‹ Les matinées littérairesChapitre 30 sur 56 · M. LOUIS VEUILLOT. Î · texte numérisé non relu

M. LOUIS VEUILLOT. Î

leresques sont affaiblies, que Tinsulte va remplacer le combat. Habile, audacieux, son rôle consiste à injurier, à réveiller par les gros mots l'attention publique endormie. Il y a des palais blasés qui ne peuvent plus se ranimer qu'au contact de l'alcool et du vin bleu. Le libelliste leur verse sa littérature au litre. Que la canaille l'écoute, à la bonne hepre; mais que des gens bien élevés, des prêtres, des évêques, des cardinaux, viennent aussi boire sur le comptoir, voilà ce qui étonne.

Le rôle prépondérant que M. Veuillot joue aujourd'hui dans l'Église est un fait très-significatif qui montre quel chemin l'ultramontanisme a fait dans la décadence depuis une trentaine d'années seulement. Insister sur ce fait, en montrer Ie3 causes et les conséquences, ce serait sortir du cadre d'une simple étude littéraire, et cela nous mènerait peut-être trop loin.

M. Veuillot a un mérite qu'il faut bien reconnaître : il est infatigable à la besogne ; rien ne le rebute, rien ne le lasse ; il tient pied à tout. S'agit-il de traiter les questions les plus compliquées du droit féodal, en un tour de main il bâcle un gros volume sur le Droit du seigneur^ où il prouve, comme de raison, que ce prétendu droit n'est qu'une invention des philosophes. Si la foi à ses intérêts lui conseille de faire patte de velours à l'armée, vite un autre volume, la Guerre etrhomme de guerre^ où il s'amuse pendant des centaines de pages à faire rimer à sa façon guerrier avec laurier. Malheureusement M. Veuillot n'a pas toujours été aussi tendre pour le guerrier, et ce qu'il pensait autrefois du guerrier français me gâte un peu

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ce qu'il en dit aujourd'hui. « C'est rarmée, écrivait-il « un jour, qui a fait pénétrer partout les doctrines « anarcbiques et qui ruine chaque jour davantage u les espérances de stabilité et de paix. Les soldats « qui rentrent dans leur pays, après avoir passé sept (( années dans Toubli de toute pratique et de tout « conseil de religion, sont initiés aux vices, aux pas- « sions, aux désordres des villes; leurs exemples et « leurs discours exercent une pernicieuse influence (c sur les campagnes. C'est par eux surtout que les « doctrines immorales et irréligieuses y pénètrent « et s'y propagent; le recrutement vient en aide à la c( révolution. »

Sans recrutement pourtant, point d'homme de guerre , et si l'homme de guerre corrompt l'homme des champs, pourquoi le chanter avec tant d'enthousiasme dans un long dithyrambe? Peut-être depuis que le morceau que nous venons de citer a paru, a-t-on mis des aumôniers dans les régiments. Nous ne l'avons point cependant entendu dire.

11 y a, convenons-en, d'heureuses vocations. Peu de gens seraient capables de mener de front, comme l'écrivain dont nous parlons, les travaux de la polémique et ceux de la religion ; de s'inspirer à la fois du catéchisme poissard et de l'Évangile ; d'éreinter, comme on dit vulgairement, les uns et de guider les autres dans les voies de la sagesse divine; d'être à la fois Tabarin et Bossuet. Nous avons dit un mot en passant du Saint rosaire médité^ livre pieux où toutes les méditations sont entremêlées de petits vers comme les Lettres à Emilie sur la mythologie. Après

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