‹ Les médailles d'argilé; poèmesChapitre 20 sur 116 · L'AUG · texte numérisé non relu

L'AUG

Il est venu vers toi pendant que tu dormais, Et sur ton cher visag-e il a penché sans bruit Sa lampe. Vois, l'Amour a visité ta nuit ; Tu n'auras pas en vain song-é que tu l'aimais.

Voici l'aube. Un coq chante, et rien ne te dirait A ton réveil, ô pâle enfant, que ce fut lui S'il n'avait laissé choir quand son pas s'est enfui Trois de ses flèches d'or qu'empourpre du sang- frais

C'est lui. Sa force aiguë et douce a visité. Voluptueusement, dans l'ombre, ta beauté, Et tu g-ardes visible en ta chair lumineuse

Le reflet transparent de sa lampe, et ton corps, En sa langueur flexible et souple, semble encor Imiter l'arc divin par sa courbe amoureuse.

54 LES MÉDAILLES d'aUGILE

L'IVREGSE

Tu viens de la fontaine, et je viens de la source.

Nous nous sommes, un jour, rencontres sur la route,

Face à face, et tous deux nous portions à la main

Toi l'amphore de grès, moi l'amphore d'airain.

Et tu l'avais remplie en écartant d'un geste

Les roses dont l'été pare la borne agreste

D'où, continuelle et mélodieuse, l'eau

Sourd, fuit, s'épanche, rit, chante et coule tout haut ;

Tandis que moi, parmi la ronce qui la garde,

Déchiré par l'épine et mordu par l'écharde,

J'avais puisé, là-bas, à genoux, durement,

Son onde taciturne et son cristal pesant.

Mais qu'importe la ronce et qu'importe la rose!

Tiédis le grès luisant et chauffe l'airain fauve,

Bon soleil, et rends-les tous deux comme de l'or.

Notre vie à jamais est pleine jusqu'au bord

Et sa double abondance à nos bouches incline

Son ivresse limpide et sa fraîcheur divine; Et notre double amour, sur le même chemin, Qui marche côte à côte en se tenant les mains,- Avant qu'au jour qui fuit succédât la nuit sombre, Sur le sable biûlant n'a fuit qu'une seule ombre.

5G LES MÉDAILLES d'aKGILK

som

Dans le silence pur et dans l'ombre attentive, Ecoute mollement couler le tiède bruit Que font en s'cffcuillant les roses d'aujourd'hui, Et qu'en ton souvenir un parfum leur survive.

Une heure doit s'enfuir pour qu'une autre la suive Et rapporte à son tour ce qu'emporte avec lui Le temps irrésistible et fourbe qui s'enfuit En tenant par la main l'heure qu'il rend furtivo.

Reg-arde le beau vase arrondir, clair et vide, Sou urne transparente et son cristal limpide: Sa déserte fraîcheur est douce pour tes mains.

L'inépuisable Amour a d'autres fleurs écloses, Et tu souris encor, toi qui sais les chemins De la source éternelle et des nouvelles roses.

PHILENIS ET EUCRATE

Le vent brusque à mon seuil souffla ma lampe haute, Mais j'ai vu ton visag-e et je sais que c'est toi ; Viens vite sur le lit que deux corps font étroit; L'amour va doucement nous coucher côte à côte.

Non, ne rallume pas la lampe, ô mon cher hôtel Je sais quel voyageur j'abrite sous mon toit; Sois patient, ne gronde point, écoute-moi Délacer lentementma sandale que j'ôte.

Ne sens-tu donc que l'heure amoureuse est venue Où, peu à peu, pour toi, j'achève d'être nue ? Mais laisse encor qu'avant de m'étendre en tes bras

Mon geste ténébreux sans ombre sur le mur,

Au nocturne miroir où je ne me vois pas.

Passe un peig'ne invisible en mes cheveux obscurs.

58 LES MÉDAILLES d'aUGILE

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