VARIÉTÉS LITTÉRAIRES, MORALES ET HISTORIQUES
le plus facile à remplir, et là-dessus une foule de lieux communs, c A l'homme d'opposition, disent les gens du gouvernement, la renommée, les applaudissements des masses , les joies de la popularité, » « A l'homme de gouvernement, répondent les gens d'opposition, l'influence, les honneurs, les douceurs solides du pouvoir. » On disputerait éternellement sur ce terrain, et Tunique résultat de la dis^ cussion serait de donner pour mobiles, à l'écrivain de l'opposition comme à l'écrivain du pouvoir, la bassesse et la servilité, car l'opposition et le pouvoir se ressemblent en ce sens qu'il est également difficile de leur dire la vérité. Tâchons donc de voir les choses de plus haut et d'une façon plus impartiale. A un parti ou à un gouvernement on ne doit que de lui être fidèle et de le servir, non pas selon ses intérêts, mais selon sa conscience. C'est aiusi que le vrai journaliste comprend sa mission ; par conséquent, il se trouve en face des mêmes obstacles, des mêmes périls, des mômes luttes, qu'il soutienne un parti ou le gouvernement. Qu'on nous permette une comparaison un peu ambitieuse : les apôtres connaissaient les hommes, et cependant ils se dévouaient pour eux. Le journaliste est, lui aussi, en quelque sorte, un apôtre : il s'est consacré au triomphe d'une idée , il l'aime pour elle, quelquefois malgré elle, sans se faire illusion sur ses défauts. Dire la vérité à son parti, avertir son gouvernement qu'il fait fausse route, c'est là l'héroïsme du journaliste, et on trouve aussi souvent à l'exercer dans l'opposition qu'au pouvoir. Si à cet héroïsme il joint le désintéressement, le