LA HACHE
Ecoute. Le vent froid aux cailloux de la route Aig^uise lentement, invisible ouvrier, Les serpes et les faulx de ses bises d'acier; Le pas du Temps résonne au carrefour . Ecoute.
Ecoute. Au loin déjà les fleurs s'effeuillent; toute La prairie alentour frissonne, et tout entier Le grand arbre frémit au souffle meurtrier ; Et sa Dryade en lui va saig-ner goutte à goutte.
Les bûcherons, liant le fag-ot et l'écorce,
Vont dépecer, hélas ! ta stature et ta force ;
Ton ombre a marqué l'heure à ta chute ; mais sache,
Au soir de quelque Automne org-ueilleux de ta mort,
Parmi l'eff'ondrement de ta ramure d'or.
Tomber au moins hautain et grave, sous la hache.
A TRAVERS L'AN
LE DEKNIEH SOIR
La haute lampe Brûle sur la table en silence, Droite parmi les livres lus Où ma tôle s'est inclinée; Je n'entends plus, Mélancolique et vig-ilante, Passer et rôder par la chambre La vieille Année.
Elle s'est faite humble, patiente et grave
En sa grise robe d'hiver.
Pour s'asseoir près de l'âtre clair
Où se chauffent ses mains baissées ;
Elle s'est faite douce et grave
Avec des pas légers qui semblent
Marcher à travers mes pensées
Sur de la cendre.
l-yO LES MEDAILLES D ARGILE
Les corbeilles d'été et les paniers d'automne
Sont là, pendus au mur, et parfois
L'osier craque, le vent frissonne
Aux roseaux du vase où se sèchent
Leurs tig'es et leurs feuilles, et parfois
Je tressaille et j'écoute
Et je la vois,
Immobile en sa robe grise
Sans que jamais murmure sa bouche
Plus rien des chansons désapprises
Qu'elle chantait dans l'été riant
En tressant brin à brin,
Avec ses mains.
L'osier souple et le jonc pliant
Et le saule qui se redresse
Et cing-le et qu'on tourne eu corbeilles.
Seul son rouet ronfle et bourdonne Avec un bruit lointain d'abeilles Qui s'enfle, s'approche et recule.
Et monotone Semble filer du crépuscule.
L'horloge haute
En sa maison d'écaillé et de buis
Ajoute une heure ù l'heure qui fuit
A TRAVERS L AN I7I
Et le temps va de l'une à l'autre Jusqu'à minuit.
Alors la silencieuse Année, assise
A l'âfre en sa robe rose et grise'
Se lève et rallume le feu qui s'éteint ;
Une g-rande flamme d'espoir
Monte et rougit le pavé noir
Et réchauffe ses mains glacées,
Et je crois voir,
Au seuil déjà du temps qui vient,
Son visag-e nouveau sourire à me? pensées.
172 LES MEDAILLES D AUGILE
LA VOiX
La fontaine murmure à la source un secret
Qui, goutte à goutte, s'interrompt, filtre ou s'arrête
Et qui se continue en la rumeur secrète
Dont vibrent sourdement la mer et la forôl.
Tour à tour hésitant, humble, bas ou discret. Commence, se rétracte et se cherche et s'apprôto Le môme mot ôpars qu'attend, espère et g-uette Le passant qui partout le devine et se tait.
L'éclair l'écrit au ciel et le biiTe ; la pluie S'embrouille, se reprend, bégaie et balbutie; La fissure ricane et l'antre ouvre la gueule ;
Tout parle ; et dans le vent anxieux et farouche J'écoute pour jamais errer, multiple et seule, L'universelle voix de l'invisible bouche.
A Tn.w^RS l'an 173
Je voudrais pour tes yeux la plaine
Et une forôt verte et rousse,
Lointaine
Et douce
A riiorizon sous un ciel clair,
Ou des collines
Aux belles lignes
Flexibles et lentes et vaporeuses
Et qui sembleraient fondre en la dourcui de \'i.-.i'-
Ou des collines,
Ou la forêt
Je voudrais
Que tu entendes.
Forte, vaste, profonde et tendre,
La grande voix sourde de la mer
Qui se lamente
1^4 Ï-ES MÉDAILLES d'aRGILE
Comme l'Amour ;
Et, par instant, tout près de toi.
Dans l'intervalle,
Que tu entendes,
Tout près de toi.
Une colombe
Dans le silence',
Et faible et douce
Comme l'Amour,
Un peu dans l'ombre,
Que tu entendes
Sourdre une source...
Je voudrais des fleurs pour tes mains,
Et pour tes pas
Un petit sentier d'herbe et de sable
Qui monte un peu et qui descende
Et tourne et semble
S'en aller au fond du silence.
Un tout petit sentier de sable
Où marqueraient un peu tes pas,
Nos pas,
Ensemble!
A TRAVERS L AN