LÀ MORT DB BOSSUBT
« n est vrai que M. de Meaux est mort ce matin « 12 avril 1704, quatre heures un quart. Peu après, « M. Tabbé en a été averti; il s'est habillé et a été (( s'assurer du fait, puis il est parti pour Marly en « droiture sans aller à Tarchevôché; cependant « M. Bossuet a fait mettre le scellé dans le cabinet « où il a enfermé la vaisselle d'argent de M. de « Meaux , et il a fait sceller aussi le cabinet de ma Q chambre où sont les livres. Le portier cependant (( avait ordre de tenir la porte fermée et de ne lais- « ser entrer ni sortir personne , tant pour empocher a de divulguer la nouvelle de la mort que pour em- « pêcher aussi que d'autres ne vinssent mettre le scellé, « Le môme commissaire a été en poste à Meaux c( mettre aussi le scellé avant qu'on y sût la mort.
(( Ainsi, la première nouvelle de la mort est ar- « rivée à Marly par notre abbé, de qui le père u Lachaise l'a apprise, et puis ce père l'a portée au c( roi et lui a présenté M. l'abbé. Le roi a témoigné a bien de la douleur et des regrets de la perte de (c M. de Meaux , et aussitôt il a donné à M. l'abbé a l'abbaye de Saint-Lucien de Beauvais. La cour a c( applaudi à ce don. L'abbé est venu plein de joie ^ c( et témoignant une grande satisfaction* »
Bossuet n'était pas mort à la cour. Le roi et madame de Maintenon devaient être satisfaits; les courtisans aussi. Bossuet laissait deux charges vacantes : celle de premier aumônier et celle de conseiller d'État. On songeait à ces deux places et non à l'homme qui les remplissait naguère avec tant d'éclat. On ne pouvait demander aux courti-
sans de pleurer M. de Meaux quand on voyait que, pour consoler son parent le plus proche et le plus aifectionné, il avait suffi d'une abbaye.
Nous n'insisterons pas sur les détails de cette mort, sur ce départ précipité pour Marly, sur la joie de ce retour, sur les scellés posés à la hâte pour empêcher que d'autres ne vinssent les mettre. Passons à la lecture du testament de Bossuet.
ce Le chapitre tenant, on y a fait lecture du testa- « ment de feu M. l'évéque de Meau^c : il demande à « être enterré dans sa cathédrale , auprès de l'autel, « à côté de l'épître, au pied de ses deux prédéces- « seurs; il demande aussi cinq cents messes aussitôt « après sa mort; il institue M. l'abbé Bossuet son lé- « gataire universel, priant ses autres neveux de l'ace voir ainsi pour agréable, et il le nomme son exéc( cuteur testamentaire, lui recommandant d'avoir « soin de ses domestiques et de les récompenser à c( proportion de leurs services, sans marquer aucune c( récompense particulière, sans en nommer pas un n seuly ni M. Pltelipeaux^ son grand vicaire^ ni mot, « qui le sers depuis 1684 avec un attachement dont tout c( le monde me rend témoignage ; d'ailleurs, les pauvres « ne sont pas nommés seulement dans ce testament, a M. Phelipeaux , chargé de présenter ce testament c( au chapitre, a aussi dit, de la part de M. Bossuet, c( que cet abbé s'offrait de donner un ornement cornc< plet à l'église, de la couleur qu'on le souhaiterait; c< on Ta depuis demandé blanc. La résolution de c( donner cet ornement ne fut prise qu'hier, sur la c< remontrance de M. Phelipeaux que ce testament
Là MOHT DE BOSSUBT. ^
« déshonorait M. Tévôque de Meaux , non-seulement parce qu'il n'y était fait nulle mention des. pauvres, « ni des récompenses de ses domestiques , mais pas a même de son église, si ce n'est pour y mettre son tt corps. C'est pourquoi M. Phelipeaux n'était pas (c d'avis qu'on présentât ce testament au chapitre, (( et qu'il fallait plutôt le cacher que le manifester. « MM, du chapitre ont témoigné beaucoup de recon^ a naissance de Vomementy et l'on n'a pas fait alors « d^ autre réflexion sur le testament. »
Les funérailles de Bossuet n'eurent lieu que quelque temps après sa mort. L'abbé Le Dieu consacre ce temps à écrire des mémoires destinés au père La Rue, qui doit prononcer l'oraison funèbre de l'évéque de Meaux. Il en lit des fragments à ses amis et connaissances, à des moines, à des abbés, à des religieuses, au lieutenant civil de la ville de Meaux, au chantre de la cathédrale : « Ce vendredi 6 juin « 1704, M. Pidoux, chantre de notre église , après ce avoir oui la lecture de cette même partie de mes « Mémoires^ en a très-bien jugé, disant que j'avais f( bien pris le caractère, qu'il y avait un bel ordre c( avec une agréable variété , que la diction était « précise et nette, et le tour beau. »
Jeudi 12 juin 1704. — «Ce soir j'ai lu mes Mémoid res au père Gillet, cordelier , suivant le désir de (( M. l'abbé Bossuet, parce que ce père veut faire une « oraison funèbre dans son couvent. M. lloussin était a présent, qui a encore tout entendu depuis le com- « mencement, et il ne s'est pas ennuyé; M. Sadier y « était aussi. Ils ont tous fort applaudi. J'ai lu jusqu'à
Si lE UIX-SBPTIÈMB SIECLE.
« la conversion de Tabbé Dangeau], qui leur a beau- « coup plu. »
Cependant les crieurs sont arrivés de Paris pour conduire la pompe funèbre. M. Tabbé Bossuet est attendu le soir môme, ainsi que le père La Rue ; demain aura lieu la cérémonie. La pompe funèbre de Bossuet! Il semble à ces mots qu'on évoque toutes les gloires du dix-septième siècle autour du cercueil du grand évoque. On s'attend à voir réunis sous les voûtes de la cathédrale de Maux les plus glorieux noms de la noblesse, de la magistrature et du clergé. Écoutons Tabbé Le Dieu : « Cependant M. Legoux de « la Berchère, archevêque de Narbonne , est arrivé ; « M. de Matignon, ancien évoque de Gondom, M. An- « celin, ancien évoque de Tulle, M. de Pont-Chavî- « gny, évéque deTroyes, et M. de Saux, Toulousain, « évoque d'Autun , sont tous arrivés de bonne heure « pour Tofûce de demain. M. et madame Bossuet « aussi, avec madame de la Briffe, veuve du procu- « reur général, M. de la Briffe, maître des requêtes, « et M. Dumont, écuyer de monseigneur; plus, les « abbés de Pomponne, de Larochejaquelein, de Ga- « telan, les deuxLanguet, MM. Lefeuvre etFavart de (( Navarre, M. Secousse , curé de Saint-Eustache , « M. Gaucher, vicaire de Saint-Roch, le père Perrin, ({ jésuite, et un autre amené par Tévôque d'Autun. (i Madame la marquise d'Alègre s'est excusée sur ce « qu'une indisposition l'arrêtait à Paris. »
Les illustrations ne sont pas nombreuses sur cette liste. La cour n'y est représentée que par Dumont, écuyer du Dauphin, qui n'est pas même gentilhomme.