‹ Les médailles d'argilé; poèmesChapitre 57 sur 116 · APPARITION · texte numérisé non relu

APPARITION

Le g^alop de la houle écume à l'horizon .

Regarde. La voici qui vient. Les vagues sont

Farouches et b vent dur qui les fouette rue

Leur troupe furieuse et leur foule bourrue.

Reg'arde. Celle-ci s'abat et vois cette autre

Derrière elle qui, fourbe et hargneuse et plus haute,

Lui passe sur la croupe et la franchit d'un bond

Et se brise à sou tour tandis qu'un t peron,

Invisible aux deux flancs de celle qui la suit,

La dresse hennissante et l'efTondre en un bruit

De vent qui s'époumonne et d'eau qui bave et fume,

0 poitrails de tempête et crinières d'écume !

J'ai regardé longtemps debout au vent amer

Celte course sans fin des chevaux de la mer

Et j'attends que l'un d'eux hors de l'onde mouvante

Sorte et, soudain ouvrant ses ailes ruisselantes,

M'offre, pour que du poing je le saisisse aux crins,

L'écumeux cabrement du Pés-ase marin.

LE BUCHER D'ITÉRCULE

Hercule pour mourir monte sur son bijcher.

La terre, — qui déjà ne l'entend plus marcher

Du pas victorieux qu'elle écoutait dans l'ombre

Se hâter vers l'aurore à travers la nuit sombre

Au heu ticier de son talon errant —

S'étonne de le voir immobile et plus grand

Que lorsqu'il étouffait Antéeau larg'e buste,

Ou relayait Atlas d'une épaule robuste,

Vainqueur du mal terrestre et des Dieux souterrains ;

Et la peau de lion qui lui couvre les reins

Y colle sa toison, doublement empourprée

Par l'angoisse divine et la sueur sacrée.

Salut, Dompteur I salut, suprême Bûûheron I

Il8 LES MÉDAILLES d'aRGILE

Les vieux arbres coupés entrecroisent leurs troncs; Le feu qui ronge un pin prend aux branches d'un chêne Et l'un flambe déjà quand l'autre fume à peine, Car l'un est vert encore et l'autre résineux; La brindille crépite et la souche aux durs nœuds Suinte. Le bois chaud dilate et rompt l'écorce. Et le brasier s'unit, s'assemble, et se renforce, Se cherche, couve, ronfle et gronde et s'enfle avant D'éclater, tout à coup, monstrueux et vivant De la base au sommet de la montagne ardente Qu'il assaille à la fois par sa quadruple pente, Et de faire à jamais dans nos mémoires, — tel Qu'il nous est apparu dans un soir immortel, — De l'homme surhumain qui jadis fut Hercule, Debout, un Dieu d'or rouge au fond du crépuscule 1

Les pâtres, dans la nuit, qui gardent leurs troupeaux De pacifiques bœufs et de calmes taureaux Parmi les fleurs du val et les prés de la plaine Silencieuse sous la paix herculéenne, Ont regardé grandir vers l'azur étoile Cette haute rougeur qui, de l'Œta brûlé, Fait jaillir jusqu'au ciel sa flamboyante gerbe, Sans savoir que ce feu qui teint le roc et l'herbe D'une clarté de gloire et d'un reflet de sang Et monte à l'horizon en s'épanouissant

LE BUCIir.R » IIEnCULE

Comme une étrange, brusque et furieuse aurore, Brûle, sur le bûcher dont elle semble éclore, Le Héros aux bras durs dont les rudes travaux, Douze fois achevés et douze fois nouveaux, Par la force invincible et l'incessante épreuve, Ont nettoyé l'étable en détournant le fleuve Et rassuré la terre, heureuse eiixîn de voir Vaincus, l'écume aux crocs et la bave au boutoir, La bête d'Erjmanthe et le chien de l'Érèbe.

0 voyageurs, pleurez ; pleure, homme de la g-lèbe ; Prends ta fronde, berg-er; pâtre, saisis l'épieu 1 Regrette le héros que ne vaut pas le Dieu ; Verrouille le bercail et ferme l'écurie ; L'époque monstrueuse et l'antique furie Vont renaître et rôder autour de ton repos. Car lorsque le brasier s'écroula sur les os A peine consumés du divin Belluaire, A travers la lueur fauve qui les éclaire, J'ai vu les monstres noirs vaguement s'ébaucher, Fantômes de la flamme et larves du bûcher Oui, frappés du talon, du poing et de la flèche Jadis, dans le marais, la caverne ou la crèche, Entaille au ventre, plaie au flanc, blessure au cou, Piedressent leur colère ou dardent leur courroux Ou, battant du sabot les brandons et la braise,

Semblent ruer de l'or au fond de la fournaise.

Et chacun y reprend sa forme.

Deux tisons Deviennent tout à coup ces deux Serpents qui sont Ceux même dont l'enfant, de ses mains réveillées, Étouffait au berceau les g-org-es écaillées . Fuyez ! Voici le Chien funèbre au triple aboi Dont l'infernal Dompteur a fait taire les voix ; Et l'Hydre lernéenne aux cent têtes jumelles, Venimeuse, arrogante et pestilentielle, Qui, grasse de limon putride et lourde d'eau, Traîaait son ventre flasque et ses visqueux anneaux Et qui, ivre de flamme et saoule d'incendie. Tout à coup déroulée et brusquement g-randie, Faite de fang-e blême et de squames d'argent, Obscène, fabuleux, innombrable et changeant, Dresse son corps ardent, Monstre hécatoncéphale ! Les sinistres Oiseaux tués sur le Stymphale, Horde criarde, aux becs rapaccment ouverts Pour ronger la charogne et déchirer les chairs, Rouvrent au ciel brûlant leurs ailes de fumée. Le Lion dont le souffle épouvanta Némée Fronce son mufle roux et crispe son poil d'or. Le Dragon fabuleux, du philtre qui l'endort

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