H ELLE ET LUI^ PAR G&0B6B SAND
Warens; elle aussi est une maman; elle aussi tient à ses amants des propos pleins de sens et de raison , plus faits, pour les instruire que pour les séduire. Elle ne se donne pas aux gens , elle les sauve. Madame de Warens du moins, quand elle voyait un de ses amis en péril, n*y allait pas par quatre chemins, et le sauvait d'abord, quitte à faire après sa harangue. Thérèse au contraire pérore, se fait prier, et ne sauve les gens qu'après les avoir laissés crier longtemps, et plus longuement encore elle les sermonne. Thérèse est infiniment plus éloquente sans doute que madame de Warens; mais toute son éloquence n'empêche pas qu'elle ne cède par les mêmes motifs.
Je n'ai pas parlé jusqu'ici d'un troisième personnage qui joue un rôle important dans le roman. Si Laurent est le Jean-Jacques de la situation, un Jean- Jacques ombrageux et jaloux cette fois, Thérèse la madame de Warens pédante, Palmer en est le Claude Anet déguisé en Américain. Nous assistons à la mise en scène d'un chapitre des Confessions , un des plus tristes sans contredit, arrangé à la façon moderne. On se rappelle ce que dit Rousseau lorsqu'il apprend la liaison de sa maman avec Anet : « Je n'appris pas sans peine que quelqu'un pouvait vivre avec elle dans une intimité plus grande que moi. Je n'avais pas "songé môme à désirer pour moi cette place; mais il m'était dur de la voir remplir par un autre : cela était fort naturel. Cependant, au lieu de prendre en aversion celui qui me l'avait soufflée, je sentis réellement s'étendre à lui l'attachement que j'avais pour elle. Je désirais sur toutes choses qu'elle fût heureuse; et,