‹ Les matinées littérairesChapitre 12 sur 56 · UX PRÊTAB PEINT PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

UX PRÊTAB PEINT PAR LUI-MÊME

(( partout une grande abondance de vin, qui diminue « de prix, et qui se trouve fort bon et de bonne

(( garde Depuis près de trois semaines, Iespluie$

« sont très-fréquentes et abondantes ; il n'a pas laissé « de venir des vins de Champagne à la foire Sainte tt Martin, mais non en aussi grande quantité qu'on « Tespérait; il n'y a point eu de vins fins ni de vins « gris, mais seulement des vins blancs de Châtillon- « sur-Marne et d'alentour, vendus à 80 ou 90 livres « la queue la plus chère. Les vins rouges tendres des « environs de la rivière de Marne ont valu 50 et 60 « livres la queue ; les gros vins et les vins triés de « Quincy 40 livres ; les vins de Brie communs, 30 et « 32 livres. »

Les œnologues pourront trouver d'utiles renseignements dans ces détails, mais peut-être édifieront-ils assez peu les âmes pieuses. On est surpris de voir un prêtre, un des meilleurs, déployer une érudition si étendue sur les divers crus et leurs prix respectifs. Passe encore de la part d'un ecclésiastique dans le genre de celui dont l'abbé Le Dieu nous raconte la mésaventure. « La nouvelle de Meaux et de Tévêché « est que Denis, aumônier et secrétaire de l'évêque, « a été chassé, son maître l'ayant trouvé ivre. Il était (( étourdi, goinfre, dissipé, aimant le plaisir, le jeu, « la compagnie des femmes ; sans gravité, ni piété, « ni aifection, toujours à la chasse à Germiny, et • « môme en visite. Voilà l'homme que l'évoque avait « mis chez lui pour dire la messe, édifier sa maison tt et son diocèse. »

On voit par le journal de Le Dieu que les prêtres

09 LE DiX>SGl>'nÈMK SIÈCLE.

chasseurâ étaient fort nombreux au dix-septième siècle. Le clergé secondaire gardait encore quelque chose des mœurs grossières du moyen âge ; la rudesse avec laquelle il était traité par les prélats Tempochait de se dégrossir et de s'élever. Le Dieu rencontre un jour le curé de Vareddes : « Ce curé, qui « revenait d'Estrapilly, de la fête de là Décollation w de saint Jean, me dit que le curé de ce dernier lieu « s'était plaint à lui amèrement des mauvais traite- « ments de Tévéque dans sa visite, Tayant rendu sus- « pect de mauvaise conduite avec sa ser\'ante tout « publiquement devant le peuple, qu'il se regardait u comme déshonoré et incapable de faire aucun fruit « dans la paroisse.» Voici d'autres passages non moins instructifs sur le môme sujet: «On apprend « de tous les curés unanimement que M. l'évoque ne « dit pas un seul mot d'exhortation en aucune paroisse, « mais qu'il va son train fort vivement, faisant toutes « ses questions aux curés sur les habitants et aux « habitants sur leurs curés, étant presque toujours u sur ses pieds d'Une manière assez légère et peu « digne de la gravité épiscopale. On a remarqué qu'il a disputait souvent avec son aumônier, et que son « aumônier répliquait aussi souvent, se plaignant (( qu'il le traitait comme un laquais ; qu'il ne daignait « pas inviter les curés à manger avec lui. »

Dans l'année 1706 où nous sommes, plusieurs évoques maintenaient encore l'usage antique des enquêtes publiques. Ds convoquaient, pendant les visites pastorales, les fidèles dans l'église, et les invitaient en leur présence à énumércr les griefs qu'ils

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