UM PRÊTRE PEINT PAR LUI-MÊME
pouvaient avoir contre leur pasteur. Le curé comptait naturellemeut des partisans et des détracteurs dans la paroisse ; de là naissaient souvent des conflits peu favorables à la dignité du clergé. Cet usage avait sa raison d'être au temps des premiers chrétiens, lorsque le peuple prenait une part directe à l'élection des évoques et jouait un rôle important dans le gouvernement de la primitive Église, Au dix-septième siècle, il n'était plus qu'un contre-sens et une cause d'humiliation pour les prêtres. Bissy tenait pour ces enquêtes et ne négligeait aucune occasion de les pratiquer. Cependant, s'il y eût été soumis luimôme à son tour, comme l'équité et la logique semblent l'exiger, il n'en serait pas sorti beaucoup plus blanc que tel ou tel curé de son diocèse. Saint- Simon, dans ses Mémoires, trace un assez vilain portrait de Bissy; Bossuet le traite fort mal, s'il faut en croire l'abbé Le Dieu. « Oui, oui, disait « M. de Meaux, M. de Toul est im fripon, un petit « fripon. » Ce petit fripon n'en parvint pas moins au cardinalat. Il est vrai qu'il avait de la protection et qu'il faisait une guerre à mort au jansénisme. Nous n'avons pas à le suivre dans sa carrière de courtisan et d'homme de parti, nous ne voulons voir en lui que le prélat chargé d'administrer un grand diocèse.
Questions de cérémonial et de représentation, voilà ce qui, d'une extrémité à l'autre de la hiérarchie ecclésiastique, du cardinal au bedeau, occupe principalement les esprits. Bissy pousse cette préoccupation peut-être plus loin que Le Dieu lui-même :
« Il m'avait donné celle heure pour prévoir roffice « ponlifical dans les usages de Meaux. Après avoir « toul vu : « Vous avez à choisir, lui dis-je, raonsei- (( gneur, un prêtre assistant, deux diacres d'honneur « et un porte-bougie. La fonction du premier re- « garde une*première dignité comme M. le doyen ; « mais un chef de compagnie aime toujours mieux « tenir la première place au chœur; M. Phelipeaux, « trésorier, la ferait fort bien aussi. Je doute qu'il « le veuille. J'avais coutume de la faire sous feu « M. de Meaux; vous choisirez qui vous plaira. « MM. Blouin et Angilbert faisaient les diacres d'hon- « neur auprès de M. de Meaux. — De quelle taille « sont-ils, dit le prélat? — D'une taille commune et <( propre pour cela. Ils seront donc bien près de moi « puisqu'ils étaient bien auprès de feu M. de Meaux (( qui n'était pas plus grand que moi. Il me parut « par ce discours fort occupé de sa taille , et craî- « gnant fort de se rapetisser s'il rapprochait de lui « quelque plus grand homme que lui. »
Avec tout cela, s'il faut en croire Le Dieu, M. de Bissy ne savait pas dire la messe. Aussi paralt-il, à sa façon de voyager, qu'il n'aimait guère à célébrer cet office : « Remarquez que ce prélat a fait ses voyages « les trois dimanches de Pâques. Le jour de Pâques « fleuries il est arrivé de Paris ; le jour de la grande « Pâques, il est allé coucher à Versailles, et le jour « de Pâques closes, il s'en va à Germiny en plein « midi avec tous ses équipages. »
On a beaucoup parlé des grandes traditions de gouvernement et d'administration du haut clergé de