‹ Les matinées littérairesChapitre 14 sur 56 · UN PRÊTRE PEINT PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

UN PRÊTRE PEINT PAR LUI-MÊME

FraDce. Il n'y faut pas regarder de trop près. La grande affaire, par exemple, du gouvernement de M. de Meaux est de faire nommer doyen du chapitre le chanoine Chevalier à la place du chanoine Pidoux. Chevalier est vaincu, Pidouz l'emporte, Tévôque est furieux, et la ville de Meauz se réjouit de son échec. Q y a une grande dispute entre Thôtel de ville et Pévêcbé. Le corps municipal ne veut pas faire de visite à monseigneur au jour de Tan. Bissy jure qu'il aura satisfaction de ce refus, et en effet , il obtient un ordre du roi qui oblige le maire de Meauxà se présenter chez lui. Là-dessus grand triomphe du prélat, mais qui ne compense pas Tamertume de Téleclion de Pidoux. Le doyenné manqué, Bissy veut avoir la chantrerie; intrigues, menaces, il n'épargne rien pour arrivera ce résultat; le chapitre est plein de cabales comme la cour ; si on ne lui donne pas le chantre qu'il demande , monseigneur déclare qu'il plantero tout là , et qu'il s'en ira vivre désormais à Germiny ou à Paris.

L'abbé Le Dieu n'hésite pas à comparer le gouvernement de M. de Bissy à celui de Roboam; c'est peut-être beaucoup dire . La vérité est que Bissy est un esprit tracassier, qui a des procès avec ses fermiers et avec tout le monde. L'histoire seule de ses contestations avec l'abbé Bossuet, à propos des orangers de Germiny, remplirait presque un volume. Il est vrai que ce dernier pourrait presque lui en remontrer sur la chicane. Comme administrateur, les théories de M. de Bissy sont bien simples; elles se réduisent à cet axiome : les biens de l'Église sont

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à moi. Aussi, a-t-il besoin d'une tapisserie pour 6irner sa maison de Paris; il s'empare tout simplement .des pièces qui composent la tenture du chœur de l'élise. L'abbé Le Dieu appelle cela une indignité, et il a bien raison ; mais cette indignité et d'autres encore n'empochèrent pas Bissy, grâce à la protection de madame de Maintenon et des jésuites, de revêtir cette pourpre romaine qu'on avait toujours refusée à son prédécesseur.

Fléchier, dans ses Mémoires sur les grands jours y nous a montré le prêtre mondain et le prêtre sou^ (krd; Le Dieu, dans son Journal^ nous fait voir le clei^ tel qu'il est véritablement, en grande majorité du moins, au dix-septième siècle. Nous sommes bien loin ici des évêques damerets et des curés assassins de l'Auvergne; courbé sous le despotime épiscopal, le prêtre que nous avons sous les yeux n'a, à proprement parler, ni vice ni vertu ; esclave de la règle, de la discipline , en toutes choses il se renferme dans des devoirs de forme, il se crée des joies de vanité et se console par des plaisirs sensuels; il est courtisan, valet à l'évêché comme on est courtisan et valet à Versailles. Sans indépendance, il n'y a pas de prêtre, et comment trouver des prêtres indépendants quand nous voyons l'infortuné Pidoux, dont nous parlions tout à l'heure, interdit de la messe et du confessionnal pour n'avoir pas voulu donner sa démission du poste de doyen que M. de Bissy demandait pour un de ses vicaires ?

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LA COMÉDIE OU DIX*S£PTIÈME SIÈCLE (Mémoires du duc de Saint-Simon)

LB MARIAOB AfJ DIX-SEPTIÈMB SliïCLB

C'est dans les Mémoires de Saint-Simon qu'il faut chercher la véritable comédie du dix-septième siècle. Molière, dans son théâ.tre, a'en montre que certains c(Aé&; Saint-Simon les aborde tous franchement. Pour qui sait les lire, ses Mémoires se déroulentcomme une de ces pièces à tableaux que le public semble aiTectioDner particulièrement aujourd'hui. A chaque instant le théâtre change et nous montre des scènes et des personnages nouveaux. La cour, l'Église, le parlement, la noblesse, la bourgeoisie, passent successivement sous les yeux du lecteur. Que d'acteurs divers et illustres, dans cette vaste comédie sansr compter l'auteur lui-même qui joue un rôle si im- : portant dans ces Mémoires^ sans le vouloir et sans s'en douter, que de caractères et de portraits, quelle variété de tableaux, quel art naturel de composition pour grouper tous ces personnages, capitaines, courtisans, cardinaux, princes, ministres, magistrats, autour d'un homme, le roi I

La seule façon de rendre compte des Mémoires de Saint-Simon est de les analyser comme on analyserait une comédie en cent actes avec prologue et épi«

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logue. Le prologue nous montre l'auteur présenté à Louis XIV pour être mousquetaire par 3on père , un favori ancien de Louis Xm, un soleil éteint. « Le roi, » dit Tallemant des Réaux , « prit amitié pour (( Saint-Simon, à cause, disait-il, que ce garçon lui (( apportait toujours des nouvelles certaines de la « chasse, qu'il ne tourmentait pas trop ses chevaux, « et que, quand il portait en un cor, il ne bavait pas (( dedans. » Cela lui valut un titre de duc et pair, les charges de premier écuyer et de premier gentilhomme de la chambre, le gouvernement de Blaye et de Senlis, des capitaineries, et d'autres places encore. Saint-Simon raconte d'une autre façon l'origine de la fortune paternelle : « Le roi était passionné pour la (( chasse, qui était sans suite et sans cette abondance « de chiens, de piqueurs, de relais, de commodités « que le roi son fils y a apportés, et surtout sans route (( dans les forêts. Mon père, qui remarqua l'impa- « tience du roi à relayer, imagina de lui tourner le « cheval qu'il lui présentait la tête à la croupe de cett lui qu'il quittait. Par ce moyen , le roi , qui était « dispos, sautait de l'un sur l'autre, sans mettre pied « à terre, et cela était fait en un moment. Cela lui « plut, et demanda toujours le même page à son re- (( lais ; il s'en informa, et peu à peu il le prit en affection. » Ces deux versions prouvent que Louis Xin n'exigeait pas de trop grandes qualités de ses favoris; en voici un du moins dont Richelieu sans doute ne dut pas prendre ombrage.

Revenons à la cour de Louis XIV, nous y retrouverons notre jeune mousquetaire remplissant assidu-

ment ses devoirs militaires, faisant non moins exactement sa cour au roi, dansant, au retour de sa première campagne, aux ballets qui ont lieu pour les noces du duc de Chartres avec mademoiselle de Blois, fille de madame de Montespan, alliance étrange, qui mêlait le sang de la bâtardise à celui de la légitimité, et que l'orgueil du roi imposa à la faiblesse de son frère. Dubois, de valet devenu précepteur du duc de Chartres, commence à montrer le bout de son nez dans Tintrigue qui précède et prépare cette union, d'où naissent des scènes si amusantes. Voyez le souper du roi après la déclaration du mariage : le fiancé est placé entre sa mère, qui pleure et regarde tout le monde, cherchant à voir quelle mine chacun fait, et son père, qui n'ose lever les yeux sur personne, tant il est honteux et confus. Le roi offre à sa belle-sœur de tous les plats qui sont devant lui; elle refuse avec brusquerie, et à chaque refus le roi redouble de politesse et d'obséquiosité. En se levant, il fait une révérence très-marquée et très-basse à Madame, pendant laquelle celle-ci exécute une pirouette si juste, que le roi en se relevant ne voit plus que le dos de sa vindicative belle-sœur. Ëntendez-vous ce bruit insolite? Une main vigoureuse s'est appesantie sur la joue de quelqu'un : c'est Madame, la terrible Madame, qui vient de donner un soufflet à l'allemande à M. son fils pour le punir d'avoir consenti au mariage, «soufflet, dit Saint-Simon, si « sonore, qu'il fut entendu de quelques pas, et qui, en « présence de toute la cour, couvrit de confysion ce « pauvre prince et combla les infinis spectateurs, tt dont j'étais, d'un prodigieux étonnement.t»

74 tiî Dn-5œi»TrtHE aifectK*

- Capitaine de cavalerie dans le RoTal^RoussllIms , Saînt-Sîinon est témoin de cette iucroyable scène où le roi réside knx supplications dn mardcbal de Luxem*bourg, deàprfneipaux générainL de Tannée, des prin^ ces du ffîng, et refuse de donner une bataille qui doit lui livrer ie prince d*Orange et les Flandres, pOMt retourner plus tôt auprès de madame de Maintenue; il se bat bravement à Nerwinde et revient à la cour oà sa <nère songe k le marier. Quoique fort jeune en-* core^ Saint-Simon ne répugnait point à cette idée. Fils d'un favori de Louis XIII « sans oncle, ni tante , xû dorusins germains , ni parents proches, ni amis utiles de son père et de sa mère^ il se sentait^ non» dit-il, fort esseulé dans un pays où la considération et le crédit font plus que tout lé reste. Où trouver ces appuis qui Im manquent? Passant en revue toutes les grande» familles, il se souvient fort à propos qu« le père du due de Beauvillier et le sien ont vécu sur un pied d'intimité dans le temps ; c'est sur le fils ^'il doit s'appuyer. On pouvait plus mal s'adresser* Chef du conseil des finances, ministre d'État, pre^ mier gentilborome de la chambre, bien vu du roi et de madame de Maintenon, soutenu par de grandes alliances, le duc de Beauvillier était tout à fait un personnage. Saint-Simon, sanii recourir à un inter^ médiaire , lui lâche sa demande à brûle-pourpoint. L'aînée des huit filles du due est entre quatorze et quinze ans ; c'est celle-là que Saint-S^mon demande. Mais, répond Beauvillier, elle veut absolument se faire religieuse» — Alorâ dotini'z^moi la Seconde. -><- Elle est contrefaite, et nullement mariable. -^ Je

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prendrai donc la troisièipe. -** Mais elle n'a pas treizo aosl Ou revient sur la première; Saint-Simon {ait une peinture éloquente de ce que Ton ne prend que trop souvent pour vocation et qui n'est qu'une velléité passagère , cause de regrets éternels. Trouvant le duc obstiné dans l'idée de couvent, il le quitte, dit-il, pour aller passer les premiers élans de sa douleur dans la solitude. Le lendemain, il revient k la charge, il harcèle, c'est le mot, Beauvillier, le guettant dans tous les coins et recoins du palais. Le « soir, j'allai à la musique , à l'appartement, où je a me plaçai en sorte que j'y pus toi^ours voir M. de « Beauvillier qui était derrière les princes» Au sortir a de là, je ne pus me contenir de lui dire à l'oreille u que je ne me sentais point capable de vivre heureux tt avec une autre qu'avec sa fille, et je m'écoulai,))

Le feu de ce jeune homme qui ne peut vivre heureux qu'avec une enfant qu'il n'a jamais vue rend la situation fort comique^ L'ambitieux s'y n^ontre avec une naïveté plaisante. Le duc dç Beauvillier ne cède point cependant à la crainte de faire le malheur étemel de Saint-Simon ; il s'en tient à rirr6r sistible vocation d'une fille de quatorze ans, La négociation est donc rompue, mais non point l'amitié. C'est de cette époque que date entre Saint-Simon et Beauvillier cette intimité dont l'auteur des Mémoires parie en toute occasion avec un sentiment de fierté, de respect, de tendresse qui fait honneur à son caractère.

Passons maintenant à un autre tableau. On pourrait l'intituler : Une après- dînée du grand roi. Les affaires de famille ont toujours tenu dans la vie si réglée dç

Louis XIV autant de place que les affaires d'État. Il n'est pas de bourgeois de Paris qui se môle autant de querelles de ménage : fils, petits-ûls, neveux, filles, nièces, gendres, c'est tout un monde à surveiller, à réconcilier, à tenir en paix. Les princes ont des maltresses, les princesses des amants. Les maîtresses veulent gouverner les princes, les amants cherchent à tirer de l'argent et des places des princesses. Amants et maltresses ont des amis, des soutiens qui forment cabale. Ces cabales effrayent fort le roi, surtout celle qui se forme autour de la Choin pour s'emparer de l'esprit du Dauphin. C'est une fine commère que cette Choin ; elle veut épouser Clermont , qui est l'amant de la princesse de Conti , rester cependant la maîtresse du Dauphin et le gouverner de compte à demi avec son mari. Or, le roi avait un moyen de connaître les intrigues : il ouvrait tout simplement les lettres. C'est ce que Saint-Simon appelle user du secret de la poste. Un jour donc qu'il faisait mauvais temps et qu'il ne sortait point, le roi très-chrétien, le plus honnête homme de son royaume, se livrait à cette innocente •distraction de violer le secret des lettres. Ce jour-là, précisément, Clermont ne s'était pas mis en frais de courrier, et pourtant le paquet qu'il envoyait à mademoiselle Choin contenait, outre une foule de détails sur leurs affaires présentes et sur leurs espérances futures, une liasse de lettres de la princesse de Conti qu'il sacrifiait k sa belle. Le roi, suffisamment édifié, mande la princesse , qui accourt tremblante dans son cabinet. Le roi commence par la chapitrer assez humainement , dit Saint-Simon , sur

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sa faiblesse pour Glermont, dont il lui montre les preuves. Il aurait dû pousser la générosité jusqu'au bout, et ne point infliger à la pauvre princesse le cruel châtiment de lire en sa présence ses lettres sacriGées , et celles de Glermont et de la Gboin : c Yoilà où elle pensa mourir, et elle se jeta aux (c pieds du roi baignée de ses larmes, et ne pouvant « presque articuler. Ce ne fut que sanglots, parti dons, désespoirs, rages, et à implorer justice et « vengeance; elle fut bientôt faite. La Gboin fut (( chassée le lendemain , et M. de Luxembourg eut <( ordre en même temps d'envoyer Glermont dans la i( place la plus voisine, qui était Tournay, avec celui « de se défaire de sa charge et de se retirer après en ce Dauphiné pour ne pas sortir de la province. »

Quand on voit à quoi le grand roi passe ses aprèsdtnées, on s'étonne moins que les princesses de la famille royale fassent entre elles des repas un peu allongés, empruntent les pipes des Suisses, et se traitent mutuellement de sac à vin et de sac à guenilles en présence de toute la cour.

Cependant Saint-Simon, qui ne se sentait capable de vivre heureux qu'avec la fille du duc de Beauvillier, épouse la fille aînée du maréchal de Lorges. G'cst une grande et utile alliance qui pourra le soutenir à la cour et le pousser à l'armée. La maréchale de Lorges, dont son gendre vante l'intelligence et la vertu, préférait néanmoins sa fille cadette : « Il n'a- « vait pas tenu à ses désirs et à quelque chose de « plus que l'aînée n'eût pris le parti du couvent pour « mieux marier sa favorite. Celle-ci était une brune

« avec de beaux yeux, Taulre blonde avec un teint et <( une taille parfaits, un visage fort aimable, l'air « extrêmement noble et modeste, et je ne sais quoi « de majestueux par un air de vertu et de douceur « naturelle ; c'était aussi celle que j'aimai le mieux (c dès que je les vis Tune et l'autre sans aucune com- « paraison, et avec qui j'espérai le bonheur de ma « vie, et qui depuis Ta fait uniquement et tout en- « tier. » Saint*Simon n'a pas laissé d'autre portrait de sn femme. Contentons-nous de ces lignes discrètes et émues ; les événements achèveront de nous la faire connaître, en lui prêtant des charmes nouveaux. Nous la verrons bientôt, matrone de vingt «us, faire respecter et aimer à la cour ses grâces un peu sévères, s'attirer l'estime du roi, et, chose plus difâcile encore, celle de madame de Maintenon. Modeste et sentant sa dignité^ ayant l'esprit de conduite et n'aimant point à intriguer, exerçant une grande Influence sur son mari et ne cherchant jamais à en abuser, ferme et dévouée à la fois, madame de Saint-Simon est certainement une rareté et une exception parmi les femmes de son temps. On avait alors l'ambition de la famille, mais non la tendresse et le dévouement.

Saint-Simon, avec sa nature active , énergique et remuante, avec ses luttes perpétuelles et ses perpétuels déboires, devait passer sa vie entre la colère et l'abattement. Je me figure le soir cet homme rentrant dans son entresol du palais de Versailles après son labeur de sisyphe, harassé de sa pierre de courtisan roulée tout le jour, mécontent, amer, souvent désespéré; Que serait-il devenu s'il n'eût trouvé celle jeune

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femme dont la douceur et le bon sens h consolaieat et le calmaient en récluirani? Snos elle, que de buti's irr6pftr4ble@ I Madame de S^iint-Simon fut la poésie et la sagesse de la vie de son mari. En échange, il lui a donné rimiuortaliié dans ses Mépoires, qu'elle traverse d'un air si fier et si doux , et une place dans .cette fin du dix^scpiième siècle dont elle est une des physionomies lesplus aimables et un des plus nobles CiU'actères.

Le mérite de madame de Saint-Simon était d'autapt plus grand qu'elle eut affaire à Tbomme peut-être }e plus rempli de vues et de projets de son temps, projets malheureux, constamment suivis de chutes. S'associer aux uns, adoucir les autres, tel dut ôtre le soin principal de la jeune duchesse. Saint-Simon était perdu avec une poupée de cour; courtisan malheureux, ambitieuic déçu, le sort, qui lui devait une . compensation, lui envoya une femme véritable. Dans toutes les orife^ de sa vie^ suspect au roi par sa réputation de savoir et de hauteur; en butte à la haine de madame de Maintenon par son opposition à peine déguisée aux menées du duc du Maine et par sa haine pour les bâtards; calomnié auprès du duc et de la duchesse de Bourgogne par les bruits mensongers répandus à la suite de la campagne de Lille; on sont toiyours à côté de Saint-Simon , plutôt qu'on ne le voit, un bon ange qui le défend contre lui-môme, qui le retient à la cour qu'il veut fuir et dont il ne pourrait vivre éloigné. Ce bon ange, c'est sa femme. Sans elle peut-être eût-il.été chassé. On eut besoin heu- .reuiçcmeot d'une femme de sens et de vertu pour

mettre en qualité de dame d'honneur, au^Nrès de la duchesse de Berry. Dans cette place , elle devint le chaperon de la plus folle princesse de la cour et le paratonnerre de son mari.

Un hasard singulier donna pour beau-frère à Saint-- Simon le fameux Lauzun. Il vit pendant les fôfes du mariage de madame de Saint-Simon mademoiselle de Quintin, sa sœur : « Elle avait quinze ans, et « lui plus de soixante-trois. C'était une étrange dis? « proportion d'âge ; mais sa vie jusqu'alors avait été « un roman, il ne le croyait pas achevé, et il avait <( encore l'ambition et les espérances d'un jeune (( homme. Depuis son retour à la cour et son réta* « blissement dans les distinctions qu'il y avait eues, (( depuis môme que le roi et la reine d'Angleterre, « qui le lui avaient valu , lui avaient encore procuré « la dignité de duc vérifié, il n'était rien qu'il n'eût (' tenté par leurs affaires pour se remettre en queln que confiance avec le roi, sans avoir pu y réussir. <( Il se flatta qu'en épousant la fille d'un général d'ar- « mée, il pourrait faire en sorte de se mettre entre le « roi et lui, et, par les affaires du Rhin, s'initier de (( nouveau et se rouvrir un chemin à succéder à son c beau-père dans la charge de capitaine des gardes « qu'il ne se consolait point d'avoir perdue. »

Le maréchal et la maréchale de Lorges connaissaient trop Lauzun pour croire qu'il pût rendre leur fille heureuse, en dehors môme de la disproportion d'âge. Mais il proposa d'épouser sans dot , et cette raison du sans dot emporta l'affaire. Quant à mademoiselle de Quintin, « la distance des âges et l'inex-

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<r périeDce du sien lui firent regarder ce mariage <c comme la contrainte de deux ou trois ans tout au a plus, pour être après libre, riche et grande dame, i( sans quoi elle n'y eût jamais consenti, à ce qu'elle a « bien des fois avoué depuis. » En effet , Lauzun vécDt jusqu'à quatre-vingt-dix ans. Le roi trouva al. de Lorges très-hardi de mettre un tel homme dans sa famille. « Je souhaite , ajouta-t-il, que vous u ne vous en repentiez pas. De vos affaires , vous en « être le maître, mais pas des miennes; je ne vous « permets de faire ce mariage qu'à condition que a vous ne lui en direz jamais le moindre mot. n Voilà le marié et la mariée bien attrapés, et un beau sujet de comédie pour Molière ; mais les vices et les ridicules de cour lui étaient interdits. On lui livrait Jbien quelques petits marquis, mais il fallait s'arrêter là. Georges Dandin et les maris bourgeois, qu'il met perpétuellement en scène ne sont pas plus comiques pourtant que le vieux Lauzun épousant sans dot y pour rentrer dans la politique , une fillette de quinze ans qui ne l'accepte que dans l'espoir de devenir veuve le lendemain de ses noces.

Après la paix de 1697, Saint-Simon renonce au service militaire. Le roi appelait cela le quitter, et il gardait rancune à ceux qui lui faisaient cet affront. Quel grave motif poussa Saint-Simon à braver ce danger , après quatre campagnes faites avec honneur ? Louvois avait déjà inventé Vordre du tableau, qui réglementait l'avancement sur un pied d'égalité en dehors de toutes les conditions de dignité et de titre ; son fils Barbezieux voulut que tout colonel

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pass&t chaque année deux mois dans un autre régiment que le aien. « Cela fût trouvé fort sauvage. » Saint-Simon, cependant, se serait soumis à Tordoor nance ministérielle; il aurait même supporté de voir plusieurs de ses cadets passer avant lui dans uub promotion de brigadiers, si tt quatre gentilshommes particuliers n n'en avaient fait également partie. C'est ce qui lui parut impossible à supporter et le décida à renoncer à la carrière militaire, « malgré la « réflexion d'abandonner toutes les espérances dumé* u tier, l'ennui de l 'oisiveté et la douleur des étés à ouïr « parler de guerre, de départs et d'avancements. »

Saint-Simon allait donc concentrer son activité dans l'enceinte du palais de Versailles ; son borizoa devenait celui d'une cour occupée de petites intrigues. Rien de mesquin , rien de vulgaire , on peut dire, comme cette dernière période du règne. Les esprits se rapetissent, les cœurs se resserrent; chaT çun court tristement après la faveur. Le roi est trop vieux pour changer d'habitudes et de favoris. Ma* dame de Maintenon s'entoure d'un rempart de plus en plus impénétrable. Les ambitions et les espérances se tournent du côté du Dauphin ; on s'empresse autour de mademoiselle Cboin, qui doit être la Maintenon du nouveau règne. Les arts, la littéra^ ture, qui ont fait la gloire des premières années de Louis XÎV, sont négligés et abandonnés ; les grands hommes sont morts sans laisser de successeurs. Le principal mérite d'un homme est son assiduité au<» près du roi ; elle lui tient lieu de tout. Plus de fêtes, plus de spectacles ; nous sommes aux jours de tris«

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tesse, d'ennui, en attendant les jours de douleur. C'e^t ppécisément ce moment que Saint-Simon choisit pour renoncer complètement à Tair, à la vie , et pour descendre tout entier dans le royaume des ombres. Sa retraite du service militaire clôt notre prologue. Le spectateur a pu se faire une idée générale du monde au sein duquel la pièce va se mouvoir ; il en connaît déjà le principal personnage. Sa constante et principale idée est de se créer des appuis à la cour; de là son ardeur singulière à épouser une fille du duc de Beauvillier, et enfin son heureux mariage avec mademoiselle de Lorges. Ami de Beauvillier, il compte avec raison sur cette grande et intime relation pour pousser sa fortune ; il dit en parlant de Fénelon : a C'était un esprit â coquet qui, depuis les personnes les plus puissantes tt jusqu'à l'ouvrier et au laquais , cherchait à être « goûté et voulait plaire ; et ses talents en ce genre tt secondaient parfaitement ses désirs. » Caractère iônnéte et cependant ambitieux, Saint-Simon cherchait à se faire estimer et voulait dominer ; malheureusement ses talents secondaient mal ses désirs. k ses débuts, il a cette passion des petites choses qui doit le perdre. Le rôle qu'il joue dans le procès de préséance de M. de Luxembourg nous montre déjà Saint-Simon tout entier; les coups d'épingle sont pour lui des coups de poignard ; le chagrin de voir « quatre officier^ particuliers » passer avant lui, voilà ce qui le détermine à quitter le service militaire. Nous devons nous en féliciter, car peut-être un boulet de canon eût emporté le futur auteur des Mémoires»

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IB MÉDECIN, LE TALET DE CHAMBBB.

On prétend que Tennui d'avoir sans cesse sous les yeux le clocher de Saint-Denis, sépulture des rois de France, détermina Louis XIV à quitter cette résidence, théâtre brillant des fêtes de sa jeunesse, peuplée pour lui de souvenirs charmants. Le roi , il est vrai, n'aimait guère à songer à la mort; mais d'autres motifs contribuèrent également à l'éloigner de ce château , dont les embellissements et la magnifique terrasse lui avaient coûté des sommes énormes. Saint- Germain et les autres habitations royales n'étaient pas pleines de sa seule présence : l'ombre de ses prédécesseurs pouvait parfois y voiler son soleil. Saint- Germain faisait songer involontairement à Henri II et à Diane de Poitiers. Le moyen âge y avait livré son dernier combat en champ clos ; Blois rappelait les Valois, leur légèreté, leur cruauté, leur superstition, leurs haines, leurs passions, et surtout les honteuses amours d'Henri m, continuées par le frère môme de Louis XIV ; l'ombre de Guise assassiné hantait encore ce palais où l'oncle du roi, Gaston d'Orléans, promena ses velléités d'ambition et tâcha d'oublier ses trahisons et ses bassesses. A Fontainebleau Louis XIV avait à redouter la concurrence du soldat de Marignan et de Pavie ; ici, plus de Lebrun ni de Le Nôtre. C'étaient les peintures de Primatice qui couvraient les plafonds ; les jardins avaient été dessinés par Nicolo. Le souvenir de la cour charmante de François I«' semblait diminuer le prestige de la sienne.

LE MtoECTir, IK YALET DE CHAMBRE. 85

Chaque automne pourtant Louis XIV revenait à ce palais où son père était né, où s'étaient écoulées les années de son enfance; mais bien des fois, en tra*versant la galerie des Cerfs, il dut se sentir importuné à l'idée qu'une petite reine, et déchue encore, avait osé faire acte d'autorité souveraine dans sa propre maison et tacher ses parquets du sang d'une victime, n y avait cinquante ans que la cour n'était allée à ce château de Vincennes où Charles IX sua son agonie sanglante, lorsque Louis XIV s'en souvînt à son lit de mort pour y faire transporter son arrièrepetit-fîls, le dernier espoir de sa race. Chacune de ces résidences, Saint-Germain, Blois, Fontainebleau, Compiègne, Vincennes, avait des inconvénients particuliers aux yeux de Louis XIV et un tort général, celui de lui rappeler les misères et les humiliations de la monarchie, l'insolence de quelques grands, Tindépendance de la noblesse, en un mot la féodalité. Pour rompre encore plus complètement avec le passé, il voulut avoir un lieu nouveau, entièrement à lui, où il pût tenir la noblesse sous sa main et où la noblesse tint tout de lui. La pensée qui présida à la construction de Versailles, et Saint-Simon semble l'avoir compris, fut entièrement politique.

Louis XIV détestait Paris. Paris était toujours pour lui la ville de la Fronde. Il n'avait pas oublié les nuits d'augoisse passées au Palais-Royal entre sa mère et Mazarin tremblants, dans ces temps où « la France, « qui est accoutumée à cette belle et honorable ser- « vitude de nos souverains , regardait la puissance « que le peuple voulait prendre dans Paris comme

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« une grande tnaladîft de l'État^ Et le pa?1èft)ent fen « était tout surpris. » Il fallut pourtant céder, s'enfuir devant ce peuple comme des malfaiteurs qui se cachent. Madame de MottCTÎHe, que nous venons de citer, raconte cette fuite dans les ténèbres : « Ja- « mais nuit sans assaut et sans guerre ne fut remplie « de tant de trouble et d'horreur.,. Toute la maison « royale étant assemblée, elle prit le chemin de <( Saint-Germain en Laye. Le roi, la reine et toute la « cour se trouvèrent en ce lieu sans lit, sans ofB* « ciers, sans meubles, sans linge, et sans rien de tout « ce qui était nécessaire au service des personnes c( royales et de toutes les autres qui les avaient sot- « vies. La reine, étant arrivée, Coucha dans un petit (( lit que le cardinal Ma7:arin avait fkit sortir de Paris « quelques jours auparavant à cette intention. Il avait <( de même pourvu à la nécessité du roi, et il se « trouva aussi deux autres petits lits de camp , dont û l'un servît à Monsieur, et l'autre demeura pour lui. u Madame la duchesse d'Orléans coucha une nuit sur u la paille , et Mademoiselle aussi. Tous ceuï qui « avaient suivi la cour eurent la môme destinée; et, (i en peu d'heures, la paille devint si chère à Saint- « Germain, qu'on ne pouvait pas ert trouver pour de « l'argent. » L'humiliation de ce Ht de camp et de cette paille ne dut jamais s'effacer de l'esprit du roi. L'embarras et le danger sont grands d'étaler en face de la population d'une grande ville certains désordres et scandales dont ne s'effarouchent point le^ mœurs complaisantes d'une cour. Commc^nt se soiis-' traire ensuite aux dangers de cette liberté de conver-

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sation si redoutée des despotes et qu'il est si difficile de détruire complètement dans une capitale où se rencontrent sans cesse tant d'hommes importants par la position, la fortune on Tintelligence ? La monai^ chie telle que Louis XIV et son successeur la firent était impossible à Paris. Il le sentit, et il fit b&tir Versailles,

Louis Xin^ qui était, comme Nemrod et comme la plupart des rois de Franee, un grand chasseur devant Dieu, courait souvent le cerf dans la forôt de Saint- Léger. Une auberge à rouliers et un moulin à vent s'élevaient sur la lisière de cette forêt. Fatigué de ne trouver, après une longue journée de chasse , que la maigre hospitalité du meunier pour lui et de Thôtelier pour sa suite, le roi acheta l'auberge et le mour Jin, les fit raser, et sur l'emplacement donna ordre de bâtir un petit château. Dans les premiers temps dn ses amours avec mademoiselle de La Vallière, le roi y venait quelquefois avec sa maîtresse goûter en secret les douceurs de la lune de miel. C'était un lieu sans eau, sans bois, sans vue, un sol de sables mouvants et de marécages. Gela n'arrêta point le roi dans le dessein de faire du petit pavillon paternel le grand palais de Versailles; peut-être môme l'idée de lutter contre la nature, de lui faire violence, contribuat^elle à affermir Louis XIV dans son projet. Du reste, voulant achever une œuvre qui fût entièrement de lui, il ne pouvait mieux choisir que Versailles. Tout y était à créer, bois» parc, jardins, appartements, parterres. L'eau manquait ; on essaya d'abord de détourner une rivière, a Qui pourra dire l'çr et les

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<( hommes que la tentative obstmée en coôU pendant c( plusieurs années, jusque-là qu'il fut défendu sous « les plus grandes peines, dans le camp qu'on y avait « établi et qu'on y tint longtemps d'y parler des ma- « lades, surtout des morts que le rude travail et plus (( encore les exhalaisons de tant de terres remuées « tuaient. » t

Près d'un tiers de l'infanterie française périt dans ces tranchées sans honneur. Une armée et des millions furent sacrifiés; mais Louis XIV atteignit son but, il parvint à élever un édifice assez vaste pour contenir la monarchie et la noblesse, et les séquestrer du reste de la nation. Dans ce phalanstèi*e royale il réalisa la plus vaste tentative de communisme qu'on ait jamais essayée en aucun temps et en aucun pays. Il croyait, après avoir ainsi muré sa vie, que nul œil indiscret ne pénétrerait les mystères de sa cour, qu'il en déroberait les secrets à ses contemporains et à la postérité. Mais l'ennemi s'était glissé dans la place. Un des courtisans les plus assidus de la majesté royale devait lever le voile ; aujourd'hui, grâce aux Mémoires deSaint'Simony nous connaissons la cour de Louis XIV mieux que beaucoup de ceux qui en étaient : nous pouvons aller et venir dans ce labyrinthe si confus et si régulier en apparence. La renommée de ces Mémoires et de leur auteur grandit chaque jour davantage. On regrette amèrement qu'un pareil historien ne se soit pas rencontré à chaque époque de nos annales pour raconter les temps anciens. On en appelle un pour les temps nouveaux. Ne nous flattons pas de cette espérance ; outre que les hommes du talent de

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Saint*>Simon sont excessivement rares, les mémoires posthumes n'auraient pas beau jeu maintenant. Les événements marchent si vite, les personnages sont si nombreux et durent si peu, qu'il faut pour aihsi dire les prendre au vol et au hasard pour les fixer sur la toile. Les journaux remplacent les mémoires et photographient l'histoire. D'ailleurs les individualités disparaissent, les tailles se nivellent, la publicité est partout; il n'y a plus de classes inconnues les unes aux autres, plus de cour comme au siècle de Saint- Simon et de Versailles.

Vu du milieu de la terrasse , ce palais , avec ses deux énormes ailes percées de mille fenêtres , a l'aspect triste d'une caserne ou plutôt d'un couvent. On dirait un de ces immenses édifices religieux de l'Inde où des milliers de brahmes vivent dans la perpétuelle contemplation d'une idole. Seulement à Versailles l'idole était vivante. De tous les coins de la France on accourait pour l'adorer, a C'était un démérite aux « uns, et à tout ce qu'il y avait de plus distingué, de ne pas faire de la cour son séjour ordinaire, aux « autres d'y venir rarement, et une disgrâce sûre « pour ceux qui n'y venaient jamais.» Pour se prosterner devant l'autel de ce dieu jaloux, qu'on nomme le roi, le mari abandonne ses terres, la femme renonce à ses enfants; il n'y a plus de faxnille, plus de foyer domestique; on a une cellule à deux, on est logé , chauffé, éclairé en commun ; on mange à l'écueUe du couvent.

Si un voyageur eût dit à l'auteur des Mémoires : — J'ai vu d^ns mes voyages d'outre-mer un pays où

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tous les nobles vivent réunis dans un vaste monastère divisé en une foule d'appartements. Ces moines-gentilshommes n'ont rien en propre ; les meubles qui garnissent leur chambre appartiennent au siipé* rieur du couvent, c'est-à-dire au roi qui s'est enfermé au milieu d'eux et qui pourvoit à leur entretien. Ils sont tenus seulement de s'habiller, et, pour le faire magnifiquement, tous se ruinent si bien qu'ils dépendent entièrement du roi, qui leur donne des pensions selon qu'il est satisfait de leur assiduité et de lear régularité. Pour s'absenter, les moines sont tenus d'obtenir l'agrément du supérieur qui ne le refuse jamais, mais qui n'aime pas que les demandes de ce genre soient fréquentes et les absences prolongées. Dans le couvent, on se lève et on se couche à la même heure; chacun a les mêmes occupations, qui consistent à voir le roi s'habiller et se déshabiller, à le regarder manger, à le suivre à la promenade, à faire la haie pour le saluer quand il passe d'un appartement à un autre pour se rendre à sa chaise percée. Les plus favorisés sont ceux qui ont le droit de ne pas sortir de la chambre quand le roi passe èa chemise de nuit le soir, et d'entrer chez lui le matin quand il met ses chausses. Ces nobles n'imaginent pas de plus grand honneur que de tenir la chandelle au roi au moment où il met son bonnet de nuit. Quelques-uns ont le droit de porter un habit de la même couleur et de la même forme que lui ; cela s'obtient par brevet et est considéré comme une faveur énorme. L'assiduité au lever et au coucher du roi tient lieu des plus grands talents; mais l'assiduité ne

LK MéOfiGIN^ U VALET DB GBAMBRB* M

9ui&ï pas toujours : il y a uoe foul6 de ces loomes pntmi les plus assidus auxquels le dieu n'a pas dai^ gaer se mantfestep ime seule fois, et qui cependant coBtiDuent non<-seulement & Tadorer» mais encore à adorer ceux de leurs confrères auxquels par un moti par un regard, il a communiqué un reflet de sa divi* nité. Celte existence monotone est si parfait^nent au goût de la nation dont nous parlons qu'on j voit des hommes de génie, chassés de ce couvent pour une faute légère, mourir de chagrin de n'y pouvoir ren^ trer et de ne plus jouir de la présence de Tidoie. — - Il est probable que Saint-Simon se serait fort moqué de ce pays, et qu'il n'aurait reconnu ni lui ni ses contemporains dans ces moines de cour. On l'étooaerait bien, s'il revenait au monde, en comparant Versailles à un couvent et l'existence qu'on y menait k celle que quelques réformateurs avaient rêvée pour la société moderne, et qui l'a si fort effrayée. Rien de plus juste, cependant, que ces comparaisons, mais rien de plus difficile pour l'homme que de se rendre compte de ce qu'il est réellement et du milieu dans lequel il vit. Saint-Simon , ce caractère si indépendant , a été esclave toute sa vie; cet esprit si libre s'est constamment asservi à des minuties; cet homme si fier s'est montré un des courtisans les plus assi« dus , et quelquefois môme des plus subtils de son époque : a Je lui parlai aussi (au roi) de la longue ' (( absence que j'avais faite de douleur de me croire mal a avec lui y d'où je pris occasion de me répandre moins '(( en respects qu'en cliuses affectueuses sur mon ata lâchement à sa personne, et mon désir de loi plaire

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c( en tout, que je poussai avec une sorte de familia- « rite et d'épanchement, parce que je sentis à son « air, à son discours , à son ton et à ses manières (( que je m'en étais mis à portée. )> Malgré sa gravité de duc et pair, Saint-Simon ne joue-t-il pas un peu le rôle d'un neveu qui vise à séduire un oncle de comédie? Il s'agit ici de l'audience que Maréchal lui fit obtenir du roi en 1710, et dont le résultat le fit rester à la cour. Il soupirait , nous dit-il , avec un dépit ar^ dent après le moment de la quitter. Ghamillard, son principal appui, venait de tomber, il n'était plus des Marly. a II me demanderait peut-être par quoi j'avais c( jugé du changement de ses bontés pour moi; je <c lui répondrais qu'ayant été quatre ans durant de (( tous les voyages de Marly, la privation m'en avait « paru une marque qui m'avait été très-sensible, et « par la disgrâce et par la privation de ces temps « longs de lui faire ma cour. » Pendant que Saint- Simon se décharge le cœur en sa présence, le roi l'interrompt : (( Mais aussi, monsieur, c'est que vous parlez (( et que vous blâmez; voilà ce qui fait qu'on parle (( contre vous. — Je répondis que j'avais grand soin <( de ne parler mal de personne ; que pour de Sa Ma* « jesté, f aimerais mieux être mort, en le regardant (( avec feu entre deux yeux. » Quelle mauvaise humeur aurait pu tenir contre de telles protestations soutenues par une si chaude pantomime? Le roi s'humanisa. A son premier : Sire^ Marly! l'habile courtisan est désigné pour être du voyage ; son ardent dépit se calme, et le voilà, fort heureusement, pour de longues années encore rattaché à la cour.

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