VI PRÉFACE
Poiir moi , qiii crois fermement à l'éternité de la vie, je considère les siècles comme des points imperceptibles dans le temps. Les perspectives séculaires n'ont rien qui m'épouvante. •
Je suis, donc j'ai été, donc je serai! La mort n'est que l'étape d'une vie nouvelle, et j'agrandis, j'élève mon point de vue en conséquence de ma foi. Je crois, comme je crois en Dieu , qu'un jour viendra où la femme exercera dans la société une autre influence que celle qu'elle y exerce aujourd'hui, qu'elle sera, non semblable à l'homme, — la nature ne l'a pas voulu et ne le voudra jamais, en raison de la diversité de leurs fonctions, — mais son égale, et qu'elle exprimera tout haut, avec une certaine autorité, son sentiment sur la conduite des choses d'ici-bas.
Ce jour-là , l'homme et la fenmie , unis dans un même sentiment religieux, ayant dépouillé toute vieille idée d'antagonisme, n'ayant ni supériorité à défendre ni infériorité à protéger, diront comment doit être conçue la loi du mariage.
Jusque-là , il faut se contenter d'expédients et adopter les moins mauvais. Je n'ai, pour mon compte, d'autre prétention que celle de démontrer, après tant d'autres, l'insuffisance de la loi actuelle et l'urgence d'une solution provisoire.
PRKPArE VÎI
F-e théâtre et le roman ont fait de tout temps , et font chaque jour, ii leur manière , la critique de la société, en général, et de la loi du mariage en particulier. Pour cela, ils mettent en scène des personnages imaginaires et créent des situations plus ou moins dramatiques. La foule applaudit, mais après avoir entendu le drame ou lu le roman , elle ne fait aucune application de l'œuvre du poëte aux situations vulgaires de la vie ; elle se persuade volontiers que récrivain s'est abandonné à sa fantaisie, qu'il a exagéré à plaisir des vices ou des Vertus , mais que le monde réel n'a rien de commun avec ces exagérations.
Les philosophes, les moralistes, les prédicateurs, — je parle des prédicateurs par la voie du livre, — ont un don tout particulier : c'est d'envelopper le sujet qu'ils traitent d'une forme si aride, si pédante, si fatigante, qu'ils rendent leur pensée inaccessible à l'esprit du plus grand nombre, des femmes surtout. Or, parler pour ne pas arriver à l'esprit et au cœur des femmes, c'est parler pour ne rien dire. Vous aurez beau ressasser une question sociale en vingt , on cent volumes , tant que les femmes ne l'auront pas comprise, elle ne sera pas résolue.
Incapable, comme je le suis, de faire une belle