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positions administratives et judiciaires; le jeune vendeur de contre-marques Galuchet commande en second la force ouvrière ; tous les pouvoirs sont aux mains des démagogues. Cependant les affaires ne marchent pas. Le comte de Lavaur a levé Tétendard de la révolte et fondé dans TOuest un État indépendant ; TEst et le Nord sont également en pleine insurrection. A Paris, la réaction lève la tête , la garde nationale conspire, les boutiquiers sont lïiécontents; tout est perdu si le Vengeur ne devient dictateur.
Le consul (ancien avocat, bel homme et beau parleur lorsqu'il ne craint rien, gros , quarante ans) donne sa démission, et le Vengeur prend la dictature. « Ah! s'écrie-t-îl quelque part, je n*aî pas choisi « d'être homme. Si je le pouvais, je ne serais pas un « homme : je serais un lion dans ces déserts où d'im- « mondes reptiles habitent seuls les ruines des cités, » On devine quelle peut être la politique de ce Jean Sbogar en bourgeron et où elle peut conduire. Les Cosaques s'avancent à marches forcées pour châtier la révolution ; les deux armées sont en présence. La fédération de l'Ouest, présidée par le comte de Lavaur, garde la neutralité. « Entre les athées qui ont « répudié notre Dieu et leurs ennemis étrangers, « dont le schisme répudie notre Église, nous laissons « Dieu porter ses justes arrêts. » Il faut rendre cette justice à la seconde Vendée, qu'elle vaut un peu mieux que la première : Charette n'aurait pas hésité entre les Cosaques et la République , et les amis du comte de Lavaur se montrèrent en 1814 plus accommodants avec le schisme. Cependant, la famine
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est dans Paris et toutes les horreurs qu'elle entraîne avec elle ; Tennemi campe sous les murs de la ville ; le Vengeur conseille une résistance désespérée, et Galuchet Tassassine. La toile tombe et se relève pour l'épilogue, qui se joue, comme nous l'avons dit, dans V empire des ombres y entre Mandrin et un personnage que l'auteur désigne ainsi : un autre. Cet autre pourrait bien être le gros consul. Quoiqu'il se passe dans l'empire des ombres, cet épilogue a tout l'air d'une superfluité, à moins qu'il n'ait été fait pour prouver que tous les démocrates sont des scélérats bien plus coupables que Mandrin, ou pour fournir à celui-ci Toccasion de dire son mot sur les journaux. « Connais-tu ce que sont les journaux? — ^Vaguement. « 11 y en avait peu de mon temps, et je ne les lisais « guère à cause de la bassesse du style. J'y voyais « des polissons insulter aux plus beaux génies. Cette c( insolence me choquait. » Honnête Mandrin I
Tel est l'ensemble de ce mélodrame; il est farci d'épisodeS) entre autres celui du père Gervais, dont les paysans dévastent la ferme. De quoi se plaint donc le bonhomme ? Cette ferme n'appartient-elle pas aux moines, ne Ta-t-il pas acquise au temps des biens nationaux? A la scène suivante, un volontaire vendéen, sur le point de quitter sa femme et son fils , s'écrie en l'embrassant : « Grand Dieu I ils s'empa- « reraient de cet enfant , ils le jetteraient dans leurs tt écoles, ils l'instruiraient à blasphémer ton nom « adorable, à mépriser tes lois saintes, à se jouer de « la vie de ses frères, à rire du sang versé I... Non, a Dieu juste, tu ne le souffriras point ! Garde mon
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a fils, ravis-leur celte proie; el si ce n!est pas assez « de mon sang pour sauver son âme, prends encore « le sien. Livre-le, si tu veux, à leurs satellites, mais <c préserve-le de leurs docteurs ; que les impies ne « renseignent point; que plutôt ils Fécrasent aux « pieds de leurs chevaux... n N'est-ce pas pousser un peu trop loin la crainte de l'école normale et la haine des classiques latins?
Mais l'auteur est sujet à perdre la mesure dans le pathétique comme dans le gai :
L*aimable Galuchet Fait Taimable projet De s' régaler tantôt De têtes d'aristos.
Larifla!
Galuchet et rVengeur Vous front, 6 exploileurs !
Passer, pour notre bonheur, Un très-mauvais quart d'heure.
Larifla !
Voilà la gaieté du Lendemain de la victoire, elle me fait regretter celle de la Foire aux idées. L'esprit de M. Veuillot me force à estimer l'esprit de M. Clairville. Toute pudeur littéraire mise de côté, le vaudevilliste arrive à un certain succès, et l'on conçoit que son couplet trivial fasse rire le gros public auquel il s'adresse. Mj Veuillot, au contraire, écrit toujours pour les gens de lettres :il vise sans cesse à l'effet littéraire; s'il entre dans une église, c'est toujours une humble église; s'il parle d'une lampe, il ne manque jamais d'ajouter l'épithète de fumeuse; ses héros brandis-
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sent des sabres turcs; il nous conduit dans Vetnpire des ombres. Quand le Vengeur a pris la dictature, quand Paris , au pouvoir de Galuchet , est à feu et à sang, savez'Vous ce qu'il laisse debout sur les ruines de la société ? L'Âcadémio française.
M. Veuillot vise, on le voit , au titre de pamphlétaire ; ce n'est pas après avoir lu le Lendemain de la victoire qu'on peut consciencieusement le lui décerner ; il n'a nullement les qualités du pamphlétaire. Il commence quelquefois sur un ton vif et dégagé , comme dans V Esclave Vindex , puis peu à peu son style s'emp&te et s'alourdit, sa phrase tombe et nasille, le pamphlet devient sermon, toujours le même ; le comte de Lavaur l'adresse au Vengeur, l'esclave Vindex en régale Spartacus. M. Veuillot pense que depuis qu'on a aboli l'inquisition, supprimé la dlme, et cessé de mettre au pilori les gens quitravaillenl le dimanche, l'homme n'est plus qu'une béte fauve livrée à tous ses instincts. C'est cette thèse qu'il développe dans tout ce qu'il écrit , romans, articles, pamphlets, de ce ton solennel et lourd dont il ne peut se défaire, quoiqu'on sente fréquemment chez lui le pastiche laborieux de Voltaire , de Saint- Simon et de Habelais amalgamés, agglutinés, en une sorte de mixture filandreuse d'où la dent ne peut plus se tirer après avoir essayé d'y mordre.
Si M. Veuillot n'a pas le talent du pamphlétaire, il possède encore moins son caractère. On se tromperait fort de croire que l'indignation , môme vraie cl profonde, suffise au pamphlétaire. Facit indignatio lo^sum. L'indignalion peut m effet prêter quelques
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accents émus au poète , lui souffler quelques strophes chaleureuses ; mais le pamphlétaire a besoin d'un appui plus fort que sa propre indignation : iî faut qu'il représente un sentiment général, qu'il soutienne une grande cause. Le vrai pamphlétaire, c'est Voltaire défendant les Calas , c'est Camille Desmoulins demandant le comité de clémence ; à un échelon inférieur, si l'on veut, c'est Beaumarchais flagellant sur le dos de Goêsman la magistrature vénale de Maupeou. Dans le sérieux de sa conviction gît la force du pamphlétaire; c'est la sincérité de la croyance et de Topinion qui donne à l'esprit la souplesse, l'habileté nécessaires pour découvrir les faiblesses , les ridicules, les vices d'un adversaire. Les convictions fortes ne Sont jamais exagérées ; elles n'ont pas besoin de se battre les flancs, s'il est permis de s'exprimer ainsi, pour se persuader à elles-mêmes leur vérité. Aussi les pamphlétaires sont-ils rares , excessivement rares dans toutes les littératures. Rien de plus commun au contraire que les libellistes , parce que les libellistes peuvent se passer de talent ; on en trouve à toutes les époques, dans tous les partis, dans toutes les religions.
Mais qu'est-ce qu'un libelliste? On peut appeler ainsi, par exemple, l'homme qui a la foi de ses besoins et de ses intérêts , qui vise à la renommée par le scandale. En général, le libelliste a le flair ; il devine le parti qui a besoin de lui, il sait choisir le moment où il peut se montrer et faire son métier sans danger. Mauvais moment pour les sociétés I Quand le libelliste parait, c'est que les idées cheva-