LA NOBLESSE, LA MAGISTRATURE
trature de Tancien régime dont les membres nous apparaissent comme autant de vieux Cids judiciaires. II. ne faut pas regarder de trop près les juges des grands jours pour conserver ces illusions. M. Talon, cet homme si redoutable à tous les états, a une mère tracassière à laquelle il permet de s'immiscer dans les affaires de justice. Cette fine ménagère découvre que la livre de Ciermont n'est que de quatorze onces, tandis qu'elle est de seize partout ailleurs. Aussi elle jette les hauts cris, parle à tous ceux qui viennent la voir de cette grande affaire , et comme on ne parait pas disposé à lui accorder une importance suffisante, elle fait venir les marchands chez elle, pèse les denrées à sa manière, et les marchands, à bout d'observations et de remontrances , en passent par tout ce que veut la bonne dame, par crainte de l'autorité du fils, s'il faut en croire Fléchier.
Un des conseillers des grands jours, se croyant mystifié dans une certaine affaire de coffre au fond duquel il ne trouve qu'un pistolet dont il a grand'peur, M. Nau fait saisir le coupable, et parle de lui appliquer la questiou. Heureusement ses collègues trouvent ce zèle indiscret, et résistent.
M. deNovion choisit, pour donner communication à ses collègues d'une lettre importante de Colbert, l'occasion d'une soirée, et ces messieurs délibèrent en jouant aux cartes. Les juges souvent quittent le bal pour prendre presqu'à l'instant l'audience. M. de Novion, pour se délasser un peu de ses grandes occupations , ou pour complaire à mesdames ses filles , desquelles il. fait tantôt le père, tantôt l'auiant (c'est Fléchier qui
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parle), va aux assemblées, et donne lui-môme le bouquet comme un jeune galant. L'espérance qu'ils ont de retourner bientôt à Paris rendant les juges plus gais et plus enjoués, ils se trouvent aux assemblées où M. le président doit aller. Il arrive souvent des désordres dans ces assemblées. Une fois, on est obligé d'enlever tous les flambeaux et de venir danser dans une cbambre, parce qu'il ne reste dans la salle aucune place pour les conseillers , et toute la foule se trouvant dans les ténèbres, la joie (c'est toujours Flécbier qui parle) se change, dans cette confusion, en divertissements fort indécents.
Une autre fois les dames se querellent, et, se menaçant provincialement du petit crédit qu'elles pouvent avoir, sont sur le point de se prendre aux chereux et de se battre à coups de manchon. Qui sait si le lendemain les magistrats témoins de la lutte n'auraient pas été obligés d'informer? Heureusement, Fléchier nous apprend qu'on parvint à calmer nos vives Auvergnates , et qu'on ne laissa pas de danser quelques bourrées et quelques goignades.
Le même M. de Novion faisait jouer la comédie chez lui et donnait des bals et des fêtes les jours d'exécution, « Trouviez-vous qu'il fût fort séant à un homme grave, demande un gentilhomme de Clermont à Fléchier, d'être presque toujours habillé de court hors du palais , peut-être pour faire mieux paraître son saint-esprit; de courir les bals avec mesdames de Ribeyre et Tubeuf, ses filles, de les caresser continuellement, leur baisant la bouche et les dents, ou devant tout le monde leur disant des fleu«