XIV A U LECTEUR
Déjà quelque temps avant la guerre^ d'amers chagrins inclinèrent Anatole France à Visolement. Uejfroyable cyclone le chassa de Versailles où il avait cherché le repos dafis le nostalgique rayonnement du passé, U porta ses dieux ares à la Béchellerie, petit domaine qu'il acquit près de Tours et oii il médita pendant les années affreuses.
Tant de catastrophes Vont assombri.
Uépreuve de Vijiter minable boucherie fut cruelle à un cœur débordant d'humaine compassion . Jl ny a point d'apparence que notre bofi maître reprenne jamais les réunions a?nicales où pétillait autrefois sa verve narquoise. Aussi ne tardons-nous pas davantage à en fixer le chatoyant souvefiir \
(i) La plupart de ces entretiens jurent publiés par frag-
meriî!^ dans le Cri de Paris, auquel nom avons V honneur de collaborer depuis près de vingt ans. Quelques-uns parurent aussi dans la Grande Revue,
JUa cnauiîiière dti
auiîiiere ati sage
a cnaumière dtt sage
LE long de l'Avenue du bois de Boulogne, fringantes amazones et souples cavaliers, dévalant de l'Arc de Triomphe vers la porte Dauphine, caracolent dans l'argent du matin.
Sur une des marges de cette chaussée orgueilleuse, s'ouvre une impasse tranquille, plantée de sycomores qu'un diligent élagueur a taillés à la française. C'est la Villa Saïd.
Les demeures qui la bordent sont de hauteur modeste et, quoique dans l'en-
ceinte de Paris, semblent déjà des maisons champêtres.
Derrière leurs grilles festonnées de lierre, elles sont coquettes et pimpantes. Elles abritent de paisibles gens, rentiers, artistes, écrivains, philosophes.
Celle d'Anatole France porte le numéro 5.
Durant la guerre, elle fut longtemps muette ; le maître Tavait désertée. Elle paraissait veuve et mélancolique. Des briques et du plâtre aveuglaient vilainement la porte et les fenêtres du re^'^-de-chaussée. C'était l'image même de l'affliction.
Depuis, cette façade morose a rouvert ses baies comme des paupières et s'est éclairée d'un nouveau sourire. Anatole France revient parfois dans son ermitage, quand il ne séjourne pas sur les bords de la Loire à Saint-Cyr-lès-Tours, ou bien chez des amis, sous les ombrages de Saint- Cloud.
Mais cette maisonnette de la Villa Saïd, cette Chaumière du Sage, nous la voulons décrire telle qu'elle était à l'heureux temps
où une foule de visiteurs la hantaient.
L'huis peint en vert était tout un musée. La poignée de la sonnette était de bronze. C'était une petite tête florentine dont la grâce accueillait amicalement la main qui la caressait. La boîte aux lettres était scellée par des médailles antiques.
Un jour, le maître lui-même nous fit les honneurs de son logis.
Nous avions été reçu par la bonne vieille Joséphine. C'était la digne intendante de M. Bergeret. Son visage exprimait toujours quelque méfiance. Elle entrebaillait à peine le battant, regardait sous le nez le nouveau venu, le tenait prudemment dehors pendant cette minutieuse inspection et ne lui livrait accès qu'à bon escient.
Quotidiennement, sur les carrés de bristol qu'on lui tendait, elle épelait des noms de ducs, de marquis, de généraux, d'académiciens, de banquiers, de ministres.
Joséphine était blasée sur les grandeurs humaines. Elle en avait mesuré toute la vanité.
— Le Maître est-il là ? lui demandait-on.
— Le Maître ! Le Maître ! répétaitelle en grommelant. Pourquoi l'appelezvous le Maître ? Il n'est maître que de sa soupe, quand il la mange et encore seulement quand il Ta dans la bouche.
Ces propos savoureux, elle les mâchonnait entre ses dents aurifiées.
Il ne déplaisait pas d'entendre la servante d'un philosophe émettre des opinions si pleines de moelle.
Le vestibule regorgeait de trésors :
faïences persanes aux œillets bleus, verts et rouges, poteries de Rhodes aux reflets mordorés, archaïques statuettes dressées sur des guéridons et des consoles.
Un gros moine dépêchait son rosaire près d'une Vierge allemande au front protubérant et aux longs cheveux crêpelés.
Une mignarde Lucrèce italienne se perçait éternellement le sein.
L'escalier s'irisait de vitraux anciens pailletés d'or.
Dès l'entrée, l'on reconnaissait le goût
d'un des plus savants et des plus subtils collectionneurs.
Cette antichambre décorée si fastueusement nous rappelait une anecdote qu'on nous avait contée.
Une jeune étudiante russe arrivée à Paris n'eut pas de plus pressant désir que de voir Anatole France. D'après les livres et la renommée de l'écrivain, elle idolâtrait cet ami des humbles et des souffrants.
Munie d'une chaude recommandation, elle court à la villa Saïd.
Elle remet sa lettre à Joséphine qui gravit un étage pour prévenir son maître. Il consent à recevoir la visiteuse.
— Montez ! crie rondement la servante par-dessus la rampe.
Mais on ne répond pas.
Joséphine, un tantinet impatientée redescend. L'antichambre est vide. Elle cherche dans la salle à manger, dans le salon. Personne.
— Eh ! bien, Joséphijie ? interroge le Maître qui attend.
— Eh ! bien, Monsieur, je ne sais où diable cette demoiselle est passée.
— Hein ?
— Elle s'est escamotée.
•— Que rne chantez-vous là ?
— Monsieur, je n'y comprends goutte.
J'ai fouillé partout. Je ne la retrouve plus. Elle est partie !
— En voilà une toquée y par exemple ! On eut plus tard le mot de l'énigme.
Sitôt le seuil franchi, la Russe avait été frappée de stupeur devant un raffinement de luxe qui dépassait l'opulence des Crésus les plus magnifiques. Ce n'était point ainsi qu'elle avait imaginé la retraite d'un apôtre. Cette âme fruste, cette candide enfant de la Scythie ne pouvait admettre que la passion du Beau fût compatible avec la sensibilité du cœur. Une sorte d'angoisse l'avait étreinte. Soudain, elle avait fait demi-tour, elle était sortie, elle avait doucement refermé la porte et s'était enfuie beaucoup plus vite qu'elle n'était venue. Jamais on ne la revit.
Nous n'eûmes garde d'imiter l'étudiante
russe et dès que Joséphine nous eût hélé, nous nous hâtâmes de grimper au cabinet du philosophe.
Anatole France allait confier sa tête au barbier et, avec une bonne grâce qui nous fut précieuse, il s'excusa de faire procéder à sa toilette en notre présence.
Figaro, qui s'avançait avec le rasoir ouvert et la savonnette, répandit sur la table un peu de mousse et dispersa quelques feuillets d'écriture.
France le dévisagea d'un regard comiquement irrité :
— Vous pénétrez toujours chez moi comme un char armé de faux, Vom êtes un homme terrible.
Habitué sans doute à ces algarades lyriques, l'homme terrible ne souffla mot et se mit en devoir d'opérer. La tâche n'était point aisée, car M. Bergeret s'agitait et causait sans cesse, tandis qu'on lui rafraîchissait la mâchoire.
Grimm, dans un de ses contes, parle d'un barbier si habile qu'il rasait un lièvre à la course. C'était jeu d'enfant auprès
du prodige dont nous fûmes témoin.
La chambre à coucher était charmante.
Au-dessus du lit Renaissance, de brunes colonnes torses soutenaient un baldaquin italien dont la scie verte était égayée de ramages aux nuances tendres.
Parmi les objets qui lui agréaient le plus, France nous désigna sur la cheminée une sculpture antique. C'était une tête féminine, un peu rejetée en arrière, et dont les yeux mi-clos étaient noyés de langueur amoureuse :
— Je Vai dénichée, fît-il, près de N api es, au bord de la mer, dans une hutte de pêcheurs qui était presque etitièrement construite avec des débris de chejs-d^ œuvre.
J'avais un assez long chemin à faire pour regagner VhôteL J'ajoutai donc une lire au prix convenu pour qu'on me portât ce marbre qui est fort lourd. Et d'abord je ne pris pas garde à la personne qui s'en chargeait. Mais, tout à coup, je m'aperçus que c'était une pauvre femme, grosse à pleine ceinture.
Je în' empressai de lui retirer ce fardeau
pour le confier à un jeune gars que je gratifiai par avance d'une autre piécette d^argent, Ory voyez comme les bons sentiinents sont mécomius. Cette brave pêcheuse fut tellement dépitée d'avoir été payée pour un service dont je la dispensais, qu'elle interpréta ma compassion comme un outrage. Elle ne me rendit point la lire que je n'eusse certes pas reprise, mais elle me suivit tout le long de la route en m' accablant d'injures grossières.
Je coîinus ainsi que l'honnêteté est profondément ancrée dans le cœur de l'homme... et même dans celui de la femme.
Ce n'est poiîit le seul souvenir qu'évoque en moi cette tête voluMueuse.
JL.
Je quittai Naples par nier.
Les Italiens, vous le savez, s'assurent que les voyageurs n'emportent pas d'œuvres d'art dans leurs bagages. Une prescription très sage, l'édit Pacca, interdit qu'on ravisse les merveilles artistiques dont s'enorgueillit la pé7ii?isuie.
Je tenais à cette tête et je m'étais bien promis de ne pas la déclarer. Je l'avais
îo LES MATINEES
soigneusement emballée dans un coffret de bois blanc. Et à V inspecteur qui me demanda ce que renfermait ce colis :
— « Niente ! Niente ! » dis-je d'un air ifînocent.
Il accepta cette répoîise évasive et voulut ranger la caissette parmi les objets déjà contrôlés. Mais hélas, le fond céda et quand la boîte fut enlevée^ cette tête apparaissant tout à coup, avec ses regards chavirés d'amour, sembla se moquer du ?no?tde.
J'étais couvert de honte.
Uijispecteur examinait le marbre en connaisseur, se posait de trois-quarts pour le mieux contempler, et m'adressant un ineffable sourire :
— « Niente ! Niente ! » goguenarda-t-il. Ce bourreau me mettait au supplice.
Mais avec une condescendance supérieure :
— « Emportez cela, fit-il, nous avons trop de belles choses en Italie. »
On eût dit que ce gabelou avait taillé de ses propres mains toutes les Vénus antiques et qu'il était capable d'en refaire à la douzaine.
DE LA VILLA S AI D ii
Sa barbe achevée, France se ieva et se coiffa de son toquet écarlate tout pareil à ceux des Florentins du Quattrocento dans les fresques dont Ghirlandajo a fleuri l'église Santa- Maria Novella.
Nous passâmes dans son cabinet de travail.
Sur la table, un adorable génie aîîé de Tan^gra se haussait sur la pointe des pieds pour prendre son vol.
— Je le crois authentique^ nous dit notre hôte. Et^ ce qui vaut mieux encore^ il est ravissant.
D'une main pieuse, il prit le petit Amour et l'approchant de ses yeux, presque de ses lèvres, il le caressa d'un air attendri.
Dialogue sans paroles d'un penseur très moderne avec le naïf coroplaste qui, dans le lointain des âges, avait, sans le savoir, parfumé cette argile de toute la grâce mélancolique éparse dans son temps.
M. Bergeret est fort éclectique et les emplettes qu'il fit prouvent la variété de son choix»
A vrai dire, ses préférences changèrent d'année en année et son intérieur se modifia selon les livres qu'il composait. Chaque période de sa vie apporta chez lui de somptueuses alluvions. A ThcâSy correspondent les souvenirs helléniques, les têtes, les torses, les statuettes et les stèles de marbre ambré ; au Lys Rouge, les faïences italiennes ; à Jeanne d'ArCy les tapisseries du xv® siècle ; au roman Les Dieux ont soif, les meubles et les estampes qui datent de Louis XVI et de la Révolution. Le style de la fin du xviii® siècle a fini par dominer, parce qu'il s'harmonise avec le dernier avatar d'une sensibilité infiniment capricieuse.
Le décor de cette demeure semble le reflet d'une âme. Il la sertit comme un élégant écrin enchâsse un bijou merveilleux.
— Je fie suis pas riche, nous dit France, et pourtant ma collection est assez hoftorable. Chez les amateurs comme chez les amants, la passion supplée à la richesse.
Les belles femmes sont parfois plus ton-
chées par les ferventes et instantes prières des soupirants pauvres que par les éblouissantés libéralités des financiers tout cousus d'or.
Dans les boîtes des bouquinistes^ dans les carions entr' ouverts au Jond de boutiques obscures, les pièces uniques, qui échappent aux milliardaires, adressent parfois dJ engageantes œillades aux fureteurs dotit la bourse est 7nal garnie , mais qui les recherchent^ les poursuivent, les traquent, les implorent avec une convoitise frénétique.
Cependant pour conquérir fe7nw.es et chefsd'œuvre, il vaut mieux être à la fois riche et passionné.
M. Bergeret nous montra ses vieux livres.
— Je les chéris tendrement, nous dit-il, parce qu'ils procurent à qui les consulte Voubli du présent et un peu dHnoffensive dÀmence, Ce petit grain de folie affecte même ceux qui les manipulent sans les lire.
Tenez, je ne connais pas d'esprit plus riant que Vexceilent Sims, le libraire de la rue de Seine, qui me vendit la plupart de ces infolio. Il a deux amours également louables : les bons auteurs anciens et les généreux vins de France, Quand il me confie qu'il vient de Jaire une extraordinaire découverte, je ne sais jamais s'il parle d'une bouteille poudreuse ou d'un rarissime iîicuîiable.
Il va souvent costumé de façon bizarre ; mais cela procède de principes réfléchis. Il professe que l'ordre daiis lequel nous passons nos vêtefnents est pure convention.
Quant à lui, le mathi en se levant, il prend à l'aventure ses hardes sur son escabelle. Il lui arrive de mettre d'abord son veston, puis sa chemise, puis son gilet et d'endosser enfin sa flanelle par-dessus le tout :
— u Qu'importe, dit-il, pourvu que le compte y soit. Et n'ai- je pas aussi chaud ? »
Bien que cette théorie soit spécieuse, je ne cherche pas à la combattre, car j'aurais trop à faire de le désabuser.
L'autre jour, je le trouvai tout enchif-
frené, éternuant^ toussant^ se mouchant^ reniflajîtj renâclant ^ le nez et les yeux ?nués en fontaines,
— « Hé ! ?non bon Sims^ où donc avezvom attrapé cette funeste pituite ? »
— « Je r ignore. Je n^ai pourtant commis nulle imprudence^ même légère, »
Là'dessuSy il me conta qu'il avait acheté la veille une joide de bouquins.
Mais sa boutique était comble, et il avait dû les monter dans sa chambre qui déjà était fort encombrée. Il avait même été contraint d'en empiler beaucoup jusque sur le bout de son lit. Il éprouva Vinconvénient de cette pratique au moment de se coucher, Heureusementy la tête de son lit touchait à la fenêtre et la fenêtre donnait sur le toit. Il n'imagina rieji de mieux que d'ouvrir la croisée et de tirer un tant soit peu son matelas dans la gouttière. Après quui, le corps dans la chambre et la tête dehors, le bon Sinis s'endormit d'un sommeil enfantin,
Helas ! ne voilà-t-il pas qu'au beau milieu de la nuit un furieux orage éclata et
i6 LES MATINEES
que lotîtes les cataractes du del lui crevèrent sur le chef,
— v( Ah ! bien, lui dis -je, c'est donc ainsi que vous vous êtes enrhumé. »
— « Croyez-vous ?... y) fit-il.
J'aime Sims parce qu'il n'accepte qu'avec une extrême circonspection les raisons les plus convaincantes,
France prit dévotement sur un rayon un très beau livre que revêtait un parchemin doré comme un vieil ivoire et gaufré de tout un bestiaire fabuleux.
— Ce Vasari, fit-il, est mon orgueil.
Il le feuilleta et tomba sur le portrait de Paolo Uccello.
— C'est ce peintre^ dit-il, à qui sa iernme reprochait doucement de travailler avec trop de lenteur,
— « // me jaut du temps, observait l'artiste, pour établir la perspective de mes tableaux, »
— « Oui, mais Paolo, protestait la pauvre créature, la perspective que tu nous traces est celle de la misère et de la tombe, »
Elle avait raison et il n'avait pas tort.
Eternel conflit du scrupule artistique et de la dure réalité.
Ainsi M. Bergeret, loin des soucis contemporains, des amertumes quotidiennes, des menaces qui montaient à rhorizon, s'enfonçait dans l'apaisante féerie des siècles écoulés.
Par les sculptures, les tableaux, les livres, il communiait avec les mortels défunts. Au moyen des signes écrits et des formes peintes ou façonnées, il tâchait de pénétrer dans les âmes d'autrefois.
Avide de savoir, il annexait aux heures qu'il vivait d'innombrables journées révolues. Selon sa coutume, il accomplissait en pantoufles et en robe de chambre un immense périple à travers la durée et il en rapportait pour nous de substantifiques enseignements.
Joséphine vint annoncer deux délégués d'un comité socialiste.
L'un était un gros homme rougeaud, bourgeoisement nippé, mais sans cravate et en chemise molle, car son cou
i8 LES MATINEES
puissant n'en tolérait pas d'autre. C'était un forgeron. Il s'excusa de ne pas tendre sa main droite qui était emmaillotée, parce qu'elle avait été blessée dans une manœuvre d'usine. Son compagnon, chétif, malingre, aux yeux ardents, aux cheveux embroussaillés était un instituteur.
L'un, par sa brutale carrure, l'autre, par sa débilité fiévreuse, incarnaient le peuple voué aux lourdes corvées du corps et de l'esprit.
Ils félicitèrent France de son intervention dans un récent meeting.
Son discours avait soulevé des rafales d'applaudissements. Mais il avait été haché continuellement par le cri de « Vive l'anarchie ! ». Cette apostrophe compromettante avait été poussée en cadence par un groupe de mouchards fort reconnaissables à leurs grosses moustaches, à leurs basses figures et à leurs souliers à clous.
Les deux délégués flétrirent les procédés des agents provocateurs.
Ils demandèrent à récrivain de présider une nouvelle réunion.
Il regarda ses pantoufles, flatta de la main son Vasari, coula vers le petit Eros de Tanagra un furtif et bienveillant coup d'œil.
Puis ses prunelles noires fixèrent un moment le poignet emmailloté du forgeron et les joues creuses du maître d'école :
— J'irai, fit-il.
V i5ite5 académiques
y i^Ite^ académiques
Aux approches de chaque élection académique, les candidats rendent à M. Bergeret leur visite d'usage. Ils savent que depuis belle lurette il ne va plus au coin du quai, et qu'il ne participe à aucun scrutin. Néanmoins, par déférence pour sa gloire, ils sollicitent sa voix. C'est une touchante coutume à laquelle nul ne se dérobe, pas même MM. les membres du Clergé.
Ils auraient pourtant de valables raisons pour ne pas se commettre avec ce pape des incrédules.
Mais peut-être son entretien leur offret-il l'attrait du fruit défendu ? Peut-être espèrent-ils, par quelques mots éloquents, jeter dans son âme les semences d'une éclatante conversion?
Ainsi le sévère Paphnuce entreprit autrefois de gagner à Dieu la folichonne Thaïs.
Quand le cardinal de Cabrières, qui n'était encore que Monseigneur, mais qui bientôt après devint Eminence, souhaita un siège sous la coupole, il vint comme les autres à l'ermitage de la Villa Saïd.
La vieille Joséphine, aux dents d'or, l'introduisit avec un grand respect.
— Monsieur, dit l'évêque d'un ton cavalier, je vous avoue tout net que je n'ai pas lu vos romans.
— Monseigneur, répondit France, avec une onction sacerdotale, je vous confesse en toute franchise que je n^ai point lu vos mandements.
Ainsi amorcée, la conversation fut cordiale. Le prélat fit observer paternellement à France que de grands écrivains
avaient chanté le los du Très-Haut. Il cita Chateaubriand.
France répondit qu'en effet l'harmonieux vicomte avait bellement célébré le décor du catholicisme, mais qu'il avait surtout épousseté le mobilier et astiqué l'orfèvrerie du culte, comme une chaisière ou un bedeau et que, par contre, il avait quelque peu négligé le dogme :
— // aimaity dit-il, la majesté des cathédrales et le faste des pompes rituelles. Mais moi aussi y Monseigneur, je les aime.
Et d'un geste benoît, il montra les rutilantes étoles, les coruscantes chasubles, les claires navettes d'argent qui scintillaient dans ses vitrines.
— Chateaubriand vénérait les auteurs sacrés. Mais moi aussi je m^en repais. Monseigneur.
Et sur les rayons de sa bibliothèque, à la place d'honneur, il désigna l'Aigle de Meaux et le Cygne de Cambrai réconciliés.
Il faisait sa Sainte Nitouche,
Mgr de Cabrières se retira persuadé
que, sur quelques points, les croyants les plus sincères ne perdraient rien à recevoir les leçons d'Anatole France,
Le mercredi qui suivit, — car c'était le mercredi que M. Bergeret recevait ses intimes — on parla de Mgr Duchesne qui se présentait à l'Académie contre Mgr de Cabrières. La rivalité des deux prélats divertissait la galerie. On ouvrait des paris. On donnait Mgr Duchesne à deux contre un. On mettait en balance les sympathies de la gauche académique pour l'un et celles de la droite pour l'autre.
On contait le tour pendable joué par l'auteur des Origines de la France Chrétienne à Mgr de Cabrières qui est un somptueux orateur, mais qui n'a presque nen écrit.
Mgr Duchesne était entré dans diverses librairies qui avoisinent le palais Mazarin et de sa voix la plus candide :
— Donnez-moi, avait-il dit, les œuvres complètes de Mgr de Cabrières.
Etonnement des commis :
— Les œuvres complètes de Mgr de Cabrières ? Nous ne tenons pas cela.
— Mais si, mais si ! Cherchez un peu !
On cherchait, puis :
— Monseigneur, nous ne trouvons rien.
— Mais enfin, Mgr de Cabrières est candidat à l'Académie. Il a donc certainement écrit quelque chose. Et je désire ardemment lire ses œuvres. Cherchez encore, je vous prie.
Grand branlebas. Patrons, employés furetaient de tous côtés, déplaçaient les piles de volumes, grimpaient aux échelles. Rien, toujours rien :
— Désolés, Monseigneur I
— Moi aussi ! Moi aussi ! \ Et en sortant, il attestait le ciel de ses
bras levés :
— Mais où donc, où donc trouverai-je les œuvres complètes de Mgr de Cabrières ?
Cette galéjade colportée par les libraires faisait les délices de MM. les Académiciens.
M. Bergeret, à qui. ce matin-là, quelqu'un vint la narrer toute chaude, s'en pourlécha les babines.
— Monseigneur Duchés fie y dit-il, a toujours montré bien de Vesprit.
Quand il îi'avait pas encore reçu Fanneau d^ainéthyste^ il habitait un troisième y quai Voltaire. Un de ses confrères en archéologie lui rendit visite et y avec des transports de joie y lui annonça qu'en déchiffrant de vieux cartulaires il avait découvert un saint nouveau,
— « Peuh ! fit rondement Vabbé^ votre saint est légendaire^ comme tant d'autres. Il n'a jamais existé, cher Monsieur. »
Et il exposa doctement les preuves de son opinion.
Elles eurent le don d^exaspérer son hôte :
— « Monsieur l'Abbé, fit-il furieux, votre discourtoisie trahit votre origine bretonne. Vous me faites penser à vos ancêtres, sauvages pirates armoricains, qui écumaient les rivages de la mer. Brisons-là ! Je vous prie seulement de m' indiquer le plus proche embarcadère de bateaux-mouch^^s. »
DE LA VILLA S A 1 D zg
— « Monsieur^ répliqua fièrement l'abbé, je ferais injure à la dignité de mes ancêtres en rn* occupant de batellerie d'eau douce. »
Convenez qu'il y avait de la fiîtesse dans cette riposte d'archéologue ojjensé.
L'un de nous rappela les mots qu'on attribue à Mgr Duchesne, celui-ci, par exemple, sur la politique naïve du Pontife Pie X :
— ^( C'est un gondolier de Venise dans la barque de saint Pierre. Il la conduit à la gaffe. »
Et cet autre encore :
— « Avez-vous lu la dernière bulle :
Digitus in oculo ? »
— // n'est pas très certain, reprit Anatole France, que ces pointes soient de lui. Mais on ne prête qu'aux riches.
Monseigneur Duchesne a sans doute trop d'esprit pour un prêtre et de telles saillies lui font peut-être du tort. Mais c'est le cadet de ses soucis.
Un jour qu'il se promenait à Rome avec le jameux archéologue Rossi, ils tombèrent en arrSt devant une belle plaque de marbre
jràichenient scellée^ ou Von avait gravé en latin : Ici se rencontrèrent les apôtres saint Pierre et saint Paul.
* U invraisemblance historique de Vévène^ ment leur fit hocher la tête.
Au-dessus de cette phrase^ on lisait en italien :
Défense de déposer des ordures le long de cette muraille.
— « Prescription bien sage,,, », fit Rossi,
— «... Ma,is bien mal observée ! » ajouta l'abbé en désignant du bout de sa canne r inscription hagiographique.
Et nos deux compères de passer, Anatole France continua :
— La ressemblance physique de Monseigneur Duchesne et de Voltaire est frappante. J'en conclus,,, que Voltaire était un saint homme.
— Mais enfin, demanda quelqu'un, comment Mgr Duchesne concilie-t-il la foi et Térudition?
France. — // ne les concilie pas. Pourquoi voulez-vous qu'il les concilie ? Il est à la fois très savant et très croyant. Son
archéologie et son catholicisme voisifient dans son âme sans se connaître. Une cloison étanche les sépare. Et ne pensez pas que son cas soit rare. Le crâne de chacun de nous abrite une foule d^idées contradictoires auxquelles nous somjnes également attachés et qui jont très bon ménage^ parce que nous ne les confrontons jamais.
A ce moment, nous vîmes entrer M. Edmond Haraucourt, le truculent poète de la Légende des Sexes, conservateur du m.usée de Cluny.
Il débuta par des compliments :
— Mon cher Maître, fit-il, je vous trouve un air de jeunesse qui m'enchante.
France. — Hé! Hé! Je vieillis pourtant,
— O Maître, se récria gentiment un tout petit jeune homme qui n'avait pas encore ouvert le bec, si vous veillissez, on ne s'en aperçoit guère à vos derniers livres.
France (malicieusemem). — Parbleu ! A
mes livres /... // ne manquerait plus que ça!,,. C'est à d'autres signes, hélas! que je sens la vieillesse enfiemie. Vous les connaîtrez plus tard, beaucoup plus tard, jeune homme dont les matins sont triomphants,
(Et s 'adressant à M. Haraucourt).
— Eh ! bien, mon cher conservateur, votre Musée ?
Haraucourt. ~ Je l'épluche, je réchenille...
France. — Comment ?
Haraucourt. — Il fourmille de faux.
France. — Oui-dà ! Je m'en doutais.
Haraucourt. — Grâce à un contrôle sévère, je sépare le bon grain de l'ivraie. Tout ce qui paraît suspect, je le retire des collections pour le remiser dans mon logement de conservateur.
France. — Excellente idée !
Haraucourt. — Le mobilier que je me suis ainsi composé pour mon usage personnel est abondant et hideux. Mon appartement est devenu le sanctuaire du truquage, le Panthéon du toc. Mais il faut que ma critique modère sa rigueur,
car mon salon, ma salie à manger, ma chambre à coucher et jusqu'au buen retire regorgent maintenant d'armoires de BouUe, de pendules Louis XIII, de crédences Henri II qui toutes sont du xix^ siècle le plus authentique (1).
Nous nous tenions les côtes.
M. Haraucourt reprit :
— Dernièrement, j'éprouvai la surprise la plus vive et la plus importune. Vous connaissez bien notre fameux coffre du XIV® siècle si vanté dans tous les manuels d'art ?...
France. — Assurément !
Haraucourt. — Il est faux I France. — Allons bon !
Haraucourt. — Voici comment je m'en aperçus. Je voulus célébrer ce coffre dans une pièce de vers, car il m'inspirait. Sur les panneaux de bois, sont sculptés des sujets où je crus reconnaître les Joyes du Mariage, Des époux se chamaillent et se pouillent. Des commères coiffent leurs
(x) Depuis, ce mobilier hétéroclite a été de nouveau réparti dans le Musée, car M. Harauc^fUfi rCy logé plus.
maris de luxuriantes ramures. J'avais accordé mon luth et je préludais, quand je remarquai, sur deux faces, des scènes héroïques qui n'avaient rien de commun avec les autres. C'étaient des chevaliers qui, lance au poing, partaient en guerre. Je sais bien que les militaires peuvent galamment interv^enir dans les ménages de pékins. Mais, vraiment, ces paladins étaient trop nombreux.
Ils me mirent la puce à l'oreille. Je découvris que mon coffre est un artificieux rafistolage de pièces et de morceaux. Un tiers du couvercle seulement remonte au XI v^ siècle.
Vous pensez si je déposai mon luth.
Mais, pour Dieu, Messieurs, soyez discrets ! Car ce coffre, c'est notre gloirCc Il est si célèbre que je n'ai pu me résoudre à en frustrer le public.
France riait aux larmes.
— On ne se douterait ^aère, reprit Haraucourt, que je viens ^'Ou« taire ma visite de candidat à J'Acaaémie.
France, — Ignorez-vous que je ne jourrt
jamais les pieds au Palais Mazarin{^)?
Haraucourt. — Voyons, mon cher Maître, ne pourriez- vous...
France. — Ecoutez, mon cher ami, les huissiers ne wx reconnaîtraient même pas. Au jait, voici un moyen ingénieux,.. Mon ami russe Seînenoff que je vous présente,,.
SeMENOFF (géant paré d'une large barbe noire, s'incline devant M. Haraucourt).
Monsieur...
Haraucourt (cle même). — Monsieur...
France. — ... Mon ami SemenojJ irait à ma place à V Académie et dirait quHl est Anatole France,,, No7i, sérieusement, i'aurais mauvaise grâce de ne m'y rendre que pour voter.
Haraucourt. — Enfin, ie vous remercie de votre suffrage platonique !
France. — Pauvre ami !... Vous en avez certes de plus efficaces. Voyons, qui avezvous ? Repassons les noms des Académiciens. Le malheur est qu'on ne les connaît guère.
(i) Pendant la guerre, M. Anatole France, pour rsiidre hommage à l'union sacrée, parut à V Académie, Mais il ne tarda pas à en oublier de nouveau le chemin^
Haraucourt. — Moij je les connais tous.
France. — Pas possible !
Haraucourt. — Ma parole ! A chaque vacance, on compte dans Paris une demidouzaine de pauvres diables qui apprennent la liste complète des Immortels et qui, de logis en logis, vont tirer la bobinette.
France. — Pour vous consoler^ vous rappellerai-je les pages adorables où Vigny ^ dans le Journal d'un Poète, a noté sa visite à Royer-Collard ?
Haraucourt. — Je les sais par cœur.
Quelle délicieuse bouffonnerie ! Le vieiix Royer-Coliard emmitouflé dans une robe de chambre de Géronte et coiffé d'une perruque noire, entr'ouvre la porte à Vigny pour lui dire : « Je ne suis pas visible, Monsieur, je viens de prendrie médecine. » Et il ajoute : « Entre nous, vous n'avez aucune chance... D'ailleurs^ j'ignore vos œuvres, car je ne lis plus rien depuis trente ans... A m.on âge. Monsieur, 6n hé lit plus, oa relit. »
DE LA V î L L A S A I D 37
France. — Eh ! hien^ vous voyez, mon cher ami, à quelle mortification la candidature du noble Vigny exposa son orgueil.
Que son exemple vous aide à supporter patiemment vos propres tribîdations.
^V^isites acadéniicj^ues
(Suite)
Visite5 acpdémîgues
(Suite)
IL est certain, reprit Haraucourt, que, depuis Vigny, rien n'a changé.
Il se plaignait que Royer-Collard n'eût pas lu ses œuvres et je m'aperçois au cours de mes visites, que bien peu d'Imm.ortels connaissent mon bagage d'écrivain. C'est désolant !
France. — A quoi pensez-vous ? Jamais^ au grand jamais^ les Académiciens n'ont ouvert les livres des candidats,
TeneZy Leconte de Lisle, le blasphémateur qui écrivit les Poèmes Barbares, fut
élu comme poète chrétien. Je vous assure. Je vous en parle savamment. J'ai assisté minute par minute à son élection. J'étais secrétaire de la bibliothèque du Sénat dont il était coîtservateur.
Ce fut grâce au duc de BrogUe qu'il fut élu.
Le duc de Broglie sut que Leconte de Lis le était poète. Comment V apprit-il ? Je me le demande encore,
— « On m'a parlé d'un poète », confla-t-il à ses collègues.
Ici France prend une petite voix aigrelette et chevrotante pour imiter le duc de Broglie,
a Ce poète est certainement spiritualité^ car tous les poètes le sont. Spiritualisme ^ christianisme, c'est tout un. Mon Leconte de Lis le est donc un chrétien, un bon chrétien, un excellent chrétien. Je vote pour lui. Faites comme moi, »
Il faut vous dire que le duc de Broglie était chrétien fusqu'au crime. Il avatt été d'une complexion ardente. Un jour y son médecin lui avait conseillé de prendre une maîtresse
pour ménager sa jenirne d'une santé fort précaire.
Le duc réfléchit et soudain :
— « Hé ! ma foi, cher docteur, répondit-il, faime beaucoup mieux perdre ma femme que mon âme, »
V élection de Leconte de Lisle fut d^ ailleurs facilitée par une heureuse confusion. La plupart des Immortels qui votèrent en sa faveur lui attribuaient, à ce qu'on m'a dit^ Le Vase brisé de Sully-Prudhomme.
Le visage de M. Haraucourt exprima l'ahurissement.
France. — Mais le plus souvent^ mon cher ami, vous le savez aussi bien que moi, les élections sont purement politiques.
Haraucourt. — Pourtant, mon cher Maître, la vôtre ne le fut pas !
France. — Plus qu'aucune autre, au contraire. Mais cela mérite d'être conté i)ar le menu.
Ludovic Halévy, qui me portait une fraternelle amitié, me répétait sans cesse : « Pourquoi bouder V Académie ? Il faut en être. Ça fait bien sur la couverture des bou-
44 LES M A T î xN E E S
quins. Présentez-vous, Faites-le pour moi. J'ai honte d'être Immortel quand vous ne Vêtes pas, »
Tant et si bien que je rédigeai nia candidature, y allai la hd lire,
— « Fi ! me dit-il^ votre lettre n'est pas protocolaire ! Passez-la moi que je V arrange à la mode. >
Et de parti-pris^ il y piqua trois ou quatre bonnes grosses fautes d.e français qui rutilaient cormne des coquelicots dans les blés,
— « Voilà ^ dit-il, le style qui convient. Mais ce n'est pas tout. Il s'agit de savoir qui vous aurez pour vous. :>
// dressa une liste et procéda à d'innombrables pointages,
— « Hu7n ! Hum ! fit-il, ce sera dur. Ces sacrés ducs ne vous avaleront pas sans jaÂre la grimace. »
J'entrepris mes visites, Halévy dirigeait les opérations. Chaque matin, je recevais un billet : Allez chez celui-ci ! Retournez chez celui-là !
Pourtant il était rongé d'inquiétude.
Enfin, un jour, je le vu radieux :
— « Ça va ! fit-il en se frottant les maiiis^ nous les tenojis ! »
— « Oui ca ? »
— « Les ducs ! Ecoutez-moi. Il y a deux fauteuils vacants, U extrême-gauche de V Académie vous présente à Vun. Les ducs poussent à Vautre un digne gentilhomme de vieille souche^ rnais tout à fait illettré. Ils ne Vimposeront pas sans peine,
(( Nous leur avons dit :
— iiVotdez-vous que V extrême-gauche vote pour votre gentilhomme ? Votez pour V anarchiste Anatole France, Passez-nous la casse ^ nous vous passerons le séné, »
« Tope-là ! Ils ont consenti. Je jubile. Faites vos visites aux ducs : ils sont prévenus. Mais surtout ne parlez ni politique^ ni religion ! fichtre ! Dites : Le soleil luit ! ou bien : Il vente ! Il pleut ! Il bruine ! Demandez à la maîtresse de maison des nouvelles de son caniche et de ses babouins. On a fait les mêmes recommandations au gentilhomme, »
Tout alla comme il avait prévu, Vanar-^
clîiste et le grand seigneur jurent élus le même jour et par les mêmes voix. Ce jut tout à fait impudique.
Haraucoitrt. — N'importe ! L'Académie se fit grand honneur en vous nommant.
France (lui prenant la main). — Merci, cher ami. Je continue^ car il y a une suite.
Par7?ii les sujjrages qui m^ étaient promis, un seul me manqua : celui d* Henri de Bornier. Comme cette petite trahison avait été divulguée, il voulut s'en excuser près de moi.
— « Cher Monsieur France^ commençât-il, je n^ai pas voté pour vous. »
— « Je vous demande pardon^ Monsieur de Borfiier, vous avez voté pour moi. »
— « Mais non », jit-il inter toqué.
— (( Mais si; n'êtes-vous pas gentilho im£. Monsieur de Bornier ? »
— (( Assuré?nent, mais... »
— « N^êteS'Vous pas le poète de Fhonœur? »
— « Sans doute, mais.,. »
— « // est donc impossible que vous ayez protesté votre engagement. Vous avez voté pour moiy Monsieur de Bomier, vous avez voté pour moi, »
// s^éloigna Voreille basse. Mais je n^étais pas assez vengé , et je n'attendais que V occasion d'assouvir ma rancune.
Je la trouvai à une séance du dictionnaire...
Mon cher Haraucourt, vous prendrez certainement part aux séances du dictionnoire. Car vous serez de V Académie. On obtient toujours ce qu^on désire jortement.
Haraucourt. — Voire !
France. — N^en doutez mie ! Et je vous souhaite de bien vous gaudir à ces fameuses séances.
Noîis en étions toujours à la lettre A ; car on travaille à petites journées sous la Coupole, On rédigeait l'article anneau.
C'était le duc de Broglie qui présidait,
A la majorité des suffrages^ on adopta la définition que voici i