KS MAUVAIS
Le chapelain conduisit sa mule au milieu de la pelouse.
Là, du haut de sa selle, devant les piqueurs et les varlets agenouillés en silence , en présence des gentilshommes, la toque basse et la tête courbée sur leurs chevaux , il entonna la prière du patron des chasseurs; puis, élevant ses vieilles mains ridées vers le ciel, il bénit, ii grands coups de signes de croix , et à plusieurs reprises, les hommes, les chevaux, et les chiens.
Quand il eut lini , les hommes répondiren't amen, les chevaux hennirent, les chiens aboyèrent, et toute la troupe disparut sous les grands arbres de la forêt.
Depuis quelques momens le bois retentissait d'un bruit affreux ; la bête était lancée ; le hurlement des chiens, les cris des piqueurs , et le vacarme des trompes, sonnant le coup de gresle. invitaient les chasseurs à la suivre. Déjà les chevaux avaient franchi dans leur course un long espace de terrain, lorsque, tout à coup, et à l'entrée d'un carrefour , madame de Laborne détourna son coursier, et le poussa brusquement dans une allée qui s'éloignait de celle que suivait la chasse.
Le prieur, qui luttait de vitesse et d'ardeur avec
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le sire de Harlay, ne s'aperçut pas du départ de la comtesse, et s'enfonça dans le taillis, la bouche à son cor d'ivoire, et les éperons dans le ventre de son cheval.
Bientôt les cris de tayau s'éteignirent , l'écho lointain répéta faiblement les sons du cor, et madame de Laborne n'entendit plus que le froissement des arbres, et le bruit des feuilles sèches que le vent faisait pleuvoir autour d'elle. Une allée longue, étroite et sombre, s'allongeait devant ses yeux, et semblait, en se rétrécissant, monter jusqu'au ciel.
Son cheval allait le pas, et comme s'il eût été abandonné à lui-même.
Elle était si préoccupée que l'animal s'arrêta plusieurs fois devant de longues ramées qui barraient le chemin , sans qu'elle le pressât davantage ; enfm elle se retourna.
Deux personnes la suivaient, son page et son chapelain; l'une et l'autre s'approchèrent aussitôt.
— M'est avis, madame, s'écria le vieil Eusèbe, que la chasse est jà lointaine, et que tant plus chevauchez, tant plus perdez la voie.
— Il ne m'affiert,.... mon père ;.... je vais à mon veuil et plaisir.
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— Madame la comtesse a-t-elle besoin (Je mon olïice? reprit le |)nge.
— Oh! mon Dien non, Alain! retournez-vousen après la chasse, et me laissez seule avec ce cligne homme ; n'ayez souci de moi : cette allée mène aux étangs où le cerf doit venir avec toute la troupe Allez !
Le page tourna la bride de son cheval, laissant la comtesse en tête à tête avec son chapelain.
Après quelques instans de silence , madame de Laborne reprit :
— De vrai, mou père, je suis aise de vous avoir auprès de moi, bien plus que d'être à courre le cerf!
> — Madame ! c'est tenir un pauvre vassal et serviteur de Dieu au plus haut prix qu'il n'est
vraiment La compagnie déjeunes et beaux
gentilshommes agrée très-mieux une dame que celle d'un vieux moine ; et la chasse me semble. . .
— Mon père, elle me fatigue et m'ennuie
— Pourtant, madame, est-ce en votre honneur et intention que monsieur le prieur l'a ordonnée.
— Ordonnée ! sainte Marie î Et d'où prenezvous cela, mon père? suis-je pas dame et maîtresse en mon manoir?
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' — Madaine, je croyais
Le chapelain ne continua pas, et la comtesse retomba dans sa rêverie.
Au bout de quelques minutes, elle leva la tête, et, se penchant vers son compagnon, elle poursuivit ainsi :
— Ah! ce qui navre mon cœur, et le jette en tristesse mortelle, mon père, est un rêve malplaisant et horrifique , lequel m'est advenu cette nuit, et me bourrelle encore jusqu'à cette heure, tant et tant que je cuide être prise du malin.
— Madame , ayez fiance en Dieu ! j'ai cy en ma manche un chapelet fabriqué du bois de h\ vraie Croix, lequel vous gardera de tous pièges et embûches du démon.
— Vraiment!
— Oui, madame, le voici.
— Baillez-le-moi, mon père; que je m'en serve, en guise déboucher, contre toutes ruses et nuisances de monseigneur Satan.
Elle prit le chapelet , et le jeta autour de son cou, comme elle aurait fait d'un beau collier de perles.
— Ores, saurez, mon père, reprit-elie à voix basse, t^t la têie inclinée, saurez que voilà deux