IB CONFESSEUR
« vait répondre, qu'un mauvais coup était bientôt a fait, et n'était pas sans exemple, n
On conçoit que Louis XIV n'ait pas hésité à prendre un confesseur jésuite. Seulement , il aurait pu avoir la main plus heureuse , ou plutôt les dues de BeauvilHer et de Cbevreuse, car ce sont eux qui choisirent et désignèrent le père Letellier pour succéder nu père Lachaise dont la mort, sans exciter autant d'affliction que celle de Bontemps, ne laissa pas que d'être regrettée. C'était un homme doux, indulgent, habile : « La fête de Pâques lui causa plus d'une fois « des maladies de politique pendant l'attachement « du roi pour madame de Montespan. » Mais il ne craignait pas de temps en temps de parler franchement au roi. « Ce n'est pas moi qui suis bon , » lui répondit^il un jour que celui-ci lui reprochait son indulgence, tt c'est vous qui êtes dur. » Pendant plus de trente-deux ans qu'il occupa le confessionnal royal , le père Lachaise ne fit de mal à personne ; on n'en pourrait dire autant de son successeur. « Il était pro- « fondement faux, trompeur, caché sous mille plis " et replis, et quand il put se montrer et se faire « craindre, exigeant tout, ne donnant rien, se mo- « quant des paroles les plus expressément données « lorsqu'il ne lui importait plus de les tenir, et pour- « suivant avec fureur ceux qui les avaient reçues. « C'était iin homme terrible qui n'allait à rien moins û qu'à destruction , à couvert et à découvert , et qui, « parvenu à l'autorité, ne s'en cacha plus. »
Comment un tel homme , « violent jusqu'à faire « peur anx jésuites les plus sages, et même les plus
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a nombreux et les plus ardents jésuites, dans l«i (( frayeur qu'il ne les culbutât jusqu'à les faire chas- « ser une autre fois, » se trouva-t-il sur une liste de candidats laissée par le père Lacbaise ? comment surtout fut-il choisi par des personnages prudents et éclairés comme Beauvillier et Ghevreuse? C'est ce dont il n'est pas très*facile de se rendre compte. Le roi le prit les yeux fermés et sur l'étiquette du sac, car il avait toujours eu un faible pour les jésuites; les voyages de politique du père Lacbaise les lui faisaient aimer et apprécier, au point qu'il ne voulut permettre à aucun membre de sa famille de choisir un confesseur hors de la compagnie. La duchesse de Bourgogne se serait fort bien contentée d'un simple bamabite; il lui fallut prendre un jésuite; elle en e^^aya plusieurs ; elle arrêta enfin le père de la Rue. Le père Valois, puis le père Martineau, confessèrent les enfants de France; le Dauphin se confessait au père Lacbaise , puis à son successeur, le roi le voulait ainsi; Monsieur, qui était sans contredit le pénitent le plus embarrassant de la famille royale, avait remis la direction de sa .conscience à ce bon père du Trévoux, le même qui criait à Monsieur, frappé d'apoplexie : « Monsieur, ne connaissez-vous pas votre a confesseur? ne connaissez-vous pas le bon petit « père du Trévoux qui vous parle?... et fit rire assez « indécemment les moins affligés.... » Ce confesseur, bien que jésuite ^ le tenait de plus couil qu'il pouvait et lui retranchait non-seulement d'étranges plaisirs, mais beaucoup de ceux qu'il se croyait per* mis. Avec les goûts, les mœurs, les habitudes des
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divers membres de la famille royale , la situation de tous ces jésuites confesseurs était assez périlleuse au point de vue de la religion ; ils s'en tiraient comme ils pouvaient; ce qu'ils étaient obligés de céder individuellement comme prêtres, l'ordre tout entier le regagnait; ils se consolaient de leurs concessions en songeant qu'elles valaient à la compagnie le privilège d'être exempts des taxes et impositions du clergé; le roi lui-même sollicita et obtint pour eux cette faveur de l'assemblée du clergé. C'est ainsi que tout tournait ad majorem Dei gloriam, c'est-à-dire à la plus grande gloire de Dieu et des jésuites.
Nous parlions tout à l'heure des goûts de la famille royale; nous n'en citerons qu'un seul, le jeu. Cette passion régnait sans partage à la cour, et de là s'étendait à la société tout entière. Le roi donnait l'exemple et encourageait tout le monde à l'imiter. Lé duc de Bourgogne lui demanda un jour une somme assez considérable pour payer ses dettes de jeu; le roi lui ^pondit « d'en user toujours avec la même con- <t fiance, et qu'il jouât hardiment, sans craindre que « l'argent ne lui manquât , et qu'il n'était de nulle « conséquence d'en perdre à des personnes comme « eux. » Le duc d'Ântin, faisant son bilan devant les courtisans, avoua qu'il avait gagné six ou sept cent mille francs au jeu, u et tout le monde demeura persuadé qu'il en avait gagné bien davantage. » On est tout étonné de voir Saint-Simon, pariant de tel ou tel courtisan joueur, faire remarquer avec soin qu'on ne l'avait jamais soupçonné, et qu'il avait toujours eu les mains fort nettes^ comme ai c'était devenu une
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chose rare et digne d'éloge pour un gentilhomme de ne pas tricher aux cartes. Le jeu, dans cette cour si hère et si dédaigneuse, donnait une position et une influence à des gens comme ce Langlée, homme de rien de vers Mortagne au Perche^ fils d'une femme de chambre de la reine mère. Il fut des plus grosses parties du roi au temps de ses maîtresses, et familier avec ses filles au point de leur dire leurs vérités; les princes allaient dîner chez Langlée. « Il s'était rendu maître des modes et des goûts. » Ce Brummel en perruque trônait à Versailles. « A Monsieur, aux filles du roi, à quan- (( tité de femmes, il leur disait des ordures horribles, « et cela chez elles, à Saint-Gloud, dans le salon de « Marly, » On supportait tout cela parce qu'il avait la bourse pleine , qu'il savait en dénouer les cordons à propos, qu'il était beau joueur et beau prêteur. Le jeu, qui avait transformé le fils d'une femme de chambre en grand seigneur, en ami de la famille royale, pouvait bien faire de Chamillard un ministre, le successeur de Colbert et de Louvois.
Cela est triste à dire, et on sent que Saint-Sinjon en est humilié ; c'est à ce joueur de billard , à cet homme de robe , qu'il doit un peu son importance secrète à la cour. Son beau-frère, le duc de Lorges, épousa, bien malgré lui, assure-t-il , la troisième fille de Chamillard. Ce mariage conclu, il ne paraît pas pourtant qu'il ait voulu pousser le mépris des mésalliances jusqu'à ne point profiter de celle-ci. Chamillard lui rendit des services, et il s'en est montré reconnaissant en nous laissant de cet homme faible et honnête un portrait plus flatté que ne le sont en gé-