ACTE V, SCENE V
On vous a trompé, monsieur!... Je suis sûr que M. Robert est toujours au château!
Nonl... non!... Il est sorti du château, comme un fou... On l'a vu... on Ta vu à la barricade!... Je vous dis que mon fils est mort... mort... (Sanglots de femmes... personne ne fait attention à Hargand.) Robert est mort... et c'est moi, moi, qui l'ai tué !...
MAIGRET
Vous ne pouvez pas rester là!... monsieur Hargand!... C'est impossiblel
hargand, montrant les femmes qui pleurent. Elles y sont bien, elles!
MAIGRET
Mais si votre fds était mort, monsieur, on l'eût ramené chez vous!... Venez!...
Non!... non!... (A la foule.) Quelqu'un a-t-il vu mon fils?... quelqu'un a-t-il vu mon fils?... (Silence. Sanglots des femmes, sous le hangar.) Répondez!... répondez, je vous en supplie!... Mon fils!... (Silence.) Vous qui pleurez, écoutez-moi... Vous, les mères qui avez perdu votre enfant, vous, les veuves, écoutezmoi!... Je vous adopte... Ma fortune... je vous la donne, toute!... Ma vie... je vous la donne aussi... Mais, parlez-moi!... Dites-moi, où est mon fils?... (Silence et sanglots. Marianne Renaud sort du hangar. Hargand va pour lui prendre les mains.)
HARGAND
Toi... Marianne... toi... As-tu vu mon fils?... Parle moi? [Marianne le repousse sans lever les yeux sur lui... se dégage et s'en va.)... Oh! pas de pitié... pas de pitié !
maigret, cherchant à l'entraîner.
Monsieur!... monsieur!...
hargand, il marche dans la cour, s'approche du banc où il voit Madeleine, pâle comme une morte et le front sanglant.
Madeleine!... Oh!... (77 recule un peu. Et comme s't7 voyait la cour, les femmes agenouillées, les cadavres pour la première fois, il met un instant les mains sur ses yeux, pour leur cacher V horreur du spectacle.) Oh!... oh!... oh!...
LA MÈRE CATniARD
Madeleine!... Madeleine!... C'est moi!...
MADELEINE
Ses yeux se rouvrent tout à fait. Peu à peu, elle semble sortir d'un long rêve douloureux. Elle regarde tout, mais sans comprendre, sans savoir où elle est. Lentement, la notion des choses lui revient, mais tronquée, encore imparfaite. Des bribes de mémoire, qui passent en elle, donnent à ses yeux toujours hagards, de multiples et diverses expressions de réalité, qui vont s' accentuant. Elle s'efforce à faire des mouvements. Son bras se soulève, elle porte la main sur son front et la ramène devant ses yeux. Une tache de sang est sur sa main. Elle la regarde sans comprendre encore. Sa main retombe.
LA MÈRE CATniARD
Madeleine!... Madeleine!... C'est moi...