LA PROMENEUSE
L'allée en doux circuits contourne pour tes pas Le g-azon vert où dort le bassin létharg-ique, Et le soir fait grandir d'une ombre symétrique Les ifs et les cyprès qui ne s'effeuillent pas.
L'avare buis, toujours méticuleux et ras, Aux parterres égaux que sa bordure étriqué, Est propre à te conduire au rêve méthodique Que lu suis en marchant et qui te parle bas.
Mais une âme perplexe, indécise et légère, Sur ta bouche s'attriste ou sourit passagère, Selon l'odeur du vent ou le parfum du soir.
Et je n'ai pu régler l'inégale fontaine
Dont le double soupir suffit pour l'émouvoir,
Inquiète souvent et toujours incertaine.
A riVAVEaS L A N l8l
ODELETTE
Si j'avais mieux connu mon amour, si j'avais mieux
Connu ma vie,
Si j'avais mieux
Su mes pensées,
Je n'aurais pas lié ma vie
A tes pensées
Et à tes jours,
Je n'aurais pas mêlé ta vie
A mon amour I
Offre-t-on à qui l'on aime
La fleur épineuse où les doig-ts saignent?
Mène-t-on boire à la fontaine
Qu'on sait amère ?
Donne-t-on à filer aux belles mains
Faites pour tisser de la joie
l82 LES MÉDAILLES d'aH 3ILE
Le chanvre dur et la grasse laine Des filandières?...
Te voici debout dans ma vie
Au carrefour de mes chemins;
La source est à tes pieds ; la rose ploie
Sa tig-e dang-ereuse. Tu l'as cueillie;
Et la quenouille des destins
Est-elle si peu lourde de fils incertains
Que tu souries
D'être seule dans mon amour
Et de l'avoir pris par la main ?
A TRAVEIiS L AN