‹ Les médailles d'argilé; poèmesChapitre 17 sur 116 · MEDAILLES AMOUREUSES · texte numérisé non relu

MEDAILLES AMOUREUSES

LA TIlAGIi

La terre fut docile à ton double métiei ,

L'argile au médailleur et la glaise au potier,

Mais ton labeur est vain de façonner encore

Et la hanche de l'urne et le flanc de l'amphore

Et de g-onfler la panse et d'amincir le col.

Que tes mains sans regret laissent choir sur le so!

Le vase rouge et noir où ta pointe figure

Sur la courbe rondeur que le feu rendra dure

Un entrelacement de feuilles et de fruits !

Que te sert, au bûcher qui flambe dans la nuit,

Debout et sans repos jusqu'à l'aube, d'attendre

L'heure mystérieuse et froide de la cendre

Pour l'enfermer dans l'urne au lieu d'offrir au vent

Ce que la Mort, hélas ! a laissé d'un Vivant?

Laisse le lait couler, en blanc flot, des mamelles

Aux bouches sans baisers qui sont faites pour elles,

Pourquoi vouloir rendre captifs le vin ou l'eau?

Pourquoi veux-tu donner longuement pour tombeau

LKS MEDAILLES D AUGILE

l.e ventre de l'amphore à l'onde des fontaines ? Toutes les choses sont éternelles et vaincs Et la grappe mûrit toujours neuve, chaque an ; Bois jeune encor le vin que l'automne nous rend, Chaque fois qu'il rougit la vigne et qu'au soleil II fait lourde la grappe et le pampre vermeil. La source est toujours prête à notre soif penchée Pour y boire le flot de son onde glacée. Considère la fuite et le retour des choses : Une rose renaît quand s'effeuille une rose. Ne cherche pas non plus à vouloir retenir Longtemps dans ta pensée et dans ton souvenir L'image exacte encor des lèvres fugitives Dont tu sens à jamais que ta bouche fut ivre. Dans la médaille nette et ronde de contour Ne fixe pas la face errante de l'amour ; Abandonne le bronze et renonce à l'argile Car sa fragilité n'est pas assez fragile. Où l'Amour a marché ne cherche pas sa trace. Regarde le venir et ris lui quand il passe ; Le vois-tu beau, joveux, éphémère et divin ? Mais ne te courbe pas le long de son chemin, Tu risquerais ainsi de trouver, sur le sable Où posèrent les pas du passant adorable, Empreinte au sol encore l'ongle d'un bouc, au lieu D'y suivre le talon et l'orteil nu du Dieu .

LES MÉDAILLES d'aUGILE 5|

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