ERNEST BORDES
plat comme une dalmatique, elle contemple sa victime dans une immobilité de statue. A travers ses cils presque clos, filtre un regard cruel et ses lèvres serrées sont effleurées par un imperceptible sourire fait de dédain et de joie féroce.
Costumes, sculptures, meubles, mosaïques, en un mot tous les accessoires de cette consciencieuse composition, sont fidèlement étudiés, et les aichéologues doivent éprouver de douces émotions dans la contemplation de la toile de M. Bordes.
Lci Mort de l’évêque Prœtextatus est une œuvre estimable écrite sous des influences diverses que je crois inutile de mentionner. Nous sommes convaincus que M. Bordes est capable de bien mieux faire, et son vigoureux talent, si personnel dans Saint Julien l’Hospitalier, nous inspire pour son avenir une confiance, que son envoi de cette année n’a pas amoindri, et que celui de l’an prochain, justifiera sans doute.
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DEUXIÈME MÉDAILLE
LOIR (Luigi)
Né à Goritz (Autriche) de parents français Élève de l’École des Beaux-Arts de Parme
MÉDAILLE DE TROISIÈME CLASSE EN 187g
Nous nous sommes permis, il y a quelques années, de supplier M. Luigi Loir, qui ambitionne décidément le titre de peintre officiel de Paris, de cesser de nous montrer la bonne ville éternellement plongée dans le brouillard et dans la boue, et de nous la représenter un jour sous de riantes couleurs. Il n’est pas, disionsnous, de nuance plus désespérément monotone que le
gris, et malgré l’habileté presque féerique avec laquelle M. Luigi Loir promène ses pinceaux dans la pâte de ses gris-perle, nous finirons par ne plus voir en lui le vrai peintre du ciel parisien, s’il s obstine à ne pas en varier la couleur. Que M. Luigi Loir ne craigne pas de faire comme Bonington et de Nittis en éclairant quelquefois ses ciels d un de ces azurs délicats de mai sous lesquels papillonne si gracieusement la gaîté parisienne.
Hélas ! non seulement nos prières n’ont pas été entendues et M. Luigi Loir s’obstine à donner à la ville qu’il paraît tant aimer, un aspect fangeux et grelottant, mais cette année, dans la toile qu’il expose sous ce titre d’une indiscutable modernité : la Fumée du chemin de fer, il nous représente un coin de son Paris crotté, tout enveloppé par une fumée opaque produite par le passage d’un train de banlieue sous un pont et qui cette fois éteint complètement le sourire trop timide de son soleil voilé.
Si le métropolitain tant désiré doit donner aux divers quartiers de Paris des aspects aussi enfumés et les doter d’une atmosphère aussi suffocante, que Dieu nous en préserve !
Cela dit, examinons la toile qui vient de valoir à M. Luigi Loir sa deuxième médaille. Cet artiste se rapproche aussi peu des vieux maîtres hollandais par le fini de son exécution et la composition synthétique de ses sujets que des Vénitiens par l’aspect de son coloris. Il faut à M. Luigi Loir la toile à grandes dimensions pour fixer les détails anecdotiques qui concourent à la physionomie générale de ses études parisiennes et c’est, à larges coups de brosses, souvent par de simples taches très habilement distribuées qu’il exprime son opinion sur la manière de triompher dans l’art de peindre.
Ce n’est pas que cet artiste ignore le secret de serrer la forme dans un dessin précis et d’enfermer de larges étendues dans de petits cadres. Nous connaissons de lui des tableautins qui sont de véritables chefsd’œuvre et qui, c’est du moins notre opinion, acquerront une valeur