ELEGIE
Un grand silence clair de regret et d'attente Emplit le beau jardin qui song-e et se souvient Et ma pensée y marche, anxieuse ou riante, Sur l'invisible pas qui précède le sien.
Quelqu'un a foulé l'herbe auprès du bassin vide Et posé son talon au marbre descellé, Tandis que tremble encor, flexiblement rigide, La feuille d'un roseau qu'une fuite a frôlé.
Une main curieuse a soulevé la dalle
Qui, du poids de sa pierre où luit l'anneau d'airain,
Cache l'onde secrète à qui va la spirale
D'un escalier furtif, sonore et souterrain-
lyG LES WÉDMO.PS D'AIVGiLE
Uû iuvIsîL'le pas, de parterre en parterre, A parcouru les fleurs, la grotte et le bosquet, Kôle mystérieux, visiteur solitaire, Taciturne passant parmi l'éciio muetl
C'est lui qui, sur le seuil de la maison fleurie, A cueilli cette rose aux pétales de feu Dont la pourpre sang-uine, amoureuse et meurtrie, Garde la marque encor de la lèvre d'un dieu.
li n'a pas refermé la porte encore ouverte Par où l'odeur du soir est entrée avec lui Et rôde longuement en sa lang-ueur inerte Qui s'attarde à le suivre et qui partout le suit.
Je l'ai suivi, le cœur battant dans ma poitrine, A son souffle inégal de palier en palier, Et je l'entends marcher dans la chambre voisine, Fantôme insaisissable et partout familier.
Voici le lit, la lampe et le masque de cire Qae le miroir regarde et qui seul lui répond! Et quelle main, hardie au sommeil qui l'attire A répandu ton huile, ô Lampe, et sur quel front?
A TIVAVEUS h AH l-J-J
Solitude, silence et, dans notre mémoire, Equivoque rumeur qui monte d'autrefois, Et la grande aile d'or qui passe sur l'eau noire Où notre face en pleurs se penche et se revoit.
Je ne sais, mais je sens, Maison mystérieuse, Pour l'invisible pas qui visita ton seuil, S'exhaler sourdement, de ta pierre pieuse, Comme un amer parfum de reg-ret et d'oro'ueil.
Ton jardin est plus beau, les roses sont plus belles. Ta fontaine secrète et tes bassins verdis Délaissés maintenant de leurs eaux infidèles. Savent le nom sacré que tout bas tu redis.
Et je te reconnais, charme ineiTabîe et sombre, Délice, cher parfum, présence qui toujours Revis dans le reg'ard et survis dans les ombres Dos êtres et des lieux qu'a visités l'amour 1
LE JARDIN MOUILLF:
La croisée est ouverte; il pleut Comme minutieusement, A petit bruit et peu à peu, Sur le jardin frais et dormant»
Feuille à feuille, la pluie éveille L'arbre poudreux qu'elle verdit; Au mur, on dirait que la treille S'élire d'un geste eng-ourdi.
L'herbe frémit, le gravier tiède Crépite et l'on croirait là-bas Entendre sur le sable et l'herbe Comme d'imperceptibles pas.
A THAVERS l'an I79
Le jardin chuchote et tressaille, Furlif et confidentiel; L'averse semble maille à maille Tisser la terre avec le ciel.
Il pleut, et, les 3-eux clos, j'écoule, De toute sa pluie à la fois, Le jardin mouillé qui s'égoulle Dans l'ombre que j'ai faite en moi.
i80 LES MÉDAILLES d'aîvGILE