LUI, PAR MADAME LOUISE COLET
cipal? En vérité, je l'ignore, quand je songe à ce que l'auteur nous a dit au début de son livre; souvenez* vous que nous avons aflaire à une gaillarde (passezmoi l'expression ) qui a senti l'amour par le cœur, par l'esprit, par le sens, de la façon la plus complète. Le premier Lui n'est pas très- bien traité par Elle; il faut convenir aussi que c'est un drôle de Lui : <i II vivait au loin à la campagne, travaillant en fanatique de l'art à un grand livre, disait-il; j'étais la confidente de ce génie inconnu ; chaque jour ses lettrés m'arrivaient, et tous les deux mois, quand sa tâche était accomplie, je redevenais sa récompense adorée, sa joie radieuse, la frénésie passagère de son cœur, qui, chose étrange ! s'ouvrait et se refermait à volonté à ces sensations puissantes. » Entre deux frénésies , File traduisait donc des romans étrangers pour vivre, et pour donner à son enfant a des habits plus élégants et toutes les gâteries maternelles. » Quant à ce terrible piocheur qui laboure son grand livre à la campagne , qxi'Flie fût gênée ou non , il ne s'en doutait môme pas. < Comment se serait-il aperçu de ma mauvaise fortune, lui qui n'attachait de prix qu'aux choses idéales? » Oh! l'aimable Lui qui ne s'informe seulement pas si celle qu'il aime a le pain de chaque jour assuré, et qui lui répond, lorsqu'elle Taverlit des poursuites dont elle est l'objet de la part d'un iiuire, que, « malgrél'amour immense qu'il avait pour elle, il ne se reconnaissait pas le droit de s'interposer entre les désirs d'Albert et son entraînement vers lui, si jamais elle venait à l'aimer. Le bonheur d'un homme de la valeur d'Albert imposait tous les sacri-