ACTE I, SCÈNE IX
êtes ici, en passant... que vous partirez d'ici bientôt... Hier, il disait encore : « Oh ! Jean a dans la tête des choses qui ne sont pas bonnes... il lui arrivera malheur! » Mon père ne voudra pas que je sois à vous...
JEAN
Vous vous appartenez, toute... vous n'êtes à personne d'autre qu'à vous-même... Nul n'a le droit de décider de votre destin...
MADELEINE
Mon destin!... Il est dans cette maison... avec ceux qui restent et qui ont besoin de moi!
JEAN
M'aimez-vous?
MADELEINE
Depuis le jour où vous êtes entré ici, pour la première fois...
JEAN
Eh bien?
MADELEINE
Eh bien, il ne faut pas penser à ce que vous dites... parce que si vous partiez... je ne pourrais pas... je ne devrais pas vous suivre..
JEAN
Je ne puis pas vous promettre, en effet, de ne point partir d'ici... Il peut arriver des événements... que je ne suis pas le maître de diriger... [Energique.) Il peut arriver aussi que tout le monde soit obligé de partir d'ici... (Court silence.) Mais, tant que je le pourrai, je resterai!...
MADELEINE
Il ne faudrait pas rester pour moi, Jean... Je ne suis rien en face des choses que vous avez décidé d'accomplir...
JEAN
Que voulez-vous dire?
MADELEINE
Je ne sais rien... puisque vous ne m'avez rien confîé... mais, depuis longtemps, j'ai vu dans vos yeux ce qu'il y a dans voire âme... Et puis, vous avez dit, tout à l'heure : « Il peut arriver aussi que tout le monde soit obligé de partir d'ici !... » (Un silence.)
jean, rêveur.
Je n'ai rien décidé, Madeleine... J'ai rêvé... oui, j'ai rêvé... à des choses, peut-être... à de grandes choses, peut-être... Mais si la fièvre de l'action, le désir de la lutte me reprennent... c'est pour vous... par vous... avec vous!...
;adeleine
Pour moi !... avec moi !... Je suis une pauvre fille, triste et malade... je ne suis pas belle!...
Pas belle!... Oh! Madeleine... vous n'avez pas la beauté insolente des riches, faite de nos dépouilles et de notre faim... vous avez la beauté que j'aime... la beauté suinte de la souffrance... et je m'agenouille devant vous!... (// s'agenouille devant Madeleine et lui prend les mains.) Votre pauvre visage déjà ûétri... vos épaules déjà, courbées... vos mains, vos petites mains pâles... dont les doigts sont usés de travail... et vos yeux... ah! vos yeux déjà rougis à tant de tristesses et à tant de larmes... vous ne savez pas de quel amour puissant et sacré ils m'ont gonflé le cœnrl... Et comme ils ont aussi ranimé ma haine !... Pas belle '... Parce que vous n'avez pas eu de jeunesse encore... parce que vous avez eu trop de misères tou-