‹ Les médailles d'argilé; poèmesChapitre 63 sur 116 · LA NUIT DES DIEUX · texte numérisé non relu

LA NUIT DES DIEUX

Vers qui fumait l'encens et ruisselait l'autel Du sang- quotidien de victimes sans nombre Et qui ne sont plus rien maintenant que des Ombres "?

Ils rêvent, anxieux, espérant le soleil Et que le song-e ambroisien, noble et vermeil Recommence et que Texil cesse et que l'on sorte De l'Ile souterraine autour de qui l'eau morte Du noir Styx passe, court et s'écoule sans bruit, Car leur foule nocturne est lasse de la nuit. Mars, comme pour partir, rattache sa sandale Et Vénus, belle encor, en cette onde infernale, Trempe son pied, tandis que Neptune prudent Semble sonder un gué du bout de son trident.

Contemple tous ceux-là de qui fut g'énérique

La joie olympienne ou la force olympique.

Qui furent autrefois l'oracle et le destin,

La réponse de l'antre et le motsybillin,

L'écho sacré, la flûte alternée et la lyre,

Les cymbales, le cri, la danse, le délire,

Le parfum de la rose et l'odeur du laurier,

L'ode religieuse et le refrain guerrier.

Le roulement des chars ou le choc des tonnerres,

Les murmures du ciel, les frissons de la terre,

La houle des moissons qui font le sol mouvant

l50 LES MÉDAILLES d'aIXGILE

Et la forêt mouvante au long- souffle du vent

Et le chant de la mer et le chant des fontaines,

La rumeur qui bourdonne au creux des ruchespleines,

La source, le ruisseau, le fleuve ; eux qui mêlaient

En leurs coupes, le vin, l'eau, le sang- et le lait,

Portaient le sceptre droit ou le thyrse flexible,

Lançaient la foudre au mont et la flèche à la cible

Et remplissaient la terre et le ciel tour à tour

De la confusion de leurs vastes amours.

Tous ces Dieux de la Vie et de la Violence

Leurs Ombres maintenant ne font que du silence.

Et tous, d'un long- reg~ard, suivent pensivement, En son vertigineux et morne tournoiement, Pég^asequi, rué d'une course inutile, Les crins au vent, galope en rond autour de l'Ile Et qui parfois bondit et qui parfois s'abat Et qui semble hennir et que l'on n'entend pas Et qui s'arrête et qui repart et semble attendre. D'un quadruple sabot creusant le sol de cendre, Et brusquement, cabré, prodig-ieux et noir, D'un élan furieux et d'un trag-ique espoir, Ecarte d'un seul coup ses deux ailes ouvertes Qui battent l'air trop lourd et retombent inertes Et, rebelles encor, referment à son dos L'effort désespéré d'un vol jamais éclos.

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