OULAD NAGER
Population approximative : 12,000; — guerriers de toutes les fractions réunies : fantassins, 1,600 ; cavaliers^ 400.
Les Oulad Nacer sont en quelque sorte les frères des Trarza, des Oulad Abdallah, des Oulad M*Bark et des Oulad Yahia ben Othman de TAdrar.
Ils vivent sur de longs territoires de parcours, au nord des autres tribus, de Oualata jusqu'à l'Adrar.
Ce sont les plus sauvages, les plus voleurs et les plus batailleurs de tous les Maures, qui le sont cependant tous pas mal.
Les Oulad Nacer sont actuellement divisés par leurs dissensions politiques en trois groupes que Ton distingue sous le nom de leurs cbefs :
Les Oulad Nacer d'Amar Ould Labbib ;
Les Oulad Nacer d'Amada Ould Mohamed Boura ;
Les Oulad Nacer de Lamba Ould Seneyba.
Les Nacer d'Amar comprennent :
Les Oulad Soubeyssou, grande tribu qui se divise encore en plusieurs fractions : les El Aly Boussouna ; les El Amar Ould Soubeyssou; les El Cbaze; les Ebab El Beyra, baratines; les Khab El Kobeul, baratines ;
Les Oulad Sald ;
Les El Eénatéré.
Les Nacer d'Aimada se composent :
Des Oulad Ayematouk Arabi ; El Boubakar Arabi.
Les Nacer de Lamba, commandés par Fall, son fils, ne sont que la réunion de tous les El Abdoul Eérim Arabi.
Depuis cette année d'ailleurs, ces derniers, tout en conservant leur propre chef, Fall Ould Lamba, se sont rapprochés des Nacer d'Amar Ould Lahbid qu'ils ont reconnu comme chef général.
Toutes les tribus maraboutiques des Oulad Naoer ne suivent pas les fluctuations politiques qui divisent les guerriers. Elles restent pendant toute la saison sèclie sur nos tei'ritoires où elles acquittent régulièrement le droit de pacage et ne remontent un peu dans le Nord que pendant rhivemage.
Ces tribus de tolba sont :
Les El Zeidan ;
Les El Sidi Amar ;
Les El Abdoul Ouabad ;
Les Amar Beyou ;
Les El Mobamed Sira ;
Les El Abtir ;
Les El Amar Talib ;
Les Oulad Nacer seraient encore des descendants du célèbre Béni Hassan, Makb Far, qui fut le grand-père de Terrouze et de Barkani. Leur aïeul Naceri; serait fils ou petit-fils de ce dernier et conséquemment le frère de Keroum dont la soucbe fructueuse donna les cbe& de tous les Oulad Abdallab, Brackna, Nokbmakb, Oulad Ely.
Quoi qu'il en soit de cette descendance, s'ils ont gardé la sauvagerie, la nomadité et l'esprit de combativité des conquérants arabes qui les soumirent, il n'est point douteux que des croisements fréquents avec les noirs des pays où ils vinrent s'établir altérèrent sinon leurs mœurs du moins leur sang. Incontestablement encore, ils furent de ces princes El Arbia qui tinrent longtemps sous leur domination les tribus vaincues des zenaga et les asservirent dans un état voisin de la captivité. Les princes El Arbia qui tinrent en dépendance la masse de ces berbères écrasés que nous retrouvons les uns encore dominés cbez les Trarza, libres cbez les Dowicb et chez les Mecbdouf , ont laissé cbez les Oulad Nacer la trace encore vivace de leur race dans le nom de certaines tribus, les El Abdoul Eerim Arabi, les Oulad Ayematouk Arabi et les El Boubakar Arabi, par exemple.
Leur organisation politique, bien que modifiée par les événements nombreux qui les ont mis en contact avec des masses de tributaires révoltés, n'en a pas moins gardé son empreinte première et on retrouve cbez eux la même distinction de caste que cbez les Trarza.
n y a encore les tribus essentiellement guerrières, les tribus d'haratinesy comme les Khab El Beyra et les Ehab El Xobeul, les tribus maraboutiques et purement commerçantes, et les tributaires. Ces derniers leur ont en partie échappé; mais ils existent encore efiectivement chez les Mechdouf et les Hammounat où ils se sont réfugiés, dont ils font partie et d'où ils ne cessent pas cependant de payer à leurs anciens maîtres des redevances qu'ils se croient encore obligés de donner ou qu'ils ne se sentent pas encore en état de leur refuser.
L'histoire des Oulad Nacer est assez obscure pour le moment. Toutefois, des noms tenant lieu de généalogie nous apprennent que dans le xviii* siècle vivait un chef des Oulad Naceur qui aurait eu au milieu de son peuple de voleurs et de guerriers une grande réputation de justice*et de sainteté. Mais les Nacer, toujours connus par leurs brigandages, leurs rapines et leur mauvaise foi, doivent avoir des notions trèa vagues de sainteté et de justice.
Ce grand chef se nommait Mohamed l'Bakar, fils d'un certain Amar, fils lui-même de Moussa, lequel était le fils d'Ely dont le père Chàri descendait de Soubeyssou fils de Nacer ou Naceri qui a donné son nom à la tribu.
Tous ces gens-là ne semblent pas avoir accompli des faits très remarquables : ils se sont battus, ont pillé et sont morts.
Yers 1800 Mohamed l'Bakar laisse deux fils : Mohamed l'Boura qui prend le pouvoir et Lahbib, plus jeune mais très ambitieux qui ne s'incline point devant l'aîné de la famille et groupe autour de lui tous les mécontents de la tribu. Une scission violente se produit, les Oulad Nacer se trouvent bientôt partagés en deux campf ennemis.
Cette division, nous la retrouvons aujourd'hui.
Jusqu'en 1895, leur histoire est mal connue. A cette époque, à la suite de nombreuses attaques contre nos villages indigènes et contre des caravaniers tolba, une de leurs caravanes fut arrêtée à Médine, saisie et les chefs emprisonnés. C'était une troupe des Sidi Ahmet Lahbib. L'autre fraction des Oulad Nacer était alors commandée par Bakar Ould Ahmet. Les mesures prises contre eux à ce moment ne tardèrent pas à réduire à la dernière extrémité les chefs des Sidi Ahmet Lahbib, contre lesquels Bakar exerçait, de son côté, d'incessantes attaques et ils vinrent demander 1' t aman i en mai 1895. Un traité fut passé; on oublia les fautes ccmimises,
et la permission de venir commercer dans nos provinces fut accordée aux Sidi Ahmet Lahbib, à la condition qu'ils nous prêteraient leur aide contre l'autre groupe des Nacer. Ce fut promis. Promesse de Maures. — Bientôt une caravane de 1,000 chameaux venue pour vendre de la gomme et du sel^ enleva une énorme quantité de mil, et, peu de temps après, sous le prétexte de se battre aveo Bakar, Sidi Ahmet amena toutes ses tribus près du campement de son adversaire et commença à négocier sa trahison.
Les pourparlers étaient entamés ; Sidi Ahmet Lahbib était là avec les El Soubeyssou, les Oulad Abdoul Xerim, les El Boubaker et les Ayematouk quand brusquement le chef de cette dernière tribu mourut une nuit de la piqûre d'un serpent.
Les notables se réunirent pour élire un chef. Sidi Ahmet Lahbib présidait. Il se leva et, dit le rapport du capitaine de Lartigue, auquel j'emprunte ces détails, faisant ressortir que leur traité avec les Français allait les empêcher de piller, que Samba (chef des Oulad Abdoul Eerim) et Amada (chef des El Soubeyssou) avaient l'intention de s'y conformer, qu'ils n'allaient plus avoir les belles occ€ksion8 de faire fortune qui se présentaient jadis à eux, le meilleur pour eux était de passer chez Bakar qui, lui, ne ferait jamais aucune tentative de rapprochement avec des Français.
Les Ayematouk, persuadés, lèvent le camp et se rendent chez Bakar qui, sans perdre de temps, heureux de cette recrue inespérée, attaque les chefs restés fidèles à notre traité^ les bat et les oblige à la fuite. Samba et Amada se réfugièrent chez les Oulad M'Bark.
Cette trahison n'eut pas tout le succès qu'en attendaient ses auteurs. Au bout de peu de temps, Sidi Ahmet Lahbib ne recevant Vien de ce que lui avait promis son neveu Bakar, s'échappait et allait rejoindre Samba et Amada chez les Oulad M'Bark oiL vinrent bientôt les retrouver les Ayematouk mécontents et désabusés.
C'est à ce moment qu'accompagnés du chef des Oulad M'Bark, Ely Ould Mokhtar, ces trois chefs vinrent à Nioro demander notre appui. Cent cinquante Sarrakolés furent placés sous le commandement d'Ely Mokhtar ; Samba et Amada réunirent des cavaliers et il fut décidé d'attendre une occ€ksion et de surprendre Bakar la nuit dans son campement. Mais cette occasion se présenta bientôt si belle que le commandant du cercle de Nioro lança brusquement sur le chef des Oulad Nacer un peloton de spahis qui, en quarantehuit heures, et après une marche de nuit à travers le défilé rocheux
de Téranné; tomba à TimproTiste but le camp de Bakar. Celui-ci prit la fuite sans combattre, abandonnant ses gens qui ne tardèrent pas à suivre son exemple, laissant entre nos mains 10,000 moutons, 1,000 chameaux, 600 Anes, 300 bœufs et de nombreux captifs.
Peu de temps après il faisait demander la paix qui lui était accordée en février 1896. Bakar mourut en 1S97 et fut remplacé par son frère Amar Ould Labbib qui a donné son nom à la fraction importante des Oulad Naceur qu'il commande.
Depuis cette époque, les Oulad Naceur d'Amar font peu parler d'eux. Leur chef intrigue encore pour se créer des alliances. Ennemi des Mechdouf, qui ont donné l'hospitalité aux tribus d'Amada, il essaie de leur créer des embarras en soutenant les Eammounat dissidents ; d'autre part, il prête son concours à Sidi Mohamed qui, avec les Souaker, cherche à renverser son frère, Sidi El Mokhtar, chef des El Sidi Mahmoud. Entre temps il s'occupe de consolider son alliance avec les Xounta pour résister aux Dowich qui l'ont vu avec déplaisir transporter ses campements vers le Tagant. Mais toutes ces intrigues n'aboutissent à rien de sérieux. Amar n'en continue pas moins ses pillages et ses vols sur les caravanes de passage.
Pour le moment, les Oulad Nacer d'Amar nomadisent très au nord des Mechdouf, des El Sidi Mahmoud, avec les Kounta vers le Tagant et le M'Baten. Ils tendent à se rapprocher de leurs anciens campements vers la forêt de gommiers de Djemnek.
Ils sont réconciliés avec les Oulad Nacer Samba, commandés maintenant par Fall Ould Samb. Ces derniers ne comptent d'ailleurs qu'une vingtaine de tentes.
Les Nacer d'Amada vivent au milieu des Mechdouf ; ils ne paient aucune contribution aux chefs de ces derniers ; Amada, prince des El Arbia, ne pouvant consentir à donner une redevance quelconque à Mohamdoul Mokhtar, un c lahma i, un zenaga, un tributaire 1
L'ensemble de la population des Oulad Nacer peut être évalué à 12,000 personnes, 5,000 avec Amar, 7,000 avec Amada. Bréunis, les Oulad Nacer pourraient à peu près mettre en ligne 400 cavaliers et 1,500 fantassins.
Les Oulad Nacer perçoivent des redevances chez les Macina et les Oulad Billo qui habitent l'oasis de Tichitt.
KOUNTA
Population approximative^ 6;000 ; — guerriers : fantassiiiB, 800; cavaliers^ 100.
Chef des Kounta du Sahel : Mohamed El Mokhtar Ould Eamid.
Les Kounta ont été longtemps 'une des tribus les plus importantes et les plus belliqueuses. Leur origine remonterait au xy* siècle où Tancêtre Sidi Mohamed El Kounti, originaire de la tribu de Toraîch^ aurait groupé sous ses ordres les tribus batailleuses du nord du désert.
Son fils^ Sidi Ahmed El Bakkay^ maintint dans l'obéissance les sujets de son père; mais à sa mort les Kounta se divisèrent. Une partie alla s'établir à Oualata et plus tard à Tombouctou. L'autre se fixa dans le Tagant. Ils auraient primivement habité le Touat.
A l'heure actuelle nous les retrouvons en trois groupes principaux, répartis dans le désert.
V* A TEst dans la région de Tombouctou :
Les El Sidi El Mokhtar Kounti, tribu de marabouts très estimés et très influents, ce qui toutefois ne les empêche pas d'être aussi guerriers que leurs voisins ;
2^ Dans le sud do TAdrar :
Les Kounta Sidi M*Ahmet, assez nombreux et asses puissants;
Les Kounta Moutarambrine^ dont une fraction de peu d'importance d'ailleurs est venue se fixer sur les bords du Sénégal en &ce du Lao et des Irlabés.
3® Les Kounta de l'Ouest qui nous occupent plus particulièrement et qui habitent le Tagant et le Djemra (dans le Hodh) comprenant trois grands groupes :
Les Oulad Sidi Boubakar ;
Les Oulad Bausseïf ;
Le» Oulad Sidi El Hayballah, tous les trois commandés actuellement par Mohamed El Mokhtar Ould Hamid, vieillard d'environ 60 ans, qui, bien que jouissant près des Maures d'une grande réputation de guerrier, ne se met plus guère en avant. Son frère, Ahmet Ould Ahmet, âgé de 50 ans à peu près, le supplée dans ses campagnes. C'est ce dernier qui, en cas de décès du chef actuel, prendrait très probablement le commandement des Kounta. Ahmet Ould Abmet serait un pillard assez pacifique, si ces mots peuvent être assemblés.
Chacun des trois groupes en question se subdivise encore :
a) Les Oulad Sidi Boubaker, en deux fractions.
Les Oulad Sidi El Ouassy, appelés Oulad Sidi Boubakar £hadarah (baratines);
Les Oulad Sidi Boubakar El Eamouk (rouges).
Le chef général des Kounta de l'Ouest, Mohamed El Mokhtar Ould Hamid, descend des Oulad Sidi El Ouassy, c'est-à-dire qu'il porte dans ses veines une quantité appréciable de sang noir.
Tous les Kounta, d'ailleurs, sont beaucoup plus foncés que les autres Maures.
Ces tribus, après une longue guerre avec les Dowich, se sont retirées dans le Hodh. Elles vivent en ce moment avec les Oulad Nacer afin de pouvoir résister aux El Sidi Mahmoud^ leurs éternels ennemis qui les jetteraient, s'ils étaient seuls, hors du Djemra.
h) Les Oulad Bousseïf sont également partagés en deux fractions :
Les Oulad Bousseïf Koheul (noirs) ;
Les Oulad Bousseïf Bouid (blancs).
La première fraction, qui est en paix avec les Dowich, vit avec eux dans le Tagant. Elle a pour chef Sidi Ould Ahmed Abd.
La seconde, commandée par Sidi Mohamed El Kounti, se trouve avec Ould Hamid dans le Djemra.
c) Le troisième grand groupe des Kounta de l'Ouest, qui est certainement le plus important, se subdivise en quatre fractions :
Les El Likessar, famille du chef des Oulad Sidi El Eayballah : Sidi Imhamed Ould Ahmed ;
Les Oulad El Bakh, chef : Ould Sidi Mohamed ;
Les Oulad Tankia, chef : Imhamed Oùld Sidi Aly ;
Les Arkabat, chef : Ould Kayaroum.
Toutes ces fractions habitent le Tagant, sauf les Oulad El Bakh qui se sont réfugiés dans le Hodh auprès de Ould Mokhtar Ould Hamid.
Ces groupes de marabouts guerriers ont des tributaires répartis entre eux, mais qui appartiennent individuellement aux tribus zénaga suivantes :
Les Izklialmat ; Les Istaïlat ; Les Libraikat; Les Zakhoura.
Ces tributaires, qui combattent en temps de guerre avec leurs propriétaires, ne paient pas de redevances régulières. Ils ne sont I>as pour cela à Tabri des contributions que leurs maîtres leur demandent assez fréquemment sous le nom euphémique de cadeaux.
La plus grande partie de ces zenaga se trouve avec les Oulad BouBseïf Bouid, dans le Hodh.
La plupart des Eounta exploitent la grande Sebkha d'Ijil, à l'ouest de l'Adrar, et les salines des environs de Tichitt où ils recueillent le sel en vrac. Us font aussi le commerce de la gomme et des troupeaux. Ils écoulent leurs produits principalement dans le cercle de Nioro (Soudan).
On estime à environ 6,000 le nombre des individus des trois grandes fractions des £ounta de Touest» en comptant qu'ils ne peuvent guère mettre en ligne plus de 200 cavaliers et 800 fantassins.
Les Kounta du Sahel occupent la partie ouest du Hodh, entre Oualata et le Tagant» et remontent dans le Nord jusqu'au delà de Tichitt dont les habitants sont en partie leurs tributaires.
Les Eounta sont rarement en rapport avec nous. Alliés avec les Oulad Nacer, ce sont ces derniers qui leur servent d'intermédiaires.
Leur histoire est encore peu connue. Nous les retrouvons de temps à autre prêtant leur appui à quelque tribu du désert, puis rompant leur alliance brusquement pour prendre les armes contre leurs amis de la veille.
Les seuls ennemis vis-à-vis desquels ils n'ont jamais désarmé sont les El Sidi Mahmoud. Ces derniers, qui étaient autrefois leurs tributaires, les ont considérablement affaiblis en s*affranchissant. Depuis cette époque les luttes se sont renouvelées, espacées, mais