‹ Les Maures de l'Afrique occidentale françaiseChapitre 11 sur 20 · HO · texte numérisé non relu

HO

n'ont jamais cessé réellement. Ce sont des ennemis héréditaires irréconciliables.

En 1880, lorsque les Dowich, Abakak et Chrattit» réunis pour la première fois contre leurs anciens tributaires, les El Sidi Mahmoud et les Mechdouf, sentent qu'ils vont être écrasés, ils font appel aux Kounta qui leur apportent leur appui et leur permettent la résistance. Mais depuis, les relations se sont rompues. Les Abakak ont eu de nombreuses rencontres avec les £ounta qu'ils avaient en partie chassés du Tagant. C'est ce qui explique la présence de ces derniers dans le Djemra. Cependant ils nomadisent encore au milieu des campements des Dowich.

Ils ont de tout temps été alliés aux Oulad Nacer. A la suite de razzias commises par eux sur nos frontières avec quelques tribus de ces célèbres pillards, l'entrée de nos cercles du Sahel leur avait été interdite. Lorsque Bakar Ould Ahmet Lahbib, chef des Nacer, vint faire sa soumission et qu'il eut obtenu l'aman à la condition de reconnaître notre autorité, les £ounta suivirent de près son exemple.

Ils n'ont pas pour cela renoncé à leurs pillages régxiliers. Les habitants de l'oasis de Tichitt sont les premiers à en soufirir. Non seulement ils leurs paient une redevance, ainsi d'ailleurs qu'aux Oulad Nacer, mais ce tribut non volontaire qu'ils donnent au chef des £ounta ne met pas leurs caravanes à l'abri des attaques de ses guerriers.

Tichitt est une ville située à environ 160 kilomètres au N.-E. de Tijikjé. Elle est placée au milieu d'une oasis de dattiers. Les maisons en pierre y ont toutes des terrasses. Les habitants y sont à peu près au nombre de 4,000 (P) occupant deux quartiers distincts. L'un de ces quartiers est peuplé par les Oulad Bilho, l'autre par les Macina. Les premiers paraissent venir des anciens habitants de l'Adrar, les autres du croisement de quelques Maures avec les indigènes du Macina dont ils ont conservé le nom. Le chef des Macina est Mohamed Ould Hamerick ; celui des Oulad Bilho, Theya Ould Ely. Les uns et les autres sont des tolba qui ne s'occupent que de culture, d'élevage et de commerce. Ils ont de fréquentes relations avec le Maroc dont ils apportent les étoffes, les soies et les tapis aux tribus du désert

Aussi les habitants de Tichitt, pressurés^ écrasés de charges, de demandes auxquelles ils ne peuvent se soustraire, traqués encore

dans leurs déplacements, attaqués dans leurs caravanes, exploités dans leurs transactions, demandent-ils à grands cris notre installation chez eux. Les habitants de Tichitt, pour éviter des contributions incessantes sont obligés de modifier constamment les itinéraires de leurs caravanes. Us prétendent qu'un poste de 25 hommes de nos troupes régulières suffirait à les protéger. Ce chiffre est évidemment trop minime ; mais cette demande est, du moins, une indication qu'on doit retenir.

Les Kounta Moutarambrine, qui habitent sur la rive droite du Sénégal, en face du Lao, descendent eux aussi de Sidi Mohamed El Eounti.

Ils ont pour chef Mohamed Lamine Ould Begak. Ce chef a avec lui 11 tentes de princes et une centaine d'haratines. Il perçoit r c assaka i chez tous les Touabir (Oulad Abdallah) à raison de 1 0/0 sur les moutons et les chèvres.

Cette petite tribu, jalouse sans doute des luttes de ses voisins, eut aussi quelques démêlés avec les El Sidi Mahmoud. La première fois en 1859, à Dagaly, sur la rive droite en face d'Oulaldé et de Cascas, la seconde fois en 1867, à Sino Gaby, en face de Souraye (Lao).

A chacune de ces batailles les Moutarambrine furent battus. Cela les inclina au calme et à la tranquillité.

En 1898, Mohamadou Kariri, frère d'Ahmedou, roi des Brackna, étant venu piller chez les Moutarambrine et leur ayant tué deux hommes, leur chef Mohamed Lamine Ould Begak, alla demander justice au chef des Brackna. Celui-ci lui répondit qu'il allait faire une enquête et se contenta, peu de temps après, d'enlever les troupeaux des plaignants.

Lamine alla chercher du secours chez ses frères du Tagant qui l'aidèrent à attaquer les Oulad Seîd. Des pourparlers furent alors engagés qui n'aboutirent point.

Depuis cette époque les Kounta Moutarambrine sont alliés aux Nokhmakh et aux Oulad Ahmet.

MECHDOUF

Population approximative, 50,000 ; — guerriers : fantassins, 4,000 ; cavaliers, 1,000.

Chef : Mohamdoul Mokhtar.

Hammounat.

Population approximative, 15,000 ; — guerriers : fantassins, 1,200 ; cavaliers, 400.

Chef en temps de paix : Ould Brahim ; — chef en temps de guerre : Hammouni Ould Sidi Brahim.

Talib Mohhtar.

Population approximative, 1,500.

Ch>ef : Tarouad Ould Cheikh Ould Addarami.

MECHDOUF

Les Mechdouf forment aujourd'hui la tribu la plus nombreuse du désert. Ils étaient autrefois tributaires des Dowich et sous l'impulsion vigoureuse d'un de leurs chefs^ Abmet Mahmoud Ould Mohamet» ils secouèrent le joug des Chrattit et vinrent se fixer dans le Sahel. Leurs territoires de parcours s'étendent au nord des cercles de Sokolo, de Goumbou et de ^ioro, ce qui ne les empêche pas de pousser des pointes jusqu'à Tichitt dans le Baten et même jusqu'aux frontières de l'Adrar.

Divisés autrefois en deux i>artis, ils se sont réunis depuis plus de six ans sous l'autorité d'un chef unique : Mohamdoul Mokhtar des Oulad Maham.

Chez les Mechdouf il n'existe point de distinction de classe parmi les tribus, leur origine étant à peu près commune. Tous sont d'anciens tributaires qui, soit en bloc, soit individuellement, ont brisé les liens qui les retenaient en dépendance. La grande majorité vient, comme il est dit plus haut, des Dowich.

Les principales tribus sont :

V Les Oulad Maham, chef : Mohamdotd Mokhtar, chef de toutes les tribus ;

2^ Les El Beytat, chef : Mokhtar Ould Dzéhebi ;

3^ Les Zoumarik, chef : Nakhari Ould Dzéhebi ;

4'' Les Oulad Salah, chef : Ahmet Saloum Ould Eini ;

5r Les Ouleydat^ chef : Ely Ould Ely Gheïda ;

e^" Les Ouley dat Zenabza, chef : Sidi Aly Ould Eahbi ;

r^' Les Oulad Mellouk ;

8^ Les Oulydat Tizar ;

9" Les Ouleydat Deïat^ chef : Cheikh Mokhtar Ould Kini ;

10^ Les Ataris ;

LSS ICAURBS 8

IV Les Oulad Ehaira, chef : Sidi Ould Boubak ;

12^ Les Mzazka, dont la plus grande partie est passée chez les Oulad M'Bark

Il n'existe chez les Mechdouf qu'une seule tribu maraboutique, les Talib Mokhtar.

La population des Mechdouf est évaluée à environ ÔO^OOO âmes. On estime qu'ils peuvent mettre en ligne 1,000 cavaliers et 4,000 fantassins.

C'est vers 1850 que les Mechdouf se soulevèrent et échappèrent aux Dowich. Ils furent» peu de temps après, les seuls Maures qui prêtèrent leurs concours à £1 Hadj Omar.

Les Mechdouf, qui avaient donné l'exemple de l'émancipation en grand nombre, ne tardèrent pas à voir augmenter leurs forces de toutes les fuites des tributaires oppressés qui étaient assurés de trouver auprès d'eux une protection efficace.

Fendant plusieurs années ils eurent à subir de rudes attaques. Les guerres succédèrent aux guerres ; il leur fallut gagner leurs territoires de parcours au milieu des tribus les plus pillardes et les plus batailleuses.

C'est ainsi qu'ils eurent à lutter contre les El Sidi Mahmoud, contre les Oulad Nacer, contre les Oulad Mahmoud et contre les Oulad M'Bark qui étaient extrên^ement nombreux et qu'ils ont réduits à n'être plus qu'une tribu de peu d'importance.

En 1890, pour ne pas nous attarder loin dans les événements du passé, les Mechdouf étaient commandés i>ar Mohamed Mahmoud Ould Ahmet Mahmoud. Une grande fraction de leur groupement» les Hammounat» fort turbulente et peu maniable, avait alors à sa tête un homme d'une violence extrême. A la suite d'une grande discussion, les deux chefs réunirent leurs forces respectives et les hostilités divisèrent en deux camps rivaux et jaloux les Mechdouf autrefois unis. Cette rivalité dura plusieurs années. Le successeur de Mohamed Mahmoud, Ely Ould Ely Mahmoud, ne put pas mieux que lui faire rentrer dans l'obéissance les Hammounat révoltés. Mais dans l'entourage du chef vivaient deux hommes qui ne voyaient point avec plaisir Ely commander aux Mechdouf. C'étaient son propre frère Mokhtar Cheikh et le neveu de ce dernier Mohamdoul Mokhtar, âgé seulement de 26 ans. Mokhtar Cheikh envieux du pouvoir ne cachait pas assez ses opinions pour n'être pas très surveillé. Bientôt les Mechdouf se divisèrent encore en deux partis :

celui d'Ely et celui de Mokhtar Cheikh. Cela ne suffit point à ce dernier ; il commit alors son neveu, Mohamdoul Mokhtar, homme énergique et de décision, à l'exécution de ses projets. De cette entente résulta l'assassinat d'Ely Ould Ely Mahmoud, assassinat qui porta Mokht€ir Cheikh à la cheSerie générale des Mechdouf.

Cet événement ne changea guère la situation. Les Hammounat refusaient toujours de reprendre leur position ancienne. Alliés aux Oulad Nacer, ils tenaient hardiment tête aux Mechdouf et de concert avec leurs amis, pillaient avec une égale indifiérenoe les caravanes, les tribus des Mechdouf et les villages de nos cercles de Nioro et dé Goumbou. Mokhtar Cheikh profita adroitement de cette circonstance pour se rapprocher de nous et réclamer notre appui. Le colonel Archinard, se trouvant à Goumbou, le reçut le 28 février 1892. A la suite de cette entrevue, le colonel interdit aux Hammounat et aux Oulad Naceur l'entrée de notre territoire et Mokhtar Cheikh retourna chez ses gens avec un nouveau prestige.

Cependant Mohamdoul Mokhtar, neveu du chef des Mechdouf, qui avait supprimé d'un coup de fusil son oncle Ely pour permettre à son autre oncle Mokhtar Cheikh d'arriver au pouvoir, n'avait point perdu le souvenir de la facilité avec laquelle les chefs se succèdent ou se remplacent chez les Maures. Tous les mécontents se tournaient vers lui et son entourage, composé de ses sept frères d'abord qui lui constituaient une fidèle garde du corps, le poussait à s'emparer du commandement à son tour

Mokhtar Cheikh sentait de jour en jour diminuer son autorité d'autant qu'il voyait croître près de lui celle de son neveu, s'affirmant de plus en plus son rival. La lutte devenait difficile. Mohamdoul Mokhtar avait épousé une fille de Mokhtar Cheikh et, par sa femme, le compétiteur du chef des Mechdouf se tenait au courant de ce que préparait son oncle. Les deux joueurs savaient à quoi s'en tenir sur le compte de chacun d'eux. Mohamdoul Mokhtar était gardé par ses frères, nombreux et décidés à le faire réussir, et le jour vint où Mokhtar Cheikh, préférant la sécurité à la puissance, sentit qu'il n'avait plus de salut que dans la fuite. Il partit laissant la place à son neveu et se réfugia chez les Hammounat.

Au commencement de 1896, Mohamdoul Mokhtar se trouve donc chef des Mechdouf. Il compte avec lui quelques Hammounat qu'il croit fidèles et une fraction des Oulad Nacer du parti d'Amada

qmi à^k, depuis quelque temps, ont abandonné leurs frères de tentes. Mais il a devant lui Amar et tous les Oulad Nacer et les Ham- Mouiati toujours hostiles aux Mechdouf.

Cet état de choses qid tient constamment en armes les Maures les uns contre les autres, n'empêche nullement les vols de cara- Tanes, les déprédations et les violences même sur notre territoire. En juillet de cette même année 1898, nous sommes contraints de lancer une colonne volante qui pousse une pointe de 150 kilomètres jusqu'à Néma dans le Sahel, au nord de Oualata, pour châtier les Mechdouf. Le résultat de ce raid dans le désert ne se fait pas attendre. Outre les prises de bétail, dès que nous faisons annoncer que la guerre étant déclarée, les Mechdouf n'ont plus le droit de pénétrer sur notre territoire, nous voyons le vide se faire autour de nos adversaires. Les Oulad Naoer et les Hammounat, qui étaient prêts à traiter avec Mohamdoul Mokhtar, coupent les pourparlers, les Oulad Mahmoud proposent de marcher avec nous et cette situation, dont le chef des Mechdouf se rend vite compte, le décide bientôt à traiter.

Il vient lui-même faire sa soumission, accepte nos conditions : restitution des gens et des biens pris en 1897, restitution des biens enlevés lors des derniers pillages, paiement d'indemnités à tous les villages lésés, paiement d'une indemnité de guerre.

Certes l'exécution de ces conventions ne va pas sans quelques difficultés ; mais il s'exécute et quand, en 1899, l'aman est accordé à tous les Maures du désert, Mohamdoul Mokhtar se trouve en présence d'une mesure de grâce dont il n'a plus besoin de profiter.

Depuis cette époque, le calme se maintient à peu près complet. Les Hammounat semblent tolérer Mohamdoul Mokhtar comme chef général des Mechdouf dont ils reconnaissent apparemment l'autorité ; mais l'esprit d'insoumission ne cesse point de fermenter en eux, bien qu'ils lui paient, mais très irrégulièrement, des redevances d'ailleurs légères.

En résumé, les Mechdouf forment aujourd'hui la tribu avec laquelle nous sommes en meilleurs termes. Leur chef, intelligent, adroit et relativement correct dans ses rapports avec nous, est un allié qui pourra nous être utile. Sidi El Kheir, chef religieux des Talib Mokhtar, très influent dans la région, a sur lui une grande autorité.

— in —

Hammotinat.

Les Hammounat^ comme il a été expliqué en parlant des Mechdouf, forment une des grandes fractions de cette tribu de zenaga émancipés. Ils sont remarquablement guerriers et pillards.

Toutefois^ aujourd'hui, après s'être pendant plusieurs années séparés violemment des Mechdouf, ils sont en voie d'apaisement et vivent sous l'autorité au moins nominale de Mohamdoul Mokhtar.

Ils se subdivisent en plusieurs familles :

Les Lekhlal ;

Les Delakene ;

Les Oulad Zenafi ;

Les Oulad Douamiss ;

Les El Oayerid ;

Les Barbattid ;

Les Moukaitiz ;

Les El Abdallah ;

Les El Seif .

On estime l'ensemble de leur population à 15,000 individus et on pense qu'ils ne peuvent guère réunir plus de 1,200 âuitassins et de 400 cavaliers.

Les Hammounat ont toujours deux chefs, un qui les dirige pendant la paix, un autre qui les conduit pendant la guerre. Ces chefs sont toujours choisis dans la tribu des Lekhlal.

Ce sont aujourd'hui, pour la paix Ould Brahim et pour la guerre Hammouni Ould Sidi Brahim.

Talib Mokhtar.

Parmi les Mechdouf vit une tribu de marabouts, les Talib Mokhtar qui jouit dans tout le Sahel d'un très grand respect.

Ils ont actuellement pour chef Taourad Ould Addarami.

Taourad Ould Addarami est le petit-fils d'un cheikh resté l'objet d*une profonde vénération, Sidi Mohammed Fadel, dont le tom-

— il8 —

beau religieusement entretenu à Mamouddi, à 130 ou 140 kilomètres au nord de Goumbou, près du puits de Diaddé, est l'objet de fréquents pèlerinages. A côté de ce tombeau les Talib Mokhtar ont élevé une mosquée qu'ils appellent Dar-es-Salam (maison de la prière).

Ce Mohammed Fadel eut de nombreux enfants. Plusieurs de ses fils occupent dans le monde religieux du désert des situations d'une grande influence, entre autres Cheikh Ma El Aynine qui vit dans le Saguiet El Hamra où on le dit Caïd du stdtan du Maroc et Cheikh Saad Bou chez les Trarza près de l'Adrar.

Les Talib Mokhtar comptent une dizaine de fractions ou pour mieux dire de familles :

Les El Mohamed Fadel, chef : Taourad Ould Cheikh Ould Addarami ;

Les El Hadj Nioukaye ;

Les El Ouadat ;

Les El Haïssoud Ahmed ;

Les El Cheïkh Talmout ;

Les El Nouiguen ;

Les El Abakken ;

Les El Cheïkh Sidi Eheir Ould Mohamed Fadel ;

Les El Cheïkh Ealja ;

Les El Heyba ;

Les El Dié.

Les Talib Mokhtar ne comptent pas plus de 1,600 personnes tout compris, hommes libres, femmes, enfants et captifs. Us vivent avec les Mechdouf depuis bientôt trente-cinq ans. Ils ne s'occupent que de commerce et d'instruction et sont presque tous lettrés. Leurs chefs principaux sont Taourad Ould Addarami, son frère Abbas Ouia Addarami et leur oncle Cheikh Sidi El Kheîr.

Sidi El Eheir a une très grande influence et une haute autorité morale dans toute la région. Il nous sert, ainsi que ses neveux, d'intermédiaire auprès des chefs maures du Sahel depuis plusieurs années avec droiture et fidélité.

Pour faciliter son voyage à Tombouctou et à Araouan, M. Coppolani avait eu recours à Sidi El Kheir et, en récompense, lui avait fait accorder l'exemption du droit de pacage pour ses troupeaux. Cette faveur avait un peu rendu jaloux son neveu Tarouad, le chef général de la tribu ; mais ce bénéfice lui fut ausai accordé lorsque.

quelque mois plus tard, raman général ayant été accordé à toutes les tribus maures, Tarouad fut chargé, avec Sidi El Kheir, d'aller annoncer cette nouvelle aux chefs qui nous avaient pillés.

Ces chefs religieux sont surtout en rapport avec les Mechdouf. Leur influence peut nous être très utile, d'autant plus qu'ils se déplacent facilement, viennent fréquemment à Goumbou et même à Nioro. Il suffit seulement de vérifier leurs renseignements, en n'oubliant pas qu'ils ont trop d'avantages dans leur rôle pour ne pas faire un peu de zàle. Ils voient d'abord grandir leur influence puisque leurs services paraissent indispensables aux Français ; ils reçoivent des cadeaux de la part des chefs maures près desquels nous les envoyons et ils en reçoivent enfin de notre côté, en récompense de leur entremise ou de leurs renseignements.

Les Talib Mokhtar habitent le Hodh, autour de Dar-es-Salam. Ils viennent faire pâturer leurs troupeaux dans le Ouagadou, auprès de Goumbou.

Deux centres principaux appellent l'attention dans l'immense territoire où évolue et nomadise la masse turbulente des Mechdouf. Le premier de ces centres, Oualata, à environ 35Q kilomètres au nord de Sokolo, est une des plus grandes villes du désert. Les Maures la disent plus étendue que Tombouctou et estiment à près de 8,000 le nombre de ses habitants. Construite au fond d'un cirque à pentes rocheuses et à pic au milieu des grandes plaines sablonneuses, elle a des rues étroites où quatre chevaux au plus peuvent passer de front. Toutes les maisons sont construites en pierre et ont un premier étage.

Deux constructions particulières attirent par leurs dimensions au moins les regards des voyageurs ; la mosquée et la forteresse. La mosquée est immense et peut contenir toute la population mâle de la ville. De sa terrasse on domine tous les environs. Il en est de même de la forteresse, grand bâtiment percé de créneaux et commandant toute la ville.

La grande mosquée est réservée aux Ghorfa. Les autres marabouts, El Barten Mehageb, Lakhlal et Deylifa, possèdent deux autres petites mosquées qu'ils fréquentent seuls.

Les écoles sont assez importantes et reçoivent beaucoup d'élèves.

La population, de mœurs pacifiques, se compose en majeure

Page 1