Le quatrième bas-relief, au centre de la série
(o) La série des bas-reliefs de la Fonte maggiore, à Pcrouse, dëbute par le Péché originel.
{b) Je cherche en vain cette broche. C'est un nœud, dans lequel les extrémités sont rentrées, comme par un premier souci de coquetterie ; elles flottent chez Adam.
(i) Botticelli place, en leur donnant la même signification, des rameaux de chêne et de pommier sur les genoux de Zipporah. L'ours est reproduit
décorant le côté ouest, représente la vie pastorale, nomade.
Jabal, le père de ceux qui habitent les tentes et de ceux qui possèdent du bétail, soulève le rideau qui ferme sa tente pour surveiller le troupeau que garde son chien.
(5) Jubal, père de ceux qui jouent de la harpe et de l'orgue, c'est-à-dire des instruments à cordes et à vent — la lyre et le chalumeau — les premiers arts (chez les Juifs et chez les Grecs) cultivés par le berger David et par le berger Apollon.
Giottolui a donné la longue trompette droite dont, plus tard, délia Robbia [a) et Donatello ont tiré un si beau parti dans leurs sculptures. Elle veut être de bois, si je ne me trompe, comme aujourd'hui le long cordes Alpes ; elle est formée de deux tuyaux, l'un plus long, l'autre plus court, fixés l'un à l'autre.
(6) Tubal-Gaïn, l'initiateur de tous ceux qui travaillent l'airain et le fer.
Giotto le représente assis, vêtu d'une longue robe, façonnant un lingot de bronze sur l'enclume, avec la plus grande attention.
Ces trois derniers bas-reliefs, remarquez-le, représentent la vie de la race de Gain, de ceux qui sont errants et n'ont pas de maison. C'est la vie pastorale nomade, la vie artistique nomade, le Willie errant [b), ce joueur
par Jacopo délia Quercia sur la porte nord de la cathédrale de Florence. Je ne suis pas tout à fait certain de sa signification.
[Dans le relief de la Madonna délia Cintola de Nanni di Banco, faussement attribué par Vasari à Jac. délia Quercia (v. Burckhardt).]
(a) Dans la Cantoria de l'Opéra du Dôme. Cf. Mariage de la Vierge de l'Angelico (note, § 41) •
(6) Wandering Willie : titre d'une chanson très connue de Bums où il est question d'un bien-aimé errant, sans occupation fixe, loin de son amie : <' Hère a»a', there awa, wandering Willie... »
iga LES MATINS A FLORENCE
d'orgue après lequel vous enverriez volontiers un policier, le bohémien qui répare la bouilloire de la vieille maîtresse d'école sur cette herbe que les grands propriétaires désirent, depuis si longtemps, enlever du bord de la route pour la mettre dans leur parc.
(7) Le dernier des sept bas-reliefs commence l'histoire de la race de Seth et de la vie sédentaire. Son ancêtre gît, ivre, sous la treille : telle est, selon Giotto, l'image abstraite de la société civilisée.
11 s'y rattache quelques autres idées, bien connues du monde Catholique de l'époque ; elles sont trop nombreuses pour que nous en parlions ici.
126. Le deuxième côté de la tour représente, après cette introduction, les sciences et les arts de la vie civilisée ou sédentaire.
(8) Astronomie. Dans la vie nomade, vous pouvez vous servir des étoiles pour vous guider, mais pour connaître les lois de leur vie nomade, la vôtre doit être sédentaire .
L'astronome, à l'aide d'un sextant tournant autour d'un pivot, regarde la voûte des cieux et en fixe le zodiaque ; il pressent les découvertes que fera, le soir, des hauteurs de Fiesole, à l'aide de ses lunettes, l'artiste Toscan.
Au-dessus du dôme du ciel, encore inaperçus, se trouvent le Seigneur des mondes et Ses anges. Aujourd'hui, l'Aube et l'Étoile du matin; demain, l'Etoile du matin se levant dans les cœurs.
(9) Architecture défensive. — La construction d'une tour d'observation ; le début de la sécurité dans la possession.
(10) Poterie. — La fabrication de pots, découpes et de plats, les premiers ustensiles de la vie civilisée ; le moyen de chauffer les liquides, et de servir à boire et à manger avec propreté et économie.
LA TOUR DU BERGER ijj
(il) Un homme à cheval. — Le dressage des animaux aux services domestiques.
(12) Tissage. — La fabrication, à l'aide du métier, d'étofFes de tissu régulier, devant servir à la confection rapide des vêtements.
(i3) La loi, en tant que révélation directe inspirée par le ciel.
(i4) Dédale (non pas Icare, mais son père essayant les ailes). La conquête de l'air.
127. De même qu'après les arts de la vie sauvage et nomade, le septième sujet du premier groupe introduit les arts domestiques, ce septième sujet du deuxième groupe introduit les arts du missionnaire, du voyageur civilisé, apportant avec lui ses bienfaits.
(i5) La conquête de la Mer. — Le timonier et deux rameurs, ramant à la vénitienne, face à la proue.
(16) La conquête de la Terre. — Victoire d'Hercule sur Antée ; la force bienfaisante de la civilisation triomphant de la cruauté de l'état sauvage.
(17) Agriculture. — Les bœufs et la charrue.
(18) Commerce. — Le char et les clievaux.
(19) A présent, le bas-relief, au-dessus de la porte de la tour. L'agneau de Dieu exprime la Loi de Sacrifice et la porte qui conduit au ciel. Suivent ensuite les artsfrères du monde Chrétien.
(20) Géométrie. — C'est, encore une fois, le bas-relief de l'angle qui introduit la nouvelle série. Nous verrons bientôt pourquoi cette science doit servir de base aux autres.
(21) Sculpture.
(22) Peinture.
(23) Grammaire.
lî.
(24) Arithmétique. — La science des nombres, des poids et des mesures de capacité.
(25) Musique. — La science des nombres, des poids (ou intensités) et de la mesure, appliquée aux sons (a).
(26) Logique. — La science des nombres et de la mesure, appliquée à la pensée.
(27) L'invention de l'Harmonie [b).
128. En adoptant tout d'abord la division en arts pré- Chrétiens et Chrétiens, indiquée par la porte de la tour, et en adoptant ensuite la division en quatre périodes historiques successives, indiquée par ses angles, vous constaterez que vous obtenez un plan parfait de l'évolution de la civilisation humaine. Le premier côté concerne la vie humaine nomade s'efforçant d'affirmer sa suprématie sur les végétaux et sur les créatures errantes : les animaux. Le deuxième côté concerne la vie domestique, grâce à laquelle prospère la race et le pays. Le troisième côté concerne les rapports qui s'établissent entre les races étrangères. Le quatrième côté concerne les arts harmonieux que pratiquent tous ceux qui sont réunis dans le bercail du Christ.
(a) Cette association entre la musique et les sciences mathématiques et, en général, cette confusion entre les sciences et les arts est très fréquente au moyen âge. C'est ainsi que, dans la Source de la science de saint Jean de Damas, on trouve que les mathématiques se divisent en quatre sciences, selon qu'elles s'appliquent aux nombres, aux sons, aux figures ou aux astres : l'arithmétique, la musique, la géométrie et l'astronomie.
(6) Ces derniers bas-reliefs (aS à 27) exécutés par Luca délia Robbia et par ses élèves prêtent, par leur composition moderne, à diverses interprétations. On a voulu voir dans le n" 24 la Logique et la Dialectique (Aristote et Platon), dans le n" a5, la Poésie lyrique — l'Eloquence, suivant P. d'Aneona — , et dans le n" 26, la Géométrie et l'Arithmétique (Euclide et Pythagore). Quoi qu'il en soit, le triviiim et le quadrivium ne sont pas complets (l'Astronomie ayant été déjà représentée — n" 8 — ), ils ne restent pas distincts l'un de l'autre, et l'ordre de succession traditionnel est bouleversé (la Géométrie précède la Grammaire]. Cf. la série des bas-reliefs de l'étage supérieur du Campanile (v. Porte Etroite, note (a), p. i34).
LA TOUR DU BERGER igS
129. — Retournons maintenant au premier angle et examinons soigneusement les bas-reliefs, un à un.
(i) Création de V homme.
A peine dégagé du limon de la terre, il ouvre les yeux à la face du Christ. Il s'agit ici, comme dans toutes les autres sculptures, moins de la représentation d'un fait passé que de celle d'un fait constant. C'est l'état perpétuel de l'homme : il appartient « à la terre » et pourtant il voit Dieu.
Le Christ tient le livre de Sa Loi — la « Loi de Vie » — dans Sa main gauche [a).
Les arbres du jardin sont — au centre, au-dessus du Christ — le palmier (vie immortelle) — au-dessus d'Adam — le chêne (vie humaine) ; le poirier, le figuier et une plante rampante, à larges feuilles (laquelle?), portant un fruit, complètent le symbole de l'Aliment de Vie.
Au point de vue décoratif, ces arbres, ceux qui ornent les deux sujets suivants, ainsi que la vigne de Noé, méritent notre attention, car leur feuillage est traité d'une manière différente de celle de Giotto, dont les n"' 16 et 17 nous offrent d'excellents exemples. Les branches de Giotto sont serrées en bouquets, comme des gerbes, et
(a) Plus tard, le Dieu-Créateur sera toujours représenté sous les traits d'un vieillard le « Père étemel ». Ce type est très rare dans l'art primitif italien. Il apparaît plus fréquemment au xv« siècle (voir le Couronnement de la Vierge, de Fra F. Lippi, à l'Académie). La représentation de la Trinité par Masaccio, sur le mur d'entrée de Santa-Maria Novella, est encore conforme à l'ancienne tradition : le Père n'est pas plus âgé que le Fils.
Pour les vrais mystiques, Dieu est toujours le Christ ; c'est le seul aspect sous lequel ils puissent se le représenter, puisque c'est la forme sous laquelle il s'est manifesté à l'humanité (voir également Mâle op. cit., p. 45).
II a fallu que la foi fût ébranlée pour que l'on songeât à tirer de la Trinité un élément de pittoresque en représentant différemment les personnes divines, pour que l'on songeât à peindre un concept abstrait dont aucun rêve ne pouvait suggérer le symbole.
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chaque niasse affecte systématiquement une disposition rayonnante. Dans ces premiers bas-reliefs, au contraire, le feuillage est traité avec le souci de dissimuler son caractère ornemental, afin de le faire paraître naturel. L'artiste s'est appliqué avec tant de zèle à obtenir ce résultat que ce procédé devient un peu factice; la Nature elle-même est plus décorative et plus systématique dans le groupement. Mais la conception fondamentale est très élevée, et chaque feuille est ennoblie, modelée avec amour et exécutée avec une précision et un fini suffisants : l'artiste ne s'est pas préoccupé de faire valoir son talent, il n'a pas oublié le sujet principal, il s'est au contraire préoccupé pieusement de le compléter et de rester en harmonie avec lui.
Regardez à la loupe les divisions des feuilles de palmier. Les autres feuillages sont moins achevés dans le premier bas-relief que dans le deuxième. L'homme luimême n'étant pas complet, les plantes qui sont créées avec lui, pour son usage, ne doivent pas l'être davantage.
(Les doigts d'Adam ne sont-ils pas trop courts parce qu'ils poussent encore?) (a).
i3o. — (2) Création de la femme.
C'est, par ses qualités essentielles, la meilleure sculpture exécutée sur ce sujets ; le fameux bas-relief de Ghiberti {b) n'en est qu'une agréable et brillante amplifica-
(a) Remarquez l'attitude d'Adam, le coude gauche en terre, le genou droit levé ; elle se retrouve jusque sur le plafond de la Sixtine ; mais Michel-Ange dégage entièrement l'homme du <c limon de la terre » : il se dresse sur le coude et le bras droit repose sur le genou avec assurance ; il est prêt à causer avec Dieu ; ce dernier a d'ailleurs bien fait la moitié du chemin pour le rencontrer.
(6) Sur la porte Est du Baptistère.
tion ; il perd, dans les efforts et l'agitation d'une grâle toute femmme, la solennité et la sin^plicité qui régnent •Cl. L ancien sculpteur songe à l'Utilité de la Femme aux dangers qu'elle court et à ses péchés, avant de songer à sa beauté ; mais, si le bras n'était pas perdu le calme naturel de cette tète et de cette poitrine d'Eve et la grâce de l'attitude penchée, qui exprime l'intention de se laisser guider éternellement corps et âme, par la main du Christ - il saisù son bras, remarquez-le^ pour la soutenir entièrement - pourraient faire apprécier cette œuvre bien au delà de celle de Ghiberti, en beauté et en vérité symbolique.
La ligne du corps d'Eve s'allie à celle de la liane serpentant au-dessus d'elle autour du tronc. La signification de ce symbole est double ; il indique à la fois sa chute et le soutien qu'elle trouve ensuite dans la force de son mari, ce Tes désirs seront à ton mari » (a). Le fruit de arbre - une double aveline - exprime néanmoins 1 heureuse égalité.
Le feuillage de ce bas-relief est exécuté avec un grand souc, poétique et une précision consommée. Au-dessus dAdam, un laurier (une femme vertueuse et une couronne pour son mari) ; l'aveline dit leur union ; le figuier exprime les joies fécondes de la vie domestique (sous ta vigne et ton figuier (x) la vigne exprime spécialement la joie de 1 homme -) ; le fruit est, pour le Christ, le type de tout aliment croissant naturellement et destiné à assouvir Sa faim.
Examinez à la loupe les nervures de ces feuilles et la manière dont les trois feuilles de laurier, tout à 'fait à
(a) Gen., III, ,6.
(i) Voir Fors Clavigera, février 1877 [vol. VII].
igS LES MATINS A FLORENCE
droite, s'insèrent sur leur tige : observez que, dans chacun de ces cas, le sculpteur travaille son modèle en même temps que les lignes de son dessin ; voyez comme il creuse le marbre à des profondeurs différentes en partant des pieds du Christ pour aboutir, en haut à gauche, au-dessus de son épaule, au creux le plus profond, [a).
1 3 1 . — (3) Le labeur originel.
Beaucoup plus pauvre — et intentionnellement ainsi. Dans le mythe de la création de l'humanité, le sculpteur déploie le meilleur de ses forces et développe le caractère suprêmement gracieux de la femme. Mais, dans la représentation du premier état de la vie paysanne, la grâce de la femme ne peut, en aucune façon, être sa qualité dominante. Elle marche même avec gaucherie ; l'artiste est gêné également par la difficulté de sculpter le pied en raccourci. Il en connaît parfaitement la forme — mais il n'en connaît pas encore tout à fait bien la perspective [b).
Les arbres sont raides et rabougris > — eux aussi demandent à être cultivés — ; leurs fruits ne tombent, pour le moment, que dans la bouche des bêtes.
i32. — (4) Jabal.
Si vous avez regardé assez longuement et assez attentivement les trois bas-reliefs précédents, vous devez sentir qu'ici la facture est totalement différente. La draperie est jetée en plis plus larges, plus souples, mais moins vrais ; le procédé est beaucoup plus délicat, susceptible de nuancer, de la manière la plus exquise, de grandes
[a] Cette remarque s'applique aux trois premiers bas-reliefs ; leur plan n'est pas parallèle au mur.
[h) Elle marche en filant comme, encore aujourd'hui, les pasteurs thibétains — comme tricotent nos gardeuses de vaches.
surfaces, usant à peine d'une incision de quelque profondeur sur les contours, s'étudiant à ménager l'ombre comme une chose précieuse et d'un emploi restreint — regardez au-dessus de la tête du petit chien et sous la tente. C'est assurément l'œuvre d'un peintre et non celle d'un simple sculpteur. Je ne doute pas que ce soit celle du jeune berger de Fiesole lui-même. Gimabue l'avait trouvé dessinant (plus probablement gravant avec la pointe Etrusque) un de ses moutons sur une pierre. Ce sont ces mêmes moutons qu'il grava sur la pierre centrale du fondement de sa tour, alors qu'il regardait en arrière sur le champ de la vie : le temps sera bientôt venu pour lui de tirer les rideaux de sa tente [a).
Sauf le chien qui aboie après la Pauvreté, dans la grande fresque d'Assise (è), je ne connais aucun chien dont le dessin se rapproche de celui-ci ; la forme vivante est rendue sans qu'un seul coup de ciseau indique le poil, sans qu'une seule incision marque l'œil.
Prenez la loupe et regardez chaque détail de l'œuvre, d'un bout à l'autre. Remarquez spécialement — comme une chose qu'un peintre seul pouvait se réjouir d'exécuter, et que tous les grands peintres auraient exécutée avec bonheur — la frange de la tente (i) et la manière dont son sommet s'insère avec précision dans l'angle de l'hexa-
(a) Ces bas-reliefs sont les dernières œuvres de Giotto, mort en iSS;. Or, la construction du Campanile ne fut commencée qu'en i334- Cette circonstance rend d'autant plus vraisemblable l'intervention fréquente d'Andréa Pisano et de ses élèves dans l'exécution des compositions projetées par le maître.
(6) Aux pendentifs de la voûte, au-dessus de l'autel de l'église inférieure.
(i) « /e crois que la tente de Jahal est en cuir ; les intervalles relâchés, entre les chevilles, montrent un rebord courbe et inégal, comme serait le cuir, près du sol » {M. Caird). Le rebord de l'ouverture me semble encore plus caractéristique.
^oo LES MATINS A FLORENCE
gone préparé par l'ancienne maçonnerie, comme l'indique le joint oblique, au-dessus (i). L'architecte et le peintre pensaient en même temps et firent ce qu'ils pensaient.
J'ai donné, il y a un an ou deux, une leçon aux élèves d'Eton dans laquelle je parlais, entre autres choses, de ce chien de berger — qui est encore plus merveilleux sur une photographie à une plus grande échelle. Cette leçon «st en partie publiée... quelque part, mais je ne puis m'y rapporter.
i33. — '■ (5) Jubal.
Encore de Giotto, quoiqu'il se soit un peu moins complu à traiter ce sujet ; mais il y a introduit un délicieux fragment de l'architecture Gothique de sa propre tour. Voyez le léger dessin de mosaïque qui couvre la surface ■de la moulure horizontale.
Remarquez aussi la liberté dont use le peintre dans l'exécution des moulures compliquées de la table — décidément rectangulaires et non pas carrées (voyez la fleur du centre) [a).
(6) Tubal-Caîn.
Encore de Giotto, et tout à fait exquis. Il est achevé avec autant de soin que le berger pour affirmer l'importance vitale de cet art pour l'humanité. La bêche et la houe, ses attributs héraldiques, sont suspendus sur la partie ouverte de la porte (2). Voyez avec quelle finesse d'exé-
(i) Les photographies qui ne représentent pas la maçonnerie, tout autour de l'hexagone, sont sans valeur pour l'étude.
(a) Remarquez l'attitude des mains — aussi correcte que si les doigts devaient déjà faire mouvoir des pistons. La main de Jubal, retenant un pli de la draperie, est aussi calme que celles-ci sont ner\-euses.
(2) Ces indications sont dues à M. Caird qui ajoute : « J'ai vu, l'autre jour, une forge semblable à celle-ci, à Pelago. L'enclume reposait sur une souche ;
LA TOUR DU BERGER aoi
cution sont traités le bloc de bois, sous l'enclume, et le cercle de fer qui l'entoure.
Le visage de l'ouvrier en dit plus long sur la dignité du travail que le meilleur sermon qu'un penseur ait jamais prononcé sur ce sujet. Les Parlements libéraux et les Réformateurs égalitaires n'ont rien d'essentiel à y ajouter [a).
(7) Noé.
De nouveau d'Andréa Pisano, plus ou moins imité de Giotto {b).
i34. — (8) Astronomie.
Nous sommes ici certainement en présence d'un nouvel auteur. Les cheveux, la barbe et la draperie sont mauvais ;
c'était le même foyer, les mêmes soufflets, les mêmes outils ; la porte était en deux parties ; la partie supérieure, semblable à un volet, était utilisée pour r exposer, comme preuve d'habileté, des objets terminés ; et j'y vis suspendus les mêmes objets, ayant la même forme que ceux du bas-relief — une bêche et une houe ».
(«) Tubal-Caïn ne joue plus ici le rôle de Jubal, comme dans la fresque de la Chapelle Espagnole (voir Porte Étroite, % 102). Les trois patriarches occupent la place que l'Écriture leur assigne (Genèse iv, ao-aS).
La comparaison de Tubal-Caïn de Giotto avec celui du maître siennois révèle, entre les deux écoles, une orientation d'art profondément différente. Là où Florence représente le type de l'ouvrier torgeron de jadis, de demain, mais d'aujourd'hui aussi, Sienne rêve de l'ancêtre, du primitif velu, improvisant, dans l'ardeur du travail, sa première chanson. Là où l'artiste florentin multiplie les détails suggestifs et vivants (outils, accessoires, etc.), l'artiste siennois simplifie le plus possible les attributs de son personnage (cf. la manière de traiter l'enclume dans les doux œuvres). L'un anime la réalité par le rêve, en élevant l'individu d'un jour à la hauteur d'un type éternel, l'autre anime le rêve par la réalité, en rendant accessible à nos sens une conception idéale abstraite. L'Ecole florentine semble soumise davantage aux influences romaines, populaires, l'École siennoise aux influences aristocratiques, byzantines (voir Porte d'Or,% Sa et suiv.). La décadence, à Florence engendrera un réalisme brutal, à Sienne, un idéalisme maladif.
(fc) Remarquez les détails d'exécution du tonneau : la manière dont il est calé sur son chantier et dont les cerceaux sont attachés. Comparez l'attitude de Noé à celle d'Adam dans (i) ; ici, la main gauche soutient la tête, renversée en arrière, et le vêtement déjeté du vigneron donne à cette ligure un caractère débraillé qui contraste avec la pure nudité de l'Ancêtre.
aoa LES MATINS A FLORENCE
le visage a de l'expression, mais il est à peine dégrossi ; les petites têtes, au-dessus, sont nécessairement un peu plus dégrossies, étant donné leurs faibles dimensions, mais elles n'en sont pas plus gracieuses pour cela. Les détails moins importants sont exécutés avec une grande précision mécanique, mais avec peu de sentiment; la tête de lion, avec des feuilles dans les oreilles, est tout à fait déplaisante {a). En comparant l'exécution du petit arc trilobé du bas avec celle des moulures de l'arc que Giotto place dans le cinquième bas-relief (Jubal), vous distinguerez pour toujours l'ouvrage vulgaire d'un maçon d'une belle oeuvre Gothique. Les signes du zodiaque sont d'un relief dur et vulgaire, mais d'une fantaisie assez agréable. On distingue le Capricorne, le Verseau et les Poissons, sur la large bande du ciel ; le Taureau renversé, les Gémeaux et le Cancer, sur le petit globe.
Je pense que l'œuvre entière est due à la restauration du panneau original ou bien au travail d'un ouvrier subalterne, reproduisant la conception de Giotto {b). C'est certainement le cas pour le bas-relief suivant.
(9) Construction.
Tout bien considéré, je suis enfin disposé à croire que la grande figure représente le pouvoir civil, comme dans
(a) Au centre du motif qui décore la table.
(b) En comparant ce bas-relief à l'Astronomie de la Chapelle Espagnole, nous serions amenés aux mômes conclusions que celles que nous fournit l'examen des deux Tubal-Caïn. C'est surtout l'artisan-astronome qu'il s'agit ici de montrer à l'œuvre, l'homme de science vivant dans le respect de Dieu ; tandis que, sur la fresque siennoise, le côté symbolique s'affirme par l'attitude du mage. La place occupée par l'Astronomie, parmi les métiers, et la précision exigée par la forme sculptée contribuent encore à accentuer ce contraste.
L'attitude et l'attribut — l'astrolabe — sont traditionnels (Cf. fontaine de Pérouse, chaires de Pise et de Sienne ; cathédrales françaises). Le globe se retrouve également à l'étage supérieur du Campanile.
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la fresque de Lorenzetti à Sienne. Le caractère peu poussé des petites figures est une garantie d'originalité. C'est le poli de la masse du bas-relief précédent (8«), allié à la dureté du travail, qui me fait soupçonner une restauration.
(lo) Poterie.
Très beau ; le sentiment du peintre et les belles moulures réapparaissent. Le toit de tuiles ressortant, dans l'ombre, au-dessus, protège la maison du premier Céramiste. Je crois que les femmes doivent porter des récipients d'osier ou de roseaux tressés [a] . L'apprenti du potier leur explique les grands avantages que présente la nouvelle invention. Je ne puis faire aucune conjecture au sujet de l'attribution de cette œuvre {b).
(il) Un homme à cheval.
C'est, il me semble de nouveau, de l'Andréa Pisano. Comparez la manière dont la draperie flotte derrière les épaules dans (i ) et (2) . La tête est très belle, elle a presque le profil athénien. La perte de la jambe antérieure du cheval m'empêche de bien comprendre l'action. C'est aux écuyers à se prononcer (c).
{a) Nous avons rencontré un récipient du même genre sur le mur d'entrée de la Chapelle Espagnole (voir note § 119).
(6) Le maître est-il bien un potier ? Alors que tous les autres artisans de ces bas-reliefs sont représentés en pleine activité, en vêtements de travail, assis sur des escabeaux ou sur des trépieds, entourés de tous leurs instruments, ce « potier », vêtu de la cape du bourgeois, est assis sur une estrade et contemple passivement l'un des vases de l'étalage — sa main gauche tient le gant qu'il a ôté pour le saisir, de la droite. Le tour n'est même pas visible; nous ne nous trouvons pas dans un atelier; la tenture, derrière le fauteuil, en masque-t-elle l'entrée ?
L'action de 1' « apprenti » m'inspire également certains doutes ; il montre du pouce — c'est le geste que l'on rencontre chez tous les artistes du XIV» siècle — les visiteuses. La première d'entre elles ressemble singulièrement à la femme assise au métier, dans (12) —ne serait-elle pas également d'A. Pisano ?
(c) Le cavalier galope « à poil », comme les Peaux-Rouges dont il a le maintien.
i35. — (12) Le Tissage.
Encore d'Andréa, et ravissant. Le visage de la femme, penché sur le métier, se rapproche davantage d'un dessin de Léonard que d'une sculpture. L'action de lancer la grande navette, la structure du métier et les fils qui s'y trouvent disposés sont d'un merveilleux rendu, les surfaces rugueuses se distinguant nettement des surfaces unies . La figure de droite montre l'usage gracieux que l'on peut faire d'une étoffe tissée — comme vêtement de dessous et de dessus. Le tissu qui couvre la poitrine est si fin qu'on ne peut voir, sur la chair du cou, la ligne où il s'arrête.
Si vous cachez, avec la main, la maçonnerie sculptée du bas, la composition se divise en deux parties, dont l'une affecte la forme désagréable d'un rectangle. La maçonnerie rectangulaire, encore plus sévère, fait ressortir, par contraste, tout ce qui est courbe et arrondi dans le métier et unifie toute la composition : tel est son rôle esthétique. Son rôle historique est de montrer que le tissage est un travail de reine et non de paysanne : c'est une architecture de palais.
(i3) Le Don de la Loi.
Plus strictement, du Livre de la Loi divine : le seul auquel on puisse, en dernier ressort, obéir (i).
L'attribution de cette œuvre m'embarrasse beaucoup.
(i) M. Caird m'a convaincu que c'était là la vraie signification de cette sculpture. J'avais cru y voir le don d'un livre, et je continuais comme suit :
Tous les livres, dignes de ce nom, sont des Livres de la Loi et toute Ecriture est une inspiration de Dieu. {Ce que nous appelons, la plupart du temps : livre, n'est que la publication sans cesse répétée l'écho répercuté d'un mensonge ; il ne nous est pas donné ; la boue volcanique le vomit, par l'inspiration du diable).
A la droite du Donateur du livre, des étudiants dans une cellule ; le geste de la main droite levée les retient :
LA TOUR DU BERGER aoS
Le visage de la figure centrale est très noble et la sculpture est belle, mais sans délicatesse. On dirait une œuvre originale du maître dont l'Astronomie pourrait être l'œuvre restaurée.
(i4) Dédale.
De nouveau d'Andréa Pisano. La tête est superbe, inspirée de certains modèles Grecs ; les plumes des ailes sont tracées avec un soin extrême, mais sans précision dans la disposition et dans le sentiment. Je ne puis dire dans quelle mesure sa gaucherie est voulue, mais remarquez l'heureux mécanisme de l'ensemble et le solide tréteau, sous ses pieds (a).
i36. — (i5) Navigation.
Cette œuvre, d'une exécution grossière (peut-être inachevée), est tout à fait embarrassante. Son auteur ne savait pas ramer, car les liens entourant les avirons et servant de toletières sont mal placés. Ils l'eussent été bien, si les rameurs avaient ramé à l'anglaise, mais le remous de l'eau, à la proue du bateau, révèle sa marche en avant, dans la direction vers laquelle regardent les rameurs. Je ne puis déterminer l'action de la figure, à l'arrière ; elle devrait diriger, à l'aide d'une rame.
L'eau ne semble qu'ébauchée. Elle doit représenter, je suppose, la mer en surface et en profil, avec des récifs
« silence, vous, — jusqu'à ce que vous sachiez » ; alors, peut-être, vous aussi.
A gauche, les hommes de es monde, à genoux, reçoivent le présent.
Devise à recommander à M. Mudie ! [v. note (a), p. i36].
M. Caird dit : « Le livre est la loi écrite ; elle est donnée par la Justice aux inférieurs, pour qu'ils connaissent les lois qui règlent leurs relations avec leurs supérieurs — qui sont aussi sous la puissance de la loi. Le vassal est protégé par l'accessibilité de la loi formulée. Le supérieur est retenu par la main droite du pouvoir. »
(a) Il s'est sans doute brisé, depuis, par suite d'une détérioration.
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boueux au fond; mais tout cela est sot et sans portée.
(i6) Hercule et Antée.
La puissance de la Terre, à demi-cachée sous le sol ; sa chevelure et ses mains devenant des racines, la force de sa vie passe, à travers la terre, dans le chêne. Avec Cercyon, mais nommé en premier lieu (Platon, Lois, livre VII, 796) (a), Antée est le maître des vaines disputes — 'jiXovsixLaç àypTioTou. C'est, d'une manière plus générale, la puissance de l'égoïsme qui s'enfle jusqu'à l'insolence ou qui s'avilit jusqu'à la lâcheté — le seul moyen pour lui de retrouver sa force étant de retomber sur sa Terre. En un mot, c'est le maître de tous ceux qui ont écrit récemment au sujet des a intérêts de l'Angleterre ». C'est pourquoi Dante l'invoque pour qu'il le transporte, avec Virgile, dans le cercle inférieur de l'Enfer : « Hercule jadis sentit — celte étreinte terrible, etc. ». La figure d'Antée est très imposante, mais l'attribution de ce basrelief m'embarrasse ; il en est de même pour le suivant, dû à la même main. Je crois que la composition de l'un et de l'autre est de Giotto.