‹ Les Maures de l'Afrique occidentale françaiseChapitre 12 sur 20 · partie de marabouts et de commerçants. Il n'existe toutefois pas · texte numérisé non relu

partie de marabouts et de commerçants. Il n'existe toutefois pas

de marché en plein air par crainte des voleurs qui ne manqueraient

— lîO —

pas de piller les étalages et^ comme dans toutes les villes du désert, les transactions commerciales se font dans l'intérieur des maisons.

Cinq grandes familles se partagent la ville :

V Les Cliorfa, marabouts originaires du Touat, les plus nombreux mais aussi les plus tranquilles. Ils ont pour chef Sidi Ould Belli, qui nous verrait sans peine nous installer parmi eux ;

2^ Les Mechdouf, moins nombreux, mais plus courageux et plus riches. Ils forment le parti influent et ont pour chef local Talib Boubakar. Ce n'est qu'un chef de fraction et non le chef de Oualata ;

Le vrai chef est Mohamdoul Mokhtar qui commande aussi bien les nomades que les sédentaires ;

S"" Les £1 Barten ;

4® Les Mehajib qui sont alliés avec les Chorfa ;

5® Les Deyli& et les Lakhlal qui forment un clan à part.

C'est parmi ces derniers qu'habite un nommé Mohamed Yayé, marabout fameux par ses nombreux voyages à la Mecque, fanatique ardent et un des adversaires les plus acharnés de la pénétration française. Mohamed Yayé est un esprit intrigant.. Il vit en mauvaise intelligence avec le chef des Mechdouf et a déjà essayé, mais sans succès, de le brouiller avec 8on premier lieutenant Talib Boubakar.

Mohamdoul Mokhtar tient la ville en son pouvoir grâce à la forteresse dont il a été parlé plus haut et qui est constamment occupée par ses gens. Les Maures la désignent sous le nom de Dar Sba (maison du lion). Elle a été construite par les habitants de Oualata et appartenait autrefois à Mouley Sola, chef des Chorfa, qui alla plus tard s'établir à Néma.

Elle a été cédée à Ahmed Mahmoud, ancien chef des Mechdouf, par le neveu de Mouley Sola.

Le chef des Mechdouf prélève une dîme sur toutes les marchandises venant du Soudan. En dehors de cet impôt qu'il perçoit régulièiement les habitants de Oualata ont encore à subir ks pillages des Mechdouf et des Oulad Nacer, qui commettent toutes sortes d'exactions jusqu'au milieu de la ville. Les environs en sont extrêmement dangereux ; il est imprudent de s'y aventurer sans escorte ; ce serait courir le risque d'être tué ou enlevé.

Une tribu très spéciale, les Nimady, est particulièrement redoutée.

Les Nimady forment, au milieu des Maures, une caste à part On en rencontre quelques groupes aussi sur les bords du Sénégal en face du Lao et des Irlabés. Ils vivent en sauvages, vêtus assez fréquemment de peaux de bêtes, se nourrissant exclusivement des produits de leurs chasses. Lorsqu'ils s'arrêtent, ils campent généralement sous les arbres où ils construisent rapidement un abri grossier en branches et en paille. Us marchent toujours suivis d'une meute de chiens laobés qui chassent avec eux. Un seul homme de cette tribu a rarement moins de 20 à 30 chiens. Us choisissent leurs femmes dans leurs camps. Us ne participent pas aux guerres, ne semblent pas musulmans très pratiquants et ne paient à personne aucune redevance.

On prétend qu'ils descendent des Oulad Abdallah et que le vieux Bakar Ould Soueïdi Ahmet, roi des Dowich, a pris chez eux sa femme Khadeija Minte Toueileb qui lui donna un fils, Mokhtar Hadj, lequel a déjà fait le i)èlerinage de la Mecque.

Les habitants de Oualata nous verraient, paraît-il, avec plaisir nous installer chez eux s'ils ne craignaient que nous ne libérions leurs captifs et que nous n'accaparions à notre profit la vente du sel, qui est dans la région la partie la plus importante de leur commerce.

D'autre part, ils ne veulent point nous faire des avances qui pourraient être connues de leurs ennemis, lesquels ne manqueraient pas, si nous ne répondions pas immédiatement k leur désir, de les rançonner pour les punir d'avoir voulu livrer la ville aux Français.

La seconde ville de cette région, Néma, beaucoup moins importante, est située à 90 kilomètres environ au S.-O. de Oualata. Elle est adossée à une petite montagne entourée au S. par des terrains de culture et à l'O. par une immense plaine sablonneuse. Les puits y sont au nombre de cent (?) et l'eau s'y trouve en abondance pendant toute l'année. Les palmiers y sont nombreux et fort beaux.

La ville compte à -peu près 600 habitants, tous marabouts et commerçants de la tribu chorfa. La population est divisée en deux partis : les El Ârbi, qui ont pour chef Mohamdoul Sadock, ami du chef des Mechdouf , et les Mouley dont le chef : Cheikh Lafia nous

est attaché, mais vit en mauvaise intelligence avec Mohamdonl Mokhtar.

Mohamdoul Mokhtar n'entre jamais directement à Nema. Il s'arrête devant la ville et attend toujours l'invitation des habitants qui lui apportent l'eau hors des murs en signe de bonne et franche hospitalité. H se rend alors chez son ami Mohamdotd Sadock à qui il fait de nombreux présents.

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