TRAITÉS
Oonventions. — Coutumes passées au Sénégal.
Droits perçus au Soudan.
Comme on a pu le voir au cours de ce rapport, nos relations avec les Maures sont d'ordres différents suivant que nous les rencontrons au Soudan ou que nous nous trouvons en contact avec eux sur les bords du Sénégal. Ici nous leur payons annuellement des coutumes; là-bas ils nous paient des droits rég^iers, droits d'entrée ou droit de pacage, suivant qu'ils importent des produits ou qu'ils amènent à la recherche de pâturages leurs troupeaux sur nos territoires.
Ces deux situations opposées ont été le fait des événements bien plus que d'une volonté directrice. Les taxes que nous leur appliquons au Soudan, nous les avons trouvées établies par les peuples que nous y avons vaincus et soumis, et nous avons recueilli à notre profit les perceptions qu'avant nous les rois du Kaarta prélevaient sur le commerce et le passage des tribus maures.
Au Sénégal, ainsi que nous l'avons expliqué en étudiant le premier des grands groupements dont nous avons relaté l'organisation et l'histoire (voir Trarza), le gouvernement avait été amené à intervenir dans le fleuve pour sauvegarder les intérêts des commerçants qui y avaient fondé des comptoirs.
Dans le début, les premiers négociants qui s'y étaient installés avaient dû passer par les exigences sans frein que tous les chefs maures, rois, chefs de tribu, chefs de caravane leur imposaient pendant la durée de la traite. Une menace permanente planait sur la tête de chaque commerçant qui, pour un refus à un prince ou à quelque important personnage d'une tribu guerrière, risquait de
voir sa maison mise en interdit et, même, fermer toute l'escale si le mécontent avait Tautorité nécessaire pour se faire écouter des caravaniers ou la force suffisante pour s'en faire craindre. Bené CaiUé rappelle des faits de ce genre alors que, cependant^ le gouvernement intervenait déjà dans les rapporte entre Européens et Maures.
Les premiers traités remontent loin ; l'un passé avec la petite tribu des Darmancours par le directeur de la compagnie ajant le privilège exclusif pour la traite de la gomme au Sénégal, le 2 mai 1785, et l'autre signé avec les Brackna, tous les deux sous les auspices de M. le comte de Repentigny, gouverneur du Sénégal, le 10 mai de la même année.
Longtemps les traités furent renouvelés sans que de grandes modifications fussent apportées aux conventions qu*ils renfermaient et qui étaient toutes platoniques. Avec les Trarza, ces actes se succèdent assez rapidement. Nous en retrouvons le 30 juin 1819, le 7 juin 1821, le 17 juillet 1824, le 19 août 1824, le 26 février 1826, le 25 avril 1829, le 24 août 1831, le 1" juin 1832, le 30 août 1835, le 10 août 1853. Il en est de même avec les Brackna. Après celui de 1785, le gouverneur anglais Maxwell en signe un le 13 juin 1810, Schmaltz qui reprit, au nom de la France, possession de la colonie en 1816, en signe un autre en 1819 et nous en voyons de nouveaux en 1821, en 1834, 1842 et 1853.
Cette succession d'actes signés et contractés à nouveau sans cesse et sans relâche, indique le peu d'importance que les Maures y attachent. Toujours prêts aux belles promesses et aux plus larges protestations, la signature d'un traité n'est à leurs yeux qu'une formalité dont ils se réclament s'il doit en résulter pour eux quelque avantage, mais dont ils n'ont cure si les conventions arrêtées les tiennent à quelque obligation.
On ne saurait donc se fier jwur l'avenir à de semblables conventions.
Les premières coutumes furent ainsi consenties pour favoriser les échanges commerciaux sur les rives sénégalaises.
Les chefs possédaient encore toute leur puissance dans les centres où l'initiative du commerce local avait installé ses comptoirs. Ils y étaient censé faire la police et n'y organisaient que l'exploitation des agents européens et des traitants. La situation
devint telle que le commerce tout entier réclama en 1851 Tintervention effective de Tantorité militaire. C'est peu de temps après que fut ouverte cette ère des traité^i passés avec des chefs que nous connaissions à peine.
Le traité type fut signé à Bakel le l*' novembre 1857 par Faidherbe et Bakar, déjà roi des Dowich. Il y était prévu pour les chefs des trois nations maures : c Dowich, Brackna, Trarza » un droit de sortie de 3 0/0 à leur profit sur la valeur des gommes apportées de la rive droite dans nos postes du fleuve.
Par cette convention, les chefs maures avaient intérêt à empêcher leurs sujets d'aller vendre leurs gommes sur d'autres points que dans nos comptoirs, car ce n'était que dans ceux-ci que le gouvernement faisait percevoir le droit consenti. Aucun autre droit ne pouvait être exigé sous aucun prétexte, soit des commerçants, soit des bateaux, soit des établissements à terre par les chefs maures qui n'avaient à se mêler en rien de ce que nous faisions dans le fleuve ou sur la rive gauche.
D'autres traités furent successivement passés soit avec les chefs des groupements importants, comme les rois des Trarza, dos Brackna et des Dowich, soit avec de simples chefs d'escale comme les chefs des Oulad Ely qui commandaient Saldé ou Eaëdi.
Ces conventions nouvelles visèrent des cas particuliers, chez les Trarza, relatifs au rapatriement des naufragés de la côte Atlantique. Chez les autres, concernant la circulation des caravanes maures sur la rive gauche et des sujets français sur les territoires de la rive droite.
Cependant, comme nous l'avons déjà expliqué, des traitants qui avaient, au cours de leurs opérations, contracté des relations avec certains chefs et se les étaient attachés par l'importance des cadeaux qu'ils leur avaient faits avec les ressources de la maison qu'ils représentaient, rêvaient de s'établir à leur compte personnel.
N'ayant pas les ressources suffisantes pour s'organiser dans les escales sur le même pied que les redoutables concurrents contre lesquels ils voulaient lutter, ils réclamèrent la liberté entière du <x)mmerce dans le fleuve, c'est-à-dire le droit pour eux, comme pour les Maures, de faire des échanges partout où bon leur semblerait. Une pétition rédigée dans ce but fut bientôt couverte de signatures, la majorité des commerçants européens s'était ralliée
Les élèves sont ou -envoyés par leurs parents ou venus spontanément se gprouper autour du cheikh ou du marabout. Us suivent presque toujours leur maître dans ses déplacements^ transportent avec eux leur nourriture fournie par leur propre familla. Cependant les grands cheiks comme Sidia ou Saad Bon acceptent tous ceux qui se présentent, dussent-ils les nourrir eux-mêmes, si ceux-ci n'ont aucune ressource. Cheikh Sidia ne compte pas moins de 400 élèves ; il en est de même de Cheikh Saad Bou qui cependant est moins généreux.
Ces grands chefs religieux ne donnent pas directement l'instruction à leurs élèves ; ils ont pour les aider dans leur tâche des c Moqqadam » chargés de ce soin.
Le prix de l'enseignement du Coran est uniformément fixé à 300 francs. Il est, en outre, convenu que lorsque l'enfant saura par cœur un ou deux chapitres du Livre, les parents verseront une somme déterminée en acompte sur le prix total.
Quand les élèves ont terminé leurs études, ils subissent devant des moqqadam, appelés comme témoins, im examen à la suite duquel il leur est délivré un certificat par le cheikh qui les a instruits.
Les élèves venus de telle ou telle école sont plus ou moins renommés. Tous les talibé restent pendant leur existence dépendant en quelque sorte de leur ancien maître et lui paient c l'hadia ».
L' c hadia » est un cadeau, une offrande, une aumône que tous les musulmans donnent annuellement aux Chérifs — descendants de Mahomet — ou à leurs marabouts. Cette coutume aurait également existé chez certains chefs de pleuplades fétichistes. Ceux-ci faisaient des cadeaux très importants à des chefs renommés dans le but d'obtenir leur protection ou par peur de leur puissance extra humaine^
L'imiwrtance de l'hadia n'a rien de déterminé. La valeur en est laissée à la libre appréciation et à la générosité de chacun. Elle est presque toujours en rapport à la fois avec la puissance du cheikh qui la reçoit et la richesse du tolba qui la donne.
n s'est naturellement formé deux classes de chefs religieux; les cheikhs riches, puissants, célèbres, reçoivent de nombreux cadeaux : des captifs, des chevaux, des chamelles, des pièces de guinée et demandent l'hadia aux rois, chefs et notables ; et les marabouts moins connus s'adressent à toute la masse des tolba. Sou-
vent même ils n'ont pas besoin de quémander ; ils reçoivent les cadeaux chez eux sans se déplacer. Souvent aussi ils envoient quelqu'un de leur famille jusque dans les régions éloignées recueillir les offrandes des croyants.
Cette année encore, Iba El Mokhtar, neveu de Clieikli Saad Bou, circulait dans les provinces sénégalaises de la rive gauche du fleuve quêtant, exigeant même les aumônes des Toucouleurs et Sarrakolés musulmans. En 1899, ses demandes s'étaient produites sous la forme de telles exigences dans les villages du Fouta que le gouverneur général avait dû prendre contre lui une mesure d'expulsion. Non seulement il demandait l'hadia, mais il obligeait les chefs à lui faire des cadeaux onéreux et il lançait sa malédiction à ceux qui les Itii refusaient.
Cette année, Iba El Mokhtar a voyagé avec une autorisation du directeur des affaires indigènes. Il ne s'occupe point de politique et recueille seulement, avec autorité, les hadya des musulmans dans tous les pays qu'il traverse^ A Pété il a reçu 11 pièces de guinée, à Saldé 2 pièces, à Galoya 10 pièces, à Diaba 4 barriques de mil. Le tout est chargé sur des chameaux qui l'accompagnent et que ses suivants conduisent ensuite chez lui et chez son oncle, Cheikh Saadbou.
A Aguam Cival (cercle de Eaédi) il s'était marié en 1899 avec la fille du chef de ce village qu'il avait quittée ensuite pour retourner dans le Hodh après son expulsion.
Cette femme, étant restée trois ans sans recevoir de ses nouvelles, avait contracté un nouveau mariage avec un marabout du pays. A son passage dans le cercle de Kaédi, Iba El Mokhtar a attaqué le mari et le père de la jeune femme devant le cadi. L'affaire jugée à Orofondé par le cadi de Orgo (Bosséa) s'est terminée à son avantage. Le divorce a été prononcé entre le dernier mari et la femme incriminée et le père de cette dernière a été condamné à 400 coups de corde convertis, suivant Tusage en amende, pour s'être prêté au second mariage de sa fille.
Il ne me semble pas que tous les grands chefs religieux agissent ordinairement comme Iba El Mokhtar. La plupart du temps les chérifs distribuent généreusement autour d'eux la plus grande partie de ce que leur apportent les hadya.
On peut donc dire que les Chérifs se distinguent en deux groupes : ceux qui descendent de Mahomet et, par suite, ont une
origine sacrée fort ancienne^ ce sont les véritables Chérifs (ClLor&) et ceux dont l'origine plus récente remonte simplement à un grand marabout et qui vivent au milieu des populations dont ils ont g^gné le respect.
La qualité de Chérif est héréditaire pour tous les membres desoendant de la famille de Mahomet
Actuellement, cinq grands chefs religieux exercent au-deasuB ou à côté de beaucoup d'autres cheikhs une grande influence dans les tribus maures de l'ouest du Sahara. Leur famille, leur passé, leur caractère, leur fortune ont fait d'eux des autorités religieuses puissantes.
Ce sont : l"" à l'est, entre Goumbou et Oualata, Cheikh Sidi El Kheir, jouissant, ainsi que son frère Tarouad Ould Addarammi, chef des Talib Mokhtar, d'une grande autorité près du chef des Mechdouf ;
2^ Cheikh Sidia, chez les Trarza et sur la frontière du pays brackna qu'il habitait il y a cinq ans, avant que les démêfés rapportés plus haut l'eussent mis mal avec Ahmedou. Cheikh Sidia est un des chefs religieux des plus vénérés, des plus écoutés parmi les Maures et aussi des plus dévoués à la cause française ;
3® A Touazik, au nord du pays trarza et sur la route de TAdrar, Cheikh Saad Bou, un de nos plus fidèles auxiliaires, frère de Cheikh Ma El Aynine, de Sidi El Kheir et cousin germain de Mohamed El Fadel ;
é"" A Ouadan, dans l'Adrar, ce dernier Mohamed El Fadel qui longtemps nous fut hostile peut-être un peu à l'instigation des agents de la zaouïa de Fez ; bien que Mohamed El Fadel soit un élève de l'école Kadriya de Sidi Mokhtar El Kebir. Depuis deux ou trois ans Mohamed el Fadel paraît être revenu de ses préventions à notre sujet ;
6** Dans le Saguiet el Hamra, Ma El Aynine, frère de Sidi El Kheir et de Saadbou qui possède au milieu des Oulad Delim, des Begueibat et des El Aroussin une autorité considérable.
Ces cinq grandes influences religieuses ont toutes eu pour maître Sidi El Mokhtar de la confrérie des fiekkaya. Quatre d'entre eux, Sidi El Kheir, Mohamed El Fadel de Ouadan, Saad Bou et Ma El Aynine sont parents. Cheikh Sidia dont le grand-père, Sidia Ould Mokhtar, reçut toute son instruction d'un Kounti de l'entourage du même maître, a donc la même origine religieuse. Ils sont tous
Kadriyat D'ailleurs parmi les tribus maraboutiques, il n'y a gxière que les gens de la tribu des Idao Ali qui soient des Tidjiana.
Cheikh Sidi el Ebeir, se disant aussi descendant de Mahomet, vit près de Ooumbou avec son neveu Taourad Ould Cheikh Ould Addarammi, chef général des Talib Mokhtar. Tous deux ont une très grande autorité morale. Taourad prétend pouvoir, sans être attaqué, avec son chapelet seulement, c'est-à-dire sans armes, traverser tout le désert^ du Sahel au Maroc ou en Tunisie en portant les plus grandes richesses de la terre.
Ils habitent à quelques journées de marche au nord de Goumbou dans un pays où l'eau est abondante dans des puits nombreux, autour de Dar Es Salam, la mosquée élevée par la ferveur des croyants à la mémoire de Mohamed £1 Fadel, père de Sidi El Kheir et grand-père de Taourad.
Cette famille nous est entièrement acquise et s'emploie avec zèle au développement de notre influence dans la région. Sidi El Kheir est très écouté de Mohamdoul Mokhtar, chef des Mechdouf, et son action de ce côté pourra nous être fort utile.
Cheikh Sidia appartient à la tribu des Oulad Béiri, fraction des Tachaïte. Il est âgé de 40 à 45 ans. Il jouit d'un grand prestige dans le pays trarza et brackna malgré les difficultés qu'il eut avec les Diedjouba, marabouts guerriers appartenant au grand groupe des Oulad Abdallah. Son grand-père, qui avait été élevé à Tombouctou près de Sidi El Mokhtar, avait lui-même instruit son fils Sidi El Mohamed Khalifa, avec l'aide d'un chérif nommé Mohamdoul Hassan Ould Sidi Abdallah très versé dans l'étude des textes coraniques et des divers livres des commentateurs. A son tour Sidi Mohamed fit l'étude du cheikh actuel.
Cheikh Sidia est un homme d'un esprit éclairé et dont l'influence se manifeste surtout sur l'esprit des princes trarza des Oulad Ahmed ben Dahman, des Rakhala et des Eleub.
II habite ordinairement Taïgounit ou Boutilimitt où il s'était fait construire une habitation en pierre.
Cheikh Saad fiou Mohamed Fadel est le frère de Sidi El Kheir et de Ma El Aynine. Il est comme eux originaire du Hodh. La légende prétend que son père, qui tenait de Mahomet le don de prédire l'avenir, lui dit un jour que sa fortune et son renom croîtraient lorsqu'il se serait fixé au cœur du pays des trarza. Saad Bou partit. Il eut des débuts pénibles. Les marabouts du pays lui fixent
hMS MAURSS 10
d'abord une oertaine opposition ; mais il sut cependant s'imposer assez rapidement par l'étendue de son savoir et la noblesse de son caractère.
Il fonda du temps de l'émir Sidi M'Borika, vers 1865, le village de Touazick, dans TEmelil Boukerch, sur la route ordinaire des caravanes qui vont du Sénégal à l'Adrar. Dans ce village, il fit venir de.«j maçons et construire une maison en pierre. C'est là qu'il vit le plus généralement*.
Saad fiou est à peu près âgé de 60 ans. Il a de nombreux enfants dont huit fils sont particulièrement connus : El Takhana, El Addartunmi, Sedatti, Mohamed Fadel, Aloualy, Mohamed Ma El Ajrnine, Sidi fiouya et Bou Mana.
Il entretient des relations avec son frère Ma El Aynine, du Saguiet El Hamra. Pendant plusieurs années, ces deux frères avaient vécu en mauvaise intelligence à la suite d'un différend familial.
Ils avaient depuis longtemps contracté l'habitude d'unir leurs enfants. Les fils de Saad Bou épousaient les filles de Ma El Aynine, mais jamais ce dernier ne consentait à ce que ses filles suivissent leurs maris. En 1896 ou 1897, Cheikh Saad Bou réclama la femme de son fils Sidi Bouya. Ma El Aynine refusa formellement et pendant plusieurs années la bonne harmonie qui avait régné jusque-là entre les deux frères fut rompue.
Cette querelle a cessé depuis déjà plus de quatre ans et les bons rapports d'autrefois ont repris entre les deux g^rands chefs.
Cheikh Ma El A3aiine est un peu plus âgé que son frère Saad Bou. Il habite le Saguiet el Hamra au-dessous de l'Ouad Noun et s'est fait construire dans la vallée de l'Ouad Tazaoua une vaste habitation en pierre à Samara que quelques cartes désignent aussi sous le nom de Ouessin.
Ma El Aynine s'est acquis une réputation considérable qu'il a su grandir encore par les relations qu'il entretenait avec Dahman Ould Beyrouk, caïd de l'Ouad Noun et avec la cour chérifienne. Il fit plusieurs voyages à Glimin et entre autres à Marrakhech oii il fut reçu avec magnificence. En 1896, le Maghzen ne cachait pas le vif désir qu'il avait d'acquérir l'appui de ce cheikh et d'établir par lui Tautorité de l'empereur du Maroc sur les pays voisins du Sénégal. En 1900, il fut convié à Marrakhech pour assister à la nomination du remplaçant du grand-vizir décédé.
Bans sa correspondanoe avec Saad Bou, Ma El Aynine ne parait pas vouloir nous être hostile tant que notre situation ne changera pas. Il laisse cependant sous-entendre qu'il ne nous verrait pas avec plaisir pénétrer sur les territoires qui sont jusqu'à ce jour restés indépendants.
D'une manière générale, le fanatisme aveugle pèse sur toutes cep populations du N.-O. saharien bien plus que sur les autres groupements du désert occidental.
Cheikh Mohamed Fadel est cousin germain de Saad fiou et de Ma El Âjnine. Il habite les environs de Ouadan dans l'Adrar. Il jouit dans le pays, à Atar, Chinguetti et Ouadan, d'une influence assez puissante qui s'étend jusque dans la région de Tichitt^
Longtemps Mohamed Fadel nous fut ouvertement hostile. En 1898 encore, il avait adopté contre nous une politique d'opposition absolue. Ses idées semblent s'être modifiées. Lors de la mission Blanchet son attitude a été très correcte et sa correspondance avec Saad Bou nous le montre sous un jour favorable. C'est un appui à acquérir, car Cheikh Mohamed Fadel a une réelle autorité dans l'Adrar. Le chef et les habitants de ce pays sont des talibé et il intervient avec une voix souvent écoutée, dans toutes les graves questions de guerre ou de politique.
Mohamed Fadel est un agent à gagner à notre cause.
Au-dessous de ces sommités religieuses, on rencontre encore des marabouts qui jouissent aussi d'une certaine puissance dans le cadre plus restreint où s'exerce leur action religieuse.
Chez les Trarza, où il nous a été plus facile de nous renseigner a oe sujet, quatre marabouts de second ordre se distinguent par leur action politique.
Mokhtar Ould Baba Ould Mahamaden Ould Hamdy appartient \ la grande tribu maraboutique des Idao El Hadj, appelés sur les bords du fleuve les Darmancoré, nom que l'on a corruptivement francisé en celui de Darmancours.
Mokhtar fut instruit à la fois par son père et par un moqqadem nommé Alioune. Il hérita de l'influence morale que sa famille avait acquise dans le passé, notamment sur les tribus guerrières des Azouna, des Oulad Bolhi, Oulad Ehalifa, des Arouéjat et une partie des Oulad Ahmed ben Dahman.
Célibataire, il vit avec son frère Ahmet Ould Baba qui lui succéderait s'il venait à disparaître.
Dans la tribu des Oulad Daliman est né un homme dont la réputation a rapidement grandi chez les Maures par sa gp^ande connaissance des choses religieuses, son esprit de justice et la sûreté de aea jugements. C'est Mohamed Fall Ould Mahomaden Ould Âhmet El Akhad. Sa famille s'est toujours distinguée entre les familles rivales Je jurisconsultes musulmans.
Mohamed n'a pas d'héritier mâle; mais il garde et élève autour de lui des neveux : un entre autres, Mohamed Ahmet Yoro, qui semble son disciple préféré.
Il exerce son influence sur toutes les tribus des El Guebla et principalement sur le groupe des Zomboti qui lui paient régulièrement l'hadia.
Abd El Kahman Ould Moutali de la tribu des Tandakha est connu non seulement comme théologien et juge expérimenté, mais encore parce qu'il exerce la médecine chez les Tandakha et les Eleub qui lui donnent volontairement l'hadia.
Son frère Habib a une grande réputation de médecin parmi les Maures.
Abd El Kahman a environ 60 ans ; il habite à Toueïla, sur la route du Sénégal à l'Adrar.
Cheikh Sidi Mohamed Ould Amadou Ould Ahmet Ould Akhal de la famille des Oulad Baba Ahmet des Oulad Déïman habite Boudéfia à 90 kilomètres environ au N.-E. de Dagana. Il est allié aux Oulad Ahmed ben Dahman. Il fut instruit par le grand-père de Cheikh Sidia. Deux de ses frères Sidia et Médiana ont épousé des princesses des Oulad Ahmed ben Dahman, ce qui lui donne une certaine autorité sur cette tribu dirigeante des Trarza.
Peut-être serait-ce aussi le moment de citer ici le petit groupe de marabouts noirs, les Oulad Meurfal, qui occupent deux villages assez rapprochés l'un de l'autre sur les bords du marigot de Garrack.
Les Oulad Meurfal habitent le pays depuis de nombreuses années. La mémoire des griots les a toujours connus où ils se trou- -lent. Ils étaient déjà dans le pays lorsque les Trarza vinrent s'y établir et ils surent même, au milieu de cette invasion, se maintenir indépendants. Jamais un roi ni un prince trarza ne put obtenir ^'eux la moindre contribution et ils parvinrent à échapper à toute attion violente.
Au commencement de cette année (1902) à Guirn, près du tombeau de Mohamed Menni Ould Cheikh Ould Menni, à proximité
d'im lac situé à environ 150 kilomètres au N.-R du barrage de Mafou et à 80 kilomètres des passes du Tagant, il existait encore un marabout célèbre, Mohamed Mahmoud.
Mohamed Mahmoud, originaire de la tribu des Diedjouba, groupe des Brackna, était renommé par sa sainteté. La mort l'enleva dernièrement et aucun de ses fils ou de ses frères, ni Jaroulaye, son fils aîné, ni Mohamed Lamine, son frère, ne paraissent avoir hérité de l'influence que Mohamed Mahmoud possédait sur les tribus brackna et sur les fractions dowich. Il est probable toutefois que, d'ici peu de temps, un membre de cette famille saura reconquérir l'autorité, que les Cheikhs disparus avaient sur les populations voisines. Le seul qui se distingue, en ce moment, est le petit-fils de Mohamed Mahmoud, Moustapha Ould Mohamed El Mokhtar Ould Aïballah Ould Kadi, qui, âgé de 35 ans, rend la just^'ce au milieu des Brackna. Il a un certain nombre d'élèves venant de chez les Dowich, les Brackna et même de chez les Trarza ; mais il n'a aucune influence sur les tribus guerrières de la région.
En résumé, dans toutes les contrées voisines des territoires que nous occupons, les grands chefs religieux nous sont acquis et sont tout disposés à nous prêter le concours de leur prestige et de leur autorité. Sidi El Kheir, dans le Sahel, est un de nos agents de renseignements les plus utiles. Sur les rives du Sénégal Cheikh Sidia est prêt à nous seconder de tout son pouvoir. Dans l'intérieur. Cheikh Saad Bou nous a donné déjà de trop r ombreuses preuves de sa sjonpathie pour que nous ne le considérions pas comme un allié précieux. S'il existe quelques esprits fanatiques qui nous soient irréductiblement hostiles, comme Mohamed Yayé, ce marabout remuant de Oualata dont il a été déjà parlé précédemment et qui a certaines intelligences dans les centres de Goumbou et de Sokolo, ce ne sont que des hommes de peu d'influence dont l'opposition pourrait être facilement combattue^
Tous les marabouts — et il faut entendre ici tous les Mauies tolba seulement — ont une tendance non seulement à se rapprocher de nous, mais à nous demander une protection effective qui leur devient de jour en jour plus nécessaire, contre les tribus guerrières qui les exploitent. Il n'existe pas chez les Tolba d'idée religieuse opposée à notre œuvre de pénétration. Au contraire, les tribus maraboutiques qui se , livrent à l'élevage, au commerce, aux
pratiques de leur culte, ne demandent que la paix; la tranquillité, la sécurité pour leurs biens et pour leurs personnes.
Aujourd'hui que les populations maures ont sous les yeux dans les pays occupés et administrés par nous, Texemple de la liberté religieuse que nous laissons — x>^ut-être même avec une trop grande latitude — à nos populations soudanaises et sénégalaises qui professent le mahométisme, elles souhaitent de nous voir intervenir efficacement pour les délivrer du joug que des bandes pillardes et des princes tyranniques leur imposent