‹ Les mauvais bergers; pièce en cinq actesChapitre 51 sur 106 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

MAIGRET

Elle est peut-être plus à craindre que Jean Roule... Il y a dans ses yeux, un feu sombre!... [Un silence.)

HARGAND

Vous êtes sûr qu'il n'y a toujours pas d'argent?

MAIGRET

J'en suis sûr!... Ils commencent à souffrir de la faim... Ce n'est pas le pillage de l'épicerie Rodet, ni le sac des boulangeries qui les mèneront loin... Oui, mais, demain?

HARGAND

En somme?...

MAIGRET

En somme, malgré l'apparence pire, moins d'enthousiasme..., moins de foil... Et quelques-uns murmurent déjà contre Jean Roule... Ces pauvres diables sont désormais incapables de résister à huit jours de famine 1...

HARGAND

Je ne comprends pas l'idée de Jean Roule d'avoir refusé le concours des députés radicaux et socialistes... De ce fait seul, il a coupé les vivres à la grève... Qu'espère-t-il?

MAIGRET

Le miracle!... Faire éclater dans les âmes, l'héroïsme et le sacrifice des martyrs... (// hoche la tête.) Ça n'est plus de notre époque, heureusement!...

hargand, rêveur.

Peut-être!

maigret, sceptique.

Quoi qu'il en soit, il est temps que les troupes Arrivent!...

HARGAND

Elles arrivent aujourd'hui... Ah 1 ce n'est pas sans tristesse que je me suis résigné à cette extrémité... Car maintenant, il suffit de la moindre excitation, de la moindre provocation... d'un malentendu... pour que le sang coule!... (Un silence.) Pouvais-je faire autrement?... Il y a ici des existences innocentes et menacées que j'ai le devoir de protéger... Et puis, je compte que les troupes useront de leur force avec modération... (Un silence.) Et mon fils?

J'allais vous en parler... M. Robert a eu, hier soir, avant la réunion des grévistes au Pré-du-Roy, une entrevue avec Jean Roule...

HARGAND

Ça n'est pas possible!

MAIGRET

Pardonnez-moi!...

HARGAND

Vous en êtes certain?

MAIGRET

Oh! certain!

HARGAND

Et dans quel but?... (Maigret fait un geste par où il exprime qu'il ne sait rien de plus.) Depuis que les grévistes le ramenèrent aux cris de « Vive Robert llargand !...'», de la gare, où, sur mon ordre il partait, jusqu'ici, où il est resté leur prisonnier... Robert semblait avoir compris la siluation anormale et honteuse où ce coup de main le mettait vis-à-vis d'eux, et vis-à-vis de moi... Mais,., en effet... hier, je l'ai

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