LIS MAURES
En dehors de ces villes, il n'y a que des petits villages de peu d'importance, n'ayant d'autres constructions que des gourbis en paille et en feuilles de palmiers. Dans les villes mêmes, les maisons sont si mal construites qu'elles ne résistent pas toujours à la violence des tornades. En 1899, la construction dans laquelle logeait, à Âtar, le chef de l'Adrar, Ahmed Ould Sidi Ahmed Ould Ahmed Ould Aïda, s'est écroulée sur lui, l'écrasant au milieu de ses griots et de ses conseillers.
Organisation politique. — L'Adrar et les régions voisines qui en dépendent passent pour être sous l'autorité de Mokhtar Ould Ahmed Ould Aïda, chef du groupe des Yahia ben Othman.
Ce groupe compte deux tribus princières :
Les Oulad Ammouni, fraction dirigeante 300 guerriers.
Les Oulad Akchar 150 —
Les tribus guerrières sont :
Les Oulad Lab 100 —
Les Oulad Khaïlane 800 —
Les Deichily anciens zénaga devenus libres, divisés en plusieurs fractions, les Ragba, Magroud
Oulad Hanoun, Outada 1,000 —
Les Abib, captifs de la couronne 100 —
Les Beïhat, zénaga 150 —
A ces tribus guerrières, il convient d'ajouter les suivantes qui, sans être sous l'autorité directe du chef de l'Adrar, marchent cependant presque toujours avec les Yahia ben Othman. Les Kounta El Sidi M'Ahmet, sous-fractions :
El Sidi M'Ahmet, El Mountarambrine et El
Cheikh 900 guerriers.
Les Mechdouf , zénaga des Kounta divisés en deux fractions : les Ambaya et les Montât 500 —
Il n'existe pas de tribu de zénaga proprement dite. Les tribu-
taires sont répartis entre toutes les tribus guerrières et maraboutiques.
Les tribus maraboutiques sont les suivantes :
Les Idao Ali^ habitant Ghinguetti ;
Les Lakhlal ;
Les Smacides, habitant Atar ;
Les Tiab ;
Les Deiboussat ;
Les Chorfa ;
Les £1 Hadj ;
Les Ejfakha El Ehatat ;
Les El Barikallah.
Ces différentes tribus sont extrêmement nomades, notamment les Deiboussat, les El Ejfakha El Ehatat et les El Barikallah qui vivent tantôt dans FAdrar tantôt sur les territoires de parcours des Trarza.
L'Adrar, ou plutôt la tribu des Yahia ben Othman est commandée nominalement par Mokhtar Ould Ahmed Ould Aïda Ould Ousman Ould Lefdel Ould Chenan Duld Ammouni et effectivement par son fils Ahmed Ould Mokhtar.
Il est d'usage, depuis le siècle dernier, d'appeler couramment l'émir de l'Adrar Ould Aïda. Ce nom n'appartient en effet à aucun des parents du chef actuel. Il est celui du maii de la femme qui nourrit et éleva le grand-père du jeune Ahmet Ould Mokhtar.
Ahmet Ould Mokhtar est âgé d'environ 26 ans. Son père, qui vit encore, compte à peu près 60 ans ; mais il est déjà très fatigué. C'était, lorsqu'il exerçait lui-même le iK)uvoir, un chef sans autorité et sans énergie. Son fils parait avoir une réelle influence dans le pays. C'est un homme intelligent, mais encore un peu jeune pour qu'on puisse pressentir son véritable caractère et ses idées personnelles à notre égard.
Comme chez les Trarza, les Brackna et les Dowich, le roi dans l'Adrar vit presque toujours au milieu de son camp que l'on nomme, comme dans le Tagant^ c Huila ».
Ce camp comprend le roi, les princes de sa famille Oulad Ammouni et ses conseillers qu'il prend le plus souvent chez les Abid et les Boïhat.
Ses conseillers actuels sont Ahmet Ould Mohamed Labid, Sidi Ould Bilali, Diech et son frère Thiomby. Tous les quatre semblent nous être plutôt favorables, et particulièrement Sidi Ould Bilali, homme calme, réfléchi, ayant à peu près 50 ans et jouissant, ainsi que ses compagnons d'ailleurs, d'une grande influence sur Ould Aïda.
Le roi commande absolument. Ce sont les Âbid qui transmettent ses ordres. Pour les questions importantes, il réunit, en conseil, les princes et les chefs de toutes les tribus guerrières. Ces tribus fort turbulentes ont souvent entre elles des conflits et le roi a parfois d'assez grandes difficultés à assurer la tranquillité dans ses Etats.
L'esprit fanatique est beaucoup plus développé dans TAdrar que parmi toutes les tribus maures avec lesquelles nous sommes en relations. Cet état d'esprit est entretenu par quelques chefs des tribus maraboutiques telles que les Smacides et les Idao Ali de ChinguettL
Sidi Ahmet Ould Abderraman et son frère Mohamet Sedjad de la première tribu ; Ould Abeidi et Mohamet Ould Abat de la seconde se font particulièrement remarquer par leur hostilité.
En 1900, Sidi Ahmet Ould Abderraman était parti pour le Maroc avec l'intention de demander au Sultan d'envoyer une colonne pour occuper l'Adrar ; mais il ne put aller que jusque dans le Sagueit El Hamra où Cheikh Ma El Aynine, puissant dans la région, arrêta sa démarche.
On ignore à quel mobile a, dans cette circonstance, obéi Cheikh Ma El Aynine.
Le fanatisme tendra à diminuer si nous pouvons nous rapprocher de ces populations isolées, nous mettre plus complètement en contact avec elles et leur montrer notre indépendance et notre tolérance dans toutes les questions religieuses.
Notes historiques. — Avant 1891, plusieurs missions ou explorations avaient eu lieu dans l'Adrar sans qu'il en résultât de relations politiques. Mais à cette époque le ministre des Colonies y envoya M. Fabert avec mission de faire signer un traité de paix par le roi de ce pays. Cette mission n'atteignit pas l'Adrar. EUe s'arrêta à Tiniera, où se trouvait alors Cheikh Saad Bou, marabout très influent et très vénéré dans ces régions.
Sur les conseils de Cheikh Saad Bou qui représenta à M. Fabert les dangers qu'il y aurait à pénétrer dans TAdrar, encore troublé par la guerre que les gens de ce pays venaient d'avoir avec les Dowichy cet explorateur se décida à écrire à Ould Aïda en lui demandant de lui envoyer une escorte pour lui x)ermettre de se rendre à Atar oii il désirait l'entretenir au nom du gouvernement français. Puis, iK)ur gagner du temps, il adressa par la même lettre au roi de l'Adrar, le projet de traité qu'il avait apporté avec lui en le priant d'y apiK)ser sa signature dans le cas oii il ne leurrait fournir à la mission les moyens de se rendre sans risques dans son pays.
Ce traité ne contenait que deux articles. Par le premier, la France et l'Adrar s'engageaient réciproquement à vivre sur le pied de la plus sincère amitié et à favoriser le plus possible le développement du commerce entre les deux pays. Far le second, la France déclarait s'engager à ne jamais intervenir dans les affaires intérieures de l'Adrar et à protéger l'Adrar contre ses ennemis du dehors.
M. Fabert attendit chez Cheikh Saad Bou la réponse d'Ould Aïda. Elle lui parvint au bout d'un mois. Le roi de l'Adrar, qui ne réix)ndait pas lui-même, autorisait son cadi Mohamed Ben Ahmed Ben Alioun à écrire à Sidi Fabert et au gouverneur que l'émir de l'Adrar acceptait l'alliance et les conditions commerciales du traité et à déclarer qu'il ne s'allierait jamais avec d'autres Européens que les Français.
M. Fabert rapporta son traité non revêtu de la signature du roi. Ce traité n'en fut pas moins ratifié par un décret le 10 juin 1893.
Dans cet intervalle le gouvernement du Sénégal avait charge l'interprète Bou El Mogdad, dont le père, en 1861, avait fait un voyage en pays maures, visité l'Adrar et le Maroc et qui y avait laissé des intelligences, de se rendre près de l'émir des Yahia ben Othman et de passer avec lui, au nom du gouverneur du Sénégal, un traité d'amitié et d'alliance.
Le 8 aoilt 1892, Bou el Mogdad obtenait la signature de Ahmet Ould Soueid Ahmet Ould Aïda, roi de l'Adrar. La France s'engageait à ne pas intervenir dans les affaires intérieures de l'Adrar, à aider le roi de toute son influence contre les attaques de ses ennemis, à faire respecter les caravanes venant de l'Adrar au Sénégal et à payer au roi de l'Adrar, sur le droit de 2 1/2 0/0 ad valorem
perçu à l'entrée des marchandisesy une coutume de 500 pièces de guinée^ coutume qui fut portée à 800 en 1898.
D'autre part, le roi s'engageait à ne passer aucun traité avec d'autre puissance et à ne donner dans ses Etats aucun monopole sans l'approbation du gouverneur du Sénégal.
C'est toujours sur ces mêmes bases que nous entretenons des relations politiques et commerciales avec l'Âdrar.
Avant la signature de ce traité, Témir de Yahia ben Othman avait été à plusieurs reprises sollicité par les Espagnols du Bio de Ouro et par les agents du Maroc ; les premiers iK)ur lui offrir leur protection, les seconds pour le placer, ainsi d'ailleurs que les Dowich, les Trarza et les Brackna, sous l'autorité de Mouley El Hassan, sultan du Maroc.
Ould Aida s'était toujours dérobé devant ces ouvertures, bien que certains personnages de son entourage cherchassent à l'influencer, notamment le cheikh Mohamed El Fadel de Ouadan, qui paraît aujourd'hui revenu à de meilleurs sentiments à noire égard.
La mort tragique d'Ahmet Ould Aïda a été pour nous une perte sensible. A un chef fier, vif et impérieux, mais d'une réelle intelligence et d'une correction rare chez les Maures, a succédé, dans la personne de son oncle un roi faible, d'une intelligence médiocre et sans autorité dans son pays.
C'est cette faiblesse même qui fut cause en partie du malheureux échec de la mission Blanchet. Aujourd'hui que le fils aîné de Mokhtar a pris, sous le nom de son père, la direction et le commandement du pays, les relations pourraient être reprises et les liens qui nous unissaient à l'Adrar resserrés plus étroitement.
Il convient de retenir, toutefois, que le jeune chef actuel, Ahmed Ould Mokhtar, a épousé, il y a un an environ, la fille d'Ousman Ould Bakar, fils du roi des Abakak, et que la sœur d'Alimed a, de son côté, épousé le fils de Mahomed El Fadel, le cheikh le plus influent de l'Adrar.
En résumé, notre situation vis-à-vis de l'Adrar se présente dans d'assez bonnes conditions : le jeune chef aurait plutôt tendance à nous être agréable qu'hostile, le pays lui est entièrement soumis, sauf la tribu des Oulad Bou Sba dont il sera parlé plus loin, qui s'est affranchie de son autorité. Cheikh Mohamed Fadel qui, il y a dix ans, marchait ouvertement contre nous, paraît avoir changé de ligne de conduite. Une correspondance échangée en 1901
entre Mohamed Fadel et Saad Bou, son cousin, semble établir que le cheikh de Ouadan ne serait pas contraire à nos idées.
Jusqu'en ces derniers temps, l'émir de TAdrar pouvait à peu près compter au nombre de ses sujets les gens de la grande tribu guerrière et commerçante des Oulad fiou Sba qui nomadisaient sur les frontières de son pays. Bien que vivant, ainsi que les Oulad Delim, dans les vastes plaines du Tiris, ils participaient aux luttes que les Yahia ben Othman avaient à soutenir et payaient une certaine redevance appelée c khafar » au roi de TAdrar.
Cette tribu apportait à Ould Aïda un contingent d'environ 1,200 fusils.
Aucun chef n'a sur les diverses fractions de ce groupe turbulent une autorité suprême. On compte cinq sous-fractions obéissant chacune à leur chef respectif :
Les Oulad Ahmeïda ;
Les Doumaïssat ;
Les Oulad El Baggar ;
Les Oulad Azzouz ;
Les El Sidi Abdallah.
Cependant une certaine entente paraît s'être faite entre eux pour tenir tête à leurs adversaires depuis qu'à la suite d'un conflit avec les Eounta de l'Adrar, la fraction des Ammouni et des Oulad Akchar ont pris parti pour ces derniers marabouts.
Jusqu'à ce jour le roi Mokhtar Ould Ahmet a su se tenir à l'écart de ces divisions, mais son fils Ahmed dont la mère est une princesse des Oulad Ammouni, marche avec cette tribu.
Dernièrement les Oulad Bou Sba, qui s'étaient retirés sur le bord de la mer, les uns près de la baie d'Arguin, les autres près de notre poste frontière de N'Diago, se sont réunis et ont marché eontre les gens de l'Adrar qu'ils ont surpris à Boukhzama (dans l'Amissaga) où se trouvait le camp royal. Les Yahia ben Othman, qui ne s'attendaient pas à cette attaque, ont dû prendre la fuite, en abandonnant leurs biens, quelques morts et plusieurs blessés.
Telle est actuellement la situation de l'Adrar.
SAGUIET-EL-HAMRA
Tribus indépendantes.
Toute la région qui s'étend entre i'Adrar occidental et les possessions espagnoles du Rio de Ouro, toutes les vastes contrées qui bordent les territoires indéterminés du sud marocain, les larges espaces du Saguiet-El- Hamra, de TOuad Draa, du Sous et de l'Ouad Noun, sont fréquentées par des tribus encore peu connues. Si on en excepte les Tadjakant, les Chorfa, les Lakhlal, dont nombre de fractions se sont fondues dans les grands groupements politiques plus rapprochés de nous, on y rencontre des tribus moins organisées, plus indépendantes que celles que nous connaissons, plus batailleuses encore, plus barbares surtout
Il y aurait cependant intérêt à ce que nous fussions renseignés sur ces groupes de guerriers qui, plus fanatiques et plus sauvages que leurs voisins, pourraient nous être grandement utiles, soit pour faciliter le développement de notre influence, soit iK)ur gagner à nos produits des débouchés qui, en même temps, nous créeraient des relations lointaines et nécessaires.
Toutes ces tribus subissent l'ascendant puissant du grand chef religieux du Saguiet, Cheikh Ma El Aynine.
La première que nous trouvons, en remontant vers le Nord, est celle des Oulad Delim^ descendants de la fameuse tribu des Djeddala.
Les Oulad Delim occupaient autrefois le Tiris. Ils seraient eux aussi les frères des Trarza, des Brackna et des Oulad M'Barck.
On raconte que l'ancêtre Bemeith serait le fils de Delim ou Deléim, qui était lui-même fils d'Antar, petit-fils du fameux Makh Far ; mais ces indications sont très vagues.
Les Oulad Delim nomadisent aujourd'hui entre la colonie espagnole et l'Adrar. Ils sont divisés en deux groupes : les Loudaïkat et les Oulad Bamar. Les premiers ont pour chef Hamein Ould
ArouBti Otdd Ghild et les seconds Ahmed Baba Otdd Ely Saloum Ould Assamar Ould Oumar.
Il n'existe pas chez les Onlad Delim un chef général les réunissant tous sous son autorité ; toutefois Hamein parait avoir une plus grande influence que le chef des Uulad Bamar.
En 1898 les Espagnols lui accordaient une légère coutume pour tenter de décider les gens de sa tribu à venir trafiquer sur leur territoire. Ces bonnes relations n'ont point duré longtemps ; les Espagnols les ont rompues d'eux-mêmes à la suite des vols et des pillages répétés commis chez eux par les Oulad Delim.
Une autre petite tribu^ les Oarh, qui descendraient aussi du même ancêtre, peuvent être comptés comme des Oulad Delim, bien que vivant absolument à part.
Les deux premiers groupes des Oulad Delim nomadisent entre le Tiris et le Saguiet el Hamra. Ils comptent environ 150 fusils.
Le dernier a ses terrains de parcours dans l'Adrar Sotof . Il peut réunir une centaine d'hommes armés environ.
Les autres tribus qui vivent dans les mêmes pays sont moins connues encore que les Oulad Delim. Ce sont :
Les Regueibat ;
Les El Aroussi ;
Les Zourguihyn ;
Les Smalil ;
Et les Filaly.
Sur ces tribus qui vivent particulièrement dans le Saguiet El Hamra et le Sous nous n'avons que de très vagues indications. Nous les avons soumises, au double point de vue politique et religieux, comme les Oulad Delim^ à la très grande autorité de Cheikh Ma El Aynine et approvisionnées pour toutes les denrées et les étofPes qui leur sont nécessaires par des caravanes marocaines. Au cap Juby, les Anglais avaient autrefois établi une station commerciale qui a disparu depuis.
Les Regueibat habitent un peu au nord du Saguiet El Hamra et sur les bords de l'Oued Draa en se rapprochant toutefois de la mer.
Ils se diviseraient en cinq grandes tribus de guerriers :.
Les Oulad Moussa, chef : Mohamed Saloum Ould Fraïet ;
Les Souad, chef : Souad Ould Bai ;
Les Yagout ;
Les Oulad Moussain ;
Et les Oulad Daoud, chef : Soueïdi Cheikh.
Les Regueibat se font grande gloire de leur origine chérifienne. Ils ont, plus que tous autres, une vénération profonde pour le frère de Cheikh Saad Bou.
Mohamet Saloiun Ould Fraïet était encore, il y a peu de temps, le chef suprême de la tribu des Begueibat.
Les autres tribus sont encore moins connues. Les £1 Aroussin disent également descendre de la famille du prophète, mais leurs cheveux crépus et leurs faces prognathes indiquent les croisements nombreux qu'a eus à subir leur race.
Les Smalil s'occupent plus particulièrement d'instruire les enfants dans la connaissance du Coran.
Nombre de petites tribus de tolba ont gardé dans le grand mouvement des groupements importants leur entière indéx>endance. Isolées, perdues ou éparpillées au milieu de toutes ces confédérations elles n'existent guère que de nom. La plupart comme les Talib Mokhtar au milieu des Mechdouf, sont comprises dans le groupe avec lequel elles vivent. D'autres se tiennent à l'écart, tentant de rester indépendantes, mais n'échappent pas aux contributions que leur imposent les chefs des tribus puissantes, telles sont les Macina et les Oulad Bolhi de Tichitt, pressurés à la fois par les Kounta et les Oulad Naoer.
Mais indépendamment de ces petites tribus maraboutiques, il existe de grandes tribus de tolba dont des fractions notables se retrouvent assujetties à des groupes de guerriers pendant que d'autres gardent toute leur indépendance et toute leur liberté. Il faut compter parmi celles-ci les Tadjakant, les Lakhlal, les Deïboussat, les Idao Ali et les Tanouazit.
Les Tadjakant constituent une des tribus les plus grandes du désert. Ils disent aussi descendre du Prophète. Leur groupe le plus imposant habite les territoires du Saguiet El Hamra. Les gens de ce groupe sont à la fois guerriers et marabouts. Pasteurs, agriculteurs, commerçants, ils sont les grands convoyeurs du désert, rayonnant loin dans l'Est et le Sud, transportant les produite marocains à l'intérieur du Soudan pour en rapporter d'autres produits d'échange. Il n'est pas rare de voir se former ainsi au moment de la traite, de décembre à juin, de longues caravanes de 1,200 à 1,500 chameaux circulant à travers le vide immense du désert.
On a évalué à pluf de 25,000 personnes la population de ce groupe.
Les Tadjakant n'ont pas de chef général. Chaque fraction, chaque tribu, chaque famille même a son chef la dirigeant, la représentant, prenant la défense de ses intérêts, mais jaloux de son absolue liberté.
Les Tadjakant, qui vivent dans les grands groupements politiques, comme les fractions Tadjakant des Trarza, celle des Brackna, des Dowich, ont un chef supérieur. Ceux-là sont absolument tolba et ne portent pas les armes. Ils sont commerçants et pasteurs.
Il en est à peu près de même pour les Lakhlal qui seraient originaires du Tell Algérien. Très nomades comme les précédents, les Lakhlal se sont encore beaucoup plus fractionnés. On les rencontre mêlés à tous les groupes maures. Ils circulent sans cesse en tous sens, conduisant leurs caravanes du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest du désert. Il s'en trouve sur les bords du Sénégal comme dans le fond du Sahel, comme au sud du Maroc, comme au milieu de l'Âdrar où ils viennent à Idjil, chercher les barres de sel des Eounta.
Ils auraient été pendant de longues années les ennemis acharnés des Mechdouff et des Oulad Nacer qu'ils auraient eus, en partie du moins, sous leur autorité ; mais les temps sont changés.
Dispersés aujourd'hui, divisés peut-être par les défaites, ils ne s'occupent guère que de commerce et d'élevage.
Il serait difficile, dans ces conditions, d'apprécier aujourd'hui le chiffre de leur population.
On pourrait en dire autant des Deiboussat et des Tanouazit et d'autres tribus maraboutiques éparpillées dans les divers groupements politiques et n'ayant pas une existence propre. Ce serait prolonger inutilement des redites sans apporter de renseignements nouveaux réellement appréciables.
Toute la partie N.-O. du désert nous est à peu près inconnue. C'est cependant celle qui devrait le plus attirer notre attention, si on songe aux conséquences que pourra avoir pour notre pays la création de relations avec les populations de cette région. Nous manquons de contact avec les tribus qui circulent le long de l'Océan et c'est par elles que nous pourrions cependant arriver à entretenir des intelligences dans une zone où il est difficile assurément de pénétrer et de s'établir.
REUGION
Sectes. — Cheiks. — Influence des marabouts.
Le bloc des tribus maures de TAfrique cccîdentale subit peu l'influence des Zaouïa du nord africain. Les grands chefs religieux établis entre Oualata, l'Océan et le Maroc, sont tous Kadriya ; aussi quand les agitateurs tidjaniya ont révolutionné les contrées qui s'étendent au nord du Niger et au sud du Sénégal, les Maures sontils restés indifierents au grand mouvement qui se produisait. Le concours qu'un moment les Mechdouf prêtèrent à El Hadj Omar et qui d'ailleurs dura peu, était pour eux un acte politique tendant à affirmer vis-à-vis des Chrattit leur entière indépendance bien plus qu'une manifestation relig^ieuse. Ils avaient été autrefois les tributaires des Dowich, les luttes ne cessaient pas entre eux, ces derniers tentant de soumettre à nouveau leurs zenaga affranchis, oeux-là combattant pour leur indépendance. Par contre, El Hadj Omar eut à se défendre en 1859 contre les Dowich, alors qu'en abandonnant le Fouta il se repliait sur Nioro, et aussi contre les Oulad M'Bark qui, non encore affaiblis, tinrent un moment en échec les forces du célèbre agitateur.
Plus tard, lorsque Âbdoul Boubakar, chef du Bosséa, s'opposa pendant plusieurs années à notre établissement dans le fleuve, il trouva des alliés dans les tribus maures des Oulad Ely ; mais les Oulad Ely ne sont qu'une fraction des Oulad Abdallah et encore des plus réduites et des moins importantes.
Les hostilités que notre influence pourrait rencontrer dans son expansion parmi les Maures de l'Afrique occidentale, viendraient donc, si on excepte les tribus du massif de l'Adrar et du Saguiet El Hamra, des bandes guerrières qui vivent de pillages et de rapines au détriment de l'immense majorité formée par toutes les tribus commerçantes des tolba. Encore doit-on noter en ce qui concerne l'Adrar et la région du Saguiet El Hamra que l'opposition qui se
manifeste quelquefois contre nous chez les marabouts de ces contrées est due à la seule ignoranoe dans laquelle ils vivent de nos idées et de nos mœurs. Plus en contact avec nous^ ils redouteraient moins notre intervention^ car ils connaîtraient la liberté religieuse que nous laissons entière à nos sujets musulmans^ les facilités que nous leur donnons pour les pratiques de leur culte et le respect que nous avons de leurs coutumes et de leurs lois en tant qu'eUes n<e blessent point nos idées et nos sentiments de justice et d'humanité.
Tous les Maures sont donc musulmans^ mais ils ne pratiquent par tous avec une égale ferveur. Les tribus guerrières plus particulièrement s'affranchissent en maintes circonstances des prescriptions coraniques. Il en est de même des Zenaga qui se désintéressenty sinon ouvertement du moins en réalité^ de leur religion. Cela se comprend aisément^ tous ses gens vivant de vols et de brigandages au préjudice même de leurs coreligionnaires.
Les Cheikhs les plus renommés n'échappent pas toujours à leurs audacieux coups de mains et Cheikh Sidia lui-même, malgré la vénération dont son nom est entouré, a eu à déplorer, ces temps derniers, la mort de plusieurs de ses gens au cours d'une attaque de son camp par les Oulad £1 Bolhia qui cherchaient à lui voler des animaux.
Cependant, si on en écarte certaines fractions écumeuses du désert, on ne saurait contester que même sur les tribus guerrières, les grands chefs religieux musulmans exercent une certaine influence. Cette influence leur vient de leur foi même, de leur caractère mystique, de l'autorité laissée à leur nom par leurs ascendants ou par les chefs des confréries qui les instruisirent. EUe vient aussi de cette grande quantité d'élèves qu'ils forment, qui se répand dans le pays à travers les divers groupements, les différentes tribus et qui toujours leur restent attachés dans une sorte de dépendance à la fois spirituelle et temporeUe. Spirituelle par le respect que le maître a su inspirer à l'élève ; temporelle par les aumônes constantes que toute sa vie le marabout envoie au cheikh qui l'a instruit dans la foi musulmane ; spirituelle, par la pénétration lente de la conscience et de l'âme pendant la période de l'école ; temporelle par la perception perpétuelle de c l'hadia », cette offrande annuelle du tolba au cheikh qui l'a élevé.
L'école, dans toute cette partie de l'Afrique qui nous occupe, se fait sous la tente, ou dans le camp devant la tente du maîtie.
Les élèves sont ou >enyoyéB par leurs parents ou yenos spontanément se grouper autour du cheikh ou du marabout. Ils Buiyent presque toujours leur maître dans ses déplaoements^ transportent avec eux leur nourriture fournie par leur propre familla. Cependant les grands cheiks comme Sidia ou Saad Bou acceptent tous ceux qui se présentent, dussent-ils les nourrir eux-mêmes, si ceux-ci n'ont aucune ressource. Cheikh Sidia ne compte i>a8 moins de 400 élèves ; il en est de même de Cheikh Saad Bou qxii cependant est moins généreux.
Ces grands chefs religieux ne donnent pas directement l'instruction à leurs élèves ; ils ont pour les aider dans leur tâche des c Moqqadam » chargés de ce soin.
Le prix de renseignement du Coran est uniformément fixé à 300 francs. Il est, en outre, convenu que lorsque Tenfant saura par cœur un ou deux chapitres du Livre, les parents verseront une somme déterminée en acompte sur le prix total.
Quand les élèves ont terminé leurs études, ils subissent devant des moqqadam, appelés comme témoins, un examen à la suite duquel il leur est délivré un certificat par le cheikh qui les a instruits.
Les élèves venus de telle ou telle école sont plus ou moins renommés. Tous les talibé restent pendant leur existence dépendant en quelque sorte de leur ancien maître et lui paient c l'hadia •.
L' c hadia » est un cadeau, une offrande, une aumône que tous les musulmans donnent annuellement aux Chérifs — descendants de Mahomet — ou à leurs marabouts. Cette coutume aurait également existé chez ceHains chefs de pleuplades fétichistes. Ceux-ci faisaient des cadeaux très importants à des chefs renommés dans le but d'obtenir leur protection ou par peur de leur puissance extra humaine^
L'importance de l'hadia n'a rien de déterminé. La valeur en est laissée à la libre appréciation et à la générosité de chacun. Elle est presque toujours en rapport à la fois avec la puissance du cheikh qui la reçoit et la richesse du tolba qui la donne.
H s'est naturellement formé deux classes de chefs religieux; les cheikhs riches, puissants, célèbres, reçoivent de nombreux cadeaux : des captifs, des chevaux, des chamelles, des pièces de guînée et demandent l'hadia aux rois, chefs et notables ; et les marabouts moins connus s'adressent à toute la masse des tolba. Sou-
vent même ils n'ont pas besoin de quémander ; ils reçoivent les cadeaux chez eux sans se déplacer. Souvent aussi ils envoient quelqu'un de leur famille jusque dans les régions éloignées recueillir les offrandes des croyants.
Cette année encore, Iba El Mokhtar, neveu de Cheikh Saad Bou, circulait dans les provinces sénégalaises de la rive gauche du fleuve quêtant, exigeant même les aumônes des Toucouleurs et Sarrakolés musulmans. En 1899, ses demandes s'étaient produites sous la forme de telles exigences dans les villages du Fouta que le gouverneur général avait dû prendre contre lui ime mesure d'expulsion. Non seulement il demandait l'hadia, mais il obligeait les chefs à lui faire des cadeaux onéreux et il lançait sa malédiction à ceux qui les Itii refusaient.
Cette année, Iba El Mokhtar a voyagé avec une autorisation du directeur des affaires indigènes. Il ne s'occupe point de politique et recueille seulement, avec autorité, les hadya des musulmans dans tous les pays qu'il traverse^ A Pété il a reçu 11 pièces de guinée, à Saldé 2 pièces, à Galoya 10 pièces, à Diaba 4 barriques de mil. Le tout est chargé sur des chameaux qui l'accompagnent et que ses suivants conduisent ensuite chez lui et chez son oncle. Cheikh Saadbou.
A Aguam Cival (cercle de Eaédi) il s'était marié en 1899 avec îa fille du chef de ce village qu'il avait quittée ensuite pour retourner dans le Hodh après son expulsion.
Cette femme, étant restée trois ans sans recevoir de ses nouvelles, avait contracté un nouveau mariage avec un marabout du pays. A son passage dans le cercle de Kaédi, Iba El Mokhtar a attaqué le mari et le père de la jeune femme devant le cadi. L'affaire jugée à Orofondé par le cadi de Orgo (Bosséa) s'est terminée à son avantage. Le divorce a été prononcé entre le dernier mari et la femme incriminée et le père de cette dernière a été condamné à 400 coups de corde convertis, suivant l'usage en amende, pour s'être prêté au second mariage de sa fille.
Il ne me semble pas que tous les grands chefs religieux agissent ordinairement comme Iba El Mokhtar. La plupart du temps les chérifs distribuent généreusement autour d'eux la plus grande partie de ce que leur apiwrtent les hadya.
On peut donc dire que les Chérifs se distinguent en deux groupes : ceux qui descendent de Mahomet et, par suite, ont une
origine sacrée fort ancienne^ ce sont les véritables Chérifa (Chor&) et oeuz dont l'origine plus récente remonte simplement à un grand marabout et qui vivent au milieu des populations dont ils ont gagpié le respect.
La qualité de Chérif est héréditaire pour tous les membres desoendant de la famiUe de Mahomet
Actuellement, cinq grands chefs religieux exercent au-dessus ou à côté de beaucoup d'autres cheikhs une grande influence dans les tribus maures de l'ouest du Sahara. Leur famille, leur passé, leur caractère, leur fortune ont fait d'eux des autorités religieuses puissantes.
Ce sont : V à l'est, entre Goumbou et Oualata, Cheikh Sidi El Kheir, jouissant, ainsi que son frère Tarouad Ould Addarammi, chef des Talib Mokhtar, d'une grande autorité près du chef des Mechdouf ;
2"" Cheikh Sidia, chez les Trarza et sur la frontière du pays brackna qu'il habitait il y a cinq ans, avant que les démêlés rapportés plus haut l'eussent mis mal avec Ahmedou. Cheikh Sidia est un des chefs religieux des plus vénérés, des plus écoutés parmi les Maures et aussi des plus dévoués à la cause française ;
Q^ A Touazik, au nord du pays trarza et sur la route de l'Adrar, Cheikh Saad Bou, un de nos plus fidèles auxiliaires, frère de Cheikh Ma El Aynine, de Sidi El Kheir et cousin germain de Mohamed El Fadel ;
4** A Ouadan, dans l'Adrar, ce dernier Mohamed El Fadel qui longtemps nous fut hostile peut-être un peu à l'instigation des agents de la zaouïa de Fez ; bien que Mohamed El Fadel soit un élève de l'école Eadriya de Sidi Mokhtar El Eebir. Depuis deux ou trois ans Mohamed el Fadel paraît être revenu de ses préventions à notre sujet ;
6** Dans le Saguiet el Hamra, Ma El Aynine, frère de Sidi El Kheir et de Saadbou qui possède au milieu des Oulad Delim, des Begueibat et des El Aroussin une autorité considérable.
Ces cinq grandes influences religieuses ont toutes eu pour maître Sidi El Mokhtar de la confrérie des Bekkaya. Quatre d'entre eux. 9idi El Kheir, Mohamed El Fadel de Ouadan, Saad Bou et Ma El Aynine sont parents. Cheikh Sidia dont le grand-père, Sidia Ould Mokhtar, reçut toute son instruction d'un Kounti de l'entourage du même maître, a donc la même origine religieuse. Ils sont tous
Kadriyai D'ailleurs parmi les tribus maraboutiques, il n'y a §^ère que les gens de la tribu des Idao Ali qui soient des Tidjiana.
Cheikli Sidi el Eheir, se disant aussi descendant de Mahomet, yil piès de Qoumbou avec son neveu Taourad Ould Cheikh Ould Âddarammi, chef général des Talib Mokhtar. Tous deux ont une très grande autorité morale. Taourad prétend pouvoir, sans être attaqué, avec son chapelet seulement, c'est-à-dire sans armes, traverser tout le désert, du Sahel au Maroc ou en Tunisie en portant les plus grandes richesses de la terre.
Ils habitent à quelques journées de marche au nord de Goumbou dans un pays où l'eau est abondante dans des puits nombreux, autour de Dar Es Salam, la mosquée élevée par la ferveur des croyants à la mémoire de Mohamed £1 Fadel, père de Sidi El Eheir et grand-père de Taourad.
Cette famille nous est entièrement acquise et s'emploie avec zèle au développement de notre influence dans la région. Sidi El Kheir est très écouté de Mohamdoul Mokhtar, chef des Mechdouf, et son action de ce côté jwurra nous être fort utile.
Cheikh Sidia appartient à la tribu des Oulad Béiri, fraction des Tachid'te. Il est âgé de 40 à 45 ans. Il jouit d'un grand prestige dans le pays trarza et brackna malgré les difficultés qu'il eut avec les Diedjouba, marabouts guerriers appartenant au grand groupe des Oulad Abdallah. Son grand-père, qui avait été élevé à Tombouctou près de Sidi El Mokhtar, avait lui-même instruit son fils Sidi El Mohamed Khalifa, avec l'aide d'un chérif nommé Mohamdoul Hassan Ould Sidi Abdallah très versé dans l'étude des textes coraniques et des divers livres des commentateurs. A son tour Sidi Mohamed fit l'étude du cheikh actuel.
Cheikh Sidia est un homme d'un esprit éclairé et dont l'in* fluence se manifeste surtout sur l'esprit des princes trarza des Oulad Ahmed ben Dahman, des Rakhala et des Eleub.
Il habite ordinairement Taïgounit ou Boutilimitt où il s'était fait construire une habitation en pierre.
Cheikh Saad Bou Mohamed Fadel est le frère de Sidi El Kheir et de Ma El Aynine. Il est comme eux originaire du Hodh. La légende prétend que son père, qui tenait de Mahomet le don de prédire l'avenir, lui dit un jour que sa fortune et son renom croîtraient lorsqu'il se serait fixé au cœur du pays des trarza. Saad Bou partit. Il eut des débuts pénibles. Les marabouts du pays lui fiient
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Il fmda ihi imps de 1 émir Sidi ITBorika, ^«s l«g. le TiOmge de TouMikk^ ômm» IXmelil Bcrakeicfa, s«r la nnrte oïdbuûie îles canTaubet qui Tont du Sénégal à l'Adnx. Déas ce TÎDage, fit i^^r de* flbJiçanj et co^njtmire ojm» maison em pîene. Ccrt là q«ll tîI le pliu génénJeineiiu
Saad Bon e«t à peu près igé de 60 aasu II m de mamhnmsi eafuds dont boit fils sont pturiieuiwrtmetÈt caammB : El Takhasa, El Addartjnmi, Sedatti, Hohamed Fadel^ Akmalj, ¥ftfcimfd Ma SI Ajaima, Hidi Boitya et Bon Mana.
Il enindieni des relations af«e soa frère Ma El ATmiae, du Hugniei El Hamra. Pendant plnsieiirs années, ees deux fràica avaient reçu en mauTaise intelligence à la smhe d*«n difféiend Iionilial*
ils avaient depuis longtemps contracté lliabitade d'unir leurs enfants. Les fils de Saad Bou épousaient les filles de Ma El Ajnine, mais jamais œ dernier ne consentait à ce que ses filles suivissent leurs maris. En 189C on 1897, Cheikh Saad Bou réclama la lemme de son 6h Sidi Bonya. Ma El Aynine refusa formellement et pendant plusieurs années la bonne harmonie qui avait régné jusque-là entre les deux frères fut rompue.
Cette querelle a cessé depuis déjà plus de quatre ans et les bmis rapports d'autrefois ont repris entre les deux grands chefs.
Cheikh Ma El Aynine est un peu plus âgé que son frère Saad Bou. Il habite le Saguiet el Hamra au-dessous de l'Ouad Noun et s'est fait construire dans la vallée de TOuad Taxaoua une vaste habitation en pierre à Samara que quelques cartes désignent aussi sous le nom de Guessin^
Ma El Aynine s'est acquis une réputation considérable qu'il a su grandir encore par les relations qu'il entretenait avec Dahman Ould Beyronk, caïd de l'Ouad Xoun et avec la cour chérifienne. Il fit plusieurs voyages à Olimin et entre autres à Marrakhech on il fut reçu avec magnificence. En 1896, le Maghzen ne cachait pas le vif désir qu'il avait d'acquérir l'appui de ce cheikh et d'établir par lui l'autorité de l'empereur du Maroc sur les pays voisins du Sénégal. En 1900, il fut convié à Marrakhech pour assister à la nomination du remplaçant du grand-visir décédé.
Dans sa corpespondanoe avec Saad Bou, Ma El Aynine ne paraît pas vouloir nous être hostile tant que notre situation ne changera pas. Il laisse cependant sous-entendre qu'il ne nous verrait pas avec plaisir pénétrer sur les territoires qui sont jusqu'à ce jour restés indépendants.
D'une manière générale, le fanatisme aveugle pèse sur toutes ces populations du N.-O. saharien bien plus que sur les autres groupements du désert occidental.
Cheikh Mohamed Fadel est cousin germain de Saad Bou et de Ma El Âynine. Il habite les environs de Ouadan dans TAdrar. Il jouit dans le pays, à Atar, Chinguetti et Ouadan, d'une influence asses puissante qui s'étend jusque dans la région de Tichitt^
Longtemps Mohamed Fadel nous fut ouvertement hostile. En 1898 encore, il avait adopté contre nous une politique d'opposition absolue. Ses idées semblent s'être modifiées. Lors de la mission Blanchet son attitude a été très correcte et sa correspondance avec Saad Bou nous le montre sous un jour favorable. C'est un appui à acquérir, car Cheikh Mohamed Fadel a une réelle autorité dans TAdrar. Le chef et les habitants de ce pays sont des talibé et il intervient avec une voix souvent écoutée, dans toutes les graves questions de guerre ou de politique.
Mohamed Fadel est un agent à gagner à notre cause.
Au-dessous de ces sommités religieuses, on rencontre encore des marabouts qui jouissent aussi d'une certaine puissance dans le cadre plus restreint où s'exerce leur action religieuse.
Chez les Trarza, où il nous a été plus facile de nous renseigner a ce sujet, quatre marabouts de second ordre se distinguent par leur action politique.
Mokhtar Ould Baba Ould Mahamaden Ould Hamdy appartient ik la grande tribu maraboutique des Idao El Hadj, appelés sur les bords du fleuve les Darmancoré, nom que l'on a corruptivement francisé en celui de Darmancours.
Mokhtar fut instruit à la fois par son père et par un moqqadem nommé Alioune. Il hérita de l'influence morale que sa famille avait acquise dans le passé, notamment sur les tribus guerrières des Azouna, des Oulad Bolhi, Oulad Khalifa, des Arouéjat et une partie des Oulad Ahmed Ben Dahman.
Célibataire, il vit avec son frère Ahraet Ould Baba qui lui succéderait s'il venait à disparaître.
Dans la tribu des Oulad Dahman est né un homme dont la réputation a rapidement grandi chez les Maures par sa grande connaissance des choses religieuses, son esprit de justice et la sûreté de ses jugements. C'est Mohamed Fall Ould Mahomaden Ould Ahmet El Akhad. Sa famille s'est toujours distinguée entre les familles rivales Je jurisconsultes musulmans.
Mohamed n'a pas d'héritier mâle; mais il garde et élève autour de lui des neveux : un entre autres, Mohamed Ahmet Toro, qui semble son disciple préféré.
Il exerce son influence sur toutes les tribus des El Guebla et principalement sur le groupe des Zomboti qui lui paient régulièrement l'hadia.
Abd £1 Kahman Ould Moutali de la tribu des Tandakha est connu non seulement comme théologien et juge expérimenté, mais encore parce qu'il exerce la médecine chez les Tandakha et les Eleub qui lui donnent volontairement l'hadia.
Son frère Habib a une grande réputation de médecin parmi les Maures.
Abd El Kahman a environ 60 ans ; il habite à Toueïla, sur la route du Sénégal à l'Adrar.
Cheikh Sidi Mohamed Ould Amadou Ould Ahmet Ould Akhal de la famille des Oulad Baba Ahmet des Oulad Déïman habite Boudéfia à 90 kilomètres environ au N.-E. de Dagana. Il est allié aux Oulad Ahmed ben Dahman. Il fut instruit par le grand-père de Cheikh Sidia. Deux de ses frères Sidia et Médiana ont épousé des princesses des Oulad Ahmed ben Dahman, ce qui lui donne une certaine autorité sur cette tribu dirigeante des Trarza.
Peut-être serait-ce aussi le moment de citer ici le petit groupe de marabouts noirs, les Oulad Meurfal, qui occupent deux villages assez rapprochés l'un de l'autre sur les bords du marigot de Garrack.
Les Oulad Meurfal habitent le pays depuis de nombreuses années. La mémoire des griots les a toujours connus où ils se trou- '^ent. Ils étaient déjà dans le pays lorsque les Trarza vinrent s'y établir et ils surent même, au milieu de cette invasion, se maintenir indépendants. Jamais un roi ni un prince trarza ne put obtenir d'eux la moindre contribution et ils parvinrent à échapper à toute action violente.
Au commencement de cette année (1902) à Guirn, près du tombeau de Mohamed Menni Ould Cheikh Ould Menni, à proximité
d'un lac situé à environ 150 kilomètres au N.-R du barrage de Mafou et à 80 kilomètres des passes du Tagant, il existait encore un marabout célèbre, Mohamed Mahmoud.
Mohamed Mahmoud, originaire de la tribu des Diedjouba, groupe des Brackna, était renommé par sa sainteté. La mort l'enleva dernièrement et aucun de ses fils ou de ses frères, ni Jaroulaye, son fils aîné, ni Mohamed Lamine, son frère, ne paraissent avoir hérité de l'influence que Mohamed Mahmoud possédait sur les tribus brackna et sur les fractions dowich. Il est probable toutefois que, d'ici peu de temps, un membre de cette famille saura reconquérir l'autorité, que les Cheikhs disparus avaient sur les populations voisines. Le seul qui se distingue, en ce moment, est le petit-fils de Mohamed Mahmoud, Moustapha Ould Mohamed El Mokhtar Ould Âïballah Ould Kadi, qui, âgé de 35 ans, rend la justice au milieu des Brackna. Il a un certain nombre d'élèves venant de chez les Dowich, les Brackna et même de chez les Trarza ; mais il n'a aucune influence sur les tribus guerrières de la région.
En résumé, dans toutes les contrées voisines des territoires que nous occupons, les grands chefs religieux nous sont acquis et sont tout disposés à nous prêter le concours de leur prestige et de leur autorité. Sidi El Kheir, dans le Sahel, est un de nos agents de renseignements les plus utiles. Sur les rives du Sénégal Cheikh Sidia est prêt à nous seconder de tout son pouvoir. Dans l'intérieur, Cheikh Saad Bou nous a donné déjà de trop rombreuses preuves de sa sympathie pour que nous ne le considérions pas comme un allié précieux. S'il existe quelques esprits fanatiques qui nous soient irréductiblement hostiles, comme Mohamed Yayé, ce marabout remuant de Oualata dont il a été déjà parlé précédemment et qui a certaines intelligences dans les centres de Goumbou et de Sokolo, oe ne sont que des hommes de peu d'influence dont l'opposition pourrait être facilement combattue^
Tous les marabouts — et il faut entendre ici tous les Mauies tolba seulement — ont une tendance non seulement à se rapprocher de nous, mais à nous demander une protection effective qui leur devient de jour en jour plus nécessaire, contre les tribus guerrières qui les exploitent. Il n'existe pas chez les Tolba d'idée religieuse opposée à notre œuvre de pénétration. Au contraire, les tribus maraboutiques qui se «livrent à l'élevage, au commerce, aux
pratiques de leur culte, ne demandent que la paix, la tranqtiillité, la sécurité pour leurs biens et pour leurs personnes.
Aujourd'hui que les populations maures ont sous les yeux dans les pays occupés et administrés par nous, Texemple de la liberté religieuse que nous laissons — peut-être même avec une trop grande latitude — à nos populations soudanaises et sénégalaises qui professent le mahométisme, elles souhaitent de nous voir intervenir efficacement pour les délivrer du joug que des bandes pillardes et des princes tyranniques leur imposent.