‹ Les mauvais garçonsChapitre 5 sur 47 · TES MAUVAIS · texte numérisé non relu

TES MAUVAIS

(|ncline, et se pourra qu'il vienne un jour à

Elle n'osa pas achever, ou du moins sa voix fut si fai])lo, qu'elle ne laissa pas entendre le reste de la phrase; mais Ludder le comprit, un sourire de honheur vint entr'ouvrir ses lèvres ; et saisissant une des mains de Jacqueline, il reprit :

Oh , très-gracieuse Aile ! sont vos douces paroles autant de rêves d'or qui font songer délicieusement mon âme ; c'est paradis qui s'ouvre et s'entrebâille à mes pauvres yeux. Mais, las 1 tant d'heur et de fortune ne peuvent m'advenir; j'ai sur ma tête un mauvais sort, qui me pousse et me crie incessamment en l'oreille : Ya, va, marche, et ne t'arrête au bonheur. Et il me faut aller, marcher à son vouloir — Oui, Jacqueline, cette main tant doucette et précieuse, cette main que j'étreins et qui se laisse étreindre, eh bien! ce soir peut-être est-ce la dernière fois que je la touche.

— La dernière fois!

-—Je ne puis en cette ville plus long- temps demeurer.

- — Vous partez !

— Il me faut quitter Paris

— Où irez-vous?

•— Je ne sais; en Allemagne.

(iA[\ço^s. 53

— En Allemagnti! répéta tristement Jacqueline ; et elle retira ea main de celle de Ludder pour la porter à ses yeux; puis elle ajouta, d'une voix étouffée :

— En Allemagne l un pays maudit, tout

planté d'hérésie ! En Allemagne! Ah! dites que vous n'irez pas, messire, que vous n'y retournerez

— Jacqueline, ne puis rester en France.

— J'entends, messire; j'entends de reste, pour ce qu'avez haute naissance et richesse : et moi,

pauvrette Mon bon père, et le vieil Eusèbe

me l'avaient bien dit : mal en advient d'aimer plus haut que soi.

— Non, non, Jacqueline, ce ne sont richesses et grandeurs qui me font départir. Oh! je jure et l'affie, tout l'or d'une couronne me duit moins que les rais de vos yeux. Mais c'est ma destinée, ma méchante destinée , qui déjoint nos deux cœurs, elle seule qui .m'éloigne. En brief. ... Je ne puis et ne veux vous faire malheureuse

— Moi?

— Oui, ma mie, je ne veux noircir la blancheur de votre àme ; je ne veux coudre à votre tant douce existence, les troubles, inquiétudes et

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