‹ Les matinées littérairesChapitre 22 sur 56 · LES LETTRFS ET LES AFFAIHES AU DIX-HUITIÉME SIÈCLE · texte numérisé non relu

LES LETTRFS ET LES AFFAIHES AU DIX-HUITIÉME SIÈCLE

vivre tranquille à condition de se résigner; maïs la résignation n*esl point la Vertu de cette nature .ardente et mobile ; il a beau adorer Suzanne , parler du bonheur qu'il va goûter auprès d'elle, on sent bien que la vie calme au fond d'un château, à cent lieues de la capitale, n'est point faite pour lui. Il lui faut le bruit, l'agitation, la lutte, railler les sots, braver les méchants, se venger un peu de cette société où il n'a pu se faire une place. Voyez l'immense différence ! Gil Blas n'en veut qu'à l'argent, et Figaro désire le pouvoir; l'un est l'égoïste, l'autre l'ambitieux. Il est vrai qu'entre ces deux types il y a eu la régence, le système de Law et VFncyclopédie*

Entre Beaumarchais et ses continuateurs, H y a eu la révolution française , ce qui les rend beaucoup moins intéressants que lui. Car, enfin, Beaumarchais a vécu dans un temps où on mettait encore les écrivains au For-I'Évôque et à la Bastille, dans un paya d'où Voltaire fut exilé , où Diderot fut enfermé à Vincennes , et où Rousseau fut décrété de prise de corps ; il eut les périls et les honneurs de la persécution, ce qui n'arrive guère à ses disciples. La vie de Beaumarchais nous permettra de faire l'histoire de son école ; nous examinerons chemin faisant ses progrès et ses transformations. Suivons donc Beaumarchais dans le monde, où nous allons le voir entrer une guitare à la main.

Pierre-Augustin Carôn naquît le 24 janvier 4732 dans une boutique d'horloger, rue Saint-Denis, eu face de la rue de la Ferronnerie, dans le môme quar"tier que Molière. Si nous pénétrons dans le modeste

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iotërïeur de notre héros an temps de sft jeunesse; nous y trouYons son père, André - Charles • Caron^ protestant cooTerti un pea par intérêt, s'il faut s'en rapporter k une requête dans laquelle il fait va^ loir son abjuration pour ohtenir la maîtrise en horlogerie; sa mère, Marie-Louise Pichon, dont le père est qualifié de bourgeois de Paris dans son acte de mariage &fee André^Charles Caron, bonne femme ^ d'un excellent ccBOr^ mais d'une intelligence ordH> naire; son père, au contraire, versé dans les lettres et dans les sciences, s'élevait fort au-dessus de la moyenne des gens de sa condition et de son état« Six enfants étaient nés de cette union : cinq allés et un garçon venu le quatrième* Des trois sœurs ainées de Beaoaaarcfaais, deux se fixèrent à Madrid et y établi* rent un Qiagasia de modes. La plus jeune de ces mo^ distesfttt la fiancée de Clavijo et l'héroïne du drame de Oœtbe; la troisième sœur de Beaumarchais épousa le célèbre horloger Lépine. Les deux autres, Marie-Julié et Jeanne^Marguerite, furent plus intimement mêlées à la vie de leur frère. Elles étaient jolies, spirituelles, lettrées et même un peu bas^bleus, car Julie mourut en faisant des vers. Singulière famille pour le temps et potir la classe auxquels elle appartient 1 tous les contrastes s'y trouvent : l'esprit bourgeois et le sentiment aristocratique, l'instinct du commerce et le goût des arts ; l'horloger Caron a des filles modistes» d'autres jouent de la harpe, apprennent les langues étrangères et font du bel esprit; son fil^, la loupe à VqbîI devant son établi chargé des grosses montres des marchands de la rue Saint -Denis, rime des

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couplets en inventant un nouveau système à'échap^ pement.

On peut apprécier, nous dit-on » dans la famille .obscure, mais intéressante, d'où sortit Tauteur du Mariage de Figaro^ les traits saillants de cette petite bourgeoisie cultivée, raffinée, aimant les arts, la littérature, les belles manières, le bel esprit, recherchant le contact de Taristocratie, tendant à s'élever de plus en plus, et déjà toute préparée au régime de l'égalité. Ce n'est point précisément sous cet aspect que nous apparaît la famille Beaumarchais. Il y avait à la fin du dix-huitième siècle une classe flottante composée d'hommes et de femmes d'esprit ayant tous les goûts et tous les instincts d'une aristocratie avide de distractions, et les acceptant presque de toutes mains. L'esprit, la bonne grâce, la bonne mine, relevés encore par des manières hardies, étaient de grandes qualités pour réussir dans ce monde qui avait ses bohèmes et ses parvenus. A la fin du dixhuitième siècle, la séparation entre le monde véritable et ce qu'on nomme aujourd'hui le demi-monde en style de coulisse existait peut-être encore moins que de notre temps. Étiez-vous un homme d'esprit, on vous recevait partout ; étiez-vous simplement un homme riche , tout le monde allait chez vous : partisans enrichis, faiseurs de petits vers, diseurs de bons mots, ducs et pairs, ministres, abbés, vivaient en compagnie. On se poussait, on se coudoyait dans cette cohue ; sans doute beaucoup de gens y avaient tout juste assez d'espace pour dégager leurs coudes et piquer librement l'assiette, mais d'autres y faisaient

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aussi des fortunes solides et brillantes. La noblesse, qui avait toléré d'abord ces parvenus, finissait par les accepter, à la condition cependant de changer de nom, de s'appeler, par exemple, M. de Beaumarchais et mademoiselle de Boisgarnier au lieu d'Augustin et de Julie Caron ; de se décrasser au moyen de la savonnette à vilain; d'acheter une charge de cour, n'importe laquelle, capitaine des levrettes de la chambre pu lieutenant général des chasses aux bailliage et capitainerie de la varenne du Louvre. La lignée de l'horloger Caron, jeune, brillante, pleine d'ardeur, tournée tout entière à la fortune, au bel esprit, au plaisir, songeait bien plutôt à s'élancer dans le tourbillon de l'ancienne société qu'à se préparer au régime de la société nouvelle. Cette petite bourgeoisie dont on nous parle, amoureuse de l'égalité, tendant à s'élever de plus en plus, songeait peu pourtant à faire des petits vers, à chanter des romances et à se pourvoir de charges de cour; elle apprenait, sous le plus sévère et le plus tendre des maîtres, à pratiquer les sentiments et les vertus de l'égalité avant d'eu recueillir les avantages ; elle s'initiait, par la lecture des livres de Jean-Jacques Rousseau, aux idées et aux mœurs de la révolution, dont l'heure ne devait pas tarder à sonner.

Personne, à coup sûr, ne se douta moins de cette révolution que le jeune Augustin Caron, devenu à l'âge de vingt-cinq ans M. de Beaumarchais. Il ne s'en doutera même jamais. Avec sa haute stature, sa taille svelte et bien prise, la régularité de ses traits, son teint vif et animé, son regard assuré, cet air

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dominant qui semblait l'élever au-dessus de tout cé qui l'entourait, enfin avec cette ardeur involontaire qui s'allumait en lui à l'aspect des femmes, dit un de seê amis les plus dévoués dans un portrait qu'il tt*ace de lui, Beaumarchais ne songeait qu'à profiter de ces avantages et à se pousser dans le monde. Ce n'était alors qu'un simple horloger, qui n'avait paru à la cour que comme ouvrier pour présenter à Louis XV un modèle de sa montre à nouvel échappement. Déjà des débats soutenus contre le mécanicien Lepaute , qui lui disputait la priorité de son invention, l'avaient fait connaître de la ville. Étrange fatalité 1 Beaumar^ chais débutait dans la vie par une polémiqué et par un procès qu'il gagna I II est impossible de lui refuser l'honneur d'avoir porté de notables améliorations dans le système des montres plates. Beaumarchais se sentait fait pour mériter à d'autres titres les éloges de la postérité. La cour était le but secret et permanent de son ambition. Comment y pénétrer? Comme la plupart des gens à cette époque, en achetant une charge ou office de cour. Où prendre l'argent nécessaire pour cela? Il se trouve précisément que Beaumarchais connaît la femme d'un vieux contrôleur, clerc d'office, laquelle persuade à son mari qu'il est trop infirme pour remplir sa charge, et que le plus sûr est de la vendre au jeune Caron , qui n'a rien , moyennant une rente viagère garantie par le vieux Caron, qui n'a pas grand'chose. Le traité eât conclu et signé; sur ces entrefaites le bonhomme meurt, et Pierre- Augustin épouse sa charge, c'est-à-dire sa veuve , de cinq ou six ans plus âgée que lui. Voilà

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donc Figafo à la cour, servant le roi l'épée au côté, et mettant lui-môme les plats sur la table, comme ses fonctions lui en donnent le glorieux privilège.

Le mariage d'un jeune homme beau, pauvre et ambitieux avec une veuve de six ans plus âgée que lui, et propriétaire d'une charge donnant bouche en cour et droit d'épée, a du louche. Sans croire, comme ses ennemis le répandirent plus tard , qu'il avait empoisonné sa première femme , on peut présumer qu'il supporta assçz patiemment sa perte, d'autant plus que dès cette époque de plus vastes horizons semblaient s'ouvrir devant lui. A peine inventée, la harpe venait de recevoir un notable perfectionnement des mains de Beaumarchais, déjà fort habile sur cet instrument. Les quatre filles de Louis XY, mesdames Victoire, Adélaïde, Sophie, Louise, que leur père appelait avec tant de bon goût Coche^ Loqucy Graille et Chiffe, s'occupaient beaucoup de musique ; elles désirèrent entendre le jeune contrôleur, clerc de la maison du roi. II réussit si bien auprès de Mesdames Royales, qu'elles voulurent prendre des leçons de lui. Voilà donc Beaumarchais professeur des filles de France, organisant des concerts auxquels assistent le roi, la reine, le dauphin, quelques grands seigneurs intimes -et privilégiés , et où on lui permet de tenir sa place. €e grand spéculateur qui devait créer les eaux de Paris, la caisse d'escompte, l'association des auteurs dramatiques, et tant d'autres entreprises plus ou moins fameuses ; cet industriel , ce pamphlétaire, ce poète comique, commence sa fortune comme musicien. II escompte au fameux traitant Pâris-Duverney

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le crédit de sa harpe. Ce dernier souhaiterait vivement que Mesdames vinssent visiter l'École militaire, fondée sur ses plans, protégée par madame de Pompadour, et un peu abandonnée après la mort de la marquise. Pâris-Duverney tient d'autant plus à celle visite qu'elle doit faire planche et amener celle du roi, dont on a besoin pour stimuler le zèle du ministre, avare de fonds au profit de cet établissement depuis qu'une favorite n'en demande plus pour lui. Pâris-Duverney a entendu parler de la faveur dont jouit le maître de harpe auprès des princesses et s'adresse à lui pour les décider. L'entremetteur réussit à arranger l'affaire et reçoit pour ses honoraires une somme de soixante mille francs, dont Pâris-Duverney lui sert la rente à dix pour cent l'an.

Voilà, on peut le dire, Beaumarchais lancé. Il entre dans les affaires pour n'en pins sortir ; il mêlera désormais les affaires à tout, même aux devoirs les plus saints de l'honneur domestique. Lorsque, pour venger l'honneur de sa sœur et forcer un fiancé rebelle à tenir ses engagements, il se rend en Espagne, qui alors , de môme qu'aujourd'hui , s'offrait comme un terrain vierge à la spéculation , pendant qu'il exige une réparation de Clavijo, il sollicite du ministère l'autorisation de fonder une compagnie pour la colonisation de la Sierra-Morena. Entre une entrevue avec Clavijo et une audience du ministre, il compose des séguedilles :

Les serments Des amants Sont légers comme le veut.

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Il fait si bien, que le dévouement du frère disparaît sous la cupidité du spéculateur et sous la légèreté du poëte. Chose étonnante ! la considération de Clavijo n'a pour ainsi dire point souffert de Tépisode qui le concerne dans les Mémoires, II est mort tranquille et respecté dans un emploi littéraire important, à Madrid , en 4806. Il n'est resté de son histoire avec la sœur de l'auteur du Barbier de Séville qu'un drame assez médiocre de Gœthe et un épisode des Mémoires de Beaumarchais raconté avec talent. C'est ce récit quia donné l'exemple, depuis lors si souvent suivi , de mettre le public dans la confidence de ses affaires particulières et de se faire des réclames avec ses malheurs de famille.

Ces fameux Mémoires eux-môtoes ne nous touchent presque plus aujourd'hui; à la distance où nous sommes du parlement véritable et du parlement postiche , que nous importent les querelles entre cette double phalange de magistrats qui allait disparaître devant la révolution? Beaumarchais ne défendait pas un principe ; il se serait parfaitement accommodé de kl justice de l'ancien régime s'il l'avait trouvée moins ameutée contre lui ; la preuve en est dans l'empressement qu'il mit à se pourvoir à beaux deniers comptants d'un office de judicature dans la partie de l'ancienne juridiction la plus criante d'abus, celle qui embrassait les délits de chasse. M. le lieutenant général des chasses aux bailliage et capitainerie de la varenne du Louvre n'avait nullement envie de combattre et de détruire une organisation judiciaire sur laquelle reposait sa propriété. Le procès Goôzraan

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n'est qu'une affaire personnelle à laquelle le hasard des circonstances communique une importance générale. Quelle idée donne-t-il de lui au pouvoir après ce drame mêlé de comédie dont il a été le héros? ridée d'un homme audacieux, habile, fécond en ressources, qui se tirerait admirablement d'une intrigue de police. On lui propose en effet une mission de ce genre : il l'accepte saus hésiter; il dépouille la noble couronne de popularité qu'il vient de conquérir, il descend résolument du piédestal sur lequel l'ont placé l'admiration et la reconnaissance publiques pour surprendre, à l'aide d'un déguisement et d'un faux nom, un libelliste réfugié à Londres, le célèbre Morande. On sait quelle importance prennent les libelles là où la liberté de la presse n'existe pas. La royauté qui ne voulait pas des journaux s'humiliait devant des libelles ; de vils pamphlétaires forçaient le roi de France à compter avec eux. Au nombrede ces marchands d'insultes et de calomnies était ce Morande, auquel il s'agissait cetlefois d'acheter on ne sait quel écrit contre la Du Barry. Après cette négociation, le gouvernement en confie une seconde & Beaumar** chais, qui l'accepte avec le môme empressement, et on peut le croire pour jamais attaché à la diplomatie secrète^ tant on lo voit entrer avec ardeur dans un des plus dégoûtants et des plus mystérieux tripotages de l'ancien régime, l'affaire du chevalier d'Éon.

La liquidation de la succession de Pàris*Duverney engendra le procès de Beaumarchais avec le comte de La Blache, légataire universel du financier, qui engendra à son tour le procès Goôzman, d'où sortit

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la grande réputation qui aboutit k foire de lui un agent de police. Avant cette époque triste et gIo« rieuse à la fois, Beaumarchais s'était essayé au théà« tre. Rien ne rattacherait directement l'auteur dit Mariage de Figaro à la tradition dramatique du dix« huitième siècle s'il n'avait fait représenter Eugénie eX les Deux Amis, Beaumarchais n'avait aucun goût pour les idées philosophiques, il vécut peu avec les gens de lettres ses contemporains, et ne parut pas éprouver pour eux une bien vive sympathie. Si, pour publier la première édition complète des œuvres de Voltaire, qui lui coûta un million, il fit acheter en Angleterre les poinçons et les matrices des caractères de Bas* kerville, regardés alors comme les plus beaux de l'Europe; s'il éleva dans les Vosges des papeteries d'après les procédés de la Hollande; s'il acheta, pour y établir son imprimerie, un vaste emplacement au fort de Rehl alors abandonné; s'il paya fort cher le fonds de Panckoucke et les manuscrits de madame Denis, qui ne contenaient qu'un morceau curieux, les Mémoires sur le roi de Prusse ^ ce fut plutôt, on peut le croire, par entraînement de ton et de gloriole que par admiration véritable. Diderot seul, par un certain côté d'agitation fiévreuse et de boursouflure bruyante qui est dans son talent, semble l'avoir un peu séduit. Eugénie et les Deux Amis appartiennent évidemment à l'école du Père de Famille, Le drame bourgeois était alors une innovation ; à ce titre il devait tenter Beaumarchais, qui essaya de le perfectionner, d'y ajouter un échappement et une pédale, comme il avait fait pour la montre et pour la harpe. 11 essaya

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donc de rinvention nouvelle de Diderot. Eugénie^ chutée à la première représentation, se releva à la seconde, grâce aux coupures. Les Deux Amis tombèrent à plat, et Ton trouve dans Grirara, qui n'aimait pas Beaumarchais, le quatrain suivant, qui ré* sume ce drame :

J'ai vu de Beaumarchais le drame ridicule, Et je vais, en un mot, vous dire ce que c*est :

C'est un change où l'argent circule

Sans produire aucun intérêt.

« Il s'agit ici d'une banqueroute, s'était écrié un plaisant du parterre; j'y suis pour mes vingt sous ! » Ce plaisant du parterre, dont l'origine remonte aux comédies de Molière, et qui mettait tant de vie dans le théâtre, a complètement disparu : on est devenu plus tendre aux auteurs dramatiques, et peut-être aussi plus indifférent. Personne ne plaignit Beaumarchais. Le moyen aussi de s'apitoyer sur un homme qui venait de se remarier et d'épouser encore une riche veuve, qui était intéressé dans les affaires du grand traitant Pâris-Duverney et qui roulait carrosse? Beaumarchais , commandité par Duverney, se mit à exploiter la forôt de Ghinon. Pour se consoler de sa chute, l'auteur à' Eugénie et des Deux Amis s'était fait marchand de bois.

Nous vivons dans une époque où on voit peu les choses en grand, et où les afiiiires dégénèrent facilement en tripotages, nous ne disons môme plus en intrigues. Beaumarchais, pour son malheur, avait au plus haut degré le génie et le besoin du tripotage.

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La spéculation industrielle, la littérature n'étaient pour lui que des occupations et des distractions passagères ; rintrigue, voilà sa sphère. Après ses luttes contre le parlement, nous le voyons s'arracher pour ainsi dire à l'éclat de sa popularité pour s'enfuir dans les ténèbres d'une négociation honteuse avec un libelliste. Le succès du Barbier de Séville n'a pas la puissance de fixer son esprit au théâtre. Figaro vient à peine de se montrer au public qu'il court à Londres remplir une mission d'observateur politique.

L'Angleterre est en proie à la grande crise de 1775; ses colonies du Nord révoltées tiennent la métropole en échec. L'occasion s'offre à la France de prendre sa revanche du funeste traité de 1763; elle a besoin d'être au courant de la situation des affaires à Londres pour agir selon les circonstances. Beaumarchais se souvient que, pendant son séjour à Madrid, il a chanté des séguedilles avec l'ambassadeur britanni* que, lordRochford, présentementà la tête du foreingoffice ; c'est un homme d'un caractère léger, qu'il est facile de faire parler. Beaumarchais a en outre entretenu des relations assez intimes avec le démagogue Wilkes, ennemi direct du gouvernement , et porté par l'opposition au poste de lord-maire. Encore des rapports qu'il pourra utiliser. Il se fait donc envoyer à Londres avec une mission de M. de Yergen* ne3. Ce rôle, qui consiste à faire parler les gens, n'effarouche pas en général la délicatesse de Beaumarchais; il le remplit, du reste, dans cette occasion, avec beaucoup de finesse et d'habileté. Il faut lui •savoir gré de tout ce qu'il fit pour décider la France

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