‹ Les mauvais bergers; pièce en cinq actesChapitre 45 sur 106 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

viève... j'ai toujours rêvé ce joli rêve... Je voudrais avoir un petit champ, avec une toute petite maison... et une toute petite vache... et un tout petit cheval... et deux mille francs... pas un sou de plus!... deux mille francs... que je gagnerais, en cultivant ce petit champ... Etre pauvre!... quelle joie!... comme ce serait charmant!... quelle idylle exquise et virgilienne... Ne plus avoir de responsabilités sociales... plus de dilatation d'estomac... plus de neurasthénie... plus de goutte I... car les pauvres ignorent la goutte, les veinards! — Eh bien, je ne puis pas, même par le rêve, être ce pauvre heureux, candide et bien portant!

GENEVIÈVE

Qui vous en empêche?

DE LA TROUDE

Mais, ma chère enfant, j'ai trop d'hôtels, de châteaux, de forêts, de chasses, d'amis, de domesticité... Je suis rivé à ce boulet : la richesse!... (Soupirant.) Il faut bien que je le tire!... (Capron et Duhormel approuvent, en soupirant eux aussi, et levant les bras au ciel.)

Geneviève, se levant et allant vers la porte.

Et mon père qui ne vient pas!... Je suis vraiment inquiète !...

de la troude, à Duhormel et à Capron.

Vous le voyez... elle est inquiète!... Est-ce que les pauvres sont jamais inquiets, eux?... (77 se lève.) Et ils nous envient'... (En se retournant, il voit Robert qui est revenu s"appuyer à la grande baie de l'atelier, Pourquoi restez-vous dans votre coin, Robert?... Pouquoi ne dites-vous rien?...

robert, pendant toute cette scène il a donné des signes d'énervement.

Et quepourrais-je vous dire?... Vous êtes les sourds éternels!... Nous n'entendez pas plus ce qui vous implore que ce qui vous menace!... Avec moins de pitié encore, avec un orgueil plus féroce et plus âpre, vous êtes pareils à ceux d'il y a cent ans!... Quand la Révolution était déjà sur eux... qu'elle leur enfonçait dans la peau, ses grilles, et qu'elle leur souillait au visage, son haleine de sang... ils disaient, comme vous : « Mais non, ça n'est lien!... c'a toujours été comme ça, ça sera toujours comme ça!... L'heure du pauvre ne viendra jamais!... » Elle est venue, pourtant... avec le couperet!...

CAPRON

Qu'est-ce que vous nous chantez-là?... La Révolution?... c'est nous qui l'avons laite!

Vous l'avez faite !... mais elle vous emporte aujourd'hui!... {On entend un bruit confus, des clameurs encore lointaines, des chants. Robert ouvre la fenêtre et la main, dans la direction du bruit.) Entendez-vous, seulement?... (7 ou* ils tendent le cou vers la fenêtre.)

Qu'est-ce que c'est?...

ROBERT

C'est le Pauvre qui vient!... (Silence dans l'atelier. Les clameurs se rapprochent. Les chants se précisent, les irais ils écoutent, le cou, de plus en plus riiré, immobiles, très yàlcs.) C'est le Pauvre qui vient!.., le Pauvre que von- nie/, monsieur de la Troude... le Pauvre que voue labourez, que vous soulevez en grosses mottes rouges, Monsieur Capron... (Les cris de:

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