‹ Les matinées littérairesChapitre 33 sur 56 · WHO LB8 POÉSIES EN PK08B DE H. HICHBIBT · texte numérisé non relu

WHO LB8 POÉSIES EN PK08B DE H. HICHBIBT

Nom Bayons que M« Michelet ne réclame pas d'antre pari dans le travail comffiuDi mais dans cette part il s'est mis tont entier^ on Vj retroure avec sa poésie alerte et soudaine, avec ses coups de gosier d'-aIoiiett« et ses mélodies de rossignol* C'est surtout dans Tintroduction qu'on aime à l'entendre raconter comment ce livrci commencé dans son esprit sous le ciel brumeux de la Bretagne , continué à Tombre Immobile des orangers, fut achevé sur les graves de la Normandie. Dans son jardin touffu et luxuriant des environs de Nantes, l'oiseau l'avait séduit par sa^ douce familiarité ; dans ces champs brûlés entre lea Apenniûs et la mer, où la cigale seule chante, collée aux feuilles des vignes ou au tronc des oliviers et des pins, l'oiseau s'était fait aimer davantage par te re*' gret même de son absence ; en face de l'Océan, l'in* fini et la solidarité de la oréatioti se firent mieux sentir à son cœur et à son esprit. « Ces pensées, ditil', que d'autres ont écrites, et bien mieux ^ nous, nous les eûmes au cœur. Elles ont été notre aliment, notre rêve habituel ; couvé pendant ces deux années en Bretagne et en Italie, c'est ici qu'elles sont deve* nues, ditai-je un livre? un fruit vivant ? A la Héve, il nous apparut dans son idée chaleureuse, celle de la primitive alliance que Dieu a faite entre les êtres, du pacte d'amour qu'a mis la mère universelle entre ses enfants. » Telle est, en effet, la pensée fondamentale de cet ouvrage ; mais avant d'y pénétrer plus a?ant i écoutons le chant plaintif et tendre qui se fait entendre au milieu de llintroduction.

L'homme s'interrompt un moment pour laisser

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ohftQtef la femme toute seule. Au rebord du nid eon- )ugal, elle meonte les douceurs du nid natal , dont elle ee souvie&t encore, la tendresse d'un père en qui elle "vivait* et qu'elle a voulu faire revivre : noble et touehante physionomie, oœur profond, grande intelligence que l'on aime et à l'ombre de laquelle on fioulmterait d'avoir vécu ; les fleurs, les oiseaux, oes premières amours de la jeune fille \ les animaux familiers, ces premiers amis , le lapin que l'on soigne, les tourterelles qui viennent roucouler sur l'épaule connue,, le ebien, le chat qui s'assoient au foyer, puis les études avec les frères et les sœurs interrompues par les travaux delà campagne. « Heureusement pour moi, notre vie, naturellement môlée à celle des champs, était, bon gré mal gré, fréquemment variée des intérétâ charmants qui rompent toute habitude. * L'étude est commencée , on s'applique sans distraction. Mais quoi l voici venir l'orage , les foins seront gâtés, vite il faut les rentrer ; tout le monde s'y met, h$ enfants même y courent, l'étude est ajournée; vaillamment on travaille, et la journée se passe. C'est dommage , la pluie n'est pas venue ; Porage est sus*pendu du côté de Bordeaux, ce sera pour demain, n St quelques lignes phis loin : u II est bien entendu qu'aux vendanges il u'y avait point à songer à Pétude; ouvriers nécessaires, nous vivions aux vignes ; c'était notre droit. Mais avant le raisin , nous avions bien d'autres vendanges, celles des arbres à fruits, cerises, abricots, pêches. Môme après, les pommes et les poires nous imposaient de grands travaux , auxquels nous nous serions fait conscience de ne pas employer

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nos mains. Et, ainsi, jusque dans Tblyer, revenaient ces nécessités d'agir, de rire et de ne rien faire. Les dernières, déjà en plein novembre, peut-être étaient les plus charmantes ; une brume légère parait alors toute cbose; je n'ai rien vu de tel ailleurs; c'était un rêve, un enchantement. Tout se transfigurait sous les plis ondoyants du grand voile gris perle qui, au souffle du tiède automne, se posait amoureusement ici et là, comme un baiser d'adieu. » Tout le morceau, que nous voudrions pouvoir citer, est écrit avec ce charme et cette simplicité. Dans ce temps de fausses pastorales et d'idylles fardées, ce récit naïf des premières années d'une jeune fille touche profondément; on l'a lu, et on veut le relire encore; on y respire la douceur et le parfum de la poésie; on y sent l'accent de la vérité et l'harmonie même de la nature.

On revient de toutes parts à l'étude de la nature. Jamais les naturalistes n'ont été plus nombreux, plus mtelligents que de nos jours : les ornithologistes surtout, Wilson, Âudubon, Toussenel sont là pour le prouver; pourtant ne me parlez pas des naturalistes, ils adorent les animaux, mais ils les étoufient, ils leur ouvrent le ventre, ils leur arrachent les entrailles, pour les disséquer et les empailler, et tout cela avec une hypocrisie de douleur et d'élégie qui révolte les consciences honnêtes. Toussenel, qui est, comme Nemrod, un grand chasseur devant Dieu, ne tue pas les oiseaux pour les empailler, ce dont il se soucie médiocrement, mais pour les manger. Tuer un oiseau I j'ai sans cesse devant les yeux le cadavre de

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ma dernière victime. C'était un rouge-gorge, qui me fixait de son petit œil doux en sautillant sur la branche; et semblait m'appeler de loin d'un sifflement amical. Mon fusil partit, quelques plumes volèrent en l'air, il tomba l'aile étendue sur l'berbe tachée de son sang. Le pauvret me regardait d'un œil de reproche quand je le ramassai. Ce regard m'attendrit, et je le vois encore. Je ne rechargeai pas mon fusil, et je ne l'ai plus chargé depuis.

' M. Michelet n'est ni un naturaliste comme Wilson et Audubon, ni un observateur spirituel et humoristique comme Toussenel, qui voit surtout dans l'étude des animaux une occasion de parler des hommes, sans perdre de vue cependant cette grande thèse des analogies si chère à Fourier, dont il est un des plus brillants disciples. L'auteur de VOiseau s'occupe de son sujet en poète et en philosophe, en poète surtout. S'il compare l'organisation physique de l'homme à celle de l'oiseau, il trouve cette dernière presque supérieure. « Vie facile et sublime, s'écrie-t-il, de quel œirie dernier oiseau doit regarder, mépriser le plus fort, le plus rapide des quadrupèdes, un tigre, un lion ! Qu'il doit sourire de le voir, dans son impuissance, collé, fixé à la terre, la faisant trembler d'inutiles et vains rugissements, des gémissements nocturnes qui témoignent de la servitude de ce faux roi des animaux, lié, comme nous sommes tous, dans l'existence inférieure que nous font également la faim et la gravitation I » Quel est le rêve le plus ardent de l'homme? L'aile. Depuis qu'il existe, il a cherché sans cesse à réa-

f^ LES P01^.SIES F!f PBOSR DE H. HICHELET.

User cette chimère; il la poursuit encore dans le ballon.

Le poumon d'un roitelet a plus de force que celui d*Hercule, la voix de Talouette s'entend de plus loin ' que le rugissement du lion, L'homme est bien fier de ses machines à vapeur, que suit l'hirondelle. Qu'est-ce que la locomotive à côté de l'aigle de mer, qui ne connaît pas la distance: ce matin au Sénégal, avant le coucher du soleil en Amérique? pour se diriger h travers l'infini, l'oiseau n'a pas besoin de bonssole. C'est 4 peine si l'homme, avec son baromètre, peut prévoir l'orage. L'oiseau devine non-seulement l'orage, mais encore les changements de température; il prévoit les rudes saisons. Doué d'un instinct qui égale la science de l'homme, l'oiseau a des sentiments d'affection, de travail, de dévouement plus forts que les nôtres. Voyez, par exemple, l'amour maternel. « Chez nous, dit M. Michelet, la mère aime ce qui remue dans son sein, ce qu'elle touche, tient, enveloppe d'une possession certaine; elle aime la réalité sûre, agitée et mouvante qui répond à ses mouvements. Mais l'oiseau aime l'avenir et l'inconnu ; son cçBur bat solitaire et rien ne lui répond encore. Elle n'en aime pas moins et se dévoue et souffre ; elle soufirirait jusqu'à la mort pour son rôye et sa foi. » La thèse tout entière est admirablement déve^ loppée dans le chapitre de VŒuf^ et nous renvoyons le lecteur à cette partie du livre.

, La loi constitutive de notre muséum d'histoire na« turelle attachait à cet établissement des gardiens dé^ momtrateurs chargés de fournir aux visiteurs les

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explications dont la vue des objets exposés fait si souvent sentir le besoin. M. Michelet demande que l'on mette à exécution cette loi. 11 a bien raison, en effet. Un homme passe devant les vitrines du muséum; à Taspect d'une forme bizarre sa curiosité s'éveille. On la satis&it, il y revient encore ; l'esprit prend goût à l'étude, la vocation se décide, et, qui sait? un savant illustre peut naître de cet échange de quelques mots. Ne doit-on pas d'ailleurs saisir avec empressement toutes les occasions de répandre dans le peuple les notions de la science? Nos magnifiques collections ne sont qu'une lettre morte, une suite de curiosités, d'objets de fantaisie; il serait temps de les animer, de les faire parler au profit de l'étude. Cet office de gardien démonstrateur, M. Michelet l'a rempli dans son livre. Il nous montre d'abord l'oiseau flottant incertain entre une double vie, un peu oiseau, lin peu poisson, ne pouvant voler, à peine se tenir sur la terre, nageur et plongeur admirable : c'est le pingouin, le manchot dont l'aile ressemble plutôt à une nageoire, j)uis l'autruche, qui se sert de la sienne comme d'une voile. L'aile se développe, elle em-- ' brasse l'espace, elle emporte l'oiseau de mer d'un bout de l'horizon à l'autre avec la rapidité du vent. Voici maintenant les races en décadence, les longs oiseaux qui contemplent mélancoliquement leur mince silhouette sur le miroir de l'étang ou du lac. Plongé dans une éternelle tristesse, le héron semble regretter le temps où l'oiseau aquatique remplissait la grande mission de préparer la terre à l'homme, où il purgeait la création indécise des monstres bi-

zarres qui Tinfestaient. « On parle d'un Hercule humain, dit M. Michelet; que lui eût servi sa massue contre le plésiosaure et le léviathan ? Il y fallait le vol, l'aile forte, intrépide de l'hercule oiseau, Tépiornis, un aigle de vingt pieds de haut et cinquante pieds d'envergure, implacable chasseur qui, maître de trois éléments, dans l'air, dans l'eau, dans la vase profonde, suivait le dragon, sans repos. » L'homme a oublié ces grands services ; la création, en s'améliorant, a rendu plus difficile la vie des oiseaux aquatiques ; les espèces , s'abâtardissent , disparaissent ; celles qui survivent se consument dans la tristesse et le regret : le cygne ne chante plus, le héron s'enfonce dans les solitudes perdues, la grue misanthrope s'éloigne de l'Europe et de la civilisation, la cigogne seule nous reste. Fasse le ciel que l'homme ne brise pas les liens qui le rattachent encore à cet oiseau patriarcal, comme il l'a fait pour tant d'autres espèces !

L'épuration de la nature accomplie en grande partie n'en exige pas moins un travail incessant. C'est l'oiseau qui se charge de cette besogne. Balayeurs municipaux, les oiseaux nettoient les rues des villes paresseuses de l'Orient et de l'Amérique méridionale. La mouette purge les mers des innombrables corps en putréfaction qui flottent à leur surface. On n'en finirait pas si l'on voulait énumérer tous les services que l'oiseau rend à l'homme. Pauvre oiseau ! qu'at-il à attendre en retour de son dévouement? La mort sous toutes ses faces. L'homme et l'animal s'entendent pour lui donner lâchasse, la nuit et le jour sont

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