L'OISIVE
Ni tisseuse de lin, ni fileuse de laine... La quenouille, le dé, l'aig-uille ou le fuseau Ne les sculpte aux parois de mon jeune tombeau, Car ma vie en ses jours fut paresseuse et vaine.
Pour que ton souvenir me suive et se souvienne. Lui faut-il le rouet, l'aiguille et le fuseau ? Pense au passé charmant où mon corps était beau. Ni fileuse de lin, ni tisseuse de laine !
Non ! je n'ai pas ourdi mes oisives années, Laborieusement, parmi leurs fleurs fanées ; Le vent les dispersa dès l'aurore, et, là-bas,
Regardes-en flotter, déjà presque invisibles, Au fond de ta mémoire et à tes yeux in^iats, Les souples fils errants qu'emporte l'air flexible.
LES MÉDAILLES d'aiVGILE 4^
]LA BELLE ANNÉS
Tu récoltes l'Été et tu cueilles l'Automne ! Que le vin écarlate écume dans la tonne, Que le blé s'amoncelle et déborde au boisseau, Dans la grang-e poudreuse ou dans le noir caveau C'est du soleil qui chante ou du soleil qui dort ! La vendange est ta pourpre et la moisson Ion or, 0 belle Année, et te voici, blonde et vermeille Du reflet des épis et du sang- de la treille. Salut ! et, pour la coupe pleine et pour le pain, Reçois, faite de terre et non de sombre airain Où l'effig-ie obscure en sa nuit semble éteinte, Cette médaille ardente avec ta face empreinte Qui vivante y sourit, délicate et laurée. Dans l'argiJe sang'uine où je l'ai fig-urée.
Lr.S JlEDAILLtS D ARGILE
L'OUVillCa
Longtemps, dans la clarté, j'ai vu tes mains agiles D'un doig-l ingénieux et d'un pouce savant, Tresser le souple osier et mèdailler l'argile.
Le jonc flexible, vert, anxieux et vivant Gémissait de courber sa tige harmonieuse Encor du bruit de l'eau sur qui passe le vent.
J'ai vu naître à ton gré, toujours silencieuse,
L'image qui liait ou flottait tour à tour
Dans la terre sanguine ou clans la glaise ocrcuse.
Le soir, plus prompt déjà, déjà chasse le jour;
Ta corbeille pesante est pleine de médailles,
Et l'automne plus fraîche a roidi tes doigts gourds;
LES MCDAILLES d'aRGILB 45
Le vieux rosier qui rampe et monte à la muraille Fait fleurir tristement au toit de ta maison Une dernière rose en l'or g"ivré des pailles.
Mets la bûche au foyer et la flamme au tison; L'automne t'avertit de l'hiver ; l'hirondelle A cherché le soleil derrière l'horizon ;
Mais, avant de rentrer à l'âtre qui t'appelle, Tu veux fixer encor par un dernier labeur Un song-e passager dans l'arg-ile fidèle.
C'est bien ; dans sa tristesse ou dans sa fauve ardeur, Fais sourire ou pleurer le profil ou la face De celles dont l'amour a dormi sur ton cœur.
La ronde langoureuse où leur beauté s'enlace Se noue autour de toi en se tenant les mains, Et chacune par toi va revivre en sa grâce.
Qu'importe maintenant l'hiver ! si tu le crains N'as-tu pas pour charmer sa saison ténébreuse Tout le printemps qui rit en ses jeunes matins ?
Laisse l'argile froide et la glaise frileuse Se gercer sous le gel où durcit le sol nu Que dessèche le vent et que l'averse creuse.
/]!) LES MÉDAILLES d'aKCILE
La Icrre va dormir lourde de l'an vécu,
Pour que ses fleurs d'été fussent ses fruits d'automne,
Et son flanc saigne encor du soc qui Ta mordu ;
La neig-e étalera sa blancheur monotone Pour engourdir sa paix et son obscur repos Sur qui le vol épars des flocons tourbillonne,
Jusqu'au jour merveilleux oîile printemps nouveau Feia dans sa torpeur courir de veine en veine Le sang" fluide et clair de ses tièdes ruisseaux.
Une sueur d'arg-ent emperle sa peau saine,
La voici qui palpite et s'étire au soleil,
Et les sources en fleurs fument dans son haleine;
L'aurore en la touchant empourpre son réveil ; Alors, prends-la, vivante entre tes mains hardies Et, debout en chantant dans le matin vermeil,
Sculpte avec des doigts d'or son argile rougie.