EL SIDI MAHMOUD
Populatioa approximative : 40^000; guerriers, fantassins : 1,500; cavaliers : 300.
Chef : Sidi £1 Mokhtar culd Mohamed Mahmoud.
Les El Sidi Mahmoud n'existent en groupe indépendant que depuis environ cent ans^ Leurs chefs, qui sont des descendants de la vieille tribu berbère des Aïdou El Hadj, habitaient encore Ouadan, dans TAdrar, à la fin du xvm* siècle. Le grand-père des chefs actuels, Abdallah ould Sidi Mahmoud^ en venant s'établir dans rirgueiba, détermina )c groupement auquel il a laissé son nom.
Les El Mahmoud ont comme principaux territoires de parcours les plateaux de l'Affola et les plaines de l'Irgueiba, à l'est du Tagant ; ils circulent sur nos frontières du Ouidimaka.
Ce sont des marabouts qui se sont adonnés à la guerre, tant pour S3 défendre contre les pillages dont ils étaient l'objet que pour acquérir une entière liberté.
D'abord peu nombreux, ils ne tardèrent pas à voir se joindre à eux des guerriers venus de toutes parts. Aussi le nombre des tribus maraboutiques vivant avec eux est-il très restreint et chaque tribu est-elle de peu d'importance.
Les El Sidi Mahmoud ont 4 tribus absolument indépendantes qu'on connaît sous le nom général des Idao El Hadj (Aldou-el- Hadj) et aussi des Eella :
1"* Les Idao Bouja (tribu dirigeante)^ chef : Sidi El Mokhtar ould Mohamed Mahmoud ; 2* Les Idey Khoub ; 3"* Les Souteïdat ; 4<* Les Ould El Hadj.
Viennent ensuite les 7 tribus guerrières non tributaires. Ce sont :
Les Idekfoni ;
Les Bajane ;
Les Lavoyjat ;
Les Souaker ;
Les Idabouk, anciens tributaires des Dowich ;
Les Ajeylat, hassan ou tourda^ que l'on trouve aussi comme guerriers non tributaires chez les Chrattit ;
Les Moudjast, hassan ou tourda.
Deux autres tribus portent les mêmes noms que ces deux dernières et sont composées de marabouts guerriera^
Les tributaires sont tous guerriers chez les El Sidi Mahmoud. On les distingue ainsi :
Les Djibératy chef : Haroum ould Falloul^ âgé de cinquante ans. Cette grande tribu est divisée en :
El Falloulj anciens tributaires des Dowich;
£1 Mena, Djibérat, anciens tributaires des Dowich.
El M'Barik, — —
El Maham, — —
El Golo, — —
El Oumar, — —
£1 Talibé,
El Sidi Brahim, — —
El Ely Bouna, — —
Les Tajounde, anciens tributaires des Dowich.
Les Oulad Hadd, —
Les Ajeylat, —
Les BejeUuJa, «^
El Moukliaitar, anciens tributaires des Dowich.
Les Iboï^ine, —
lies Frakilé, —
Les El Mokhtar, —
Les Araline, anciens tributaires des Oulad Abdallah»
Les Hamoïssé, baratines des El Sidi Mahmoud.
Les tribus maraboutiques ne comprennent que très peu de tentes.
Ce sont :
Les El Talix El Hassan, fraction des Tanouazit; El Dine, —
El Soultane, —
Messouma » —
Dayach, —
Les El Sidi Mahmoud sont divisés depuis une vingtaine d'années. Sidi Mohamed, frère du chef actuel, s'est mis à la tête des Souaker et combat l'autorité de Sidi El Mokhtar.
On estimait, en 1896, le nombre des El Sidi Mahmoud à 40,000, mais on disait déjà que, par suite de l'indépendance du caractère des diverses tribus dont ils se composent, ils ne pouvaient guère réunir plus de 300 cavaliers et 1,500 fantassins.
Le parti de Sidi Mohamed, comprenant presque tous les Souaker, compterait au plus 10,000 individus, hommes, femmes et captifs.
Les charges qui pèsent sur les El Sidi Mahmoud sont à peu près les mêmes que celles supportées x>ar les Oulad Abdallah, par exemple. Elles sont un peu plus faibles que chez les Trarza, les Brackna et les Dowich, parce que chez ces derniers peuples les rois vivent avec un entourage plus nombreux, plus exigeant, plus turbulent. C'est toujours bien plus la cour que le monarque lui-même qui fatigue de ses exigences incessantes et pénibles le peuple pressuré. Ici, chez les El Sidi Mahmoud, les tributaires guerriers passent pour en être quittes à raison de 2 pièces de guinée (7 fr. 60) par tente et par année. En réalité, ceci n'est que la redevance régulière, mais constamment des c cadeaux » leur sont demandés. ChacuA dai parents du roi, fils, frère» oncle« passe à son tour et
demande, autant dire exige. Ce sont, suivant le rang ou l'audace du quémandeur, de la guinée, des moutons, des cheyaux, des chameaux que le chef de tente abandonne.
Les toba vraiment pratiquants, qui ne portent pas les armes, sont encore plus imposés que les tributaires guerriers dont l'appui effectif peut devenir un jour nécessaire.
Histoire. — Vers la fin du xvni* siècle les chefs des El Sidi Mahmoud vivaient à Ouadan dans TAdrar. Les renseignements font en ce moment défaut sur leur origine. Ils auraient été autrefois tributaires de la grande tribu des Eounta, mais ils s'en défendent aujourd'hui énergiquement. La mémoire des gens du pays a gardé le souvenir d'un nom très ancien, Obja, qui serait celui de l'ancêtre dont toute la famille se réclame, mais elle ne peut le relier à son descendant éloigné, Sidi Mahmoud, lequel donna son nom à la grande tribu qui vit actuellement dans Tlrgueiba.
Vaguement, on raconte que Sidi Mahmoud, jeune encore, quitta Ouadan pour aller s'instruire dans le Hodh, près d'un marabout célèbre par son savoir et sa piété, Talibé Zidou El Lakhilal. Quand il eut terminé ses études, Sidi Mahmoud s'établit dans V^^g^^^ha comme marabout au milieu des Dowich. Il vécut là plusieurs années agrandissant peu à peu sa fortune et son influence. Ses parents le rejoignirent les uns après les autres et les disciples qu'il forma grossirent assez rapidement son entourage. Le prestige et le bon renom dont il jouissait le mirent un peu à l'abri des trop grandes exactions des chefs et petit à petit, quelques fractions de tributaires dowich vinrent se mettre sous sa dépendance, à l'abri de sa réputation et augmentèrent ainsi sa puissance. Quand il mourut, ia fraction des El Sidi Mahmoud était déjà une tribu avec laquelle il fallait compter.
Les Eounta, qui occupaient de grands territoires de parcours de l'est du Hodh jusqu'à l'Adrar, à travers même le Tagant, ne virent pas sans jalousie grandir au milieu d'eux ce groupe indépendant qu'augmentaient chaque jour des fractions de tributaires venant de chez eux peut-être, mais surtout de chez les Dowich et les Oulad Abdallah.
Le fils de Sidi Mahmoud, Abdallah, se trouva donc obligé de prendre les armes pour défendre l'œuvre paternelle. Fendant plusieurs années, il eut des rencontres sanglantes avec les Eounta. Il
convient de rendre à ces guerres les proportions réelles qu'elles eurent. Enflées et grossies par le chant des griots, elles prennent dans la mémoire des indigènes des allures de batailles superbes. Elles ne furent, en réalité, que de simples escarmoucbes, un pillage par surprise, quelque cinquantaine de coups de fusil tirés la nuit autour d'un camp où, par miracle, un homme est tué, une longue série de menaces et de bravades, parfois une rencontre où les guerriers des deux camps se rapprochent en rampant sur le sol et tiraillent pendant des heures sans résultat. Cela suffit à immortaliser les combattants. A part de rares exceptions, toutes les guerres interminables des Maures se bornent là.
Pendant plusieurs années donc, la guerre entre les E] Sidi Mahmoud et les Kounia se prolongea ainsi. A la longue, les £1 Sidi Mahmoud, constamment traqués et pillés, demandèrent la paix. Une première fois les Kounta exigèrent que le chef des El Sidi Mahmoud vint faire sa soumission chez eux, monté tout nu sur une chamelle galeuse. Abdallah Sidi Mahmoud se serait exécuté. Les vexations et les pillages n'en continuèrent pas moins. La guerre reprit, dura ce qu'elle put, après quoi de nouvelles démarches furent faites par Abdallah pour obtenir la paix. Les Kounta y mirent pour condition humiliante qu'il viendrait la leur demander monté sur un âne. Ces exigences semblaient avoir pour but de ridiculiser les El Sidi Mahmoud et d'arriver ainsi à empêcher que de nouveaux tributaires vinssent leur apporter leur concours et à détacher d'eux les zenaga des Dowich qui s'étaient réfugiés dans leurs rangs.
Abdallah était un bien plus fervent croyant qu'un guerrier indomptable. Il prit un parti qu'il jugea décisif ; absolument décidé à ne pas céder aux Kounta, il partit en pèlerinage à la Mecque pour demander près du tombeau du Prophète la faveur de vaincre ses ennemis.
A son retour il reprit les hostilités. Les Kounta ne tardèrent pas à être vaincus et les El Sidi Mahmoud se virent à peu près libres de leurs actions.
Son frère Djeïlani lui succéda. H mourut vers 1825 laissant le pouvoir à son plus jeune frère, Mohamed Mahmoud Ould Abdallah, qui commanda pendant quarante-huit ans les tribus des El Sidi Mahmoud.
Ce dernier eut à son tour pour successeur son fils Ahmet Taleb
Mohamed Mahmoud qui mourut uu au et demi plus tard, laissant par testament sa place à son fils El Sidi Mokhtar, le chef actuel.
Aucune contestation ne se produisit à cette époque ; mais peu de temps après, Sidi Mohamed, le plus jeune des sept frères de El Sidi Mokhtar, parvint à diviser les Sidi Mahmoud. Il groupa autour de lui une grande partie des Souaker, notamment les familles des £1 Yahia, des El Khaïlass, des El Hamhi, des Loyaïta et des El Boukhoueifir auxquels vinrent se joindie nombre de tourda, entre autres les Ajeylat et les Moudjast guerriers.
Les Souaker ont toujours eu, entre tous les El Sidi Mahmoud, la réputation de pillards fameux et c'est tout naturellement qu'ils suivirent dans sa rébellion le frère du chef reconnu de cette grande tribu. Depuis 1893, on avait dû leur interdire absolument nos territoires du Soudan, en raison des déprédations auxquelles ils s'y livraient.
Les dissensions qui séparent les deux partis des El Sidi Mahmoud ne sont pas irréductibles. De temps en temps elles revêtent, à la suite d'un vol commis par les gens de l'un des camps au préjudice de Tautre, ou pour un motif tout aussi commun, un caractère de gravité plus aig^ ; des rencontres peu meurtrières ont lieu qu'on qualifie encore du grand mot de combat, et les choses reprennent ensuite leur cours à peu près tranquille.
La crise principale qui éclata entie ces frères ennemis date de 1894. Elle ne dura même pas tout l'hivernage. Depuis cette époque, ils vivent en état d'animosité sourde. Cei>endant de brusques réconciliations se produisirent sur lesquelles on ne saurait compter et sur lesquelles ni l'un ni l'autre ne font trop de fond. Pendant les hostilités de 1894, Sidi Mohamed s'était allié contre son frère avec les Dowich.
Plus tard, en 1898, les deux frères recherchèrent l'un après l'autre notre appui. Nous tentâmes de les réconcilier. Aux propositions de Sidi Mohamed nous répondîmes qu'on attendrait, avant de lui rouvrir le territoire, la restitution de ses pillages et qu'on lui reconnaîtrait une certaine indépendance ; mais à la condition qu'il ferait la paix avec son frère Sidi El Mokhtar. Notre intention était alors de placer normalement sous les ordres de ce dernier tous les Sidi Mahmoud, fidèles et dissidents, et en retour du pouvoir que nous lui accordions de le rendre responsable des faits et gestes de tous ses sujets. Mais Sidi Mohamed déclara ne vouloir accepter
oette Bitoation que si on plaçait sous son autorité la moitié des hommes d'armes des El Sidi Mahmoud. Cette prétention injustifiée fit échouer la tentative de réconciliation.
A quelque temps de là, Sidi £1 Mokhtar se trouva dans une situation critique. Une de ses tribus, les Itajane, tombe à l'improviste sur une partie des Berabich, tue quelques hommes et razzie force chameaux sous le seul prétexte que les Berabich sont amis des Kounta, lesquels sont, par contre, les ennemis héréditaires des El Sidi Mahmoud.
Cette attaque faillit faire prendre les armes à presque toutes les tribus du désert. Les El Seïd (Abakak pillards et voleurs plus encore que les autres Dowich) qui marchaient avec Sidi El Mokhtar, s'allient brusquement aux Berabich, aux Kounta et aux Hammonat et ne tardent pas à infliger une défaite sérieuse au Bajane.
Sidi El Mokhtar comprend le danger et cherche d'abord à faire la paix avec son frère Sidi Mohamed pour grouper toutes les forces des El Sidi Mahmoud, puis à détacher Mohamdoul Mokhtar, chef des Mechdouf, de la cause des Hammounat, ses sujets insoumis et souvent ses adversaires.
Les négociations sont menées par Toncle de Sidi Mokhtar, Banal Ould Mohamed Radhi, vieillard d environ 60 ans, dont la figure est intéressante et le nom utile à retenir.
Fourbe, adroit, insinuant, diplomate parfois habile, toujours peu scrupuleux, ce chef maure ne cherche jamais dans les intrigues auxquelles il se mêle ou qu'il suscite que son intérêt personnel, souvent même que son intérêt immédiat.
Les négociations échouent, mais un incident nouveau produit, sans raison logique, ce que la logique et la raison n'avaient pu faire. Dans une surprise, les Bajane battent les Hammounat et leur enlèvent 1,600 chameaux. Cette victoire des El Sidi Mahmoud rapproche subitement Sidi Mohamed et son frère Sidi el Mokhtar et l'accord si longtemps cherché est fait brusquement Ces faits daient de 1899.
C'est ce moment que choisit justement Banaî* pour se rendre à Eayes demander à être reconnu chef officiel des El Sidi Mahmoud, s'engageant, présomptueusement d'ailleurs, à faire seul avec les gens de sa tribu la police du désert. On lui donne des cadeaux, mais on le remercie et il rentre chez lui, respectueux et soumis, sous l'autorité de son neveu.
Il ne tarde pas à susciter des différends qui mettent bientôt le trouble dans le Sahel et ont pour premier résultat de brouiller les deux frères qui venaient de se réconcilier. Sidi Mobamed se réfugie cbez les Mecbdouf et gagne leur cbef Mobamdoul Mokhtar à sa cause.
Les deux plus grandes tribus du Sabel vont donc se trouver en présence et entraîner les autres dans une conflagration générale. Il n'en est rien. Chez les Maures tout naît de rien et un rien calme tout : quelques rencontres ont lieu^ quelques coups de fusil s'échangent, le calme apparent renaît et le statu qiio est maintenu (1900).
Depuis cette époque, les deux partis n'ont changé ni de position ni d'attitude.
LIS MAURK8