‹ Les matinées littérairesChapitre 46 sur 56 · LUI BT BU.B, PAR PAUL DB MUSSET · texte numérisé non relu

LUI BT BU.B, PAR PAUL DB MUSSET

M. Paul de Musset, Tami dévoué de Laurent, répond à George Sand, Tayocat officieux de Thérèse, et son récit, dégagé de toute emphase, entrant tout de suite dans la réalité, confirme avec plus de détails ce que nous pouvions savoir des débuts d'une liaison qui, malheureusement, s'est nouée et dénouée en présence du public. Laurent et Thérèse, ou, si TOUS voulez, Falconej et Olympe, se rencontrèrent pour la première fois dans un souper de journalistes au Rocher de Cancale. Le lieu était d'assez triste augure. Beau, élégant, déjà célèbre à vingt ans, Falconey était le lion du monde des arts ; Olympe, par sa position assez délicate, par la singularité de ses relations, par l'explosion subite de son talent, jouait aussi dans ce monde le rôle de lionne^ et n'en paraissait pas fâchée; elle l'accentuait encore par des excentricités de costume et d'habitudes, comme, par exemple, celles de fumer et de porter un poignard à sa ceinture. Avant de connaître Falcouey, Olympe avait été déjà la maman d'un jeune homme que son abandon avait réduit au désespoir. L'auteur de Lui et Elle raconte à ce sujet une fort triste histoire de lettres enlevées, qu'il tient de la bouche môme du jeune homme en question.

J'imagine qu'à ce souper de restaurant, placés à côté Tun de l'autre, se sentant peut-être enveloppés de la curiosité des convives désireux de savoir comment les choses se passeraient entre ces deux célébrités du moment, Falconey et Olympe eurent comme un pressentiment confus de l'avenir. Le monde crée ainsi quelquefois des liaisons par avance et finit

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par les imposer. Les convives du Rocher de Cmùale étalent gens à trouver piquant que ce jeune homme et cette jeune femme, égaux en grâce, en talent, en éélébrité, s'aimassent. Cette prévision n'avait rien qui pût alarmer le jeune amour-propre de Palconey et d'Olympe, au contraire. Si Palconey plus tard ftit si profondément blessé au cœur, je serais tenté de croire que le mal commença par une piqûre légère, et que lui et elle unirent plutôt leurs vanités que leurs cœurs, n y eut quelque chose, il me Semble, de voulu, de prémédité dans cet amour, de la pose enfin, s'il m'est permis de me servir de cette expression. Mais beaucoup de liaisons débutent ainsi et deviennent sérieuses par la suite. Du côté de Palconey, du moins, on n'en saurait douter après avoir lu son histoire, il en fut ainsi. De cet amour d'entraînement devait sortir pour lui une passion réelle et durable. Lui-même nous le dit : il avait soupe chez les Médicis et bu le philtre. Au retour du voyage en Italie avec Olympe, on en voyait les traces sur sa figure si changée, si hâve, si maladive que ses parente et ses amis eurent de la peine à le reconnaître ; plus tard le corps Reprit des forces, mais le cœur était attemt, et jamais il ne put guérir.

Il faut lire dans le roman de M. Paul de Musset le fécit de ce voyage en Italie , dans lequel eut lieu la rupture entre Edouard et Olympe. Je n'essayerai môme pas de l'analyser ni de résumer cette longue et terrible scène de l'auberge de Naples, dans laquelle Edouard assiste, témoin enchaîné par la maladie, à l'infidélité de sa maîtresse. Pierre nous apprend qu'il

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a écrit cette scène sous la dictée de soo ami. H n'aT vait pas besoin de nous en avertir, cela se sent à chaque ligne. D'avoir joué un r6Ie dans certains dra*^ mes, cela peut changer le caractère d'un homme, et le drame de Naples éclaire d'une lueur bien vive certains côtés de Texistence de Falconey* Quoique la conduite d'Olympe avec le médicastre italien qui remplace dans Lui et Elle le Palmer de Elle et Lui me paraisse inexcusable, j'avoue qu'elle m'émeut plus tard lorsqu'elle essaye de renouer avec Edouard. Ses efforts paraissent sincères un moment, et l'envoi de ses beaux cheveux coupés est touchant. Pierre ne se montre-t-il pas un peu sévère lorsqu'il dit en parlant d'Olympe : « Obligée par son art de faire parler le^ passions, elle éprouve un ardent besoin de les conipaître, d'en écouter le langage de près, d'observer dans le cœur des autres toutes celles qu'elle est inca*pable de sentir. De là cet appétit déréglé de eompUcations, d'aventures, de changements, d'amours in^ terrompues, reprises, abandonnées, n

Olympe ne pourrait-elle pas répondre ; a Non , ce n'est pas la curiosité de l'artiste qui me pousse; mais pourquoi faut-il que Dieu ait mis en moi le désir de l'amour à côté de l'impuissance d'aimer? Que d'efforts pour faire fleurir le germe débile dé«posé dans mon cœur I C'est moi-même que je cher^ che à tromper, et non les autres. Je suis comme ces mères dont les enfants sont morts d'une maladie héréditaire, et qui, malgré la pâleur de leur dernier rejeton, essayent de le retenir à la vie. Que ne puis-je raconter ce qui se passe au fond de mon &:ne, lorsque

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