LES MINISTRES
Pour faire comprendre l'époque dans laquelle nous allons entrer, il tàul avoir une idée de la situation dans laquelle la régence trouva les finances, et des procédés économiques de cet ancien régime dont on nous vante parfois encore l'ordre et la régu-
iârilé. Les rigueurs de Thiver de 1709 ont laissé un souvenir dans Tbistoire. a Une gelée qui dura près « de deux mois de la même force avait, dès les pre-
< miers jours, rendu les rivières solides jusqu'à leur « embouchure, et les bords de la mer capables de c porter des charrettes qui y voituraient les plus « grands fardeaux. Un faux dégel fondit les neiges
< qui avaient couvert la terre pendant ce temps*là ; « il Alt suivi d'un subit renouvellement de gelée « aussi forte que la précédente trois autres semai- « nés durant. La violence de tous les deux fut telle c que Teau de la reine de Hongrie, les élixira les I plus forts et les liqueurs les plus spiritueuses eas- « sèrent leurs bouteilles dans les armoires de cbam-
< bres à feu et environnéçjs de tuyaux de cbeminée
< dans les appartements de Versailles, j»
Tout périt, arbres fruitiers, vignes, semences. Chacun resserra son vieux blé. Quelques cultivateurs eurent l'idée de semer de Torge ^ la place du blé détruit. La police, on se demande pourquoi , s'avisa de le défendre. Cette orge devint cependant plus tard d'une précieuse ressource. Des commissaires furent nommés pour aller d$tns les provinces empêcher les accaparements de grains , mais ils ne partirent que trois mois après leur désignation. Le prix du pain montait de jour en jour ; on touchait presque à la famine dans Paris, et pourtant on savait que la France avait un approvisionnement de blé pour deux années.
c Beaucoup de ^ens crurent donc que messieurs ft des finances avaient saisi cette occasion de s'em-
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« parer des blés par des émissaires répandus dans « tous les marchés du royaume, pour le vendre en- € suite aux prix qu'ils y voudraient mettre, au profit c( du roiy sans oublier le leur. Une quantité fort cona sidérable de bateaux de blé se gâtèrent sur la Loire, € qu'on fut oblige de jeter à Teau et que le roi avait c achetés, ne diminua pas cette opinion, parce qu'on « ne put pas cacher l'accident. Il est certain que le c prix du blé était égal dans tous les marchés du c( royaume ; qu'à Paris des commissaires y mettaient € le prix à main forte, et obligeaient souvent les ven- « deurs à le hausser malgré eux; que sur les cris du « peuple : Combien cette cherté durerait, il échappa « à quelques-uns des commissaires, et dans un mar- « ché à deux pas de chez moi, près Saint-Germain « des Prés, cette réponse assez claire : Tant quil « vous plaira^ comme faisant entendre, poussés de « compassion et d'indignation tout ensemble, tant « que le peuple souffrirait qu'il n'entrât du blé dans « Paris que sur les billets d'Argenson , et il n'y ente trait point autrement. D'Argenson, que la régence a a vu tenir les sceaux, était alors lieutenant de po- « lice et fut fait en ce môme temps conseiller d'État c sans quitter la police. La rigueur de la contrainte « fut poussée à bout sur les boulangers, et ce que je c raconte fut uniforme pour toute la France.
tf Les intendants faisaient dans leurs généralités « ce que d'Argenson faisait à Paris, et par tous les « marchés le blé qui ne se trouvait pas vendu au « prix fixé à l'heure marquée pour finir le marché « se remportait forcément, et ceux à qui la pitié le