltd, de Londres, a présenté récemment à la profession : la Walkerite, résine synthétique pour gencive artificielle et dentiers complets. Nous ignorons dans quelle mesure ces produits sont utilisés dans la pratique et les résultats qu’ils donnent. Mais ces quelques exemples, pris parmi plusieurs, démontrent que l’art dentaire pourra certainement tirer un large parti des gommes synthétiques. T1 faudra pour cela amener ces produits à une forme appropriée à notre technique spéciale de laboratoire.
La Walkérite fait l’objet d’une thèse à l’Institut dentaire de Genève.
LE DENTOLITH
Nature chimique.
Le Brevet déposé en Suisse (G. 39560) indique que le Dentolith est un acétate de cellulose.
La plastification serait obtenue, non pas au moyen d’un dissolvant de l’acétate, mais simplement d’un gélatinisant : d'alcool benzylique ou le benjoin. La proportion serait de 25 parties de l’agent pour 75 d’acélate. L'opacité est obtenue au moyen de titane ; la coloration avec du vermillon. En variant le dosage de titane et de colorant, on obtient des nuances différentes répondant à peu près aux divers aspects de la gencive.
Poids spécifique.
Nous avons préparé avec du Dentolith et diverses vulcanites des blocs de même volume. Les pesées de ces divers blocs firent constater que le Dentolith, s’il est bien condensé, est d’environ 25 % plus léger que la vulcanite. D’autre part, les dentiers faits de Dentolith ont comparativement, toutes’ choses égales d’ailleurs, un poids inférieur à celui des pièces de vulcanite.
Forme et emploi.
Le Dentolith se présente sous forme de granules durs de la grosseur d’une tête d’épingle environ. Portés à une température de 180 degrés C. en chaleur sèche, les grains se ramoillissent
et leur ensemble forme une masse susceptible de moulage sous pression.
Technique de la Fabrication d'une pièce de prothèse.
Appareillage. — I] comprend : un four à chaleur sèche fonctionnant au gaz; des moufles de grandeurs variées, différant
ENT ns
peu de ceux à vulcanite ; ils sont munis de goupilles qui en permettent la fermeture hermétique.
En principe, la préparation du modèle, le finissage de la pièce en cire, la mise en moufle s'effectuent selon la méthode en usage pour de caoutchouc, tout en observant quelques détails techniques spéciaux. Une fois disjointes et débarrassées de leur cire, les deux moitiés du moufle sont mises séparément dans le four, où elles sont portées graduellement à la température de 180 degrés. Un dispositif de réglage permet la répartition uniforme de la chaleur.
Il est, en effet, très important qu'aucune partie du moufle ne soit surchauffée, car au delà de 200 degrés, le Dentolith subit des altérations de couleur et de plasticité. La température est contrôlée au moyen d’un étalon de métal fusible préalablement fixé dans le plâtre du moufle. Au moment de la fusion de cet indicateur, les granules de Dentolith sont versés dans la partie creuse du moufle, de préférence en deux doses espacées de deux à trois minutes. Il y a lieu d’emplover un excès de substance pour obtenir «ne condensation suffisante. Le moufle est replacé dans le four pendant quelques minutes, jusqu’au moment où un aspect vitreux ou «d’éponge mouillée » des grains indiquera qu’ils entrent en fusion ; les deux moitiés sont alors jointes et mises sous presse. La fermeture complète, assurée par les goupilles, est obtenue dans l’espace de quelques minutes. Le refroidissement total se fait par immersion du moufle dans l’eau. La pièce de prothèse sera ensuite débarrassée du plâtre, travaillée et polie comme celles de vulcanite.
Indications. — Elles sont les mêmes que celles de la vulcanite, car, dans l’idée des auteurs, le Dentolith est destiné à remédier aux inconvénients de celle-ci.
Dentiers complets supérieurs. — L'adhésion aux muqueuses, favorisée par le poids faible du produit, suffit au maintien de l'appareil. Toutefois, la rétention au moyen de chambres à air ou de lignes américaines en relief n’est pas exclue dans les cas défavorables.
Dentiers complets inférieurs. — A notre avis, l'emploi du Dentolith seul semble contre-indiqué pour de telles prothèses, où le poids joue un rôle positif dans la stabilité. Monté sur une base métallique lourde (or ou étain), le résultat est plus favorable.
Dentiers partiels. — Le Dentolitch est utilisable pour des pièces de ce genre munies de crochets en or ou en acier. D’après les inventeurs, il serait même possible de confectionner les crochets au moyen du Dentolith lui-même.
Gencive artificielle. — Le Dentolith peut être associé aux métaux ; ainsi dans les appareils d’or ou d’acier, il servira à la confection de la gencive artificielle.
Par contre, l'association avec la vulcanite est irréalisable,
les deux facons de procéder n’étant pas superposables.
Tels sont, selon les auteurs, les avantages, la technique et les indications qui feraient du Dentolith une substance justiciable d’un emploi très large en prothèse dentaire. Nous verrons dans quelle mesure les résultats de nos expériences concordent avec les vues des inventeurs.