‹ Les mauvais bergers; pièce en cinq actesChapitre 44 sur 106 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

l'Etat... Quand je suis devenu riche, j'ai changé d'avis, tout d'un coup...

CAPRON

Parbleu I... vous avez ouvert les yeux... vous avez vu clair...

DUUORMEL

Immédiatement, j'ai compris l'utilité économique des grandes chasses, où l'on voit des gens dévoués, dépenser trois cent mille francs, par an, à nourrir des faisans.

CAPRON

« L'utilité économique des grandes chasses », voilà le mot!...

DURORMEL

Car enfin... la main sur la conscience... est-ce qu'un pauvre — un braconnier par exemple — pourrait dépenser trois cent mille francs, à nourrir, dans une chasse, des faisans?

capron, à Robert.

Parez ce coup-là, jeune homme I

DUHORMEL

Et ces trois cent mille francs... où vont-ils? Ils vont à tout le monde... à la masse 1

CAPRON

Admirez combien la Société est maternelle... au braconnier lui-même.

DUHORMEL

Bien entendu... chacun en profite...

CAPRON

Irréfutable!... Economiquement, scientifiquement

mathématiquement irréfutable!... Toute la question est là !...

DUUORMEL

Et elle est encore en ceci que mon exemple prouve qu'il est très facile à tout le monde de devenir riche... avec de l'ordre, de l'économie... et le respect des lois...

CAPRON

Eh bien ! allez leur prêcher ces saines doctrines!... Ils vous traiteront d'exploiteur, et ils vous hurleront la Carmagnole au visage !... (Il fait quelques pas, furieux, piétinant, les mains croisées derrière le dos. Puis, tout d'un coup, faisant le geste de serrer une vis.) Leur serrer la vis... leur serrer la vis... Il n'y a que ça!... (A Robert, qui s'est rapproché du groupe.) Oui!... oui... riez, haussez les épaules!... Vous êtes jeune... vous croyez à toutes ces balivernes... mais vous en reviendrez I...

DUUORMEL

Nous avons tous été comme çà... nous avons tous été comme vous, Robert. C'est la vie! C'est l'expérience de la vie qui se charge de rectifier nos idées et de nous guérir de nos emballements... Ah la vie !... Elle n'est pas toujours drôle... pour nous surtout...

DE LA TROUDE

Nous avons des tourments, des déceptions, des souffrances, des affaires, de lourdes obligations que les pauvres ne connaissent point... Il sont libres, les pauvres... Ils font ce qu'ils veulent... Ils n'ont à r qu'à soi... Tandis que nous... (// soupire.) Mais ce qu'il y a d'affreux dans notre situation, c'est que Doua oe pouvons même pas devenir pauvres, quand nous le voulons!... Ainsi, tenez, ma chère Gcne-

Page 1