‹ Les matinées littérairesChapitre 38 sur 56 · PAR M. S. DE SACY · texte numérisé non relu

PAR M. S. DE SACY

sinon le môme journaliste. Il y a sans doute des différences dans le talent et dans le style. Celui-ci est éloquent, celui-là ironique et incisif; Tun vise quelquefois à Tesprit, l'autre ne se déride jamais. Pure affaire de forme. Il faut quelque chose de plus pour sortir des rangs. On a cru de nos jours que Tinjure et la grossièreté étaient des moyens infaillibles de se faire remarquer; mais l'injure et la grossièreté mêmes ont besoin d'être relevées par un certain tour d'esprit qui naît du caractère; autrement, on reste confondu dans la foule de ces sottisiers vulgaires dont malheureusement la presse n'a été dépourvue à aucune époque de son histoire.

Le journalisme a vu figurer dans ses rangs la plupart des talents de ce temps-ci : à part quelques exceptions, tous l'ont traversé. Parmi ceux qui y sont restés et qui n'ont pas été autre chose que des journalistes, nous n'en voyons guère que deux, Armand Carrel et M. de Sacy , qui aient conservé ces traits distinctifs, cette physionomie particulière dont nous parlions tout à l'heure. On nous reprocherait sans doute d'oublier Armand Marrast; nul mieux que lui, il est vrai, n'a résumé par ses qualités et par ses défauts ce qu'on appelle le journaliste ; voilà pourquoi, peut-être, il semble garder une attitude moins personnelle et moins isolée que les deux autres.

Armand Carrel et M. de Sacy, dans leur carrière, ont toujours été aux deux pôles du journalisme : l'un a représenté constamment l'opposition, l'autre le pouvoir. On a beaucoup disserté sur la question de ^voir lequel de ces deux rôles est le plus agréable,

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