‹ Les Maures de l'Afrique occidentale françaiseChapitre 7 sur 20 · OULAD ABDALLAH · texte numérisé non relu

OULAD ABDALLAH

Brackna. -« Brackna indépendants :

Nokhmakh. — Oulad Ahmet — Oulad Ely, — Liiama.

Population approximative des Oulad Abdallah : 50,000.

Brackna.

Population totale, 40,000; — guerriers : fantassins, 5,576; cavaliers, 120.

Eoi : Ahmedou Ould Sidi Ely.

Situation géographique. — Le pays occupé par les tribus des Oulad Abdallah, dont les Brackna forment la branche la plus connue et la plus impoi*tante, s'étend depuis l'île de Lamenayo jusque et au delà même de Kaédi.

Les Brackna en occupent toute la partie occidentale depuis le marigot de Borowadji un peu en aval de Doué jusque devant l'extrémité est de l'île à Morphil à peu près. Au nord, une vaste étendue désertique les sépare des autres tribus.

Au point de vue physique, le pays brackna peut se diviser en deux régions distinctes : la région occidentale, très accidentée, surtout dans le N. et dans le S. et le S.-E. la région des plaines et des plateaux uniformes.

Les accidents de terrain de la première de ces régions seraient formés par un système de collines ayant une direction générale du N.-K au S.-O. et se présenteraient sous l'aspect de chaînons inter-

rompus. Cependant, certaines d'entre elles auraient une longueur de 150 à 200 kilomètres.

Les plateaux et plaines de la deuxième région s'étendent vers le fleuve et finissent par les terrains d'alluvion.

Dans tout le pays brackna, sauf dans sa partie nord, les eaux souterraines ou à fleur de terre se trouvent en abondance dans des puits peu profonds, des mares, même des sources et des ruisseaux. La région S.-E. est traversée par plusieurs marigots issus du fleuve.

Dans les vallées formées par les chaînes ou chfidnons de collines les mares conservent l'eau jusqu'en mars^ avril et même quelquefois jusqu'en mai et dans leur sous-sol on rencontre fréquemment de l'eau douce à 3 ou 4 mètres et cela pendant toute l'année.

Enfin, à l'extrémité N.-E. du pays, des sources surgissent des bords du plateau du Tagant et des ruisseaux naissent, périodiques pour la plupart.

L'un d'eux cependant qui coule à Zereïfa aurait de l'eau toute l'année^ Le plus important de ces ruisseaux a un cours de 120 kilomètres et se déverse dans le lac Aleg, à 70 kilomètres au nord du fleuve. On désigne même cette région sous le nom de l'Ouad.

La végétation, très abondante dans les vallons bien arrosés de la partie centrale, est nulle en presque tous les autres, principalement dans le Nord.

Les principales essences de cette contrée sont les gommier? verecks, les acacias non gommifères, les baobabs, les singh, les mama (ouoloff), arbuste épineux produisant une gomme odorante. C'est l'arbre le plus commun dans toute la partie occidentale.

La plus grande partie • des terrains de l'intérieur du pays brackna se prêterait admirablement à la culture des aracbides, de Favis des indigènes qui connaissent et le pays maure et le Sénégal du Sine au Djoloff. Plus on avance vers l<e Tagant, plus le sol est fertile, avec cependant de grandes étendues très déboisées et très arides.

Organisation politique, — Les Brackna ont une organisation politique un peu différente de celle de leurs voisins, les Trarza.

Il n'existe pas chez eux de tribu dirigeante, de tribus guerrières, de princes ni de tribus exemptes de redevances annuelles.

Le pays est conduit par les Oulad Abdallah. Les diversee branches de cette grande famille ont chacune leurs baratines.

Les Oulad Abdallah se divisent en 5 groupes :

Les Oulad Seïd 517 hommes en état 49 chevaux.

de porter les armes.

Les Oulad Manssour. 111 -- 3 —

Les Oulad Ely P

Les Oulad Ahmed... 129 — 35 —

Les Oulad Nokhmakh. 132 — 26 —

Les baratines des Oulad Seïd sont :

1^ Les baratines Tanach, «hef : Tiouleye ould Yarague ; 2® Les baratines Aréitna, chef : El Bilal ; 3"* Les baratines El Ebaïta, chef : Kouvairy ould Mohamet ould Sega;

4"* Les baratines Oulad Seïd, chef : £1 Baba Ould Douvaika ; 5^ Les baratines Sakhren, chef : Sidi Ould Habend.

Les baratines des Oulad Manssour :

V Haratines Hamra, chef : Mouhamel Amar ;

2* Haratines Eabal, chef : Beikheum ould Maleyvik.

Les haratines des Oulad Ely :

l"" El Mobayssar ;

2** Zeïloufa, chef : Birahim ould Taly.

Les haratines des Oulad Ahmed :

V Limbeïbak, chef : Meydama ould Hamid ; 2"" El Hameid, chef : Ould Louly ;

3'' £1 Bissaïd ;

4<» El M'Barik, chef : Ould Hamid ;

5"* Oulad Yarague.

Les haratmes Oïdad Nokhinakh :

V El Guetta, chef : Leimane ould Yaragne ; 2» El Seneiba;

3^ El M'Beïdali ; 4* Oulad Ouaïclie ; ô"* Oulad Bakar.

Les tribus maraboutiques :

Les Diedjouba comprennent 9 grandes familles

V Idiadj Fakha ;

2" — Fakha Birahim ;

S'» — El Guidami ;

4'» — ElHassia;

5» — El Mouhamadane Ousman ;

& — ElKhadi;

T" — Zenazik;

8* — El Guidavouail ;

9* — Tanazik.

Les Taguinit se divisent en 8 familles :

P El Fakha-Houmeut ;

2'' £1 Babou ;

3"" Liguidaly-Matalita ;

4° Igounatane ;

5*» Talaba ;

6** Guindaya;

7*» El Madjo ;

8» Dakhba Sirine.

Les Torkoz comportent 5 groupes :

l"* Les Bararka ;

2? Lakounaribé ;

S" Oulad Sidi Ahmet ;

4« El Bouhia ;

e^" El Ahmet SoubeuL

LXSMAURBS

Lee Idao El Hadj sont diyisés en 4 groupes

1** Zoubeïrate ; 2^ Kboudor ; S"" Bajekhala ; 4** Araline.

Les autres tribus maraboutiques^ dont beaucoup ne sont que des fractions de tribus répandues un peu dans tous les grands groupes maures, sont les suivantes :

Tendekha ;

TirigouToune ;

Dakhania ;

Idab el Hassan ;

Hijaj-Tignare et Hijaj Gueur-Gueul ayant des sous-fractions : les Donaïnine, les El Gorgol et les Bassiguidi ;

£1 Gassery ;

Takhaylaba ;

Daravate ;

Dakbzembou, sous-fractions : les Oulad Moïjine et les Dabamkhare ;

El Banaya ;

Deïboussat, sous-fraction : Oulad Moussani;

El Barrikallah ;

Tadjakant, sous-fractions : Oulad Ahmet Tadjakant^ Eemadine Daïssouf, Debija ;

Diedjouba, tribu importante de marabouts portant les armes ;

Soubak ;

El Talib Mobamet ;

Deïlik ;

Degueuj Mola Toibo ;

Toumdeuk Beïda, sous-fraction : Toumedeuk Eahel ;

Semtouma, sous-fraction : Deugu Ba Amar ;

Hinjamera ;

Tagat, sous-fractions : Davach; El Tabib-jiddou, Deimbek et El Bou Issa ;

Cborfa ;

Chorfoutou Nouajir.

Iflsa Bouna ;

£1 Baba ;

El Boubça ;

El Hadj Ould Bouda.

Idao £1 Hadj, Bous-fractîons : El Oulad El Hadj, El Abdoul Eadir, El Djeylani, Souaker, Tenekhda, El Sahib, El Hamam, Haymedoum^ El Abmet Ouîssa, Lahajeilat Tolba, Lahajeilat Hassan et El Ahmed Atty.

Tounvajib ;

Ligoilagouma ;

Debounassar.

Les Zenaga se divisent en 2 groupes ebez les Brackna. Les Zenaga des tribus guerrières et les Zenaga des tribus maraboutiques.

Les premiers sont désignés sous le nom général de Touabirs, ce sont :

Les Oulad Kehel, sous-fraction : Hamanita;

Les Anouazir, sous-fractions : El Hamady, Oulad Amini Loumajina.

Les Degueuj Meul Hassan qui marchent toujours avec les Anouazir.

Les Oulad Yora Labihat, sous-fraction : Lekh-lassate.

Les Oulad Mouhaymedate qui sont aussi les Oulad Yora, mais se distinguent de la première branche; sous-fractions : Sebahime, Oulad Brahim Ladeum, Mineylate Lemrajigue.

Les Zenaga des tribus maraboutiques sont :

Les Araline, sous-fractions : Ijcs Sebihat, Oulad Maham et les Tabote Hassan;

Les Tabote Diedjouba;

El Hasba;

Guidallah;

Silika;

Bassine;

Barinia.

D'après les renseignements les plus récents^ la population des Oulad Abdallah pourrait être évaluée à environ 50,000 âmes. Mais ce chiffre ne comprend pas seulement les Brackna, il englobe anaai toutes les autres fractions indépendantes : les Nokhmakh, les Oulad Ahmed et les Oulad Ely.

En ce qui concerne les Brackna proprement dits, c'est-à-dire les partisans d'Amédou^ les forces guerrières se décomposent ainsi :

Oulad Seïd 628 hommes armés. 62 chevaux.

Araline 206 — 5 —

Touabir 297 — 20 —

Dîedjouba 4,646 — 30 —

Total 6,776 hommes armés. 107 chevaux.

Ces forces sont incapables de cohésion.

Bakar, chef des Nokhmakh compte avec lui :

Oulad Nokhmakh 123fusils. 26chevaux.

Touabir 136 — 25 —

Il reste le groupe des indépendants qui se maintiennent à peu près aussi éloignés de Bakar que d'Ahmedou; ce sont les Oulad Ahmed — la branche bâtarde — comptant 139 hommes armés et 26 chevaux, et les Kounta Moutarambrine qui, bien que n'étant point des Oulad Abdallah, habitent les mêmes territoires et pourraient au besoin prêter leur appui à Bakar contre Ahmedou dont ils ont à se plaindre.

lies Eounta Moutarambrine ont 133 fusils et 26 chevaux.

Ahmedou disposerait donc de 6,776 hommes en état de prendre les armes et Bakar de 640.

ImpôUy tributs, redevances, — Chez les Brackna, les princes sont exempts de toute espèce de charges. Il n'existe pas, à vrai dire, de redevances fixes et bien déterminées que devraient au roi les tribus de Marabouts et de Zenaga. L'émir demande les choses qui lui sont nécessaires, lesquelles lui sont toujours données. C'est, en

somme, à peu près le même système que chez les Trarza. I^s haratines et les tributaires paient au chef de leur tribu respective une redevance qui est fixée annuellement à une pièce de guinée belge, valant en espèces 7 fr. 60.

Les tribus maraboutiques sont plus que les autres ménagées par le roi qui a d'ailleurs d'autres revenus.

Tous les terrains d'alluvion de la rive droite depuis Loboudou- Doué jusqu'au coude des Aleybés sont cultivés par nos populations indigènes qui paient au roi des Brackna d'abord le N'Diouldi, — droit de culture, fixé à une pièce de guinée filature X (6 fr.) avant de s'installer, — puis à la récolte l'assaka, c'est-à-dire le dixième des produits.

Ce dixième ne lui revient pas entièrement. En vertu de l'article 20 du traité du 12 décembre 1891, un quart fait retour aux chefs indigènes de nos provinces, un autre quart est abandonné par le roi des Brackna à son percepteur et le reste devient sa propriété.

D'après le silence du traité, les indigènes ne doivent pas le N'Diouldi au roi des Brackna ; mais ce dernier a tourné la difficulté, et ce qu'il ne touche pas comme roi, il le touche comme propriétaire. De plus, il s'est entendu avec certains villages et a traité pour la location de terrains particuliers. Ainsi le village de Diatal, 600 habitants, situé à 8 kilomètres en amont de Podor, paie 170 pièces de guinée filature X, soit 1,020 francs pour la culture d'un terrain nommé Bassal-Kha. Les habitants de Danaye, pour un autre terrain, ont payé cette année un cheval et un bœuf évalués ensemble à 400 francs; le village de Boyo (1,000 habitants) a payé 4 chevaux et 20 pièces de guinée environ 1,000 francs; le village de N'Dioum, 160 pièces de guinée et 1 cheval de race (près de 3,000 fr.); Thiéloo, 3 chevaux; Dodel, 1 cheval; Diana Alwaly, 300 francs et 1 cheval, etc. n n'est pas rare qu'après avoir fixé un prix et en avoir reçu le montant, Ahmédou mette encore les cultivateurs indigènes en demeure de lui payer individuellement une redevance.

C'est ainsi que l'année dernière, le village de Dioum ayant donné à Ahmédou une coutume de 160 pièces de guinée pour pouvoir cultiver certains terrains de la rive droite, le roi des Brackna a exigé avant la récolte le paiement individuel de 2, 4, 6, 12 et même 16 pièces nouvelles supplémentaires. Ceci n'empêche pas qu'après la récolte faite, les indigènes ont encore à payer la dîme de l'assaka.

Dans certaines régions le roi nomme des percepteurs. Ces emplois sont des places vénales. Pour être nommé percepteur, on fait au roi des cadeaux plus ou moins importants suivant la valeur de la place. Le percepteur de Tassaka pour les lougans cultivés sur la rive droite imr les habitants de Podor, Amet N'Diack, donne chaque année au roi, afin d'avoir cette charge, de 3 à 6 chevaux; un nommé Aminou, pour être percepteur de Tassaka des habitants de Diatal, a fait, cette année, cadeau à Ahmedou de 2 chevaux. Il a déjà été dit que, pour un seul terrain, les habitants de ce village paient 1,020 francs, à la suite d'un accord récent.

A tous ses revenus le roi des Brackna ajoute les droits qu'il prélève sur les coupeurs de bois. Ces droits sont fixés à 3 ou 4 pièces de guinée pour un chaland. Les laobés du pays paient une pièce de guinée pour chaque arbre abattu. Le percepteur chargé du recouvrement de ces redevances est un nommé Mokhtar Ould Ahmet Taka. Il prélève un sixième sur les rentrées.

Le roi des Brackna cherche donc toutes ses ressources, autant que possible, en dehors de ses sujets. Il a pour lui les redevances que lui paient ses baratines et ses tributaires comme tous les princes des Oulad Abdallah en reçoivent de leurs tributaires et de leurs baratines.

De plus, lorsqu'il est en guerre et que ses troupes victorieuses font des razzias, c'est lui, ou son fils le représentant, qui taille la part royale dans le butin. Il en est de même chaque fois que ses sujets ont opéré un pillage sur des caravanes de passage ou des tribus voisines^ ce qui arrive quelquefois.

n s'enrichit aussi du produit des amendes qu'il inflige. Chaque fois qu'un crime est commis, qu'il ait été ou non suivi de mort d'homme, dès qu'il y a eu effusion de sang, le roi inflige au coupable une amende qui n'est jamais inférieure à 50 pièces de guinée.

C'est ce qu'on appelle l'Erkios.

Ceci est indépendant de la Dia — prix du sang — qui doit être payée aux parents de la victime et sur laquelle le chef de la tribu prélève le tiers. La dia, comme partout, est payée par les parents du coupable, du côté paternel.

Dans les cas de vol, commis par un brackna au préjudice d'autres brackna, c'est encore le roi qui intervient et qui frappe le voleur d'une amende d'au moins 20 pièces de guinée et l'oblige à la restitution ou au paiement des objets volés.

— SS- II n'est pas perçu ordinairement de droit de culture pour tous les sujets brackna qui cultivent ou font cultiver par leurs captib sur le territoire d'Ahmedou.

Cependant trois familles princières : les El Amar Lebachi les El M'Eliaitir et les El Eliadouss, toutes trois des Oulad Seid, imposent à des tribus maraboutiques qui leur ont autrefois demandé leur protection, des droits de culture qui sont d'un matar (1) i>ar lougan et par famille.

Cette liberté laissée par le roi à ces trois familles princières vient de ce que c'est chez elles qu'il trouve un soutien constant quand il veut faire la guerre.

Les Amar El Lebacli touchent ainsi des redevances des trois tribus maraboutiques des Taguinit, des Deiboussat et des Debounassar.

Les El M'Ebaitir reçoivent les mêmes tributs des Akh Zeimbou, marabouts qui cultivent à Diaouzal et Rassal Kra.

Les El Kboudouss ont leurs droits de culture des Chorfos et des Darégné.

On évalue pour chaque famille princière le revenu de cette sorte d'impôt à 12 ou 1,500 kilos de mil.

Les Zenaga, comme partout, sont les plus exploités et particulièrement les Touabir, commerçants et guerriers qui sont mis à contribution non seulement par le roi des Brackna, mais chaque année aussi par le roi des Dorvich. C'est ainsi que, cette année, les Touabir, qui vivent avec les Brackna indépendants et comptent environ 200 à 250 fusils, ont payé à Ousman Ould Bakar 100 moutons et 100 pièces de guinée.

Généalogie des Oulad Abdallah.

Nokhmakh, Braekna, Oulad Ely, Oulad Ahmed.

Histoire. — On sait peu de choses encore de l'histoire des premiers rois brackna. Ils se succédèrent d'abord de père en fils, ou

(1) Un matar = 50 kUos.

Mohamed el Habib^ allié avec les gens du Oualo et les Toucouleurs du Fouta^ ne tarda pas à mettre en déroute son frère Abmet Leygat et ses défenseurs brackna qui^ vaincue, lui demandèrent la paix. Il la leur accorda^ après avoir razzié le pays^ renversé Mohamed Eedjel qui cependant avaH été hostile à l'insurgé, et il plaça comme chef des Brackna le neveu de Eedjel^ Mohamed Sidi qui tout jeune encore avait sollicité sa protection.

Mais Sidi Ely^ fils de Ahmedou I^, avait grandi. Ses partisans l'opposèrent aussitôt à Mohamed Sidi et, pendant plusieurs années, les luttes continuèrent. Des combats eurent lieu à Moukh Lifa, Foni, Lifar, M'Bargou au-dessus de Kaédi; Diab-Diola, Djegueti Mounadji (dans l'Ouad) et à Kindelek au nord-est du lac Cayar ; mais chaque fois Sidi £ly fut défait. Cela dura près de neuf ans.

Pourtant, par l'intermédiaire des chefs toucouleurs de Fodor et de Tiofy, le jeune Sidi Ely fut mis en rapport avec les autorités françaises. Le gouvernement cherchait justement à renouer des relations d'amitié avec les Brackna qui, à l'instigation de Mohamed £1 Habib, entretenaient un constant état d'hostilité contre nous. Déjà six ans plus tôt, en 1850, nous avions eu la pensée un instant de maintenir les droits de Sidi Ely. Dès que ce prétendant fut entré en pourparlers avec le gouverneur du Sénégal, des troupes furent expédiées à Fodor et pendant les années 1856 et 1857, de nombreuses rencontres se produisirent qui ne tardèrent pas à épuiser let Maures. En novembre 1857, le gouvernement signait un traité avec Bakar, roi des Dowich, lequel promettait de décider les rois brackna et trarza à accepter les mSmes conditions qui devaient plus tard constituer dans tout le fleuve le régime dit t des Escales i.

En 1850, Mohamed Sidi signait, le 10 juin, un traité analogue à celui passé avec Bakar, et le gouvernement en faisait signer un semblable à Ely pour le cas où il triompherait de son rival, ce qui ne tarda pas. En effet, cette même année, Sidi Ely ayant envoyé des messagers à Mohamed Sidi pour lui annoncer qu'il était décidé à faire sa soumission, Mohamed Sidi se déclara prêt à le recevoir. Cette cérémonie eut lieu au milieu des réjouissances générales, mais un mois plus tard le 13 décembre au cours d^une promenade qu'ils faisaient tous deux, Sidi Ely tua Mohamed d'un coup de fusil et rentra au camp, où il fut aussitôt acclamé roi des Brackna.

A quelque temps de là, Ely envoya annoncer son avènement par un zénaguî nommé Eliayïna ould Babou à l'émir des Trarza. Sidi

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Dowich répondit : c Tous êtes tous mes tributaires, je ne veux me battre contre aucun de vous i.

Cependant le contact ne devait pas tarder à se produire^ cherché d'ailleurs par les deux partis. Vers le milieu de mars 1899 Ould Neibatt, à la tête des Oulad Yora, vint attaquer Hamdel £hali{a qui se trouvait avec les Oulad Uabel près de Fondé Eliman. Les Oulad Oabel furent battus^ Ehalifa se réfugia à Saldé. Mais les Oulad Yora ne s'illusionnaient pas sur la force de leur armée ; ils se rendaient parfaitement compte que leurs adversaires allaient avoir de grands renforts. Aussi, après leur victoire, demandèrent-ils la paix aux Oulad Gahel qui mirent pour condition que Nelbatt serait chassé.

Les Oulad Yora refusèrent, et les escarmouches et les pillages recommencèrent.

Âhmedou, roi des Brackna; que le chef des Oulad Gahel voulait entraîner avec lui, refusa de marcher pour ne pas se lancer dans des aventures dont l'issue aurait pu lui être fatale. Cependant les Ânouazir lui ayant fait un cadeau de 2,000 pièces de guinée, soit 12,000 francs, il accepta de leur envoyer des renforts, mais refusa de les accompagner. Les Oulad Yora, apprenant ce qui se passait, lui firent également des offres qu' Ahmedou accepta en partie, s'engageant à rester neutre ; mais ses guerriers avaient déjà rejoint les Anouazir et ensemble avaient attaqué le camp des Oulad Yora. L'affaire fut sanglante, il resta sur le champ de bataille de Segar 167 morts. Les Anouazir furent battus. Les gens d'Ahmedou revinrent vers lui et le décidèrent alors à intervenir pour les venger. Au mois de juillet 1901, Ahmedou forma une colonne de tous ses guerriers et des Diedjouba, commandée par son frère Erara et par son fils Ould Assas. Les Oulad Yora ne purent leur résister et se dis- X)ersèrent.

Depuis ce temps les Oulad Yora cherchent l'occasion de prendre leur revanche. Us sont alliés avec les Oulad Nokhmakh commandés par le jeune Bakar, rival d'Ahmedou. avec les Oulad Ahmet et avec les Eounta Moutarambrine.

En résumé, à l'heure actuelle, les Anouazir sont auprès d'Ahmedou décidés à être à la tête des Oulad Yora, c'est-à-dire à ce que leur chef soit reconnu l'arbitre suprême dans les réunions des chefs touabir. Les Oulad Nokhmakh veulent renverser Ahmedou et donner pour roi aux Brackna le jeune Bakar Ould Ahmeïda^ descendant

de la branche aînée des Abdallah. Les Oulad Ahmet qui^ depuis plus de vingt ans, sont les adversaires des Oulad Seïd et par con* séquent d'Ahmedou, consentent à servir les intérêts de Bakar^ à la condition d'être commandés par leur chef Mohamed ould Boubakar et de rester indépendants.

Les Eounta-Moutarambrine, tribu de l'intérieur qui vit depuis quarante ans sur le territoire français de la rive droite^ en face du Lao et des Irlabés, ne demandent que le calme et ne sont les ennemis d'Ahmedou que parce que celui-ci les a pillés, razziés et en 1895 a assassiné un de leurs princes.

Four être complet, il convient de relater les faits qui ont envenimé au cours de ces dernières années l'inimitié héréditaire des Oulad Seïd et les Oulad Nokhmakh. En 1891 des difficultés de tous genres avaient remis en armes les deux tribus ennemies. Krara^ frère d'Ahmedou, s'était mis en marche vers le camp des Nokhmakh, établi à mal un peu à l'est du lac Aleg. En apprenant l'arrivée de Erara, Birahim ould Ahmeïda quitta le camp et marcha à la rencontre de son adversaire. Fn combat singulier s'engagea au cours duquel Birahim fut tué d'un coup de feu par un haratine nommé Abdou Moulana qui accompagnait le frère d'Ahmedou^

Dix ans plus tard au commencement de 1900, le jeune Bakar, accompagné de 6 hommes dévoués, pénétra au milieu de la nuit dans le camp de Mohamet Ahmedou, frère du roi des Brackna, et s'approchant de la tente où son ennemi était endormi, il le tua d'un coup de feu en criant : c C'est moi Bakar, fils d' Ahmeïda, qui viens de tuer Mohamet, frère de l'assassin de mon frère ! i

Oulad Ely. — Dans la région des terres d'alluvion qui s'étendent sur la rive droite du Sénégal entre Ergueig Ould Soula Boubou, devant l'embouchure du marigot de N'Diérer, à l'est de Aoudem, marais sîlué en face du village de Ouallah, en aval de Saldé, vivent les tribus maures des Oulad Ely. L'afFtout Chergui firme la limite septentrionale de leur territoire de parcours.

Les Oulad Ely, qui ne sont qu*une fraction des Oulad Abdallah, ont été autrefois très puissants. De nos jours ils sont réduits à quelques groupes peu nombreux et sans grande influence. Cette influence est divisée encore par suite de leurs dissensions.

Ss sont, en effet, partagés en deux camps : les Oulad Ely Bouïd

(blancs) commandés par les Naceri et les Oulad Elj Eoheul (noirs) dirigés par les Eyba.

Les Oulad Ely Bouïd comprennent comme familles ^errières :

l"" Les princes Oulad Ely Naceri. 8 hommes armés.

2« Les Arhahla 60 —

3"" lies Lehjourat, anciens tribu-

tairesy devenus guerriers 40 —

4** Les Oulad Issa^ anciens tributaires, devenus guerriers et les baratines :

El Bakar Ould Ely 15 —

Haratines El Naceri 15 —

Total 148 bommes armés.

Les Oulad Ely Eobçul comprennent :

V Les princes Oulad Ely Eyba... 3 hommes armés. 2^ Les Oulad Aïd, anciens tributaires 100 —

3* Les Limhaïsser 30 —

4^ Les Zeiloufa 20 —

5° Les haratines Ould Eyba 15 —

Total 168 hommes armés.

Depuis 1897, les Oulad Ely Eoheul se sont retirés chez les Brackna près d'Ahmedou.

Les Oulad Ely Bouïd sont commandés par Lnohamed Ould Filali ; les Eoheul, par Sidi Ahmet Ould Eyba.

Sur le territoire des Oulad Ely, on rencontre des camps appartenant aux tribus maraboutiques suivantes :

Les Hijaj ;

Degueuj Mola Toibo ;

Toumdeok ; Semtouma ; Hinjamera ; Tagat.

Ces marabouts paient au chef des Oulad Ely une redevance annuelle d'un matar (50 kilogr.) de mil par chaque lougan qu'ils cultivent et, pour tous les troupeaux de moutons, un droit de passage fixé à un mouton moyen par troupeau. Ce droit est payé au moment où les eaux se retirent quand les troupeaux vont paître dans le Raggs

Imohamed Ould Filali touche du gouvernement français comme chef de l'escale de Kaïdi, une coutume de 500 pièces de guinée, 3,000 francs.

LES OULAD ELLY

Les Oulad Ely, comme les autres fractions des Abdallah^ telles que les Nokhmakli et Oulad Ahmet, s'étaient fixés dès le début sur les territoires que les El Naceri occupent encore aujourd'hui. Pendant plusieurs générations ils vécurent groupés sous le commandement de l'aîné de la famille. Mais au commencement du xix* siècle, à une époque qu'il a été impossible de préciser, des dissentiments s'élevèrent entre Brahim, chef des Oulad Ely et son cousin Imhaimet de la branche des El Naceri. Les Oulad Ely se divisèrent, les uns restèrent fidèles aux Eyba, les autres apportèrent leur concours aux Naceri. Cette séparation se produisit d*abord sans lutte sanglante, mais bientôt les esprits s'envenimèient et les motifs les plus futiles les amenèrent à prendre les armes les uns contre les autres.

Les Eyba qui, les premiers, vinrent s'établir sur les bords du Sénégal, au milieu de nos populations indigènes, furent appelés Koheul, c'est-à-dire noirs ; les Naceri, restés dans le nord, prirent, par opposition, le nom de Bouïd^ qui signifie blancs.

La mort de Imhaimet, pas plus que celle de Brahim, ne réussit à les réconcilier. Sidi Eyba, qui succéda à son père, et Filali eurent plusieurs fois l'occasion de se rencontrer. Une dernière fois Sidi Eyba y perdit la vie. Les Naceri s*étaient alliés aux Nokhmakh pour abattre leurs adversaires qui se trouvaient sur la rive droite en face de Davoualel (Ebiabés). Bientôt acculé au fleuve, Sidi Eyba tenta de traverser l'eau pour échapper à ses ennemis ; mais un de ses parents, Ousman, qui était dévoué à Filali, le saisit par les

pieds et, l'entraînant dans le courant^ se noya Yolontairement pour le perdre avec lui%

Après la mort de Sidi Eyba, il se produisit un fait pour le moins inattendu. Les Noklimakh, qui avaient aidé les Naceri à triompher des Eyba, exaltèrent si haut leur victoire et leur valeur en injuriant même leurs anciens alliés^ que ceux-ci s*unirent aux Eyba qu'ils venaient de battre et marchèrent sous la conduite de Filali, seul chef des Oulad Ely, contre les Nokhmakh. Ces derniers furent battus à Oudeye El Kherban» mais Filali y perdit son frère Âfoulouat. Pendant dix ans les hostilités reprirent de loin en loin^ les Nokhmakh avec l'aide de quelques gens des Oulad Ahmet et des Abakak, et les Oulad Ely avec les Oulad Seïd et les Oulad Manssour. Cette guerre cessa vers 1858, peu de temps après la mort de Filali. C*est Samba, père du chef actuel de l'escale de Kaédi, qui la termina en remportant une victoire décisive sur les Nokhmakh.

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Bien qu'unis pendant la guerre, les Oulad Ely n'en conservèrent pas moins leur chef respectif, dans chaque parti. Les Sidi Eyba gardaient Imhaimet Ould Sidi Eyba, qui touchait à Saldé la coutume payée par notre gouvernement au chef de cette escale et les Naoeri vivaient sous l'autorité du vieux Samba. Ce dernier mourut brusquement vers 1860 et son frère, M'Bark Ould Filali, lui succéda sans obstacle.

A cette époque les Oulad Ely vécurent réunis sous le commandement suprême d'Imhaimet Ould Sidi Eyba. Pendant toutes les expéditions du Fouta^ Imhaimet ne cessa de prêter son concours à nos adversaire». Le 7 février 1863, il combattit nos troupes dans les rangs des partisans d'Âbdoul Boubakar. En 1881, lorsque ce chef s'opposa à l'établissement de la ligne télégraphique de Saldé h Matam, Ould Eyba marchait encore à ses côtés. Ils furent enfin défaits à N'Dourbadian sur la rive gauche du fleuve et deux mois après, Imhaimet signa un traité de paix avec le gouvernement français, s'engageant à rester notre allié fidèle, à refuser asile sur la rive droite aux Bosséa, dans le cas où nous leur déclarerions la guerre, à protéger les caravanes, etc., etc., pour quoi nous leur accordions une coutume annuelle de 400 pièces de guinée.

Imhaimet Ould Eyba vécut encore plusieurs années à la tête des Oulad Ely sans qu'aucune guerre importante vînt troubler la tranquillité du pays. Il mourut de vieillesse en 1884. Sa disparition amena encore la division des partis. Sidi Âhmet Ould Eyba, son fils, voulut lui succéder ; mais Imhamet Ould Filali, beaucoup plus âgé, chercha de son côté la chefferie des Oulad Ely. Ne parvenant pas à s'entendre, Imhaimet réunit tous les Naceri et s'éloigna dans TAfftout Chergui.

Sidi Âhmet ould Eyba demeura donc seul avec ses gens sur les bords du fleuve, continuant à toucher à Saldé la coutume que le gouvernement français avait accordée à son père. Au bout de quelque temps, désireux d'augmenter le nombre de ses sujets, il envoya vers Imhaimet des ambassadeurs pour lui offrir la paix et l'inviter à venir se réconcilier avec lui. Malgré sa grande méfiance, Imhaimet vint dans le Eagg (Fori). La réconciliation eut lieu ; mais quelques mois plus tard, au milieu de la saison sèche, Imhaimet fut avisé que Sidi Ahmet se proposait de le fai^ assassiner. Prévenu à temps, il prit des vêtements de femme et se cacha sous

la tente d'un ami dans le camp même de Sidi Abmet. Les envoyés de Sidi Ahmet, au nombre de trois^ arrivèrent une nuit au campement d'Imhaimet qu'ils crurent reconnaître endormi sous sa tente. Ils firent feu et tuèrent un nommé El Hassan Ould Moïssa, notable des Lehjourat qui s'y trouvait couché.

Après cet événement, Imhaimet se retira d'abord chez les Irlabés, puis, quand vint l'hivernage, dans le désert d'où il envoya du monde attietquer Sidi Ahmet. Les Oulad Ely Bouid, chargés de cette mission, surprirent près de Eaëdi les troupeaux des Eyba et les razzièrent. Des coups de feu furent échangés; mais les troupeaux restèrent entre les mains des ravisseurs. Des escarmouches se produisirent ainsi entre les deux partis des Oulad Ely pendant encore plusieurs années.

Lorsqu'on 1891, les troupes françaises furent de nouveau obligées d'opérer dans le Fouta contre Abdoul Boubakar, Sidi Ahmet Ould Eyb^ se joignit à nous avec ses cavaliers et Imhaimet, à l'arrivée des troupes, s'enfuit avec le chef du Bosséa chez les Chrattit dans l'Afftout Chergui. C'est à ce moment qiie Sidi Ahmet fut reconnu, par le gouvernement français, chef de l'escale de Eaédi et qu*îl lui fut accordé, en cette qualité, une coutume annuelle de ÔOO pièces de guinée, la coutume du poste de Saldé abandonné ayant été supprimée.

Mais sa conduite ne tarda pas à soulever des réclamations. Fourbe, intrigant et pillard, Sidi Ahmet indisposa contre lui d'abord l'administration par les rapports mensongers qu'il fournissait sur les Maures, s'entendant avec les tribus voisines pour faciliter les vols sur notre territoire ou pour faire disparaître les voleurs. Tous les traitants établis à Kaëdi furent exploités indignement par lui; il les forçait à lui faire des cadeaux sous la menace d empêcher les Maures d'apporter leurs produits dans l'escale. Les plaintes arrivèrent nombreuses au commandant du cercle de Kaëdi, malgré les avertissements répétés que ce fonctionnaire avait adressés à Sidi Ahmet. Finalement une enquête révéla que ce chef d'escale, chargé de veiller à la protection des caravanes auiour de Kaëdi, était le premier à faire piller les caravaniers, que les indigènes cultivant sur la rive droite étaient chaque jour victimes des vols qu'il organisait et que les traitants eux-mêmes n'échappaient pas à ses audacieuses entreprises.

Le gouvernement français n'hésita plus et au commencement de 1893^ Sicii Ahmet fut révoqué et remplacé par son frère Bakar. Il partit alors dans le Tagant.

Bakar n'était pas reconnu et installé par nous officiellement depuis plus de vingt-cinq jours que son plus jeune frère Mohamed Oïdd Eyba, sur les conseils ou les ordres de Sidi Ahmet, le tuait de trois coups de fusil au moment où il faisait son salam à 7 ou 800 mètres du poste militaire.

Mohamed Ould Eyba vint aussitôt se mettre entre les mains de Tautorité française qui le fit juger par le cadi supérieur. Pendant un mois, il fut maintenu aux fers sans qu'on pût savoir s'il avait eu des complices et il fut exécuté ensuite à Diabasala par 10 Maures et quelques indigènes. Il fut abandonné là sans sépulture, mais bientôt après on apprit qu'il n'était pas mort et qu'il s'était réfugié auprès de son frère, Sidi Ahmet, qui se trouvait alors chez les ABalak.

Le gouvernement plaça comme chef d'escale Ahmet Mahmoud Ould Pilali des El Naceri.

Sidi Ahmet, de chez les Abakah passa chez les Brackna, pendant que son frère Mohamed circulait dans le pays à peu près librement. Cependant, comme aidé de quelques Abakak, un an plus tard, Mohamed essayait de se faire payer des droits de culture dans le Fori, les Ghrattit s'en étant emparés, après une légère escarmouche, le remirent aux Oulad Ely qui l'exécutèrent à quelques kilomètres de Kaëdi et l'enterrèrent au cimetière de Touldé (1894).

Quelque temps après Sidi Ahmet Ould Eyba, quittant le camp d'Ahmedou, vint de nouveau s'établir dans le Bagg. Il y recommença bientôt ses intrigues et ses fructueuses opérations de pillage, grftce surtout à la mollesse et à Fimpéritie de Ahmet Mahmoud qui n'osa pas ou ne sut pas se faire obéir et lui résister. IJn assassinat fit cesser cet état de choses. En 1897, le gouvernement français avait un agent dévoué, Raddi Ousman — griot de la célèbre famille de Sedoum Ould N'Dlartou, des Dowich — qu'il employait pour ses renseignements et ses communications avec les èhefii maures. Déjà en 1894, cet agent secret avait été victime d'un attentat de la part d'un des fils de Bakar. Il y avait échappé, ayant eu seulement la langue et la lèvre coupées, ce qui l'empêchait à peu près de se faire comprendre autrement que par écrit. Or, le 26 mvm 1897, Baddi

Ousman, qui était alors intermédiaire entre Mokhtar et le commandant le Eaêdi et porteur de lettres du roi des Chrattit pour le gou- ▼emement français, s'était arrêté avec les Chrattit qui l'accompagnaient dans le campement de Balel pour y passer la nuit. Au leTer du jour, ils furent brusquement attaqués par des gens de Sidi Alimet; Baddi et 6 Chrattit furent tués, et les lettres dont Baddi était porteur furent remises à Sidi Ahmet.

La pusillanimité avec laquelle cette affaire fut conduite permit au véritable coupable d'échapper. L'administration voulait que les Chrattit arrêtassent Sidi Ahmet; les Chrattit, pour éviter les représailles des Ould Eyba, demandaient que le gouvernement français fît justice lui-même, l'attentat s'étant produit sur le territoire du cercle de Matam. Le cadi supérieur de Saldé, chargé de ce jugement, retint 4 coupables, 3 furent condamnés à payer la dia et le quatrième, Demba Larbo, à la peine de mort.

Sidi Ahmet, le vrai coupable, n'ayant pas été arrêté, le gouver* nement général crut devoir commuer la peine de Demba Larbo, en la déportation perpétuelle au Gabon.

A la suite de ces événements, Ahmed Mahmoud, dont la faiblesse avait été en x>artie cause de ces derniers incidents, fut relevé de ses fonctions de chef d'escale qui passèrent à son frère Imhaimet Filali, lequel les exerce encore, et il fut interdit à Sidi Ahmet Ould Eyba de rentrer sur le territoire du cercle de Eaëdi.

Depuis cette époque, Sidi Ahmet ne cesse de circuler autour de son ancien territoire; ses gens, comme par le passé, y commettent des vols non moins nombreux, quelquefois à main armée ; encouragé par la timidité des mesures que nous prenons dans le yBjSy i) cherche encore à nous circonvenir, et Imhaimet est obligé lui-même de veiller sur son entourage.

Litama. — Il existe encore entre Kaëdi et Matam une petite tribu indépendante des Oulad Abdallah, les Litama qui habitent en face du village de Omdaldé, sur la rive droite.

Ce petit camp comprend 9 chefs, leurs 7 enfants, leurs haratines et leurs captifs.

Les Litama ne comptent ni chez les Bouid ni ohes les Koheul. Ils se sont séparés des Oulad Ely depuis fort longtemps. A la suite

d'une discussion qui s'était élevée à propos d'un partage de butin et d'une femme refusée en mariage à l'un de leurs cliefs^ les Litama avaient pris les armes contre le chef des Oulad Ely. Dans la bataille qui s'ensuivit, ils tuèrent Eyba I", fils d'Ely et frère de Naceri, et furent cHassés par toute la tribu. Depuis cette époque ils ont toujours vécu à l'écart.

DOWICH : Abakak et ChraUit

Abakak.

Population approximative^ 16,000; — guerriers : cavaliers, 300; fantassins, 1,200.

Boi : Bakar Ould Soueïdi Ahmet.

ChratUt.

Population approximative, 20,000; — guerriers : cavaliers, 300; fantassins, 1,600.

Boi : Mokhtar Ould Alimed Ould Mokhtar.

Situation géographique. — Le Tagant, où vivent les tribus Dowich et aussi une partie des Kounta, est une région montagneuse, située entre le Baten et TAdrar, au Nord ; les pays trarsa et brackna à rOuest, l'Afftout Chergui, au Sud et Tlrgueiba et TAfFola dans l'Est.

Du côté du Sud et de l'Ouest, il n'est accessible entre de hautes murailles rocheuses, abruptes, que par des passes étroites que fréquentent les caravanes. Des sources nombreuses jaillissent au bas de ces montagnes et surtout dans l'intérieur du pays où elles facilitent les cultures diverses du blé, de l'orge, du maïs, du gros et du petit mil, des bérefs et des niébés. Tous ces produits sont vendus sur place, car ils ne sont encore cultivés qu'en petite quantité. Mais le pays est certainement très fertile. L'indigo et le coton y croissent spontanément. Une partie des montagnes est couverte de forêts.

Il existe deux oasis de dattiers où se sont d'ailleurs élttiéei^les deux seules villes du Tagant : Tijikjé et Bàchid.

Tijikjé est située à 450 kilomètres au N.-E. de Eaëdi dans une large plaine, de l'autre côté du massif du Tagant. Au milieu de cette plaine, qui s'inonde pendant l'IÛYemage, se trouvent des puils nombreux dans lesquels on puise, pendant la saison sèche, une eau claire et abondante à 4 mètres de profondeur. Tijikjé s'allonge sur le bord de l'oasis qui, plantée de dattiers, s'étend sur une longueur de plusieurs kilomètres, large en moyenne de 600 à 800 mètres.

Tijikjé mesure à peu près 2 kilomètres de longueur, se dirigeant du Nord au Sud. Elle comprend plus de 100 maisons en pierres, sans compter les habitaCons des captifs qui sont en pierres également. Toutes ces constructions, carrées ou rectangulaires, sont surmontées de terrasses sur lesquelles on accède par des escaliers. Elle n'est entourée d'aucune muraille d'enceinte.

Rachid est un centre beaucoup moins important, à 60 kilomètres au N.-O. de Tijikjé, habité surtout par les captifs kounta employés à la culture des dattiers. Ceux-ci occupent une étendue un peu moins grande que ceux de Tijikjé. La ville, également en pierres, est plantée sur un petit mamelon d'environ 30 à 40 mètres de hauteur.

Les dattes de Bachid mûrissent toujours un peu avant celles de Tijikjé dont on fait la récolte au commencement du mois d'août.

Il existait autrefois une troisième ville à Oasser El Barka au Sud de Ilachid et à environ 90 kilomètres à l'Ouest de Tijikjé. Cette ville a été abandonnée. Les dattiers, qui sont aussi très nombreux sur ce point, ont cessé de produire ayant cessé d'être soignés. Il paraîtrait cependant que depuis deux ans des Eounta se sont mis à les entretenir.

La plus grande partie des dattes récoltées est vendue dans le désert. Il en arrive cependant en petite quantité dans les escales du fleuve.

Le pays est riche en antilopes, en biches, en cobas, en gibier : lièvres, perdrix, cailles, outardes. Il s'y trouve aussi beaucoup de lions, de panthères, de chats-tigres, de hyènes, de chacals et de singes.

Les habitants du Tagant, Dowich et Kounta, se livrent surtout à l'élevage du chameau, du bœuf, du mouton et des chevaux.

Les chevaux surtout sont extrêmement renommés.

Lea principaleB races sont celles des Rajalat, Jereïbat, Matrouch, Doufeïnijat, Amama, Touerhat, Mourzheibat, Saïlat.

Le prix moyen d'un cheval d'une de ces races est d'environ 150 à 200 pièces de guinée, soit 1^00 francs.

Les gommiers commencent dans l'Afitout Ghergui à 30 ou 40 kilomètres au nord de Eaëdi, mais les grandes forêts dans lesquelles on peut marcher plusieurs jours de suite sans interruption se rencontrent dans l'Irgueïba, dans l'Affola et dans le Hodh.

Dans le Tagant proprement dit la gomme est de mauvaise qualité, et, du reste, il y a très peu de gommiers.

Organisation politique. — Les Dowich présentent entre tous les groupements maures du Sénégal, cette singularité que, s'ils ont subi comme leurs voisins, le mélange des races arabes et indigènes noires avec lesquelles ils ont été en lutte ou en rapport, ils n'en sont pas moins les descendants directs des anciens zénaga. Après avoir supporté pendant de longues années le joug des princes Oulad El Arbia — Oulad M'Bark, Oulad Nacer, Oulad Abdallah — ils ont reconquis au commencement du siècle dernier leur ancienne indépendance.

A rencontre des Trarza et des Brackna, ils ne vivent point sur les bords du Sénégal. Le pays sur lequel s'effectuent leurs déplacements constants, s'étend de l'Agan jusqu'à l'extrémité est du Tagant, et ils descendent pendant la saison sèche dans l'Ouad et l'Afftout Ghergui qui commence à une trentaine de kilomètres au nord de Eaëdi.

Gertaines tribus de marabouts et de tributaires viennent cependant passer quelques mois de l'hiver dans le Fori (Sagy en maure), vaste plaine des bords du Sénégal à l'est de Eaëdi. On y voit aussi parfois quelques guerriers ; mais le camp royal ne s'en approche que très rarement. Bakar, le chef des Abakak, n'y est point venu depuis 1897 et Mokhtar ould Ahmed, chef des Ghrattit, depuis 1895.

Les Dowich sont actuellement divisés en deux grandes fractions : les Abakak et les Ghrattit.

Ges noms viennent de sobriquets qu'à la suite des grandes luttes qui les ont partagés vers 1820, ils se sont donné les uns aux autres. Les uns ayant été obligés pour se nourrir de manger une sorte de gomme noire appelée Abakak^ les autres ayant été réduits à dévorer les vieilles peaux de bœufs ainsi que font les hyènes

(Chrattit), chacun des deux partis a conservé la dénomination que lui avait à ce moment appliquée son adversaire.

Les Abakak occupent plus ordinairement la partie occidentale du Tagant^

Ils comptent sept grandes tribus guerrières.

1"* Les £1 Amar Ould Imohamed (tribu royale), chef : Bakar ould Soueïdi Ahmed ;

2*» Les Oulad Ely N'Toufa (princes), chef : Bakar Ould Ghidou ;

S"" Les El Soueïd (guerriers), chef : Douh Oui Beniouk;

4° Les Oulad Talba (guerriers originaires de TAdrar), chef : Omar Ould Ahmed Bouna ;

6° Ligouaneït (zénaga très influents), chef : Mohamed Cherkhi ;

&" Lihvaïssyat (zénéga influents), chef : Sidi Ahmed Ould Abdoul Wadoud ;

7** Oulad Boulahia (guerriers), chef : Ali Ould Amar Ould Eyba.

Quatre principales tribus zenaga paient des redevances au roi :

l"" Les Limhaïhat^ chef : El Fali ; 2** Ligouatit ; S"" Ladem ; 4" Rajane ;

Les tribus maraboutiques sont, chez les Abakak, les :

Idao Ali, commerçants très riches et très nombreux ;

Tagat;

Oulad Ely Tagat ;

£1 Hadj ;

El Obat ;

Tourkouz ;

El Bouabo ;

Oulad Idy Fara ;

Lakhlal, très nombieux et très riches ;

Messouma ;

Lighlama ;

El Boulasa ;

Deïboussat.

Les Ghrattit habitent la partie méridionale du Tagant.

Us comprennent trois tribus guerrières :

V La tribu royale des £1 Amar Ould Imohamed, chef : Mokhtar Ould Ahmed OuM Mokhtar, qui se divise en quatre grandes fractions :

Les £1 Mokhtar, chef : Mokhtar Ould Ahmed Ould Mokhtar ; Les £1 £ly Mokhtar, chef : Cheikh Ould Raçoul ; Les Bousseïf, chef : Soueïdi Ahmet; Les £1 Sidi Lamine.

2^ La tribu princière des El Soueïd, chef : Mohamed Mokhtar Ould Ahmet Tichilit divisée en trois fractions : El Ely Ould Mohamed ; El Brahim Ould Ely Bogo ; Bakar Ghems Ould Ely Bogo.

S"" Les tribus de zénaga guerriers non tributaires : N'Degat, très nombreux et par conséquent très influents, chef : Ousman Ould Alélouvate, petit-fils de Henoun Ould Lahleïs ; , El Henoun Lahleïs ; Oulad Khaïlane ;

Deychili, fraction des Deychili de TAdrar ; Akewatil ; Oulad Illahah ; Ahrag Del ; El Alelouvate Lograh ; El Asbah ;

i" Jlalfa, chef : Ould Fal Ould Mankouss ;

ô"" Tourd, chef : Soueïdi Ahmet Ould Barik ;

6^ Ichebahim.

Ces zenaga étaient autrefois tributaires; mais, comme ils sont devenus nombreux et guerriers, le roi les a exemptés du tribut.

Tous ces guerriers forment l'armée personnelle de Mokbtar Ould Ahmed.

Les tribus zenaga qui suivent constituent les forces des princes ElEly:

Liferakbela ;

El Eliouzlane (les biches) ;

El Ely Baby.

Les tribus maraboutiques dépendant des Chrattit appartiennent aux :

Tadjakant qui se divisent en douze grandes fractions : Armandine, Idaïchif, Oulad Ibrahim, El Cheikh, Itifakhat, Idaikhoub, Izelameta, Idaïlouba, El Haya, Oulad Ahmed, Chouaoufa, Oulad El Hadj, tous grands commerçants. Ce sont eux qui apportent le plus de gomme dans toutes les escales du fleuve. Ils circulent depuis Saint-Louis jusqu'au Iliger.

Il existe aussi quelques tribus maraboutiques des Chorfa; mais ^Ues sont complètement indépendantes.

Il convient de relater ici plusieurs particularités spéciales aux Dowich.

Chez les zenaga — et ils entendent sous ce vocable la caste correspondant chez leur peuple aux tributaires des Brackna et des Trarza; car bien que descendants directs des anciens zenaga, les princes n'admettraient pas d'être qualifiés de ce nom qui serait injurieux pour eux — chez les zenaga dont on distingue deux groupes, l'un est absolument guerrier ne payant aucun tribut, l'autre entièrement tributaire et soumis à des redevances annuelles.

Les premiers n'en sont pas moins contraints de faire au roi des cadeaux lorsque celui-ci les sollicite ; mais la plupart du temps ils touchent beaucoup plus qu'ils ne donnent, car, pour se les attacher et pour maintenir ses forces en cas de guerre, le roi &it souvent présent à leurs cbefs et notables de pièces de guinée, de chevaux de race et de fusils.

A la guerre, les Dowich sont peu courageux et peu résistants.

^€tileatL TtT^-,

Eenaga, demandant à qui un cheval, à qui une chamelle ou toute ;* autre chose, suivant son plaisir ou son besoin.

Il reçoit du gouvernement français une coutume de 1,000 pièces de guinée par an.

La maison de Bakar est composée de ses fils, des notables aba* kak et des Amgarides. Ces Amgarides, ainsi nommés d'Amagueroud qui signifie courtisan, accompagnent ordinairement les fils du roi chargés d'une perception ou d*une mission.

C'est parmi les quatre grandes familles d'Amgarides que Bakar

choisit ses conseillers et ses confidents ordinaires. Ces familles

sont : les £1 Âboujar, les Imhannerat, les Taoutage et les El

Babou. Il existe d'autres familles d' Amgarides moins considérées.

Le plus important de ces courtisans est Goura Ould Taoutage,

^ conseiller très écouté qui est généralement chargé des missions

auprès des rois de TAdrar et des Trarza.

: Son principal percepteur, affecté à la recette des coutumes, est

^ un marabout des Messouma appelé Hamadou Ould Yahia.

/ Quand des affaires sérieuses — guerre ou alliance — se présen-

^ tent, le roi réunit en grand conseil les princes, les notables et les

* chefs des tribus guerrières.

Bakar n'a pas de garde particulière ; sa famille lui suffit.

Mokhtar Ould Ahmed Ould Mokhtar, roi des Chrattit, est figé d'environ 60 ans. Il est le cousin du vieux Bakar. Ses ressources sont moins importantes que celles de ce dernier ; mais elles sont encore considérables ; elles consistent surtout en bestiaux. Ses troupeaux de chamelles, de bœufs et de moutons blancs sont nombreux. Il possède aussi quantité de tributaires.

Sa fortune s'augmente tous les jours des contributions qu'il impose à ses sujets. Ce sont à peu près les mêmes tributs que ceux exigés par Bakar. Mais Mokhtar Ould Ahmed jouit d'une réputation de justice due, en partie, à ses moins grandes exigences. Sa famille, moins nombreuse que celle du vieux chef Abakak, pèse moins lourdement sur son peuple.

Les zenaga et les marabouts sont cependant mis à contribution, d'autant plus que les Dowich ont pour les tolba beaucoup moins de resx>ect que leurs voisins les Oulad Abdallah et les Trarza.

Mokhtar Ould Ahmed n'est allié, par ses enfants, avec aucun des personnages importants des peuples voisins. U entretenait

autrefois de .bonnes relations avec l'ancien roi de l'Adrar, Ahmet Onld Sidi Ahmet^ mort en 1899, écrasé par une maison qui s'écroula sur lui pendant la nuit. Ce chef avait successivement épousé deux des filles du roi des Chrattit. Actuellement, sans être en mauvaise intelligence, Mokhtar Ould Ahmed est moins bien avec le fils du nouveau roi, Ahmed Ould Mokhtar^ qui gouverne sous le nom de son père.

La maison du roi> chez les Chrattit, se compose de ses propres fils, de ses courtisans et de ses affranchis. Ce sont eux qui se chargent des jKrceptions et des missions.

Comme chez Bakar, il existe auprès du roi des Chrattit des familles d'Amgarides où il prend ses principaux confidents, ce sont : les £1 Ahnang Ould Eembouchi, les Ahmet Ould Kembouchi, les El Tesbo, les El Adremiz, les Akhdach et les N'Dei.

Son premier ministre est Ely Ould Ahmamy Ould Eembouchi et celui qu'il charge des missions délicates près des rois voisins : Mokhtar Ould N'Dei.

Dans les grands conseils où s'agitent les questions de paix ou de guerre, le roi appelle tous les chefs des tribus guerrières et les princes et notables Chrattit.

Mokhtar Ould Ahmed touche, à Eaédi, en vertu du traita du 21 mars 1894, du gouvernement français, 500 pièces de guinée qui sont reçues en son nom par Imohamed Ould Filali, chef des Oulad Ely et de Tescale de Eaédi.

Histoire. — A la fin du xvin* siècle, tous les Dowich vivaient confusément dans un état complet de servage, comme les tributaires actuels des autres chefs ou marabouts maures. Ils étaient les zenaga des princes El Arbia qui les pressuraient et les tenaient sous le joug. Mais leur vieux sang berbère supportait mal l'autorité des Hassan. Déjà sous le commandement de Mohamed ben Ehouma, chef des tributaires dowich, fermentait l'idée de la rébellion. Ses successeurs, Amar et Bakar Ould Amar, entretinrent cette pensée que le fils de ce dernier, Mohamed Chems, commença à mettre à exécution. Après avoir réuni à Lechneikat (à 20 kilomètres de Tijikjé) tous les Dowich qui s'étaient groupés autour ue lui, Chems refusa de payer le tribut aux princes El Arbia dont il dépendait. Ceux-ci se conoertèrent et vinrent camper près d'eux et les cerner.

Cette situation dura quatre mois sans combat. Pendant ce temps

\ Chems se mettait en rapport avec les Oulad Abdallah que comman-

dait alors Ahmed Ould Eyba Ould Nokhmakh. Se rendant compte

^ qu'ils ne possédaient pas les forces nécessaires pour résister par

les armes aux princes El Arbia, dont les guerriers des Oulad M'Bark, Oulad Nacer et d'autres les auraient vivement écrasés,

'^ les Dowich intriguèrent, parvinrent à gagner du temps, à contracter

* des alliances pour leur permettre d'immobiliser certains de leurs

voisins hostiles et à séparer leurs adversaires dans le but de les attaquer isolément. Cette politique leur réussit.

^ Profitant des dissensions et des guerres qui éclatèrent entre les

princes El Arbia, Mohamed Chems parvint à battre les Oulad M'Bark d'abord et successivement les autres tribus guerrières qui avaient si longtemps imposé leur puissance aux Dowich.

Mohamed Chems mourut après avoir assuré complètement

V l'indépendance de son peuple. Il laissait à son fils et successeur,

Mohamed Ould Mohamed Chems, un peuple libre, grandissant

^ chaque jour en nombre, s'enrichissant des tribus maraboutiques

\ qui venaient se placer sous la protection de ses guerriers, déjà redou-

tables à leurs voisins, et des tributaires qu'à leur tour ils recueillaient au cours de leurs combats et de leurs conquêtes.

Mohamed maintint pendant de longues années sous son autorité toutes les tribus qui formaient alors le peuple Dowich. Mais à sa mort, vers 1830, de grandes discussions s'élevèrent. Son frère,

^ Mokhtar, que les usages appelaient au pouvoir, trouva subitement

devant lui le jeune Soueîdi Ahmed qui, soutenu par ses partisans, voulut succéder à son père. Les Dowich se trouvèrent bientôt partagés et la guerre éclata. Une première refncontre eut lieu à Bou Hanz, dans l'Afftout Chergui, qui donna la victoire au jeune Soueïd Ahmet ; mais peu de temps après les partisans de Mokhtar reprirent une éclatante revanche à Dakna dans l'Irgueiba, à l'est du

^ Tagant. Le parti de Soueîdi Ahmed dut prendre la fuite et fut

contraint de se replier dans le désert. C'est là, dit la légende, que ses gens n'eurent pour toute nourriture que la gomme noire connue sous le nom d'abakak, d'où leur vient leur nom actuel.

De cette époque date la division des Dowich telle que nous la voyons aujourd'hui en Abakak et Chrattit.

Les Abakak eurent successivement pour rois Soueîdi Ahmed, Souleyman, son frère, et Mohamed Ould Soueîdi Ahmed, qui lit

assassiner son oncle pour prendre sa place. Il n'en profita pas longtemps, la mort Tobligea bientôt, vers 1830, à céder à son tour la place à son frère Bakar Ould Soueïdi Alunet qui s'éteint en ce moment dans le Tagant, âgé d'environ 100 ans.

Après la séparation des Dowich, Mokhtar, fils de Mohamed Chems, régna sur les Chrattit qui étaient et sont encore beaucoup plus nombreux que les Abakak. A sa mort, qui eut lieu à peu près à la même époque que celle de son frère Ely, son fils Ahmet prit le pouvoir. H eut pour successeur son frère Bakar Ould Mokhtar qui en mourant céda la place à Baçoul Ould Ely, le jeune Mokhtar Ould Ahmed étant trop jeune pour régner.

Quand Mokhtar fut en âge de prendre le commandement des Baçoul. Celui-ci, qui s'y était accoutumé et comptait aussi des Chrattit, soutenu par d'ardents partisans, il réclama le pouvoir à défenseurs, refusa de se démettre et réunissant ses guerriers, tenta de soumettre son jeune et bouillant cousin. Une rencontre eut lieu à Bedezouk dans l'Affola, à 250 kilomètres au N.-E. de Tijikjé. Baçoul dut battre en retraite. Plusieurs autres rencontres sans grande importance ne firent qu'accentuer son infériorité. Il solli cita alors le secours des El Sidi Mahmoud et avec l'aide des contingents que ses alliés lui envoyèrent, il rechercha les troupes de Mokhtar. Les deux armées se rejoignirent à El Ehaba, à 50 kilomètres au sud du premier champ de bataille. Baçoul, complètement défait, vint trouver Mokhtar sous sa tente et fit sa soumission.

Les Chrattit eurent à soutenir d'autres luttes. Une de leurs tribus de zenaga, les Mechdouf, dirigés par Ahmet Mahmoud Ould Mohaimet, résolut de se rendre indépendante comme un demisiècle plus tôt avaient fait les Dowich vis-à-vis des princes El Arbia. Les deux camps ennemis se heurtèrent à Eharjouj entre l'Affola et le Hodh, mais les El Sidi Mahmoud qui avaient accompagné les Chrattit se refusèrent à intervenir au dernier moment. Les Chrattit furent écrasés et eurent à subir des pertes considérables.

Une longue x>ériode s'écoula sans grands événements. Cependant vers 1880, les El Sidi Mahmoud, qui habitaient l'Irgueiba, manifestèrent l'intention de s'emparer du Tagant. Leur chef, Mohamed Mahmoud Ould Abdallah, les rassembla pour marcher sur les Dowich qui, pour la première fois depuis soixante ans, se trouvèrent réunis, Abakak et Chrattit, sous le commandement de

Bakar, afin de repousser les enyahisseurs. La rencontre se produisit encore dans l'Affola Ghiemoun où, pendant un mois» des escarmouches sans importance se succédèrent; mais où finalement les Dowich, battus, perdirent une partie de leurs biens.

Ils firent alors appel à toutes leurs forces et à leurs voisins les Eounta pour se lancer à la poursuite des El Sidi Mahmoud qui avaient avec eux les Mechdouf. Ces derniers furent battus à Medroum et contraints de s'enfuir dans le Sahel.

Depuis cette époque, les Dowich vivent dans le Tagant sous les commandements respectifs de Bakar et de Mokhtar. La paix semblait devoir se perpétuer, quand de graves événements vinrent, en 1891, mettre de nouveau les armes à la main des Abakak.

Ahmet Ould Mohamet, roi de l'Adrar et neveu de Bakar — Khadidja Boni, sœur de Bakar, avait épousé Ould Aida Mohamet Ould Ahmet — qui, sans motif sérieux, avait fait tuer Cheikh Ould Nouessir, chez les Deichily, venait d'être assassiné à son tour par les parents de sa victime. Ce crime n'avait pas été commis spontanément. Les Deichily avant de commettre ce meurtre, avaient sollicité l'appui et la protection de Bakar. Cependant pour fuir les représailles des Oulad Yahia ben Othman, les Deichily avaient quitté l'Adrar et s'étaient réfugiés chez les Abakak. Furieux de voir Bakar protéger les assassins de son propre neveu, les gens de l'Adrar se mirent en marche vers le Tagant. La guerre ne dura pas moins de trois ans. Deux principales batailles signalent cette période ; à la première les gens de l'Adrar tombèrent à l'improviste sur l'El Huila, camp royal des Abakak, à Tamoutnadje. La seconde n'eut lieu que l'année suivante. Les Abakak et les Chrattit s'étaient réunis et marchaient ensemble sur l'Adrar, mais, à peine arrivés, ils rencontrèrent les Oulad Yahia Ben Othman à Imrahir Ahmédoun et furent vaincus et dispersés. Mais la lutte avait été dure. Les Dowich se reformèrent et reprirent les hostilités l'année suivante, en 1894. Les Yahia ben Othman gagnèrent les Eounta à leur cause. Le combat eut lieu à Lihmouk, mais bien que des plus meurtriers, il ne fut pas décisif. Mokhtar, roi des Chrattit, y perdit un frère et Bakar un neveu. A quelques mois de là, les Yahia ben Ohman a3rant repris l'offensive, les Dowich, sous la conduite de Bakar, lui infligèrent une dernière défaite à Forh-el-Eoutan, qui mit enfin un terme à cette guerre.

Aucune grosse difficulté ne s'est élevée depuis chez les Dowich.

Le seul fait important qu'il y ait lieu de relater s'est produit Taiinée dernière entre les Dowich et les Oulad Naceur venus dans le Tagant à l'instigation de Mohamed el Mokhtar Ould el Hamid^ chef des Kounta. Les envahisseurs furent chassés et repoussés dans le Hodh.

Aujourd'hui la situation peut se résumer ainsi : les Abakak et les Ghrattit vivent en parfaite intelligence, les premiers commandés par Ousman Ould Bakar qui exerce le pouvoir sous le nom de son père, et les seconds par Mokhtar Ould Ahmed«

Les Oulad Naceur et une partie des Kounta, qui ont suivi Ould £1 Hamid dans le Hodh, attendent l'occasion de prendre leur revanche.

Cette occasion peut naître de la mort du vieux Bakar, chaque jour plus imminente. Les compétitions s'élèveront nombreuses entre les fils du roi des Âbakak; Ousman et Amar, tous deux fils de la même femme, auront contre eux leurs autres frères, d'autant plus qu'Amar aurait fait assassiner Souleyman, autre fils de Bakar, exilé autrefois dans l'Adrar.

On pense, toutefois, qu'Ousman, qui a su entretenir des relations amicales avec Mokhtar, pourra compter sur l'appui des Ghrattit si des discussions s'élèvent chez les Abakak au moment de la succession. L'éventualité d'une action de Mokhtar pour s'emparer du commandement suprême de tous les Dowich semble devoir être écartée.

Enfin, parmi les Ghrattit, des dissentiments paraissent devoir mettre aux prises les Ely et les Bousseïf, malgré les efForts dé Mokhtar pour les réconcilier.

TRIBUS SAHÉLIENNES

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