‹ Les mauvais garçonsChapitre 4 sur 47 · I.CS MAUVAIS · texte numérisé non relu

I.CS MAUVAIS

OU quatre pas daus la cliajxîlle, et revint s'asseoir auprès dt; Jacqueline, sur le l)anc de chêne.

La pauvre enfant, tout émue et tremblante, le regarda long-temps en silence; enfin elle lui dit doucement et comme si elle n'eût osé lui parler :

— Pardon, messire, de mon doute et reproche : de vrai, j'avais si peur de n'avoir plus votre amitié

— Mon amitié! Jacquehne! ah! très-chère et gentefdlcjl'avez-vous jamais perdue? Que si mon cœur en était veuf, serais-jevenu, ce soir en cette isolée chapelle, chercher un seul de vos regards, emmi le monde de périls et dangers qui m'environnent?

— Vous, en danger? reprit-elle avec effroi.

— Las! suis-je pas un malheureux, un pauvre fugitif? —

— Messire, se peut-il?

— S'il se peut? Ce n'est que trop vrai, Jacqueline. Vous faut- il redire que j'ai laissé heur et repos sur le seuil de votre porte : car de ce jour où maître Oudard m'a tant mal mené, de ce jour cependant le plus beau jour de ma vie, ains que mon cœur a connu le secret de votre cœur, ains que j'ai su de combien vous m'aimiez; de

GARÇOi\S. 5l

ce jour-là, maux sans nombre et grêle de peines sont venus cheoir sur mon triste chef, si que je m'émerveille d'être encore de ce monde, et d'avoir asse/> de force pour vous aimer et vous le dire.

— Oh ! xnessire, revenez, revenez bien vite en la maison.

— Et votre père, Jacqueline?

— Mon père? Eh bien ! je lui jetterai tant

et tant de paroles douces et mielleusesen l'oreille, que je ferai vaciller son cœur; qu'il jettera bas haine et courroux, et vous fera meilleur recueil que n'avez jamais reçu.

Oui, si j'ai fiance en mon cœur, votre venue sera une bien-venue ; en votre compagnie, retourneront loger sous notre toit, liesse et bonheur ; mon pauvre vieux père n'aura plus visage triste et dolent; il rira, comme devant, chantera ses chansons, contera ses vieux et joyeux contes, car avec vous il pourra deviser et discuter le soir au coin du feu, ce qui n'était possible avec mon cousin Buschard et Rigolet : puis il n'est pas tant vieux qu'il n'ait plus en mémoire le premier service que votre bon courage nous rendit si généreusement en la foire Saint-Germain : il se recordera que vous avez fait la vie sauve à sa petite Jac-

Page 1