ACTE III. SCÈNE II
Geneviève que vous aviez demandé des troupes pour réprimer la grève... et qu'elles arrivent aujourd'hui... (D'un Ion pénétré.) J'ai compris que c'était la catastrophe... je n'ai pu supporter l'idée que des centaines d'hommes... pour un malentendu qu'il est possible encore de dissiper... allaient mourir ici!... Du sang ici!... Du sang sur cette maison et sur vous!... (Un temps.) Alors, je suis allé trouver Jean Roule.
UARGAND
Pourquoi, lui... et pas moi?... Pourquoi ne m'as-tu pas parlé à moi?
ROBERT
Hélas! mon père, vous me l'aviez défendu... Et, d'ailleurs, je me suis dit que c'était inutile!
Qu'en savais-tu?
Je vous connais assez pour savoir que cette résolution terrible, vous ne l'aviez pas prise par hasard, et sans de longs combats avec vous-même... Je n'avais pas de chance d'être écouté... (Sur un mouvement d'Hargand.) Oh! mon père, je vous en supplie... ne vous attachez pas à la lettre seule de mes paroles... ne retenez que le sens que je leur donne, et l'intention respectueuse qui me les dicte!... Jean-Roule, si exalté, si violent, n'est pas inaccessible à la raison... Et je lui crois une âme remplie de pitié... J'esssayai de lui faire comprendre la responsabilité qu'il encourrait... et qu'il tenait des milliers de vies dans ses mains... De lui-même, il me promit qu'il viendrait, aujourd'hui, vous porter de nouvelles propositions... Je n'avais pas à en discuter les termes avec lui... je n'avais pas à prendre d'engagements vis-à-vis de lui... De son
côté, il ne m'a promis rien d'autre que de venir ici!... Voilà tout!
HARGAND
Je ne le recevrai pas... je ne le reconnais pas... je l'ai chassé de l'usine!
ROBERT
Vous l'avez chassé... Mais cinq mille ouvriers l'ont
élu!...
HARGAND
Cinq mille factieux!... Je n'ai pas à leur obéir... Qu'ils se soumettent, d'abord!
ROBERT
Et s'il vous apportait la paix?...
Au prix de concessions absurdes et déshonorantes?... Non... nonl... C'est une folie que d'y songer... (// se lève et se remet à marcher dans la pièce. Silence.) Nous nous sommes dit, tout à l'heure, des paroles inutilement blessantes... Cela ne remédie à rien... et cela fait du mal!... Parlons r&\son... (Il vient s'appuyer le dos à la cheminée.) Je ne crois pas être un mauvais homme... Je t'ai prouvé que je n'étais, pas non plus, un tyran... que j'avais, au contraire, un sentiment très vif de la liberté des autres... Je t'ai laissé te développer, selon toi-même et dans le sens de ta nature... Tu ne peux pas me reprocher d'avoir jamais contrarié tes idées...
Robert, vivement.
Et je vous en suis reconnaissant... Oh! je vous le jure!... de toutes les forces de mon cœur!...
uargand Pourtant, je les jugeais chimériques... dange-