‹ Les médailles d'argilé; poèmesChapitre 75 sur 116 · LA HACHE · texte numérisé non relu

LA HACHE

Ecoute. Le vent froid aux cailloux de la route Aig^uise lentement, invisible ouvrier, Les serpes et les faulx de ses bises d'acier; Le pas du Temps résonne au carrefour . Ecoute.

Ecoute. Au loin déjà les fleurs s'effeuillent; toute La prairie alentour frissonne, et tout entier Le grand arbre frémit au souffle meurtrier ; Et sa Dryade en lui va saig-ner goutte à goutte.

Les bûcherons, liant le fag-ot et l'écorce,

Vont dépecer, hélas ! ta stature et ta force ;

Ton ombre a marqué l'heure à ta chute ; mais sache,

Au soir de quelque Automne org-ueilleux de ta mort,

Parmi l'eff'ondrement de ta ramure d'or.

Tomber au moins hautain et grave, sous la hache.

A TRAVERS L'AN

LE DEKNIEH SOIR

La haute lampe Brûle sur la table en silence, Droite parmi les livres lus Où ma tôle s'est inclinée; Je n'entends plus, Mélancolique et vig-ilante, Passer et rôder par la chambre La vieille Année.

Elle s'est faite humble, patiente et grave

En sa grise robe d'hiver.

Pour s'asseoir près de l'âtre clair

Où se chauffent ses mains baissées ;

Elle s'est faite douce et grave

Avec des pas légers qui semblent

Marcher à travers mes pensées

Sur de la cendre.

l-yO LES MEDAILLES D ARGILE

Les corbeilles d'été et les paniers d'automne

Sont là, pendus au mur, et parfois

L'osier craque, le vent frissonne

Aux roseaux du vase où se sèchent

Leurs tig'es et leurs feuilles, et parfois

Je tressaille et j'écoute

Et je la vois,

Immobile en sa robe grise

Sans que jamais murmure sa bouche

Plus rien des chansons désapprises

Qu'elle chantait dans l'été riant

En tressant brin à brin,

Avec ses mains.

L'osier souple et le jonc pliant

Et le saule qui se redresse

Et cing-le et qu'on tourne eu corbeilles.

Seul son rouet ronfle et bourdonne Avec un bruit lointain d'abeilles Qui s'enfle, s'approche et recule.

Et monotone Semble filer du crépuscule.

L'horloge haute

En sa maison d'écaillé et de buis

Ajoute une heure ù l'heure qui fuit

A TRAVERS L AN I7I

Et le temps va de l'une à l'autre Jusqu'à minuit.

Alors la silencieuse Année, assise

A l'âfre en sa robe rose et grise'

Se lève et rallume le feu qui s'éteint ;

Une g-rande flamme d'espoir

Monte et rougit le pavé noir

Et réchauffe ses mains glacées,

Et je crois voir,

Au seuil déjà du temps qui vient,

Son visag-e nouveau sourire à me? pensées.

172 LES MEDAILLES D AUGILE

LA VOiX

La fontaine murmure à la source un secret

Qui, goutte à goutte, s'interrompt, filtre ou s'arrête

Et qui se continue en la rumeur secrète

Dont vibrent sourdement la mer et la forôl.

Tour à tour hésitant, humble, bas ou discret. Commence, se rétracte et se cherche et s'apprôto Le môme mot ôpars qu'attend, espère et g-uette Le passant qui partout le devine et se tait.

L'éclair l'écrit au ciel et le biiTe ; la pluie S'embrouille, se reprend, bégaie et balbutie; La fissure ricane et l'antre ouvre la gueule ;

Tout parle ; et dans le vent anxieux et farouche J'écoute pour jamais errer, multiple et seule, L'universelle voix de l'invisible bouche.

A Tn.w^RS l'an 173

Je voudrais pour tes yeux la plaine

Et une forôt verte et rousse,

Lointaine

Et douce

A riiorizon sous un ciel clair,

Ou des collines

Aux belles lignes

Flexibles et lentes et vaporeuses

Et qui sembleraient fondre en la dourcui de \'i.-.i'-

Ou des collines,

Ou la forêt

Je voudrais

Que tu entendes.

Forte, vaste, profonde et tendre,

La grande voix sourde de la mer

Qui se lamente

1^4 Ï-ES MÉDAILLES d'aRGILE

Comme l'Amour ;

Et, par instant, tout près de toi.

Dans l'intervalle,

Que tu entendes,

Tout près de toi.

Une colombe

Dans le silence',

Et faible et douce

Comme l'Amour,

Un peu dans l'ombre,

Que tu entendes

Sourdre une source...

Je voudrais des fleurs pour tes mains,

Et pour tes pas

Un petit sentier d'herbe et de sable

Qui monte un peu et qui descende

Et tourne et semble

S'en aller au fond du silence.

Un tout petit sentier de sable

Où marqueraient un peu tes pas,

Nos pas,

Ensemble!

A TRAVERS L AN

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