‹ Les matinées du Louvre: Paradoxes et rèveriesChapitre 9 sur 17 · LE PARAGUAY EN · texte numérisé non relu

LE PARAGUAY EN

Ces jours derniers , le Moniteur annonçait que le brigadier général des armées du Paraguay, don Solano Lopez , fils du président de cette jeune république , avait été reçu à Saint^oud par l'Empereur.

Ce fait, très^simple en apparence, mais rempli de promesses pour Tavenir, a reporté l'attention sur un pays que nous allions appeler lointain, par vieille habitude, sur ce beau Paraguay que tant de souvenirs recommandent aux sympathies françaises, et que la vapeur a placé enfin dans notre voisinage. Aussi , malgré les légitimes préoccupations du moment' peut-être lira-t-on encore avec quelque intérêt une étude sur le Paraguay, écrite pour une époque plus calme. Nous touchons, d'ailleurs, au dénoûment du drame de la Tauride , et il sera sans doute permis demain au lecteur de regarder de l'autre côté de la mer.

On croit que la terre se peuple lentement ; mais la terre est bien jeune encore ; ce que nous appelons siècles , elle l'appelle jours; les Portugais ont découvert le Brésil en 4500, c'est-à-dire avant- hier, et déjà cette jachère immense qui s'étend de la Guyane portugaise, ou de l'Equateur, jusqu'à Buenos- Ayres, est défrichée et peuplée; c'est un jardin, un pâturage, une campagne, un haras, traversé par les plus belles rivières, ombragé par les plus beaux arbres, éclairé par le plus beau soleil. Au centre de cette magnifique région , on trouve le Paraguay, ce diamant américain enchâssé entre deux Q<^ans. Le Paraguay, en naissant, a été le fils bien-aimé de la France.

Avant-hier, il y avait des sauvages adorant les Manitous; hier,

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il y avait des missionnaires plantant la croix ; aujourd'hui , il y a la paix, la richesse, la civilisation.

Les divers États improvisés sur cet angle du monde sont tombés , à leur naissance , dans une erreur vulgaire , qui a été la folie de la terre depuis Caïn , et qui va bientôt se Changer en bon sens : ils ont cru qu'il fallait arroser de sang les semences des colonies, et que la guerre, inventée par les peuples barbares, était aussi la profession normale des peuples chrétiens. L'Amérique du Sud s'est donc trompée en voulant copier l'histoire des coBtîMHilis vieiUis de l'aiiii» côté de l'eau. On avaiè quoique raison de guerroyer, en Europe ; tous les peuple» n'y av«ieiil pM use place égaie a» même soleil; toutus les terres n^y rendaient pas les mêmes produits; le froment était pour les- uns, Tivraie pour les anbres. Chacun alors a voulu prendre diez son roisin <;e (|in manquait chez lui , dopais Ronnuhis qui cherchât des SsèÂnés , jusqu'au czarNieolafl^qui cherche du soleil. liHaàs dao» cette vaale ÂmétU^méfiiàkQm^, cette privilégiée de Dieu, dans oe qiiavt de planète siâxiKviséen pafa(& terrestres, dan» cette zone DOitf ricéère t)» le sol reçoit un genne, ua arbuste, un gnmi, et rend un jardin^ une ferét, me moisson , la guerre est une cbeee ii^e; c'estr beauconp phis qu'un attentat 4 la vie de Themne, c'est une insulte à la munificence de*^Dteu..

Voilà, ce -qu'a si Inenoompris» l'homme éneipque et sa^ qflk administi'eaiïjourd'hRn le Paraguay, don Antonio Lopez. Ëhi président décennal en 4844, et réélu diix ans après, illm a été domié d^opérer beaneoup ée bien, et d'éle*7er ce beanpefs à un degré de {m)spérité jnsqu'sdors inconnu. Ayant sxcepé de son prédécesseur le triste héritage de la guerre, il l'a faite avec courage ponr conquérir la. paix. Aujourd'hui, les quereltos de voisi* nage se soirt éteintes; tout est calme sur les qoRfeie frontières du Paraguay: au nord et à l'est^ ducôté duBrésili; ài'ouest, du côté de la Bolivie; an midi , du côté de la Gonfédérati^m arge»tine. Sans la paix, aueun avenir n'est féeond; tout siflo» est une fosse, tout monument un tombeau , toute parure un deuil, fl a £alki. trop longtemps arroser du sang fraternel cet Ëden dn Fa-

raguay, pour faire admettre par les deux voisins rivaux qu'il y avait quelque chose de mieux à faire , et le mieux a été fait. Une impulsion vigoureuse restitue en ce moment à ce pays les avan< tages de son admirable position , et le progrès du bien ne s'arrêtera plus.

Le Paraguay s'étend sur une superficie de quarante - quatre mille lieues carrées; deux grands fleuves l'arrosent, celui qui donne son nom au pays, et le Parana. Dans notre Europe, aucun de ces courants d'eau intérieurs qui marquent la frontière des États ou nomment les départements ne peuvent donner une idée d'un fleuve américain sorti du réservoir des Cordillères^ Les fleuves Paraguay et Parana portent des navires de huit cents tonneaux avec autant de facilité que les nôtres portent des barques. La nature' américaine n'a pas lésiné dans ses dons.

Le Paraguay a d'abord la richesse des mines, richesse qui est aujourd'hui la première, grâce aux raffinements de la civilisation. L'âge de Saturne et de Rhée n'est pas le nôtre, prenons le nôtre tel qu'il est. Ainsi le Paraguay donne en abondance de l'or, de l'argent , du cuivre , de l'étain , du fer. On y trouve surtout beaucoup de zinc, et le commerce du pays fonde avec raison de grandes espérances sur les développements de l'exportation de cet article. La seconde richesse est à notre avis d'une importance égale ; elle consiste dans de précieuses productions recherchées partout, et plus nécessaires à F homme que les métaux : le blé , le riz , le tapioca , l'indigo , la cochenille ; le bois de construction, le bois de teinture, abondent au Paraguay et peuvent répondre aux exigences des plus nombreuses exportations. Le tabac , d'une qualité supérieure à celui de la Havane , doit aussi bientôt devenir pour le Paraguay une immense ressource commerciale. Cette plante est devenue un besoin du monde; tout ce qu'on écrira contre elle ne peut prévaloir. Le tabac a sa raison d'être, risiison mystérieuse qui joue son rôle dans les harmonies d'un âge nouveau , comme la vapeur et l'électricité. S'il avait tous les vices délétères qu'on lui impute , la nature n'aurait pas planté sa première tige. Comme les meilleures choses no l

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de ceiâondevle tabac est nuisible. à quelques-uK, saais il rend' de graads services sans-péril à la mainte. Un homme d'un grand esprit et d'mi profond siivoir^aàiuteiMiraiilpe joue,. dans unfeuiileUm.de seienees., que le labac^t mi.pQison<<pi affaiblit les organes et paralyse le cerveau. Jamais peuple n'a usé et a^usé du tabac comme le peuple turc. On fume defniis deux bâcles dans tout Tempire ottoman,. et Silistrie nous a pnmvBé que les Turcs de 'l<834 sont aussi fofts, aussi wigoursusfiment constitués de corpsetde cerveau, queles héroïques fumeufseat turban qui suivaient Soliman, Achmet, Sélim,. Amurai Wy dans ces étemelles campagnes ^P^se, où« livraiei^ des batailks> dé géants , après de longues marches sur. dés sables de feu ^dans des vallons de neige et sous les avakmches du Taurus. En Ailemagne , tes plus illustres penseurs ont abusé du tabac toute leur vie, I et leur cerveau n'a nullement périclité. Schiller, Gtsthe^ Beethoven, Mozart, ont écrit leurs diefs-d'œuvre en fumant. Sll pktît à la nature es changer un poison en besoin, laissons^a faire; elle veut remplir le monde d'un peuple de Miibridates. L'habitude est un contre-poison , eton gsi^e une volupté.

€eoi n'est point une digression; nous sommes toujours daas le sujet. En parlant du tabac du Paraguay, qui sera bteniôt notre consommation populaire, car te harvane est ruiaeuxet ne brute qu'aux lèvres des riches, nous avens voulu, combattre un préjugé féactionnaife, qui pourrait en s'aocréditant nuire à une exportation de première nécessité. Gonsidéré sous le nappori d'économie sockte , te tabac est devenu pour la iFranoe un impéi volontaire qui augmente chaque «uanée dans des proportions étonnantes. <ki ne peut prévoir où s'arrêtera le cèûffre que cette plante rapporte au trésor public, ^i VûHme dudéfieU do^ être un jour comblé, il le sera par te tabac.

Au Paraguay, les articles dite de Parie sont très-recherdiés, et le président actuel a eu l'exceltent esprit de réduire de beaucoup tes droits d'importallon. C'est une si^ provocation aux échanges. La France peut largement puiser dans les nûnes, tes forèls , les récoltes de ce généreux pays , qui regarde Paris comaie

son fournisseur patenté. Paris est la ville nécessaire par excellence. :£0e amuse le monde avec son théâtre, ses modes, ses meubles, ses fantaisies et ses révolulions; aussi le monde est rocpnnatfsant, et les femmes des deux Indes se croiraient vêtues en négligé perpétuel, si elles n'étaient pas habillées par la main deParifi.

Nous avons cité les {mncipaux produits du Paraguay, mais nous sommes de ceux qui croient que l'homme n'a pas encore pris à la nature tout ce qu'il peut lui prendre. Les guerres ont toujours donné trop de distractions stériles, et bien peu de choses (nécessaires ont été découvertes par le hasard ou l'observation. Le Paraguay, par sa position merveilleuse , est peut-être le pays qui garde dans ses fécondes entrailles le plus de secrets «uevelis depuis six mille ans. Les grands fleuves, les rosées du tropique et le soleil vrai ne s'associent pas pour faire éclore tant de tiges, en apparence inutiles, à la surface d'un sol trop généreux. Que de remèdes pour la maladie , que de sucs nourriciers pour la santé s'épanouissent sur cette splendide terre , en invitant l'homme à venir surprendre leurs secrets I Un hasard a fait découvrir le quinquina et la patate; mais n'allons pas croire que c'est là le dernier effort alchimique du laboratoire du soleil I Rien d'inutile ne surgit dans ce parterre luxuriant de fleurs et de laides feuilles sauvages, filles de cette puissante terre. Mais la nature ne met pas une étiquette sur chaque tige; elle exhibe dans ses ardentes galeries tous les individus de sa flore sauvage, mais elle ne révèle pas leurs mystérieuses vertus. C'est à l'homme à chercher, à étudier, à observer, à découvrir. Nous sommes au début du progrès, à l'aurore des grandes révélations. La science de la botanique d'hygiène est à l'état rudimentaire; elle s'est exercée dans le Nord, sur un sol dépourvu de vitalité, où le soleil ne travaille qu'à hi surface. Maintenant , grâce à la vapeur et à la paix , qui suppriment les distances et les haines, tout sera étudié dans les exhibitions du musée de la flore tropicale : la science deviendra cosmopolite, et elle apprendra, si elle en doute encore, que Dieu n'a rien fiait pour rien dans ce monde

que le soleil du Paraguay n'a point de fantaisies de production, et que tout brin d'herbe arilve avec une bonne idée à la surface d'un sol béni du ciel.

Aux jours, encore récents, où les rapports internationaux étaient lents et difficiles, les vo^'ages rares ou nuls, on ne pou* vait rien découvrir de ces secrets naturels. Il fallait perdre trop de temps et de soucis dans les correspondances; et on u'a'pas même pris la peine de surprendre un seul des mystères hygiéniques déposés dans le cœur de la sagesse indienne. On ne connaît même pas encore en France une plante qui est un remède souverain > r%apana^ au Bengale et aux îles de la Sonde. Les sauvages en savent plus que nous; ceux qui ont découvert la plante qui guérit la blessure mortelle du cobrcKapel ont découvert bien d'autres choses encore. Le travail de civilisation universelle qui commence arrachera tous ces secrets aux adeptes. Us avaient bien raison, les. anciens, d'appeler le soleil :

Dieu des savants mystères , Diea de la yie et dieu des plantes salutaires.

Et encore, ces pauvres anciens ne connaissaient qu'un pâle Phœbus de quarante degrés de latitude, le soleil de l'archipel ionien. Qu'auraient dit Esculape et Machaon, ces fils du Dieu du jour, s'ils eussent connu leur autre père du Paraguay, cet ouvrier sublime qui perce la terre et le roc avec ses rayons, travaille le diamant et l'or comme objets de luxe; donne la vie avec ses rizières, ses jardins, ses vergers, ses pâturages, et par l'évidence de ses premiers bienfaits , trahissant des soins plus mystérieux , infuse toute sorte de sucs généreux dans des feuilles vulgaires et sans nom, et les prodigue -sur le chemin de l'homme, en les couvrant de parfums, pour attirer son regard 1

L'avenir , ce grand sphinx muet, a bien des secrets à proposer aux CËdipes divins. Rentrons dans le présent.

Comme tous les pays jeunes, qui n*ont point d'histoire ancienne, et par conséquent point de regrets, le Paraguay a pu choisir la forme de son gouvernement sans craindre les vieux partis, les prétendants, les ambitions en retraite et les comparaisons prises dans un passé ancien ou récent, mais toujours meilleur. La forme républicaine a été adoptée. Un pouvoir décennal est donné au président. Ily a deux chambres : Tune, celle des députés, est élective; l'autre , appelée conseil d^État, est nommée par le président , lequel est nommé par la chambre. D'éminents services rendus au pays donnent des titres suffisants pour entrer au conseil d'État. La chambre fait les lois , le conseil d'État les sanctionne. Le code espagnol , sauf les modifications exigées par la forme du gouvernement, est le code du Paraguay.

La religion catholique est dominante; les autres cultes obtiennent tolérance et protection.

L'armée, dont la belle organisation est due au président actuel et à son fils, le général en chef, compte environ cinquante mille hommes sous les drapeaux.

L'esclavage existe encore de fait au Paraguay , mais l'intelligence sagement progressive du président Lopez a pris , depuis onze ans, d'excellentes mesures pour rendre à l'homme. et à- la femme leur dignité native , et mettre en harmonie les exigences des droits acquis du passé avec la civilisation chrétienne de l'avenir. On ne peut qu'admirer les dispositions nouvelles relatives à l'esclavage.

Tout individu né d'une esclave est libre.

Il est défendu , sous les peines les plus sévères , d'acheter et de faire trafic d'esclaves.

Le maître est forcé d'accepter la rançon de son esclave. Le maximum de la somme du rachat est fixé à cinq cents francs.

On le voit, c'est l'abolition de l'esclavage sagement graduée.

Cela vaut cent fois mieux qu'une brusque et complète abolition , qui rendrait tout à coup aux esclaves une liberté plus gênante pour eux que la servitude. Au reste , lorsqu'un État américain en est arrivé à ce progrès, il est évident que l'esclavage n'existe déjà plus , dans ses anciennes et odieuses conditions. S'il n'en était point ainsi, nous n'oserions pas même prendre la défense de ce qui existe encore; car, les hommes étant frères selon l'Évangile, sans aoception de nuance et de couleur, il n'est. pas permis , en thèse générale , à un chrétien de retenir son prochain dans l'état humiliant de l'esclavage. Il n'y a donc plus aujourd'hui, à proprement parler, des esclaves au Paraguay; il y a des serviteurs qui peuvent par le travail ohas^er de maîtres, ou devenir libres , et , la génération actuelle une fois éteinte , tx>ut rentre dans le droit commun , les fils d'esolaves étant libres de droit. Le président Lopez a bien mérité de l'humanité chrétienne, en prêtant son zèle et sa persévérance à ce beau résultat.

Il serait bien à désirer aussi que l'ancien préjugé d'inimitié entre les races de diverse origine fût détruit dans cette grande métropole américaine qui, en proclamant l'égalité des iKOomes, exclut certains citoyens d'un sang équivoque. Voilà une anomalie qui blesse le sens moral de tous ceux qui, comme nous, n'ont pas étudié les mœurs des États-Unis. Si c'est une erreur de notre ignorance, elle est excusable. A Paris, ville moins libre que Washington, on trute fraternellemrat tous les homme» bien élevés; on ne leur demande pas leurs titres généalogiques; on n'inspecte pas d'un œil minutieux la dégradation des^ teintes- de leur visage. Un Américain de sang mêlé , ayant de l'esprit et des manières, tiendrait un rang honorable dans^ nos salojns et pourrait se montrer aux premières loges, à l'Opéra, côte à côte avec un Montmorency. Le bon exemple de charité chrétienne donné par le Paraguay traversera la ligne, nous l'espérons, et tous les républicains de l'Union, sans exception auoune, seront un jour libres et uni».

Le président Lopez n'a accepté sa réélection que pour cinq ans, la moitié du terme légal. En quinze ans, il aura rendu à

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:8on pays les plus grands services et affermi sa prospérité. Ceux qui leconnaissent et Font \ni de près à Tœuvre disent tous qu'un tnobie patriotifimei, pur de toute ambition, Ta toujours soutenu et guidé dans les pénibles épreuves, les luttes extérieures, le« rèifoime» salutaires, qui ont surtout signt^ les premières années de son adminustcâtion. 31 quittera le pouvoir honoré de l'estime et •d&'la reeomiaissance de ses concitoyens, et laissant à son suc* •cesseur des devoirs fiMàles à remplir et un glorieux exemple à imiter.

Avec le nouvel ordre de choses qui commence partout, Tex- ;périence ipolitique, jusqnlà ce jour mot ma» signification, doit prendre un sens^ Le passé doit éclairer Tavenir. La république •du Paraguayin^estjpas un édifiée bâti sur le sable, la mainferm* •do président Lopes lui adonné la durée et la solidité; elle a vu les 8fgitatioB9 stériles de quelques États voisins; elle a lu les histoires à» notre xvieux continent, et elle n'imitera qu'elle* •même, pour évitdr les éeoeils où tant de gouvernails antiques et modernes se sont brisés. Un philosophe a dit : a L'homme de* vrait avoir deux exidtenees : la première serait un essai, la seconde la vie, .^ avec l'expérience de la première on condui* rait la seconde. » Heureux sont les États d'Amérique 1 ils sont nés àpropos, et réalisent le rêve de ce philosophe. Le vieux imonde a vécu>six mille ans peur éclairer, par une première vie d*essai, la vie du uMwde nouveau. L'Amérique a donc reçu du del, ranalsiant, le plu» beau des privilèges, une expérienee rue soixante sièeles , expérience subie par d'autt«e et écrite dans .mille histaire»^ avec des larmes et du sang. Ainsi complétenMnt instruite, si elle tombaitdans les mêmes erreur», si elle effaçait le mot expérience de ^n cvoeabulââre sodal, si elle continuait l'ancien monde, il iflsudrait désespérer de l-humanité. Nous croyons, neus, que la Frovidenoe materndle a voulu que le Nouveau-Monde fût découvert fort tard, afin qu'il se servît, pour mieux vivre , des leçons séculaires et innombrables de son aine. <€'est le cas de dire avec leroi-prophète : Non fecit taliter omni

Nous le redirons encore , parce que les choses qui paraissent justes doivent être dites deux fois , un pays comme le Paraguay, qui n'a rien à envier à ses voisins, qui a des mines précieuses dans ses montagnes, de vastes cours d'eau dans ses vallées, de grands troupeaux dans ses pâturages , et qui peut ensuite exporter l'immense superflu de ses récoltes de riz, de thé, de café, de tabac, de coton, de miel, de sucre, de rhum, un tel pays, doté si généreusement, tient son bonheur entre ses mains : vu de loin, il ressemble au paradis de la terre; et, à coup sûr, l'illusion n'est pas détruite quand on lé voit de près.

La ville de l'Assomption est la capitale du Paraguay. On y trouve une société élégante et choi^e. Les femmes sont habillée comme nos Parisiennes , et on retrouve diez elles le superbe type espagnol. La danse, comme de raison, est le plaisir dominant du beau monde. Les réunions sont nombreuses et fréquentes, et, chose extraordinaire, si on y danse beaucoup, on y joue très-peu. Cette particularité mérite d'être signalée en passant. Le jeu a toujours été la passion des créoles américains, non pas le petit jeu de société inventé à Boston , ou le whist somnolent à deux sous la fiche , mais le jeu de banque , le jeu de reste, le jeu qui dédaigne les calculs, les combinaisons, la sagesse ; le jeu de hasard pur, qui dévore une fortune sur une carte retournée, ou sur un rot souvent illégitime; le jeu qui, dans une seule nuit, fait de la ruine de l'un la richesse de l'autre; le jeu des Français de la Régence, des Espagnols de la presqu'île d'Yucatan , des Américains compagnons d'armes du marquis de Montcalm et de Rosambeau. Voilà donc une passion qui s'éteint en Amérique comme le volcan de Quito. C'est encore le Paraguay qui donne le bon exemple. Voilà donc pour son commerce une source nouvelle de confiance et de crédit. Un peuple industriel , où personne ne joue gros jeu , est bien noté sur le grand livre de l'univers commerçant.

Les femmes de l'Assomption font tous les jours leur promenade à cheval du côté de la Recolletta. On chercherait en vain dans le monde un hippodrome plus charmant. Figurez- vous nos

Champs-Elysées sous un ciel d'or et d'azur, plantés d'orangers sans caisses , d'orangers superbes , toujours en fleurs , et d'arbres équinoxiaux touffus comme des cèdres et embaumés comme des fleurs. A l'extrémité de cette magnifique promenade, créée par le soleil , on trouve une belle église à colonnades, nouvellement construite. Le style d'architecture grec se retrouve là tout à fait à sa place convenable. Athènes et Corinthe n'ont pas inventé leurs péristyles par. les -brumes du Nord, mais par l'azur du Midi; et quel Midi, le Paraguay! Auprès de lui, le ciel de la Grèce n'est que le crépuscule d'un beau soir dans ses plus éblouissantes irradiations. On retrouve le même style grec à la cathédrale, nommée V Assomption, comme la ville. Ce monument, aussi de construction récente, semble une copie de notre Madeleine de Paris. L'intérieur est décoré avec une grande profusion de richesses. Mais , comme ameublement de saint lieu , rien n'est comparable aux magnificences de l'église des Minimes; on voit qu'on est dans le pays de Rio de la Plata, l'autel est en argent massif. La richesse des élises atteste l'opulence des villes qui les font bâtir.

L'Assomption offre encore une autre promenade qui doit avoir plus de charme pour l'étranger, surtout pour le septentrional , ennemi de l'excessive chaleur, ce bienfait du ciel , ce vêtement de Dieu. On la nomme Promenade de la rivière^ quelle appellation rafnifchissante ! Elle est voisine de la place de l'Hôpital , et rappelle beaucoup notre Champ de Mars. Le soir, les femmes élégantes et tout le beau monde de l'Assomption vont savourer syr cette promenade la fraîcheur des arbres et des eaux. On entend retentir, dans les lointains vaporeux, ces déhcieuses cantilènes espagnoles, chefs-d'œuvre de compositeurs inconnus; ces doux nocturnes, nés dans les jardins de Cordoue, et qui ont traversé les siècles et les mers, en rebondissant des voûtes de TAlhambca aux temples de Mexico , et dès Coidillères aux sierras du Paraguay. On écouterait toujours ces chansons castillanes , brèves comme les mesures d'un soupir mélodieux ; elles ne finissent pas, elles s'éteignent; la voix ne chante plus, on

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écoute encore. Le si bémol final n'a pas encore rava^ ce& prunevères de Tart.

Les étrai^ers trottvent à FAssomption une hospitalité digne des âgos antique». Les créoles ont gardé la traditiondes grande festins , et rien ne leur coûte pour charger et orner une tahle ei la couronner de nombreux convives. Cette passion américaine s'est élevée souvent à de nobles exoësc, traités^ de folies par les économistes. Il s- est trouvé de riches créoles qui ont oommandé un dîner complet au câèbre Ck)lin, de Nantes, ce bienfaiteur de l'humanité voyageuse, et le vaisseau porteur du festin de oomerves étant signalé à la vigie, l'amphitryon invitait^ ses convives et leur servait* un diner français cuit à dimx mille lieues de la table du festin* Telles scoit les mœurs des riches créc^:, et, pour qu'elles ne tombent pas en désuétude,- scMihaitofl» que la paix durable et» le commerce affranchi d'entraves centiqdent la richesse de ceox qui, gràœ à la vapeur, doivent aujovrd^hui être appelés nos voisins et nos amis. .

Le président de la république du Paraguay, don Antonio Lo* pez , a témoigné de son aflSpction pour la France en envoyamt son fils à la cour de» Tuilaies, oomime un messager de bonnes relations. Le générsd don Solanolopez , à peine âgé xle trente-deux ans,'a commandé une nombreuse arm^ avec rinkdlgenee d'un viesx soldat; Aujourd'hui il applique cette même inteiligenoe an maintien de la paix et à la pro^rité progressive deftonpays^ La circonstance ne pouvait être plus favorsd^le pour donner une véritable idée de la nouvelle France à l'illustre voyageur américain. DaStstou» les salons où il entrera, le mot* de guerre frappera ses oralks: maôs^oombien les temps sont chaiigésl à œ mot de guerre, le mol de conquête ne se réuBfil phis. Xoua les yeux sont' tournés sur un coin de^l'Euxin * tontes les lèvres disent le même nom, tons^le» cœurs battent de la même fièvre; el le jour où cette grande nouvelle retentira : « Sébastopel ^ prinl » tout Paris va s'écrier, avec son million de voîx : « C'est la pnx 1 » Ce qu'on demande à nos héroïques soldats, à nos- héroïques alliés d'Angleterre et de Constantinople, ce n'est pas de s'^ianr

cer de Sébastopol vaincu comme d'un tremplin, pour commencer une guerre éternelle et une série de bulletins de victoires : on ne demande qu'un seul bulletin, on ne demande qu'une victoire, cdle qui coupera le bras droit de la Russie, et ne lui laissera que le gauche pour signer la pux.

Cet enseignement précieux , le général Lopez le transmettra sur la rive droite de TOeéan , et les peuples de la zone du soleil:, ces peuples sages qui vivent du. commerce, apprendront avec joie que la Franœ nouvelle, aussi: belliqueuse que Tandenne, et toujours prête à écraser une injpste et folle agression , com^prend aussi les intérêts pacifiques de Tépoque et' le» tendances de Tuniverselle civilisation, et que son alliance indissoluble avee FAngleterre, noble alliance scellée sar le même champ de ba* taille, a une signification rassurante pour les ports de l'Atian» tique. Ce n'est pas la ligue de la^ guerre, e^st la» ftBtemelie association de la paix. Quand les pavillons d'Ângleterm et dé France se saluent amicalement sur les mêmes eaux, les arma** teurs ne courent aucun risque; le» échanges se croisent Sfflis péril entre les deux mondes, et les liens de la grande famille humaine se resserrent dan» l'univers. Entre tous les pays favo* risés du ciel , le Paraguay est celui qui gagnera le plus aunouvel ordre de choses, ^t la France s'^n réjouira avee toute* la tendresse d'une sœur.

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